Le camp de concentration de Shark Island, en , camp surnommé Death Island (l'île de la mort) est, entre 1905 et , un camp de concentration au large de Lüderitz sur l'île Shark Island en Sud-Ouest africain allemand (actuelle Namibie). Il est utilisé par l'empire allemand durant le génocide des Héréros et des Namaquas de 1904 à 1908. Entre et Namaquas, hommes, femmes et enfants, sont morts dans le camp, entre son ouverture en 1905 et sa fermeture en ..
Contexte À la suite de l'abandon de la politique d'extermination des Héréros par Lothar von Trotha dans les frontières de l'Afrique orientale allemande en leur refusant l'accès aux points d'eau, les autorités coloniales adoptent une politique de nettoyage de la brousse des Héréros et les envoient, volontairement ou par la force, en camp de concentration. Shark Island, dans la baie de Lüderitz, est choisie comme site pour un camp en raison de la difficulté d'évasion, la présence à proximité d'un grand nombre de soldats allemands et le besoin en travail dans la région.
Fonctionnement Installation thumb|left|Camp de prisonniers de guerre allemands à Aus (1915-1919). Bien qu'il existe des témoignages de prisonniers de guerre Héréros détenus dans la baie de Luderitz dès 1904, les premières références au camp de Shark Island ainsi qu'au transfert d'un grand nombre de prisonniers Héréros de Keetmanshoop, remonte à . Dès le début, un grand nombre d'Héréros meurent dans le camp comprenant 59 hommes, 59 femmes et 73 enfants à la fin . Malgré ce taux de mortalité initial élevé sur l'île qui, avec son climat froid, ne convient pas à l'habitation, en particulier pour les gens habitués au climat sec et aride des velds, les autorités allemandes continuent de transférer des prisonniers vers l'île, apparemment en raison d'un manque de nourriture, mais aussi parce qu'ils voulaient utiliser les prisonniers comme main-d'œuvre dans la construction d'un chemin de fer reliant Lüderitz à Aus.
Conditions de vie dans le camp thumb|Prisonniers Héréros enchaînés pendant la révolte de 1904 Les témoignages se propagent rapidement parmi les Héréros concernant les conditions de vie dans le camp ; des prisonniers d'autres parties de l'Afrique orientale allemande auraient préféré se suicider plutôt que d'être déportés à Lüderitz en raison des histoires circulant sur les conditions difficiles à la fin de 1905.
Le Cape Argus, un journal sud-africain, relate également des histoires qui décrivent les conditions terribles dans le camp à la fin de . Un transporteur, présenté comme ayant été employé dans le camp au début de 1905, est cité :
De nombreux cas de viols de prisonniers, commis par les allemands, sont signalés dans le camp. Bien que certains de ces cas se soient traduits, pour l'auteur, par une sanction grâce à un « champion blanc » ayant pris fait et cause pour la victime, la majorité des cas reste impunie.
Arrivée des Namaquas Alors que les Allemands ont d'abord suivi une politique consistant à envoyer des gens du sud dans des camps de concentration du nord et vice-versa, ce qui signifie que les prisonniers Namaquas ont la plupart du temps été envoyés dans des camps de concentration autour de Windhoek, à la mi-1906, les Allemands de Windhoek sont de plus en plus préoccupés par la présence de tant de prisonniers dans leur ville. En réponse à ces préoccupations, en , ils commencent à transférer des prisonniers Namaquas à Shark Island, en les envoyant par transport de bétail à Swakopmund puis par la mer à Lüderitz. Le chef Namaqua, Samuel Isaak, proteste, disant que leur transfert à Lüderitz ne fait pas partie de l'accord aux termes duquel ils se sont rendus aux allemands. Cependant, les Allemands ignorent ces protestations . À la fin de 1906, sont retenus prisonniers sur l'île.
Travail forcé Les prisonniers détenus sur Shark Island sont contraints au travail forcé tout au long de l'existence du camp. Les prisonniers sont mis à disposition, par l'armée allemande (Etappenkommando), des entreprises privées dans toute la région de Lüderitz, au profit de projets d'infrastructures tels que la construction du chemin de fer, la construction du port, l'aplatissement et le nivellement de Shark Island grâce à l'utilisation d'explosifs. Ce travail, très dangereux et physique conduit inévitablement à des maladies à grande échelle et à la mort des prisonniers. Un technicien allemand se plaint que le travail de a diminué pour atteindre un effectif de seulement 30 à 40 personnes disponibles, en raison de 7 à 8 décès par jour, à la fin de 1906.
La politique du travail forcé prend officiellement fin quand le statut de prisonnier de guerre, pour les Héréros et Namaquas, est révoqué le , bien que ceux-ci aient continué à travailler par la suite sur des projets coloniaux.
