Alcatel (acronyme d'Alsacienne de constructions atomiques, de télécommunications et d'électronique) est une entreprise française spécialisée dans le secteur des télécommunications, active entre 1963 et 2006. Elle fusionne avec Lucent Technologies au mois de pour devenir Alcatel-Lucent, qui est rachetée par Nokia en 2015, et n'a plus d'existence propre en 2016.
À l'origine, une petite entreprise basée à Mulhouse et appartenant au groupe SACM (Société alsacienne de constructions mécaniques) qui conçoit et fabrique des équipements de télécommunication, elle est absorbée en 1968 par la Compagnie industrielle des télécommunications (CIT), menant à la création de CIT-Alcatel, filiale de la Compagnie générale d'électricité (CGE) conglomérat présent dans plusieurs secteurs économiques industriels de premier plan. Entre 1968 et 1998, aucune entreprise ne porte le nom unique Alcatel, qui est alors associé à CIT.
En 1988, ITT Corporation cède ses activités télécommunications européennes à la CGE. Alcatel (NV) devient numéro 2 mondial des équipementiers de télécommunication.
En 1991, la CGE contrôlant Alcatel et Alsthom prend le nom Alcatel-Alsthom pour une raison d'image. En 1998 après avoir rendu son indépendance à Alstom et son recentrage sur les télécommunications Alcatel-Alsthom prend le nom Alcatel.
Alcatel est dès lors l'un des leaders mondiaux dans la fourniture de commutateurs téléphoniques numériques (série E10 par exemple pour Alcatel CIT), de câbles de transmission sous-marins, d'infrastructures mobiles (GSM, GPRS, UMTS), d'applications de réseaux intelligents, d'applications de centre d'appel, d'applications vidéo (fixe et mobile) ainsi que de satellites et de charges embarquées. C'est aussi le leader mondial des marchés des réseaux optiques, des équipements d'accès DSL et des routeurs ATM et IP.
Alcatel fournit aussi des services à ses clients, depuis la conception de réseaux jusqu'à l'exploitation de ceux-ci, en passant par la fabrication des équipements, le déploiement, l'intégration et l'installation. En 2005, Alcatel est présent dans plus de , avec un chiffre d'affaires de .
Histoire alt=Schéma des acquisitions et fusions liées à l'histoire d'Alcatel.|vignette|Schéma des acquisitions et fusions liées à l'histoire d'Alcatel.
Origines Compagnie générale d'électricité Le , la Compagnie générale d'électricité (CGE) . est créée par Pierre Azaria et Paul Bizet avec Charles Herbault comme président. Pierre Azaria est alors administrateur délégué et Paul Bizet devient directeur général. L'ambition est de concurrencer des sociétés telles que AEG, Siemens ou General Electric.
En 1913, la Compagnie générale d'entreprises électriques (CGEE) est créée en tant que filiale de la CGE. En 1914, un nouveau siège social de la CGE est inauguré, au 54 rue La Boétie, Paris.. En 1925, la CGE absorbe la Compagnie générale des câbles de Lyon (la marque Les Câbles de Lyon étant préservée). En 1930, la CGE prend le contrôle de la Société des accumulateurs fixes et de traction (Saft). En 1946, la Compagnie industrielle des téléphones (CIT), filiale de la CGE est créée..
En 1959, le centre de recherche de Marcoussis commence ses activités. En 1965, CGE acquiert la Téléphonie Industrielle et Commerciale (Télic). En 1966, les accords CGE-Hispano-Alsacienne sont signés.
Société alsacienne de constructions mécaniques En 1872, naît la Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM), par la fusion des Ateliers André Koechlin et et de la Société anonyme de Graffenstaden.
En 1945, un département spécifique « électronique et télécommunications » est créé, remplacé en 1956 par le département ENTE (énergie nucléaire, télécommunications, électronique)... En 1956, est créée à Lille la Société lilloise de mécanique et d'électronique appliquée (Solméa), dont les installations du boulevard de Belfort sont transférées en 1962 à Marcq-en-Barœul, sur le site du Château Rouge.
