Maré (dans la langue kanak nengone) est la deuxième île et commune des îles Loyauté (Nouvelle-Calédonie) pour ce qui est de la superficie et de la population, venant juste après Lifou.

La commune fait partie de l'aire coutumière Nengone comprenant huit districts et vingt-neuf tribus.

Géographie gauche|vignette|Carte de Maré

Située en mer de Corail, l'île s'inscrit dans un carré de trente kilomètres de côté et couvre une superficie de . Sur sa plus grande dimension orientée nord-ouest, sud-est, l’île mesure environ , entre le cap Machau (au nord ouest) et le cap Boyer (au sud-est). Perpendiculairement à l’axe principal, séparent le cap Wabao au sud-ouest du cap Coster au nord-est. Les différents caps qui parsèment le pourtour de l’île à la manière des branches d’une étoile individualisent plusieurs baies sur le littoral. À partir du cap Machau au nord et en suivant le sens des aiguilles d'une montre, il s’agit de la baie du nord (ou de Waeko), de la baie de l’Allier (la mieux formée), la baie de Wabao (ou de Niri) et la baie de Tadine (Tadine étant en quelque sorte le « village » principal de l'île).

À six kilomètres au nord-ouest de l'île se trouve l'île Dudune, inhabitée.

Géologie et hydrographie Elle constitue ainsi, avec les îles voisines de Lifou et d'Ouvéa, la partie émergée de la ride des Loyauté, ancien arc volcanique intra-océanique d'âge éocène né des effets d'une subduction à plongement vers l'est, réaffecté ensuite par un magmatisme de type « point chaud » aux époques oligo-miocène. La ride a connu trois phases tectoniques principales : la formation d'abord d'un graben axial, suivi d'un événement compressif correspondant à l'obduction de l'éocène supérieur connue par la Grande Terre, et finalement la collision avec l'arc des Nouvelles-Hébrides. Les îles constituent donc les sommets de cette ride qui ont progressivement émergé à partir du Pléistocène, formant des atolls surélevés., en raison de la proximité de la zone de subduction de la fosse des Nouvelles-Hébrides (où la plaque australienne plonge sous la plaque des Nouvelles-Hébrides) qui entraîne un bombement de la croûte océanique de la plaque australienne, dernier épisode tectonique définissant la ride actuelle des îles Loyauté Carte géologique de la Nouvelle-Calédonie à 1/50 000. Feuille Lifou - Îles Loyauté, BR GM/RP - 52 904 - FR, 02/2004.

Du fait de son substrat calcaire très poreux, Maré est dépourvue de cours d'eau, mais elle renferme en profondeur une importante lentille d'eau douce, dite de Ghinsberg-Herzberg. Cette lentille est accessible par des trous d'eaux et depuis la prise de possession de l'île, par des puits profonds creusés par l'infanterie de marine. Dans de nombreux villages, les trous d'eau sont dans des grottes et jouent un rôle variable dans la mythologie locale.

Climat Maré possède un climat équatorial (Köppen: Af); se caracterisé par d'Alizés et sa position au vent de la Chaîne centrale. À cause de cette position dans les tropiques, il n'y a pas beaucoup de variation saisonnière dans les températures moyennes: de en août et en février. De plus, la pluviométrique annuelles sont abondantes: et il y a en moyenne 125.6 jours pluvieux. La température la plus élevée enregistrée est de le , tandis que la température la plus basse est de le .

Histoire La population, d'origine mélanésienne, s'est mêlée du au à d'autres mélanésiens et polynésiens : Salomon, Tonga, Vanuatu, Wallis, Fidji, Lifou, île des Pins, Ouvéa, Grande-Terre, etc.

Les mythes parlent de chefferies Eletok, Tête(s)-Prince(s), d'origine polynésienne, qui auraient été détruites peu avant 1800.

Le grand refuge de guerre de Hnaened est à ce jour le site lithique connu le plus volumineux du Pacifique sud, mélanésien et polynésien : défense ou exhibition de puissance ?

