thumb|290px|Désherbage manuel de lin cultivé, tache autrefois souvent réservée aux femmes et parfois aux enfants, ici en Flandre ; Émile Claus, 1887. vignette|Pulvérisateur automoteur de grande largeur pour désherbage conventionnel.

Le désherbage est la pratique qui consiste à limiter le développement des adventices, ou mauvaises herbes, pour réduire leur nuisibilité sur les plantes cultivées. L'expression « contrôle de l'enherbement » (anglais weed control au lieu de weeding) suppose une nouvelle approche du désherbage. En français, elle est plus facilement utilisée en arboriculture et viticulture.

Cette approche peut être considérée comme la partie s'appliquant à la flore d'une stratégie globale de défense des cultures ou lutte intégrée. On parle encore de protection biologique intégrée pour signifier particulièrement que des méthodes de contrôle biologique (biocontrôle) y sont intégrées.

Elle peut consister en grandes cultures à planifier des interventions variées (stratégie de désherbage) et plus généralement influencer l'itinéraire cultural à partir de l'observation de la flore qui peut commencer dès la récolte précédente. En arboriculture, viticulture, sylviculture, il s'agit de déterminer quelle partie de la flore peut être conservée et éventuellement de décider quelles plantes mériteraient être semées en interligne (enherbement volontaire).

Le désherbage peut se réaliser de deux manières différentesRMT Systèmes de Culture Innovants, Ministère de l'Agriculture, Ministère de l’Écologie, Guide pratique pour la conception de systèmes de culture plus économes en produits phytosanitaires - Application aux systèmes de polyculture, 2011 : le contrôle des adventices, qui relève de la prophylaxie, en limitant leur développement, en empêchant leur floraison ou l'apparition de semences ; la lutte contre les adventices, qui relève des moyens curatifs, en détruisant les plantes indésirables. Il peut s'agir de désherbage total (appliqué avant semis ou sur variété résistante) ou sélectif (respectant la culture et éventuellement les adventices jugées inoffensives ou favorisantes) ;

Diverses techniques sont utilisées , les plus fréquentes sont : le contrôle cultural ou agronomique, qui consiste à adapter les différents éléments du système de culture (rotation, travail du sol, date et densité de semis, fertilisation), pour limiter le développement des adventices ; la lutte physique, par action manuelle ou mécanique par l'arrachage de tout ou partie de la plante (sarclage, désherbage mécanique) ; la lutte chimique, par l'utilisation d’herbicides ; la lutte thermique passage d'une flamme sur les parties aériennes de la plante ou proche du sol (désherbage thermique).

Aspects historiques

Dans les systèmes d'assolement triennal, qui se mettent en place dans la moitié nord de l'Europe au Moyen Âge, le contrôle des adventices est assuré par la succession d'une culture d'hiver et de printemps et, lors de l'année de jachère, par de fréquents hersages et labours, ainsi que par le pâturageTimmons, F.L., 2005. A history of weed control in the United States and Canada — a sequel. Weed Science 53, 762–768. doi:10.1614/WS-04-210.1MORLON P., SIGAUT F., 2008. La troublante histoire de la jachère. Pratiques des cultivateurs, concepts de lettrés et enjeux sociaux. Quae / Educagri, 325 p..

À partir de la révolution agricole des , l'allongement des rotations culturales (jusqu'à 6 ou 12 ans, en 1950 en FranceSourdillat, J.-M., 1950. Géographie agricole de la France. Presses Universitaires de France, Paris, France.), le tri des semences pour éliminer les graines d’adventices et le désherbage mécanique dans les cultures aux rangs suffisamment larges pour être sarclées (mais, betterave, navet, pommes de terre…)Jauzein, P., 2001. Biodiversité des champs cultivés: L’enrichissement floristique. Dossier de L’environnement de l'INRA 21, 43–64.. L'amélioration des charrues a permis l'approfondissement des labours avec usage de rasettes qui, s'il a d'autres inconvénients, a aussi amélioré le contrôle des adventices.

