Un ponton est un type de bâtiment de servitude servant de prison flottante en usage à la fin du et au début du . Servaient de pontons des navires de guerre désarmés — c'est-à-dire, dans le langage maritime, démunis de moyens de navigation, ce qui dans ce cas allait jusqu'à la suppression des mâts — et ancrés à proximité des côtes. On y entassait les prisonniers en grand nombre, l'avantage étant qu'un personnel réduit suffisait à surveiller les prisonniers.
Les pontons ont été utilisés par les révolutionnaires français pendant la Terreur, et par les Anglais à Cadix pour garder les prisonniers de Trafalgar.
Espagne Cadix
France Nantes
L'habitude d'enfermer des détenus dans les cales des navires ancrés au port a été prise bien avant Jean-Baptiste Carrier. Le procédé présente le double avantage d'isoler complètement les détenus et de limiter au minimum les risques d'évasion. En outre, par suite du blocus, il ne manque pas de bateaux disponibles. À Nantes, les détenus sont emprisonnés sur la Louise, le Thérèse, la Gloire. Plusieurs galiotes servent à dégorger la prison des Saintes-Claires.
Des prêtres réfractaires, pris parmi les plus âgés, sont ainsi internés sur le Thérèse en juillet 1793 ; fin octobre ils sont transférés sur un autre navire, la Gloire, qui est leur tombeau. Les transbordements des prisons aux navires préparent les noyades en facilitant leur exécution. Mais avant d'être noyés, les détenus risquent de périr d'inanition ou de maladie.
Rochefort
Trois pontons ancrés en rade de Rochefort servent également à emprisonner des prêtres réfractaires pendant la période de la Terreur, durant la Révolution française. Ils attendent d'être envoyés au bagne de Guyane, mais le blocus de la Marine anglaise a bloqué les départs. Sur 829 ecclésiastiques, le bilan est tragique : 547 prêtres et religieux périssent entre avril 1794 et le début de l'année 1795, et 254 de ces martyrs reposent dans une fosse commune sur l'île Madame, près de RochefortFête des bienheureux martyrs des Pontons de Rochefort, Notre-Dame de Chrétienté.. Les trois pontons avaient pour noms : Washington, Deux-Associés et Bonhomme Richard. Soixante-quatre prêtres martyrs ont été béatifiés par le pape Jean-Paul II en octobre 1995 et sont célébrés à différentes dates par l'Église catholique romaine, sous le vocable générique des martyrs des pontons de Rochefort.
Les pontons de la Commune de Paris Après la répression de la Commune de Paris, des communards ont été détenus sur des pontonsAchille-Henri Baubeau de Secondigné, Les Pontons : Versailles, Satory, Brest ; histoire d’un évadé Arthur Lévy, Paris, 1871.. Cette pratique transitoire n'aurait duré que quelques mois mais a été utilisée dans plusieurs ports, Brest, LorientPrisons versaillaises, automne 1871, les pontons transcription d'un article de Jules Mottu paru dans Le Radical, 16 octobre 1871. Sur le site Macommunedeparis.com., Nantes, Rochefort. Au total environ 27 navires ont été utilisés dont le Tage, Les nombreux « rebelles » ou « insurgés » (appellation reprise dans les registres de détention) sont incarcérés soit sur les pontons des navires désarmés présents dans les rades des quatre ports concernés, soit dans des dépôts à terre, forts militaires ou prisonsJean-Claude Farcy, La répression judiciaire de la Commune de Paris : des pontons à l’amnistie (1871-1880), Article sur le site Communard-1871.fr.
Royaume-Uni Chatham
Plymouth
Australie En Australie des prisons étaient parfois constituées par des bateaux hors d'usage transformés en geôles flottantes.. Le bateau battant pavillon indien qui faisait du commerce entre les ports du sous-continent indien a été vendu aux britanniques et a fait plusieurs voyages avec des émigrants vers l'Australie, où l'équipage a déserté, avant d'être vendu au gouvernement du Victoria qui l'a utilisé en tant que prison flottante.
Dans la littérature
Sous l'Empire, les pontons anglais avaient une réputation exécrable. Voir par exemple Mes pontons, de Louis Garneray, prisonnier pendant 9 ans. Isa fait évader son ami Hoël d'un ponton anglais dans le second tome des Passagers du vent, justement nommé Le Ponton. Les pontons figurent également dans le dernier vers du fameux poème d'Arthur Rimbaud Le Bateau ivre, écrit en 1871 en référence à l'écrasement de la Commune de Paris lors de la semaine sanglante : « Ni nager sous les yeux horribles des pontons. »
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Achille-Henri Baubeau de Secondigné, Les Pontons : Versailles, Satory, Brest ; histoire d’un évadé Arthur Lévy, Paris, 1871.
Articles connexes Ponton (bâtiment de servitude) Prison Bagne Galères (peine) Esmeralda (voilier)
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