En 1963, sont regroupées sur site du Château Rouge la Société alsacienne d'électronique et de mécanique appliquée (Saéma, filiale de la SACM), le département ENTE et la Solméa pour constituer la Société alsacienne de constructions atomiques et de télécommunications (Alcatel).
Création d'Alcatel En , c'est la naissance réelle d'Alcatel, présidée par le polytechnicien Robert Julia : sont regroupées, dans cette même usine du Château Rouge à Marcq-en-Barœul, la Société alsacienne d'électronique et de mécanique appliquée (Saéma, filiale de la SACM), le département ENTE et la Solméa pour constituer la Société alsacienne de constructions atomiques et de télécommunications, désormais baptisée Alcatel.
Alcatel regroupe alors six activités de diversification « qui ont grandement prospéré » depuis leur création 17 ans plus tôt. Dans les automatismes qu'elle a développés pour la Marine nationale, un système de guidage pour missiles balistiques, qu'Alcatel utilisera surtout pour piloter les machines-outils à commande numérique. L'un des six départements, « Automatisme et traitement de l'information », a aussi comme projet des « automatismes », mais « pour les manipulations de combustibles nucléaires dans les centrales EDF, à base de tambours magnétiques SEA fournissant les ordres et les messages au personnel ». Autre projet, lancé lui en 1965, l'Alcatel 2412, calculateur industriel doté d'un logiciel dédié et de circuits issus des travaux pour EDF, mais rapidement abandonné en raison d'un accord avec la CII, qui en échange laisse à Alcatel les mains libres en matière de machines-outils à commande numérique ( vendues en France, et en URSS).
La société fait ainsi partie de la nébuleuse de nombreux fournisseurs de l'État français concernés par les réflexions du Plan Calcul annoncé fin 1966.
Mais en 1970, Alcatel, qui affiche déjà 300 millions de francs de ventes annuelles, passe dans l'orbite de la CGE, car Robert Julia prend sa retraite et Ambroise Roux, patron de la CGE, souhaite la recentrer "sur les techniques de l'automatisme, et surtout du téléphone" en la fusionnant avec la CITInventaire publié en 2011 sur le site de l'associationAconit par Henri Boucher, ingénieur général de l'armement, membre du service Technique des constructions navales pour la Marine nationale, qui l'a détaché en 1967 comme directeur d'études à l'IRIA .
Intégration à la CGE d'Alcatel et Alsthom (1960–1969) En 1968, la SACM cède l'ensemble des activités d'Alcatel à la CGE. En 1970, elle est fusionnée avec la CIT (qui prend le nom de CIT-Alcatel) qui intègre l'usine de Marcq-en-Barœul au département « transmissions », avec le développement de l'infrastructure téléphonique en France. En 1969, la CGE devient l'actionnaire majoritaire d'Alsthom, entreprise fabricant des locomotives et des moteurs créée en 1928 par le rapprochement de la Société alsacienne de constructions mécaniques et de la Compagnie française pour l'exploitation des procédés Thomson-Houston. Il s'agit alors de se positionner sur le train à grande vitesse TGV 001 d'Alsthom, qui va sortir en 1972. En 1970, Ambroise Roux, vice-président du CNPF depuis , devient président de la CGE. L'année de sa nomination, en 1970, la CIT et Alcatel fusionnent, et le premier autocommutateur temporel est mis en service à Lannion (Côtes-d'Armor), le PlatonPlaton = Prototype lannionais d'autocommutateur temporel à organisation numérique.. Il sera suivi en 1972 des commutateurs numériques.
En 1971, la CGE prend le contrôle de la Société générale d'entreprises (génie civil, bâtiment, travaux industriels, service électrique), désormais Vinci. La CGEE est rebaptisée CGEE-Alsthom. En 1972, le train à grande vitesse TGV 001 (Alsthom), sorti en 1972, atteint . En 1974, la CGE créée deux filiales, Electrobail, spécialisée dans les opérations de crédit-bail, et la Slet, Société de location d'équipements téléphoniques privés.
