Iraq Petroleum Company (IPC) est une compagnie pétrolière fondée en 1912, sous le nom de Turkish Petroleum Company (TPC), pour l'exploitation pétrolière dans l'Empire ottoman qui contrôlait alors l'essentiel des territoires pétrolifères du Proche-Orient.
A sa création, les propriétaires étaient un groupe de grandes sociétés européennes : la Deutsche Bank, l' (une filiale de Royal Dutch Shell), la (une entreprise britannique) et l'homme d'affaires arménien Calouste Gulbenkian, force motrice de l'entreprise. L'implication des autorités allemandes, très présentes dans l'Empire ottoman avant la Première Guerre mondiale, permit l'utilisation du tronçon anatolien du chemin de fer Berlin-Bagdad. À l'issue de la guerre, les Français exigèrent cette participation comme butin de guerre, confirmé par l'Accord pétrolier, dans le cadre de la conférence de San Remo.
La Turkish Petroleum Company obtient une concession d'exploration de pétrole en 1925, en échange d'une promesse que le gouvernement irakien recevrait une redevance pour chaque tonne de pétrole extraite, mais la compagnie exploitait le pétrole à travers tout le Moyen-Orient, excepté le Koweït.
Cette compagnie détenait ainsi une concession sur la quasi-totalité du territoire de l'Irak, et prend le nom de Iraq Petroleum Company en 1929. Véritable État dans l'État, elle était quasiment le seul partenaire international de l'Irak, et fut nationalisée en 1971.
Histoire Création (1911-1914) vignette|upright|Calouste Gulbenkian Au début du , la Mésopotamie (aujourd'hui l'Irak) étant une possession ottomane, les premières négociations afin d'obtenir une concession d'exploration pétrolière se sont concentrées à Constantinople, la capitale de l'empire. En 1904, après une visite du Kaiser , la compagnie allemande des obtint une concession pour prospecter le pétrole dans un rayon de vingt kilomètres de part et d'autre de la ligne entre Bagdad et Mossoul. Pendant ce temps, les représentants britanniques négociaient de leur côté, et avaient obtenu des promesses du Grand vizir, ce qui eut pour résultat de bloquer les tentatives de chaque partie de confirmer les concessions.
Le , dans une tentative de rapprocher les intérêts britanniques et allemands concurrents dans la région, et sous l'impulsion de Calouste Gulbenkian, qui avait été sollicité par les intérêts bancaires britanniques par ses connaissances et de sa capacité à influer sur les décisions du gouvernement turc, une société britannique connue sous le nom d'African and Eastern Concessions Ltd est créée, dans laquelle la Deutsche Bank détenait 25 % en échange de leurs concessions ferroviaires et Gulbenkian 40 %.
Le , cette société devient la Turkish Petroleum Company (TPC). L'objectif d'origine de la TPC était d'éliminer la concurrence parmi les partenaires et de devancer les chercheurs d'éventuelles concessions américaines. Le principal acteur dans la TPC était Gulbenkian (administrateur de la National Bank of Turkey).
L'établissement de la TPC n'élimina pas la rivalité parmi les actionnaires qui représentaient divers intérêts nationaux. Le Royaume-Uni avait un intérêt stratégique de longue date en Mésopotamie à cause de son emplacement vis-à-vis de l'armée britannique et des routes vers l'Inde, et par la décision pour la marine britannique, sous la direction du Premier Lord de l'Amirauté Winston Churchill, de passer du charbon (disponible en abondance au Royaume-Uni) au fioul, et souhaitant conserver le contrôle de la production de son combustible. Elle entreprit d'acquérir une participation majoritaire dans la Compagnie pétrolière anglo-perse, qui possédait la en Perse depuis 1909 et était le seul producteur de pétrole brut au Moyen-Orient (champ pétrolifère de Masjed Soleyman) et de produits raffinés (raffinerie d'Abadan), en dehors de l'Égypte qui possédait une industrie pétrolière naissante, mais de petite envergure.
Le , un accord fut conclu au ministère britannique des Affaires étrangères : la part de Gulbenkian était réduite à 5 %, répartie à parts égales entre Shell (22,5 %) et l'Anglo-perse (47,5 %), laissant 25 % à la Deutsche BankHistoire et géopolitique du pétrole dans le golfe arabo-persique. La TPC faisait pression sur le gouvernement turc pour qu'il accorde une concession. Le , le grand vizir turc confirma la promesse d'une concession à la TPC, mais le déclenchement de la Première Guerre mondiale mit fin au projet.
La part de capitaux de 5 % de Gulbenkian dans la TPC sont réputés avoir fait de lui l'homme le plus riche du monde pendant de nombreuses années, et furent à l'origine de son surnom, « Monsieur Cinq Pour cent ».
1918-1948 La Première Guerre mondiale a révélé aux grandes puissances l'importance de garantir la sécurité de leurs ressources en pétrole. La conférence franco-britannique de San Remo en 1920 accorda un contrôle britannique permanent de toutes les compagnies établies, afin de développer le pétrole mésopotamien, mais elle alloua 20 % aux intérêts irakiens s'ils désiraient investir. La France réclama les parts allemandes de la TPC qui avaient été saisies comme propriétés de l'ennemi, et elle forma la Compagnie française des pétroles (CFP) pour maintenir les parts françaises dans la TPC. Les gouvernements italien et américain protestèrent contre leur exclusion. Après de longs et âpres échanges diplomatiques, les pétrolières américaines furent autorisées à racheter au sein de la TPC, bien que les pourparlers ne fussent achevés qu'en 1928.
