Le terme précinéma Quant à l'origine de ce mot, lire dans la livraison d'avril-juin 1960 de L'AGE NOUVEAU, consacré à la préhistoire du cinéma, Paul Léglise indiquant, p. 6 : "Le professeur Pierre Francastel forgea, au cours d'un austère congrès international de filmologie, en plein coeur de la traditionnelle Sorbone, le mot "pré-cinéma". Il le définissait en considérant l'état des travaux déjà effectués en ce domaine et en se référant notamment aux recherches du professeur Ragghianti." désigne les procédés inventés au cours du , pour reconstituer le mouvement à partir de dessins ou de photographies, disposés (souvent) sur un support circulaire revenant cycliquement à son point de départ. Les procédés du précinéma sont antérieurs à une invention capitale qui va délivrer le spectacle présenté de sa répétition cyclique : le film souple, mis au point en 1887 par l'Américain John Carbutt, constitué de nitrate de cellulose (le celluloïd), que l'industriel George Eastman met sur le marché en 1888, débité en rouleaux de de large, enduits ou non de substance photosensibleGeorges Sadoul, « Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours », 719 pages, Flammarion, Paris, 1968, page 11. Si les procédés antérieurs n'ont pas été pour autant abandonnés à cette époque car ils avaient un marché spécifique, 1888 semble la date clé qui sépare le précinéma du cinéma. Les bandes dessinées ou les alignements de photographies du précinéma présentaient une saynète qui durait une à deux secondes au maximum. Grâce au film souple, les spectacles représentés peuvent durer une dizaine de secondes, voire quelques dizaines de secondes, et, très rapidement, permettront de présenter des films de plusieurs dizaines de minutes(en) Charles Musser, « History of the American Cinema, Volume 1, The Emergence of Cinema, The American Screen to 1907(en) s Musser, « History of the American Cinema, Volume 1, The Emergence of Cinema, The American Screen to 1907 », 613 pages, pages 195 à 197, Charles Scribner’s Sons, New York, Collier Macmillan Canada, Toronto, Maxwell Macmillan International, New York, Oxford, Singapore, Sydney, 1990 .

Le phénomène qui permet au cerveau de percevoir le mouvement tel que le présentent les procédés du précinéma, et plus tard les techniques du cinéma, a été étudié au début du par Max WertheimerMax Wertheimer, « Experimental Studies on the Seeing of Motion », ed. Thorne Shipley, New York, 1912. C'est que l'on appelle « l'effet bêta » (confondu encore aujourd'hui avec « l'effet phi », autre phénomène mis en lumière également par Wertheimer), un phénomène d'interprétation de la vision par le cerveau, qui explique notre perception des images animées en mouvementlecerveau.mcgill.ca/flash/a/a_02/a_02_s/a.../a_02_s_vis.html|consulté le 05/04/2013. C'est la capacité du cerveau à identifier deux lumières clignotantes, éloignées l'une de l'autre, comme étant un seul objet lumineux qu'il croit voir se déplacer. Un bon exemple est donné par les flèches géantes lumineuses fixes décalées l’une derrière l’autre, en cascade, qui signalent sur les autoroutes un resserrement de la circulation ou une déviation, et qui s’allument et s’éteignent les unes après les autres, donnant l’illusion d’une flèche unique qui se déplacerait dans le sens indiqué.

La « persistance rétinienne » entre pour peu de chose dans le phénomène (mais pas pour rien), et elle est surtout un inconvénient que chaque inventeur a dû combattre à sa manièreJacques Aumont, « L'Image », éditions Nathan, Paris, 1990.