Clôture La décision de fermer le camp est prise par le Major Ludwig von Estorff, qui signe l'accord en vertu duquel la tribu Witbooi (une tribu Namaqua), se rend aux Allemands, après une visite du camp, au début de 1907. Après la fermeture du camp, les prisonniers sont transférés dans une zone dégagée près de Radford Bay. Alors que le taux de mortalité était encore élevé, au départ, dans le nouveau camp, ce taux a finalement reculé.
Bilan des décès Le nombre exact de décès dans le camp est inconnu. Un rapport de l'Office de l'Allemagne impériale coloniale estime que Héréros et Namaquas sont morts dans tous les camps en Afrique orientale allemande, dont une partie importante à Shark Island. Un responsable de l'armée du camp estime que à prisonniers, détenus dans le camp, en sont morts. Il est estimé que seulement 245 de ces prisonniers ont survécu. Globalement, le chiffre retenu, concernant les décès dans le camp est estimé comme étant le plus grand nombre, c'est-à-dire . Combiné avec les décès parmi les prisonniers détenus ailleurs dans la baie de Luderitz, le total pourrait dépasser .
La grande majorité de ces prisonniers sont morts de maladies, pourtant évitables, telles que la typhoïde et le scorbut, aggravées par la malnutrition, la surcharge de travail et les mauvaises conditions d'hygiène. La garnison allemande elle-même, ainsi que le commandant von Zülow, utilisent l'expression « l'île de la mort » pour nommer le camp The Kaiser's Holocaust: Germany's Forgotten Genocide and the Colonial Roots of Nazism (Casper Erichsen, David Olusoga) - édition : Faber & Faber (5.8.2010) - page 220 Border Conflicts in a German African Colony : Jacob Morengo and the Untold Tragedy of Edward Presgrave - P. H. Curson page 49.
Enquête médicale Des recherches sont menées par Eugen Fischer et le Bofinger, sur les crânes des prisonniers morts afin de prouver l'infériorité raciale Rassenanatomische Untersuchungen an 17 Hottentotten Kopfen - Christian Fetzer (1913–1914) (Zeitschrift fur Morphologie und Anthropologie - pages= 95–156).
Les femmes capturées sont contraintes de faire bouillir les têtes des détenus morts (dont certains ont peut-être été leurs parents ou des connaissances) et gratter les restes de peau, ainsi que les yeux, avec des tessons de verre, afin de les préparer pour des examens par les universitaires allemands The Kaiser's Holocaust: Germany's Forgotten Genocide and the Colonial Roots of Nazis - Page 224 - Casper Erichsen, David Olusoga - 2010.
En 2001, un certain nombre de ces crânes sont rendus par les institutions allemandes à la Namibie Le cabinet approuve le retour des crânes - New Era - 25.3.2011.
Notes et références
Annexes Bibliographie
Le génocide en Allemagne d'Afrique du Sud-Ouest: la guerre coloniale (1904-1908), en Namibie et ses conséquences (Jürgen Zimmerer, Joachim Zeller) - Traduction : Edward Neather - éditions : Merlin Press (2008) - L'Holocauste du Kaiser: Mot de génocide de l'Allemagne et les racines coloniales du nazisme (Casper W. Erichsen, David Olusoga) édition : Faber & Faber (2010) - . Drechsler, Horst. "Let Us Die Fighting: The Struggle of the Herero and Nama against German Imperialism (1884–1915)", Akademie-Verlag Berlin, 1986 ( Ed.) . ( L'ange de la mort est descendu violemment parmi eux : les camps de concentration et de prisonniers de guerre en Namibie 1904-1908) Gewald, Jan-Bart. "Herero Heroes: A Socio-Political History of the Herero of Namibia 1890–1923", James Currey, Oxford, 1999. Lau, Brigitte. "History and Historiography: 4 essays in reprint", Discourse/MSORP, Windhoek, May, 1995. . (Le génocide de l'Allemagne sur les Héréros : Kaiser Wilhelm II, son général, ses colons, ses soldats) "Report on the natives of South-West Africa and their treatment by Germany." Administrator's Office, Windhuk [sic], London: His Majesty's Stationery Office, 1918. (Blue Book) .
Articles connexes Lüderitz Shark Island (Namibie) Sud-Ouest africain allemand Génocide des Héréros et des Namas État indépendant du Congo
Liens externes Namibie, le génocide oublié (Jeune Afrique - 25.5.2012) L’autre génocide allemand - site : books.fr (1.4.2011) Hitler's Holocaust blueprint: A new book reveals how the Kaiser's Germany used concentration camps in Africa to advance their theories of racial supremacy (Holocauste le plan d'Hitler : Un nouveau livre révèle comment l'Allemagne du Kaiser utilise les camps de concentration en Afrique pour faire avancer les théories de suprématie raciale) - site : dailymail.co.uk (23.9.2010)
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