L’introduction des herbicides organiques à partir de 1945 marque une rupture importante, en permettant un vrai contrôle des populations d’adventices basé sur une seule intervention technique, la destruction des adventices au stade plantule, de manière à maintenir leurs populations au-dessous d’un seuil de nuisibilitéKnezevic, S.Z., Evans, S.P., Blankenship, E.E., Van Acker, R.C., Lindquist, J.L., 2002. Critical period for weed control: the concept and data analysis. Weed Science 50, 773–786. doi:10.1614/0043-1745(2002)050[0773:CPFWCT]2.0.CO;2Marra, M.C., Carlson, G.A., 1983. An economic threshold-model for weeds in soybeans (Glycine max). Weed Science 31, 604–609.. L'introduction des herbicides permet le développement de variétés cultivées moins compétitives vis-à-vis des adventices ce qui autorise un indice de récolte (biomasse récoltée/biomasse végétale totale) plus importantCosser, N.D., Gooding, M.J., Thompson, a J., Froud-Williams, R.J., 1997. Competitive ability and tolerance of organically grown wheat cultivars to natural weed infestations. Annals of Applied Biology 130, 523–535..

Dans la deuxième partie du , l'apparition de résistances aux herbicides ainsi que les dégradations environnementales et les risques sanitaires posés par ces produits entraînent le développement d'autres approches comme la lutte intégrée ainsi qu'un renouveau des techniques de désherbage mécanique, soit en lien avec l'agriculture biologique, soit en utilisant les technologies de l'agriculture de précision (caméras, positionnement GPS…). Cette période voit également le développement des variétés tolérantes aux herbicides.

Méthodes de désherbage

Le désherbage peut être raisonné à plusieurs échelles de temps par l'agriculteur. À l'échelle stratégique, il peut être intégré dans le choix de la composition de la rotation culturale. La lutte intégrée se situe également à cette échelle. À l'échelle tactique, diverses pratiques culturales peuvent être utilisées : désherbage mécanique, chimique, thermique…

Les techniques culturales simplifiées (non-labour) sont réputées rendre le désherbage plus difficile (ou plus pointu selon le point de vue, voir TCS,désherbage)

Composition de la rotation culturale

Le raisonnement de la rotation culturale peut permettre de contrôler la composition de la communauté d'adventice et d’empêcher l'implantation d'une flore adventice très spécialisée vis-à-vis de la culture et donc très compétitive. La diversification des saisons de semis (automne, printemps, été), des types de travail du sol ou de fertilisation, des familles d'herbicides utilisées ou des techniques de désherbage mécaniques mises en œuvre permet de diversifier les perturbations subies par les adventices et, en rendant leur environnement plus imprévisible, de compliquer leur implantation dans le champSmith, R.G., Mortensen, D.A., Ryan, M.R., 2009. A new hypothesis for the functional role of diversity in mediating resource pools and weed – crop competition in agroecosystems. Weed Research 50, 37–48. doi:10.1111/j.1365-3180.2009.00745.xMunier-Jolain, N., Carrouée, B., 2003. Quelle place pour le pois dans une agriculture respectueuse de l‘environnement ? Argumentaire agri‐environnemental. Cahiers Agricultures 12, 111–120.Liebman, M., Dyck, E., 1993. Crop Rotation and intercropping strategies for weed management. Ecological Applications 3, 92–122.. L'introduction des plantes pérennes (luzerne, trèfle…) dans la rotation peut faciliter le contrôle des adventices, ces cultures étant particulièrement compétitives et permettant l'introduction d'une nouvelle perturbation, la faucheMeiss, H., Médiène, S., Waldhardt, R., Caneill, J., Munier-Jolain, N., 2010b. Contrasting weed species composition in perennial alfalfas and six annual crops: Implications for integrated weed management. Agronomy for Sustainable Development 30, 657–666. doi:10.1051/agro/2009043. On peut citer d'autres cultures dites nettoyantes comme le chanvre textile. Cette plante a un très fort développement et couvre rapidement le sol, empêchant les adventices de trop se développer car elle capte une grande partie du rayonnement solaire.

