Thomas de Maurienne, ou plus couramment de Savoie, dit « le Gibelin » ou encore « L'Ami des Communes », né entre 1175 et 1180 au château de Charbonnières à Aiguebelle et mort le à Moncalieri, est un comte de Maurienne et marquis en Italie, comte de Savoie (1189-1233).

Il peut être parfois considéré, notamment dans la Pays de Savoie : petite encyclopédie Savoyarde (1985), comme le « second fondateur de l'État Savoyard »., le second après le comte Humbert. Cette expression qualifiait également le duc Emmanuel-Philibert, selon l'expression utilisée par l'historien italien Pietro Orsi.

Biographie Enfance Si les auteurs s'accordent sur une naissance au château de Charbonnières, résidence comtale des Humbertiens, situé à Aiguebelle dans la vallée de la Maurienne, la date de naissance de Thomas n'est quant à elle pas précisément connue. La notice du Dictionnaire historique de la Suisse indique une période comprise « entre 1175 et 1180 ».. Le généalogiste de la maison de Savoie, Samuel Guichenon (), indiquait le (lire en ligne)., cette date est retenue par Ulysse Chevalier (1877). ou encore les auteurs de Saints et saintes de Savoie.. Le site Internet de généalogie, Foundation for Medieval Genealogy, indique pour sa part l'année 1178, après le .

Thomas est le fils d', comte de Maurienne et Savoie, et de sa quatrième épouse Béatrice de Vienne, fille de , comte de Mâcon et de Vienne. Sa naissance est un grand soulagement pour son père qui après trois mariages sans descendance masculine, désespérait d'avoir un jour un héritier masculin.. La venue du nouvel héritier est annoncée au comte Humbert par Anthelme, évêque de Belley, alors mourant..

Régence Thomas n'a que onze ou douze ans lorsque son père meurt le . Le cousin de son père, Boniface, marquis de Montferrat, devient son tuteur.... Un conseil de régence est mis en place pour gérer le comté. Il est composé notamment de son tuteur et de sa mère, Béatrice, qui garde une grande influence, .. Le conseil comtal constitué généralement de la noblesse, et dans une moindre mesure auprès des ecclésiastiques issus toutefois du même sérail, a dû très probablement jouer un rôle durant cette période. Son rôle est, dans les usages, d'aider le comte dans la gestion de son domaine, notamment dans les affaires féodales, la haute justice, les finances ainsi que la politique tant intérieure qu'extérieure du comté. Il peut également avoir un rôle lors des décisions de mariage ainsi que de remplacer le comte lors de son absence.

Lorsqu'il atteint sa majorité en , Thomas possédait l'énergie, les dispositions militaires, et le charisme qui faisaient défaut à son père. Son tuteur, Boniface de Montferrat, se trouve dans le parti des gibelins, ce qui permet au comté de se rapprocher à nouveau dans le giron de l'Empereur après quelques décennies à avoir soutenu le parti de la Papauté. Malgré son jeune âge, il entreprit de conquérir de nouveaux territoires au nord-ouest. En 1191, il concède à la vallée d'Aoste une charte des franchises, reconnaissant son droit à l'autonomie politique et administrative. L'évêque d'Aoste profite des tensions entre le comté et l'Empereur pour obtenir une plus grande puissance temporelle et notamment « le tiers de toutes les recettes publiques ».. Par la suite, il soutint l'empereur contre la papauté. Cette nouvelle orientation politique est notamment motivée par la menace qu'a encouru le comté peu avant l'hiver de 1187 où les troupes impériales avaient envahi le Piémont et le val de Suse.. Cette orientation vaut le surnom de Thomas le Gibelins... Il utilisera d'ailleurs par la suite plus facilement la « bannière traditionnelle de l'Empereur» à « l'aigle de sable en un champ d'or » que « la croix d'argent sur champs de gueules ». Pour l'historien du Victor Flour de Saint-Genis, « Avec Boniface, la Savoie tourne du pape à l'empereur, des guelfes aux gibelins ; de religieux, le règne devient guerrier.. »

Le jeune comte de Savoie hérite de son père environ 25 positions stratégiques (châteaux) situé sur les territoires composés du comté de Maurienne, de la Novalaise (aujourd'hui l'avant-pays savoyard appelé aussi Bugey savoyard), de la Tarentaise, du val de Suse, de la vallée d'Aoste, du Chablais, du Bugey, mais aussi en Piémont et en Viennois. En 1191, « les marquis de Montferrat et de Saluces, rétablissent à Turin l'autorité du comte ».