L'accession du Royaume-Uni à un mandat sur la Mésopotamie en 1920 (jusqu'à la création du royaume d'Irak en 1932) ne garantit pas à la TPC une concession exclusive. En utilisant la promesse d'une concession du gouvernement turc d'avant-guerre, la TPC entama des pourparlers pour en avoir une en 1921. Le contentieux portait beaucoup sur les 20 % de part de l'Irak sur toutes les compagnies d'exploitation pétrolière, condition qui fut stipulée lors de la conférence de San Remo. Au début des années 1920, la TPC regroupait presque entièrement des pétrolières qui ne voulaient pas de représentation ou d'interférence irakienne dans la gestion de la TPC. Elles réussirent à résister aux efforts irakiens de participer malgré la pression exercée par le gouvernement britannique afin d'accepter les actionnaires irakiens.
vignette|District de Kirkouk: un geyser de pétrole jaillissant avec un ruisseau de pétrole au premier plan, vers 1932.
La TPC obtint une concession en . Dès sa mise en œuvre, de nombreux Irakiens se sentirent lésés. Elle devait durer soixante-quinze ans et couvrir vingt-quatre parcelles. Le gouvernement irakien devait recevoir des redevances à un taux uniforme par tonne, à être payées en livres sterling britanniques, mais avec une clause sur l'or pour se prémunir contre une dévaluation de la livre. Les paiements de royalties étaient liés aux profits des pétrolières, mais cette clause tomba en désuétude vingt ans plus tard seulement. Le gouvernement irakien usait du droit de taxer la TPC au même taux que celui fixé pour d'autres exploitations industrielles. La TPC devait construire une raffinerie pour satisfaire les besoins domestiques de l'Irak, et un pipeline pour l'exportation du pétrole brut. Le gouvernement irakien conservait le droit d'offrir d'autres parcelles pour l'exploration et le développement pétroliers, et la TPC ne fut pas exclue des appels d'offres sur ces parcelles supplémentaires.
La TPC commença le forage exploratoire après que la concession fut ratifiée par le gouvernement irakien. On découvrit du pétrole dans la proximité au nord de Kirkouk le . De nombreuses tonnes furent déversées avant que l'on ait pu contrôler le puits. Cette indication de l'existence d'un champ pétrolifère large et de valeur se révéla bientôt être bien fondée.
La découverte de ce gisement prometteur accéléra les pourparlers en vue de la future composition et les fonctions de la TPC. Les actionnaires paraphèrent une entente officielle en . La pétrolière anglo-perse, le conglomérat Royal Dutch Shell, la CFP (Compagnie française des pétroles) et le NEDEC, Groupe de développement du Proche-Orient (qui défendait les intérêts de cinq pétrolières américaines d'importance) détiendraient respectivement 23,75 % des actions et Calouste Sarkis Gulbenkian, le reste, en parts non votantes, soit 5 %. La TPC fut formée en tant que compagnie sans but lucratif enregistrée au Royaume-Uni produisant du pétrole brut pour ses partenaires à un taux établi selon leur nombre d'actions. Il fut accordé à la pétrolière anglo-perse des paiements de redevance de 10 % sur le pétrole produit, dû à sa part réduite dans TPC.
Un irritant d'importance pour les pétrolières américaines résida dans un article inclus dans le texte lors de la réorganisation en 1914 stipulant que toute exploitation pétrolière dans l'Empire ottoman par n'importe quel actionnaire serait partagée par tous. Gulbenkian avait expressément insisté que cette mention figure à l'entente de telle façon que les pétrolières ne pourraient pas écarter ses propres intérêts en créant d'autres compagnies sans sa propre participation. Cette stipulation, également reconduite lors de la réorganisation de 1928, hérita du nom d'accord de la ligne rouge, leur interdisant d'exploiter pour leur propre compte à l'intérieur du maintenant défunt Empire ottoman. Cette « ligne rouge » empêcha effectivement les États-Unis et les autres partenaires de la TPC d'obtenir de nouvelles concessions et de se livrer à des exploitations de gisement pétroliers dans la plus grande partie du golfe Persique et ce jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.
thumb|Structure de la compagnie En 1929 la TPC fut rebaptisée Compagnie pétrolière d'Irak (Iraq Petroleum Company). IPC regroupait alors des pétrolières aux intérêts divers et parfois même en opposition. La compagnie Anglo-persienne et la compagnie Standard Oil du New-Jersey (alias Esso qui deviendra plus tard Exxon), par exemple, avaient accès à du pétrole brut à l'extérieur de l'Irak, et souhaitaient de la sorte conserver en réserve les gisements irakiens. La CFP et d'autres pétrolières à l'inverse exigeaient une exploitation rapide des puits de pétrole irakiens afin d'augmenter leur stocks déficitaires en pétrole brut.
gauche|vignette|Des collaborateurs de l'IPC soudant des tuyaux ensemble sur le tronçon d'Esdraelon dans les années 1930.
Les partenaires d'IPC retardèrent malgré tout l'exploitation des champs irakiens, et la concession fut ainsi résiliée car les pétrolières firent défaut de rencontrer certains objectifs, tels la construction de pipelines et d'installations portuaires. La concession d'IPC fut l'objet de nouveaux pourparlers en 1931. Le nouveau contrat prévoyait une concession d'une durée de soixante - dix ans sur un territoire élargi de complètement à l'ouest du fleuve Tigre. En contrepartie, cependant, le gouvernement irakien exigeait de recevoir des paiements additionnels de royalties et obtenir des prêts, ainsi que la promesse qu'IPC compléterait la construction de deux pipelines vers la Méditerranée avant 1935.