Le mot beti-co, île qui marche, désigne tout bateau complexe, de Samoa, de Tonga, ou d'occident. Ainsi s'appelle donc la compagnie de ferries qui assure la liaison régulière entre les îles Loyauté et Nouméa.

Mythes Quelles qu'aient été les populations des origines, l'île de Maré a connu de nombreuses vagues migratoires, principalement à l'est et d'origine polynésienne (Wallis, Tonga, Fidji, Vanuatu, etc), mais aussi de Lifou, de l'Île des Pins et de la Grande-Terre, par des populations de tailles et de colorations variées. Les mémoires de Maré s'appuient sur une multitude de récits mythiques concurrents, complémentaires, contradictoires. Ces mythes sont récités, chantés, dansés, mimés. Ils expliquent les clans, les chefferies, les totems, les alliances guerrières, les mariages, les noms, les antériorités, les propriétés, les danses, les magies, les mutations de civilisation : poterie Lapita, sagaie, pêche, nasse, radeau, pirogue, jupon, ignames courantes, bonnes ignames, canne à sucre, cocotier, banane, bourao, hibiscus, poulet...

Pour Dubois (1975), on peut distinguer trois époques : l'époque préhistorique , des légendes : kaze (cadavre-dieu), paac, esprits, symboles de groupe, isolés (yaac), ou groupés(mo-yaac) : divinités-personnes, dont des ogres kazenir et des lutins maica, des grandes chefferies Eletok, Tête(s)-Prince/Ancien(s), Têtes Aînées, dont les Fils du Lézard, l'époque moyenne, où les premiers habitants simplement humains exterminent les descendants des chefferies (polynésiennes) effondrées, l'époque des chefferies moderneshttps://www.gbv.de/dms/hebis-mainz/toc/105021814.pdf().

Selon un des mythes, à la sixième génération correspond le massacre des Eletok accompagné d'« une orgie de cannibalisme » : On a fait disparaître les Eletok, vers 1795-1820. L'évangélisation date de la septième génération.

1793-1851 Les routes commerciales océaniennes sont croisées et modifiées par l'apparition des navires occidentaux : explorateurs, commerçants, missionnaires, militaires.

Les premiers contacts sont difficiles, du fait des exigences de chaque côté. Mais bientôt le chef de l'île des Pins suggère de se débarrasser de tous les Blancs.

Une généalogie des chefferies est proposée par Dubois.

Mythe du capitaine Cook accostant au centre de Maré, Divers navires sont supposés avoir aperçu l'île (ou une des îles Loyauté) entre 1793 et 1800, 1800 : le Walpole du capitaine Butler est le premier navire européen à accoster. 1803 : le Britannia du capitaine Raven serait le deuxième navire à accoster : l'île reçoit le nom de Britannia. Nul ne sait quand arrivent dysenterie, tuberculose, lèpre, etc. 1827 : Dumont d'Urville, sous voile, donne une cartographie de la côte nord. 1840 : Dumont d'Urville, sous voile, donne une cartographie de la côte sud. 1840 : Un matelot du Camden révèle l'existence du santal (alors qu'il s'épuise en Polynésie) 1841, : le Camden débarque deux teachers. samoans (Tataio, Taniela) à Rho ; le Révérend Murray introduit le protestantisme. 1842, janvier : la Martha (capitaine Nicholls)., l'Achilles (capitaine Brend, Veale), 1842, avril : la Martha, 4 santaliers tués et 1 adopté par une famille (de Lifou incorporée à un clan maréen), 1842, juillet : le Camden, 1843 : attaque du Brigand (capitaine Paddon). : 9 morts occidentaux, 8 morts indigènes, 1843 : massacre de beaucoup de si Waek(o) par les si Guahma, 1843, décembre : attaque du Sisters par les si Guahma, à Nece/Rô, d'où 11 morts, 1844̠-1849 : aucun toucher de bateau n'est signalé en presque 5 ans, 1844 : 5 (des 7) bagnards évadés du Norfolk arrivent à terre, et sont tués, 1849 : le capitaine du Havannah règle les conflits entre indigènes et santaliers, 1849 : l'évêque anglican Selwyn tente d'implanter la High Church, 1851 : pillage du Lucy Ann, vers Medu, 1851 (?) : premier navire accostant vers La Roche : massacre de tous les débarqués.

