thumb|300px|Apparition de la Vierge du Pilar à saint Jacques et à ses disciples de Saragosse, 1768-1769. Les peintures religieuses de Goya sont l'ensemble des peintures et fresques réalisées par Francisco de Goya au début de sa carrière, à Saragosse puis lors de son voyage en Italie et enfin pour ses premières commandes à Madrid.

Vue d'ensemble et analyse générale La peinture religieuse de Goya est importante dans l'œuvre de celui-ci car elle constitue à la fois ses premiers pas et sa confirmation comme artiste. Avant d'intégrer la fabrique royale de tapisserie et de travailler avec Francisco Bayeu et Anton Raphael Mengs, il produit une grande quantité d'œuvres, principalement dans des édifices religieux, puis en réalise avec une certaine fréquence, avant que cela devienne très ponctuel à partir de 1790.

Les premières œuvres de Goya sont très conventionnelles et populaires avant de dépeindre une religiosité proche des principes des Lumières, plus intimiste et d'une émotivité très marquée.

Dans ses années les plus jeunes, à Saragosse, Goya peint de petits tableaux de dévotion, à vocation populaire et d'un style baroque tardif et rococo, ainsi que de grands ensembles muraux où l'on peut apprécier un certain talent de composition.

La décoration de la coupole , réalisée vers 1780 à la basilique du Pilar lui apporte la reconnaissance du milieu, avant de confirmer définitivement avec celle de l'église San Antonio de la Florida de Madrid, où tous les personnages se présentent formant une unité scénique expressive.

Goya embrasse le néoclassicisme mais y impose des touches très personnelles, notamment sur des toiles comme Christ crucifié (1780), qui lui vaut de devenir académicien à l'Académie royale des beaux-arts de San Fernando. Il abandonne cependant ce style assez rapidement, jugeant cette esthétique contraire à son tempérament et à sa conception de la peinture et de l'art.

Après la Guerre d'indépendance espagnole au début du , il aborde à nouveau le thème religieux — quelque peu abandonné depuis les années 1790 — avec de tableaux de grand format tels que Saintes Juste et Rufine (1817) de la cathédrale de Séville ou la très chargée émotionnellement La Dernière Communion de saint José Calasanz (1818), chef-d'œuvre de la peinture religieuse des .

Décoration d'un reliquaire À Fuendetodos, dans la province de Saragosse, où est né Goya, se trouve une église paroissiale, qui fut détruite en 1936 à cause de la guerre civile espagnole. Avant cela, Goya y décore un reliquaire, dont il ne reste rien, si ce n'est quelques documents photographiques. Il s'agit là d'une œuvre de jeunesse, selon Zapater. Dais soutenu par des anges, 300×300, 1762. Cette décoration murale sert de fond au reliquaire. Apparition de la vierge du Pilar à Saint Jacques de Compostelle et à ses disciples, 180×130, 1762. Elle est peinte à l'extérieur des volets du reliquaire ; il s'agit de la même scène que celle de la coupole de la basilique du Pilar de Saragosse, réalisée par Antonio González Velázquez en 1752-1753 en reprenant un style très proche de celui de José Luzán. La vierge du carmel, 180×65, 1762. Située à l'intérieur du volet gauche. Saint François de Paule 180×65, 1762. Située à l'intérieur du volet droit et portant l'inscription « CA/RI/TAS ».

Concours à l'Académie En 1766, la Real academia española ouvre un concours de peinture, dont le sujet est tiré de l'histoire du père Mariana : À cette occasion, Goya peint L'Impératrice Marthe et Alphonse le sage, une peinture probablement de grandes dimensions car il a eu un délai de six mois pour le réaliser, entre janvier et juillet. On sait juste qu'il n'a pas obtenu une seule voix du jury.

Elle est accompagnée d'une autre œuvre, une étude improvisée, Dispute des généraux Juan de Urbina et Diego Garcia de Paredes à partir du sujet : Peinte en deux heures et demie le , la toile est de petites dimensions et ne rencontrera aucun succès non plus.

Les « pères de l'Église » Les « pères de l'Église » de Calatayud À Calatayud, en Aragon, Goya peint à l'huile un ensemble monumental sur les pendentifs de la coupole de l'église provinciale de Nuestra Señora del Pilar (désormais de San Juan).