Les appareils du précinéma (avant 1888)

s : les zograscopes et boîtes d'optique pour visionner les vues d'optique s : la lanterne magique

Appareils utilisant des dessins ou impression sur papier

1825-1830 - le Thaumatrope, inventé en Europe conjointement par plusieurs chercheurs. Disque pivotant sur lui-même, à deux dessins recto-verso. 1832 - le Phénakistiscope, inventé par le Belge Joseph Plateau. Disque rotatif à 12 ou 16 dessins vus à travers des fentes. 1832 - le Stroboscope, inventé par l'Autrichien Simon Stampfer. Disque rotatif à 12, 16, 18 et 24 dessins sur deux rangs, vus à travers des fentes. 1834 - le Zootrope ou Zoetrope en anglais, inventé par l'Anglais William George Horner. Cylindre rotatif à 12 ou 18 dessins, vus à travers des fentes. 1853 – le Kinesticope, inventé par l’Autrichien Franz von Uchatius. Deux dessins alternatifs, équipé d'une lanterne magique de projection. 1868 - le Folioscope, inventé par l'Anglais John Barnes Linnett. Empilement de 20, 30 ou 40 dessins effeuillés par le pouce. 1877 - le Praxinoscope, inventé par le Français Émile Reynaud. 12 vignettes dessinées dans un cylindre en rotation, vues par l'intermédiaire de miroirs. 1880 - le Praxinoscope à projection, adapté par Émile Reynaud d'après son Praxinoscope-théâtre, équipé d'une lanterne magique de projection. 1880 - le Zoopraxiscope, inventé par l'Anglais Eadweard Muybridge. Disque rotatif à 12 ou 16 dessins, équipé d'une lanterne magique de projection.

Appareils projecteurs utilisant des photographies transparentes ou du film transparent

1880 - le Zoopraxiscope, inventé par l'Anglais Eadweard Muybridge. Il met en mouvement un disque rotatif portant 12 ou 16 photographies sur verre (captées par un procédé de chronophotographie) et utilise la lumière d'une classique lanterne magique pour la projection. Ce dispositif à mouvement continu devait donner une projection plus proche de l'animation ci-contre à gauche que de la moderne (et trop parfaite) animation .gif ci-dessous du même galop. 1886 - le LPCC Type-16, inventé par le français Louis Aimé Augustin Le Prince, enregistre 16 photographies sur verre avec 16 objectifs. Type de visionnement non reconnu.

1887 - le LPCCP Type-1 Mk2, inventé par Louis Aimé Augustin Le Prince, enregistre 20 photographies sur papier photosensible avec 1 unique objectif. Type de visionnement non reconnu (essais reportés en 1930 sur film souple Eastman Kodak projetable avec un appareil standard) (animation gif ci-contre du fils de Le Prince à l'accordéon). 1891 - Phonoscope de Georges Demenÿ. Ce dispositif de projection utilise aussi un disque à rotation continue doté de 24 images devant lequel tourne un disque obturateur à une seule fenêtreÉtienne-Jules Marey écrit, en 1894 dans son ouvrage "Le mouvement" : "[les 24 photogrammes étaient recueillis] avec le Chronophotographe à bande pelliculaire. [...] La brièveté des poses et la parfaite exécution de cet appareil font que les images, malgré la rotation du disque qui les porte, semblent immobiles et se montrent toutes exactement à la même place.".

Notes et références

Annexes

Bibliographie Georges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, des origines à nos jours, Flammarion, Paris, 1968, 719 pages ; Jérôme Prieur, Séance de lanterne magique, Paris, Gallimard, coll. "Le Chemin", 1985 ; Jacques Aumont, L'Image, éditions Nathan, Paris, 1990 ;

Marie-France Briselance et Jean-Claude Morin, Grammaire du cinéma, Paris : Nouveau Monde, 2010 , 588 pages ;

Filmographie Jérôme Prieur, Vivement le cinéma, film documentaire sur le siècle avant l'invention du cinématographe (coproduction Mélisande films, La Cinemathèque française, Arte France, 2011).

Articles connexes Histoire du cinéma d'animation Fantasmagorie (spectacle)

Liens externes Appareils du cinéma muet en France Fondements de la projection Webographie et expériences sur les illusions d'optique et le pré-cinéma scientifique Site du Musée de Précinéma à Padoue, Italie Site du [NMB Nouveau Musée Bienne (Suisse).] Une aile du Musée est consacrée au précinéma avec l'exposition permanente: "La technique de l'illusion. De la lanterne magique au cinéma". La Cinécollection William Piasio est une collection unique en Suisse.