En 1976, Alsthom absorbe les Chantiers de l'Atlantique, qui devient Alsthom-Atlantique. Alsthom-Atlantique étant contrôlé en totalité par la CGE. La Générale de services téléphoniques (GST) est créée, à la suite de la prise de contrôle de trois sociétés d'installation téléphonique. C'est aussi l'époque du début des surfacturations aux PTT puis à France Télécom. En 1978, sa filiale GST fait des acquisitions. En 1979, la société Téléphonie industrielle et commerciale est créée, elle est chargée de commercialiser les produits de Telic et de CIT Alcatel. En 1979, CGE prend une participation de 34 % au capital de Locatel, qui fournit au groupe CGE un réseau de de venteJean Le Nay et Jocelyne Barreau, « Les restructurations des groupes français de l'électronique - 1974-1981 », Revue d'économie industrielle, 1982 ..
En 1981, le TGV bat le record du monde de vitesse sur rail avec (rame ). En 1990, la rame portera ce record à . En 1982, CGE est nationalisée ; Ambroise Roux démissionne mais restera président d'honneur de la CGE jusqu'à son décès, en 1999. Jean-Pierre Brunet devient président de la CGE, qui prend le contrôle de la Sesa (SSII). Le groupe compte alors . En 1983, les activités de télécommunications publiques et de communication d'entreprise de Thomson-CSF sont regroupées au sein d'une société de portefeuille Thomson Télécommunications. En 1983, dans le cadre des accords CGE-Thomson, les sociétés Thomson Jeumont Câbles et Kabeltel sont acquises par les Câbles de Lyon. En 1983, La Transac est cédée à Bull, alors que ses effectifs dépassent André Michaud, « Contribution à l´histoire de la Société TRANSAC — 1970-1982 », Actes du Septième Colloque sur l'Histoire de l'Informatique et des Transmissions, .. En 1984, Georges Pébereau devient président de la CGE..
Privatisation de la CGE (1985–1990) En 1985, Alsthom-Atlantique prend la dénomination Alsthom. Les nationalisations des années précédentes permettent la restructuration de plusieurs secteurs d'activité.
Les activités infrastructures de télécommunications sont transférées de Thomson-CSF à Alcatel. Thomson-CSF se recentre sur l'électronique professionnelle et militaire et reprend les activités composants et électroniques d'Alcatel ; CIT-Alcatel et Thomson Télécommunications fusionnent ; la nouvelle société est dans un premier temps appelée Alcatel-Thomson puis prend le nom d'Alcatel (25 milliards de francs de chiffre d'affaires et environ ) sous la houlette de la Compagnie générale d'électricité (CGE).. Toujours en 1985, CGE annonce d'emplois, dont des licenciements « secs », ce qui est inédit pour un groupe nationalisé placé sur un « secteur d'avenir ».
CGE entre dans l'industrie nucléaire en prenant une participation à hauteur de 40 % dans le capital de Framatome et devenant son principal actionnaire..
En 1986, Pierre Suard accède à la présidence du groupe. Les Câbles de Lyon deviennent une filiale d'Alcatel.
En 1987, la CGE est privatisée.
La Générale occidentale de Jimmy Goldsmith est acquise - ., détenant notamment L'Express.
Alsthom participe à l'équipement du réseau TGV Atlantique et prend la tête du consortium d'entreprises françaises, belges et anglaises chargées du réseau nord du TGV.
Le groupe est aussi présent dans des sociétés travaillant dans le secteur du logiciel informatique. La Sociétés de Services en Ingénierie Informatique (SSII) Société d'étude des systèmes d'automation (SESA) est vendue au groupe Cap Gemini Sogeti qui était déjà son actionnaire. La Générale de service informatique (GSI) sera cédée à ses salariés. Le groupe conserve les SSII TITN, Anware et ISR.
En 1988, Alcatel NV, une société de droit néerlandais, est créée. à la suite de l'accord conclu avec ITT Corporation qui cède ses activités télécommunications européennes à la CGE. Ce sont, en particulier, la filiale allemande : SEL (Standard Elektrik Lorenz), la filiale belge : Bell et la filiale espagnole : Sesa. La société choisit l'anglais comme langue de travail internationale. Alcatel NV est mondial des équipementiers télécoms.