Restaurées en 1987 par Carlos et Teresa Barboza, ces quatre peintures font l'objet d'une étude approfondie qui confirme la qualité exceptionnelle de ce qui est considéré comme l'œuvre la plus importante réalisée par le peintre avant son départ en Italie.

Goya a probablement été désigné par Ramón Bayeu pour la réaliser, étant alors apprenti chez son futur beau-père depuis 1763. En effet, on sait grâce au livre des dépenses de la paroisse qu'en 1762 un peintre de Saragosse y est allé voir les pendentifs : Goya n'ayant que 16 ans, il s'agit certainement de Bayeu. Il ne s'en serait pas occupé lui-même car Anton Raphael Mengs l'embauche un an plus tard pour travailler sous sa direction à la décoration du Palais royal de Madrid, qui l'occuperait jusqu'en 1766. Le même livre signale qu'entre mars et , d'importants travaux ont lieu pour préparer les pendentifs avants la réalisation des peintures (il s'agissait notamment de poser les planches et fixer la toile par-dessus).

En 1767, l'église est fermée au culte par ses propriétaires jésuites, lors de leur expulsion ; elle n'ouvre à nouveau qu'en 1771 et change de nom pour s'appeler San Juan.

Les pendentifs constituent le premier ensemble de « Pères de l'Église » réalisé par Goya, dont les dessins préalable sont sûrement l'œuvre de Bayeu, mais dont l'exécution montre déjà la qui est propre à Goya.

Les quatre pendentifs sont : Saint Ambroise, 740×560, 1766-1767; Saint Augustin, 740×560, 1766-1767; Saint Grégoire, 740×560, 1766-1767; Saint Jérôme, 740×560, 1766-1767.

Les « pères de l'Église » de Remolinos Comme à Calatayud, Goya se charge des pendentifs de la coupole de l'église paroissiale de Remolinos, près de Saragosse.

Selon Gudiol, ces quatre peintures seraient des préparations pour celles de Muel ; mais selon Milicua, qui prétend que l'église de Remolinos n'est édifiée qu'en 1782 voire plus tard, elles auraient été peintes 10 ans plus tard que celles de Muel.

Le nom de chacun des personnages est inscrit sur les nuages qui le soutiennent.

Les quatre pendentifs sont : Saint Ambroise, 175×95, 1772Chacun des pères de l'Église est représenté sur un nuage qui les soutiennent et où est inscrit leur nom : San Ambrosio, San Agustin, San Gregorio et San Geronimo.; Saint Augustin, 175×95, 1772 ; Saint Grégoire, 175×95, 1772 ; Saint Jérôme, 175×95, 1772.

Les « pères de l'Église » de Muel Peints à l'huile comme leurs précédents, ces pendentifs ornent la coupole du sanctuaire de la Virgen de la Fuente (édifié vers 1770), à Muel, près de Saragosse.

Les quatre pendentifs sont : Saint Ambroise, 250×200, 1772; Saint Augustin, 250×200, 1772 ; Saint Grégoire, 250×200, 1772 ; Saint Jérôme, 250×200, 1772.

Gudiol cite par ailleurs une autre série de pères de l'Église à l'église paroissiale de Luesma, près de Saragosse. Détruite en 1936, elle était l'œuvre d'un peintre quelconque, qui aurait copié Goya ou une source commune inconnue.

Les « pères de l'Église » tardifs La destination primitive et la datation de ces « pères de l'Église » sont inconnus. Gudiol les situe vers 1781-1785, mais Gassier les situe lors du second séjour de Goya en Andalousie (vers 1796-1799), proposition la plus acceptée. Saint Ambroise, 190×113, 1796-1799, Madrid, col. Maria Luisa Bayo Saint Augustin, 190×115, 1796-1799, Cleveland Museum of Art ; Saint Grégoire, 190×115, 1796-1799, Madrid, ; Saint Jérôme, 183×113, 1796-1799, Pasadena, Norton Simon Museum.

Les peintures du palais de Sobradiel thumb|300px|L'Adoration du nom de Dieu (1772). Vers 1771, Goya réalise plusieurs peintures à l'huile sur les murs de la chapelle du palais de Sobradiel à Saragosse.