1852-1900 Les implantations religieuses concurrentes (catholiques/protestants, français/anglais, France/Royaume-Uni) recoupent et accentuent les rivalités entre les chefferies.

1841, 8 ou : le Camden (capitaine John Williams, Union Christian Society) débarque deux teachers samoans (Tanio, Taniela) à Rô ou Wako (sous la responsabilité du Révérend Murray), accueillis selon la tradition par deux anciens, Kanioish et Péoraw du clan Acania, 1842 : arrivée de Paoo, né à Aitutaki (Îles Cook), qui rejoint Lifou à la rame, 1845 : court séjour du teacher tongien Ta'unga.., évacué de Touaourou (où il est arrivé en ), et qui parle de neuf équipages massacrés, 1849 : navire de guerre La Havannah, capitaine Erskine, visite de l'évêque anglican George Augustus Selwyn (1809̠-1879), 1854 : , arrivée de deux missionnaire(s) britannique(s), John Jones (1828-1908) et Stephen Creagh (1826-1902), installés à Nétché et Rôh, 1857 : arrivée des deux premiers maristes, de la mission catholique aux îles Loyauté, 1857 : le chef Naisseline, protestant, les accuse d'empiéter sur son domaine, 1857 : le chef Waekosone, chassé de son pays par les gens de l'est, se réfugie à La Roche, 1860 : Waekosone (Ouaecossoné) est amené à l'Île des Pins par le RP goujon, avec un certain nombre de ses sujets, 1863 : les pasteurs John Jones et Stephen Creagh créent une mission, 1863 : le Grand Chef Naisseline se fait couronner roi de Maré, avec la caution de la L.M.S., 1864 : insurrection, expédition du gouverneur Charles Guillain, prise de possession : les îles Loyauté deviennent clairement une dépendance de la Nouvelle-Calédonie, le drapeau français est hissé à Tadine pour la première fois, 1866 : installation du père mariste Beaulieu, première messe à La Roche, suivi en 1867 par le père mariste Guitta, 1868 : première église à La Roche, Notre Dame de la Visitation, 1869 : guerre de 1869 : protestants (Naïsseline), catholiques (Missions de Awi, Pénélo, La Roche), chefferies... champs dévastés, cases brûlées, victimes, 1869 : siège par les gens de Guahma du Rocher de La Roche, avec 600 assiégés (La Roche, Wakoré, Medu), 1870 : expulsion des maristes, exil des 1000 catholiques et sympathisants vers l'Île des Pins, Nathalo, Lifouhttp://www.oceanistes.org/oceanie/IMG/pdf/Pre_face-4.pdf, 1870-1880 : troubles inter-religieux inter-chefferies, reprise en main de l'île par Nidoish et les pasteurs, 1874-75 : retour des maristes et des exilés : Boillot (1881-1892), Baulieu (1866-1926), etc 1876 : exil à Tahiti de huit agresseurs, exil d'un an de Nidoish Naisseline à Yahoué (Nouméa), et de 5 ans à Tahiti pour trois de ses hommes, 1880 : seconde guerre : enlèvement de femmes, massacre des enfants de Medu, incendie du village de Penelo, destruction des biens des catholiques, 1881 : 15 meneurs protestants sont condamnés, dont Lali, Kapéa, Djéwiné, Détéané Sa(m)bo, Baratimaio, Hmaéné, Haiéné, Yongoméné Wélési, Jimi Nakou, Wanakami, Williams Wadobéré, Wéïnané, expédiés au bagne de Poulo Condor (Cochinchine, Vietnam), 1884 : l'administration nomme le pasteur Cru, divisions entre deux tendances protestantes, 1887 : le pasteur Jones est exilé ou réfugié à Sydney, 1890 : le pasteur Cru meurt, 1895 : Luès rédige un acte de réconciliation entre les deux religions protestantes, 1900 : une bagarre d'écoliers ranime la guerre, 1902 : Luès est exilé à Lifou, et y meurt.