La (« Généalogie des comtes de Savoie ») décrit qu'à l'occasion d'une fête le jeune comte rencontre la fille du comte de Genève : « Le comte Thomas était jeune et beau et dansait et chantait mieux que nul autre. Si prit par la main la fille au comte de Genève, et, chantant longuement ensemble, furent si amoureux l'un de l'autre… il commença à parler d'amour en disant : demoiselle je suis si épris de votre amour que si de moi n'avez merci, il me conviendra de mourir […]Cité par Bertoni, I Trovalori d'Ilalia, Modène, 1915, . Texte extrait de : . » Vers mai 1196, il épouse Béatrice-Marguerite de Genève.. Les Chroniques raconte que le comte de Genève destinait sa fille au roi de France.. Le couple aura de nombreux enfants, le chiffre de dix dont huit garçons est celui généralement retenu.., même si d'autres sources avancent jusqu'à neuf autres enfants, dont des enfants illégitimes (voir si-après).

Comte de Savoie vignette|Dessin d'un sceau comtal (date inconnue). Affirmation du pouvoir comtal Thomas étend ses droits en Bugey, dans le pays de Vaud, à Carignano et dans le Piémont et prend le titre de « seigneur de Piémont ». Il reçoit la confirmation de ses droits en 1207 pour l'ensemble de son héritage par Philippe de Souabe, roi des Romains. Il est investi du fief d'Empire au château de Moudon (pays de Vaud)., ainsi que des fiefs de Chieri, ville marchande à proximité de Turin, et Testona (aujourd'hui Moncalieri), dans le Piémont. Dès les années 1211-1212, il lance avec des attaques contre les évêques de Genève..

L'investiture en pays de Vaud se fait contre la famille de Zähringen, qui appartient au parti guelfe.. Une opposition provient de Roger de Vico Pisano, évêque de Lausanne, lui aussi guelfe. Anciennement, le château de Moudon appartenait aux évêques de Lausanne, mais l'évêque reste maître de la ville.. Une guerre s'engage durant laquelle le comte fait brûler le château de Lucens (pays de Vaud), qui est une résidence épiscopale.. En 1219, en signant un traité de paix à Burier avec le nouvel évêque, Berthold de Neuchâtel, Thomas affirme ses droits sur Moudon, et marque désormais son implantation dans le nord du Léman, en pays de Vaud. Le comte obtient de fait la souveraineté sur la ville de Moudon., bien que l'évêque en conserve la suzeraineté.Acte du (REG 0/0/1/573).. La ville deviendra le centre du pouvoir de la maison de Savoie pour le pays de Vaud.

Au cours de la fin de l'année 1218, à la suite d'un contrat passé le Acte du (REG 0/0/1/568)., le comte Thomas marie sa fille Marguerite à , « 1 - La famille de Kibourg »., fils du comte Ulrich. Cette alliance permet ainsi de rapprocher « deux lignages héritiers des Zähringen », famille ducale possessionnée dans la partie nord de la Suisse (Rheinfelden, Fribourg et Berne). Le dernier de la branche aînée des Zähringen disparaît au cours de l'année et l'héritage passe aux Kybourg..

Son premier fils, Amédée, est son successeur désigné. Il marie sa fille aînée, Béatrix (Béatrice) au comte de Provence et comte de Forcalquier, . Son second fils, Humbert, meurt en 1223. Leur frère, Aymon, reçoit en apanage le Vieux Chablais, dont il deviendra le seigneur à la mort de leur père.

En 1224, le comte Thomas signe un traité de paix avec Landri de Mont, évêque de SionActe de 1224 (REG 0/0/1/607).. L'évêque reçoit à cette occasion le château de Morges (pays de Vaud) en fief et s'engage à aider le comte si le château de Chillon est attaqué.