Les peintures sont : Descente de croix, 130×95, 1771. Décorait le plafond de la chapelle. Selon Sambricio (1954), cette peinture s'inspire d'une gravure de Dorigny, tandis que selon Milicua, la composition dériverait d'une gravure de Daret d'après S. Vouet ; La visitation, 130×80,5, 1771. Se trouvait sur la paroi gauche. La composition dérive d'une estampe reproduisant une peinture de Maratta ; Le Songe de Joseph, (1770-1772), huile sur enduit, transposé sur toile, , Musée de Saragosse. Il se trouvait sur la paroi droite. La composition dérive de Vouet, d'après une estampe de Dorigny. Elle est en très mauvais état ; Saint Vincent Ferrier, 37×30, 1771. Avec les trois œuvres suivantes, elle occupait les côtés d'une niche. On a souvent fait le lien entre ces peintures et les fresques de Corrège qui ornent les pendentifs du Dôme de Parme ; Saint Joachim, 37×29, 1771. Voir Saint Vincent Ferrier. En mauvais état ; Sainte Anne, 37×30, 1771. Voir Saint Vincent Ferrier ; Saint Gaëtan, 37×30, 1771. Voir Saint Vincent Ferrier ; L'adoration du nom de dieu par les Anges, 75×152, 1772. Esquisse de la suivante : L'adoration du nom de dieu par les Anges, 700×1500, 1772. Décore le plafond du petit chœur (« coreto »). Le Conseil de Fabrique du Pilar en a fait la commande à Goya le et reçoit un essai de fresque (perdu) le ; le , le Conseil reçoit l'esquisse définitive et voit la fresque terminée le .

Les « scènes de la vie de la Vierge et du Christ » à la Chartreuse de l'Aula Dei thumb|300px|Détail de la Naissance de la Vierge, de la série de peintures de la chartreuse d'Aula Dei (1774).

Goya peint en 1774 un cycle de onze peintures à l'huile sur les murs de la chartreuse d'Aula Dei, près de Saragosse, où son beau-frère Manuel Bayeu est moine, à la suite de la commande des moines Félix Salcedo et José Lalana. Elles sont peintes à l'huile et relatent la vie de la Vierge Marie depuis ses aïeux (Saint Joachim et Sainte Anne) jusqu'à la présentation de Jésus au Temple. Toutes n'ont pas survécu : sept ont été conservées et quatre ont été remplacées au début du par des toiles des frères Paul et Amédée Buffet en 1903. Elles sont parmi les œuvres les plus originales de la jeunesse de Goya. L'annonciation à Saint Joachim, 305×845, 1774. Entoure l'entrée principale : les figures des anges étant au centre (et en mauvais état), et Sainte Anne étant à droite, restaurée ; La naissance de la Vierge, 305×790, 1774. À droite en entrant par la porte principale ; Les fiançailles de la vierge, 305×790, 1774. Après La naissance de la Vierge, en allant vers l'autel ; La visitation, 305×790, 1774. Dernière peinture à droite. Selon Gudiol, La visitation est d'une qualité supérieure aux autres et annonce les premiers cartons de tapisserie de par certains détails ; La circoncision, 305×1025, 1774. Recouvre les trois parois de la croisée du transept. À gauche, les anges présentent un bouclier portant l'anagramme du Christ ; à droite, des dévots pour lesquels Gudiol note une influence importante des peintures pompéiennes probablement vues par l'artiste lors de son séjour en Italie ; La présentation au temple, 305×520, 1774 ; L'adoration des mages, 305×1026, 1774. En opposition à La circoncision, celle-ci recouvre de la même manière les trois parois de la croisée du transept. À gauche figurent les serviteurs des Mages.

Scènes bibliques C'est grâce à des reproductions de piètre qualité dans le catalogue de la collection des ducs d'Aveyro (Madrid, non daté), leurs propriétaires, que l'on a connaissance de ces œuvres: Moïse et le serpent d'airain Le Sacrifice d'Isaac Moïse faisant jaillir l'eau du rocher Le sacrifice de la fille de Jephté. Selon le catalogue, cette scène représente le sacrifice d'Iphigénie, bien qu'il n'y a aucun rapport avec les trois autres tableaux de la collection, tous à sujets bibliques.

Les fresques du Pilar de Saragosse Le , Goya reçoit la commande de la décoration d'une petite coupole et de ses pendentifs, dans la nef nord de la basilique de Nuestra Señora del Pilar de Saragosse.