Dans les cultures associées comme celle des trois sœurs, où l’on retrouve le maïs, le haricot grimpant et la courge cultivées en même temps et sur un même espace, la courge a l’avantage de couvrir le sol et de capter le rayonnement solaire. Cette forme de compétition est avantageuse pour les trois cultures.

Enfin, on peut citer les phénomènes d’allélopathie, certaines plantes entrent en compétition avec les plantes voisines en libérant des substances qui vont ralentir la croissance des plantes d’autres espèces. Ces interactions sont cependant méconnues et utilisées de manière empirique.

Lutte intégrée et prévention

La lutte intégrée consiste en la mise en œuvre d'une combinaison de techniques (biologiques, biotechnologiques, chimiques, physiques, culturales, variétales) afin de limiter la nuisibilité des adventices, notamment grâce aux processus de régulation naturels, tout en réduisant le recours aux herbicides.

Les méthodes de prévention (contrôle agronomique) consistent à prévenir la dissémination des plantes indésirables. On peut citer outre le choix d'une rotation adaptée et l'évitement de la monoculture : Le choix d'une densité de semis plus importante s'il n'a pas d'effet négatif sur le rendement. Le choix d'espèces ou de variétés à développement rapide (variétés de printemps par exemple) lorsqu'il est possible. Ces cultures qui se développent avant les adventices sont dites étouffantes (l'effet étouffement de quelques cultures est donné dans : Engrais vert#Intérêt comparé de quelques engrais verts). Il y avait ainsi toujours une culture de printemps dans les anciennes rotations triennales (en plus de la jachère travaillée). vignette|Combinaison de billonnage, paillis plastique et repiquage en culture industrielle de fraisiers. Le repiquage qui permet à la culture de prendre une avance sur les adventices ; il est aujourd'hui à peu près abandonné en grande culture pour des raisons de simplification mais persiste en horticulture. L'incorporation d'« engrais-starter » (phosphate d'ammoniaque, NH4H2PO4 par exemple) au plus près de la ligne de semis est largement pratiqué pour la même raison. L'incorporation de lisier entre les lignes de culture (maïs) peut viser le même résultat et constitue aussi un binage. Ces méthodes relèvent de l'agriculture très intensive. Le recours à des semences certifiées ou suffisamment triées aujourd'hui généralement pratiqué. La pratique du compostage qui stérilise les graines des fumiers, très pratiqué en bio. Le chaulage et les autres amendements modifient la flore et favorisent certaines cultures au détriment des adventices. L'irrigation localisée (goutte-à-goutte) est préférable à l'aspersion. Le drainage, le décompactage profond, l'ombrage (cultures maraîchères tropicales, permaculture). L'ombrage par des plantes compagnes est pratiqué généralement pour le cacaoyer et l'était traditionnellement pour le riz avec la fougère aquatique azolla recouvrant les rizières et empêchant ainsi le développement des adventices sans nuire au riz repiqué. Les cultures associées, les cultures sous couvert pratiquées en technique culturale simplifiée ou en semis de prairies, les cultures intermédiaires piège à nitrates, les cultures intercalaires qui permettent d'occuper opportunément le terrain. vignette|Champs de taro à Hawaï ; nécessaire pour d'autres raisons la submersion facilite le contrôle des adventices mais n'évite pas le désherbage. La submersion temporaire (riz, lotus sacré, taro, bambou, céleri d'eau (Oenanthe javanica), salicorne, cresson, canneberge et anecdotiquement vigne et culture de printemps en hiver). Les interventions de désherbage avant la maturité des graines.