Quelques auteurs du ont considéré que le comte a participé à la croisade des Albigeois, voire à la quatrième croisadeAndré Perrin, Histoire de Savoie, des origines à 1860 (1900, ).., toutefois, ni la politique gibeline, ni les sources ne permettent de confirmer cette possibilité. D'ailleurs, le chercheur Gérard Zuchetto indique que le troubadour Peire Raimon se réfugie à la cour du prince de Savoie à la veille de la croisade.. Il réalise une composition « comte vaillant de Savoie » qui désigne probablement le comte.

Son soutien auprès de l'Empereur , lui permet d'obtenir, en 1226., le titre de vicaire impérial de Lombardie, devenant ainsi son représentant officiel, Cahiers d'histoire, Volume 19, 1974, Comité historique du centre-est, ...

Politique religieuse La politique envers la Papauté reste un axe important pour le comte Thomas. Le comte profite d'avoir de nombreux enfants, et notamment cinq de ses plus jeunes garçons, pour leur faire embrasser une carrière ecclésiastique. : . Les deux filles se succèdent à la tête de l'abbaye de Saint-Pierre de Lyon. Thomas et Pierre seront chanoines avant de devenir des seigneurs laïcs. Guillaume devient évêque de Valence, doyen de Vienne, puis prince-évêque de Liège et de Winchester, tandis que Boniface est fait évêque de Belley avant de devenir archevêque de Canterbury, Philippe sera archevêque de Lyon et évêque de Valence avant de devenir comte de Savoie, enfin Amédée est évêque de Maurienne.

Le comte, tout comme pour ses prédécesseurs, poursuit une politique de soutien aux monastères. L'abbaye d'Hautecombe bénéficie des largesses de Thomas en obtenant le droit d'obtenir ce qui était nécessaire à son fonctionnement dans le comté tout en étant exempté des « droits de péage de minage, de vente de lod, ni à tout autre redevance ». La protection est d'ailleurs plus importante avec le droit d'acquérir des fiefs dans le domaine comtal. Enfin, en 1203, le comte donne à l'abbaye des droits sur les paroisses et ses habitants de Méry, Clarafond et DrumetazActe du (REG 0/0/1/484).. Les autres monastères sont également dotées. En 1195, il fait une donation de ses biens en Val de Suse à l'abbaye du Betton, dans le val Gelon. Entre 1197 et 1200, il lègue des biens à l'hospice du Mont-Cenis. Des dons seront faits en 1207, puis 1216, à la chartreuse d'Aillon, dans les Bauges.

Plusieurs actes, non datés et répertoriés par le Régeste genevois, indiquent que le comte apporte sa protection à la chartreuse d'Arvières, dans le ValromeyActe entre 1188 et 1233 (REG 0/0/1/450)., celle d'Aillon, dans les BaugesActe entre 1188 et 1233 (REG 0/0/1/451).. En, 1207, il confirme les droits de l'abbaye d'Aulps et apporte également sa protectionActe du (REG 0/0/1/502)..

En 1222, le comte devient l'avoué de la chartreuse de Vallon (Chablais)Acte du (REG 0/0/1/597)..

Chartes de franchises Ruth Mariotte Löber observe que les comtes de Savoie utilisent les chartes de franchises dans les bourgs de leur domaine comme un mode de gestion. Ainsi les comtes donnent ces chartes pour des raisons stratégiques, parfois militaires, politiques ou économiques mais sans réclamations par les gens du peuple. Lorsque la charte est établie la justice est garantie par le comte et les habitants obtiennent des libertés. Bénéficient de ces avantages, les villes qui sont situées sur les limites du domaine comtal, sur les axes majeurs reliant l'Europe du Nord à la péninsule italienne, passant notamment par le col du Mont-Cenis, qu'ils contrôlent..

En 1196, le comte Thomas signe un traité de paréage avec l'abbé Rainier de Saint-Rambert-en-Bugey.... L'acte permet au comte d'obtenir le château de Cornillon et le bourg de Saint-Rambert. L'intérêt stratégique du site est de disposer d'un péage.