Victor, Joseph, Jules, Michel, né le à Limbourg (Dolhain) dans la province de Liège et mort à Bruxelles le , était un résistant membre du Réseau Socrate durant la Seconde Guerre mondiale. Il a occupé de nombreuses fonctions dans le Mouvement Ouvrier Chrétien avant d'en assumer la Présidence de 1973 à 1979. Il fut élu au Parlement Européen en . Il est le père de Luc Michel.
Éléments biographiques et formation Fils de Victor-Joseph Michel, fermier, et d’Élisa-Augustine Blocteur, il est issu d'une famille nombreuse de condition modeste. Malgré des humanités gréco-latines du degré inférieur prometteuses au Collège Saint-Servais de Liège, il entre au travail à quinze ans comme apprenti photographe en suivant des cours du soir à l'Institut Albert à Verviers où il décroche un diplôme de technicien industriel et commercial. Autodidacte, il complétera plus tard sa formation à l'Institut Supérieur d'Action Sociale à Heverlee. Il effectue son service militaire à la base de Bierset dont il sortira avec un grade de sous-officier, spécialiste en photographie aérienne.
École de la résistance et carrière professionnelle
Dès 1930, Victor Michel adhère à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC). Idéaliste comme beaucoup de jeunes travailleurs chrétiens, au sens où l'a décrit Maxence Van der Meersch dans son roman "Pêcheurs d'hommes"Maxence Van der Meersch. Pêcheurs d'hommes, roman sur la Jeunesse ouvrière chrétienne, (JOC). Paris, Albin Michel, 1940. il se distinguera par ses qualités de meneur et de tribun. Il sera appelé au secrétariat général de la JOC à Bruxelles en . Mobilisé en 1939, il est blessé au combat à Alost au début de la campagne des 18 jours. Fait prisonnier le , il est évacué vers un hôpital de Bruxelles. Libéré le , il aide les jeunes gens des cantons de l'est de la Belgique à entrer en clandestinité pour se soustraire à l'embrigadement dans la WehrmachtRapport sur le Réseau Socrate et l'Aide aux Réfractaires, rédigé en 1945 par la Sûreté de l'État, Document CEGES AA 884/379. .
Refus de participer au Service des Volontaires du Travail pour la Wallonie (SVTW) En , au lendemain de la capitulation de la Belgique, le royaliste Henry Bauchau avec l'appui du palais de Laeken et plusieurs officiers et candidats officiers s'engagent dans l'aventure du Service des Volontaires du Travail pour la Wallonie (SVTW). Dès le début, ce mouvement est marqué par un vif attachement à la patrie et à la fonction royale; il est animé de la volonté de "créer un service permettant à la jeunesse de relever la patrie de ses ruines et d’éviter de sombrer dans l’oisiveté". Seul dirigeant national de la JOC resté en Belgique lors de l'exode de mai 1940, Victor Michel, blessé au combat, va organiser le fonctionnement du mouvement jusqu'au retour de l'abbé Cardijn, aumônier fondateur de la JOC. Dès , approché par Henry Bauchau, Victor Michel s'opposera fermementFrancis Balace. L’aventure des Volontaires du Travail, dans Jours de Guerre, Jours de Doute, Bruxelles, Crédit Communal, 1994, ,46. à sa proposition d'intégrer la JOC dans le Service des Volontaires du TravailLettre manuscrite d'Henry Bauchau à Jacques Meert, adimistrateur de la Central Jociste du Boulevard Poincaré, datée du août 1940, dans laquelle il signale l'opposition de Victor Michel (Documents Luc Michel, copie au CARHOP).. Par contre, de nombreux jeunes intellectuels catholiques, des dirigeants du scoutisme et des personnalités dont le patriotisme est certain et la distance à l’égard du nazisme indiscutable appuieront l’initiative de Bauchau, dont Jean-Charles Snoy, futur ministre des Finances et futur signataire du traité de Rome. Les volontaires voueront un véritable culte au roi dont ils voudraient voir les pouvoirs renforcésLes intellectuels catholiques en Belgique francophone aux et siècles. Ed. Guy Zelis, Presses Universitaires de Louvain, Louvain-la-Neuve, 1999, 171-179.. De retour d'exode en , l'abbè Cardijn acceptera de participer au SVTW, mais pour une courte durée : il rejoindra la position de Victor Michel comprenant que le risque est grand d’étatisation de ce service par le Commissariat Général à la Restauration du pays et donc de mainmise par l’occupant. C'est ce qui arriva le par un arrêté des secrétaires généraux des ministères établissant un « Service des Volontaires du Travail pour la Wallonie » (SVTW) et un « Vrijwillige Arbeidsdienst voor Vlaanderen » pour la Flandre. Les kajotters (jocistes flamands) et jocistes francophones, tel Hilaire WillotRapport sur l'organisation du SVTW et lettre d'Hilaire Willot à Vincent Foucart du Serétariat général de la J.O.C., datée du 25 octobre 1940. Willot émet les plus grandes réserves et déclare avoir pris conseil auprès du chanoine Dermine. Archives de guerre de la J.O.C., CARHOP., qui avaient émis leur réticence vis-à-vis du SVTW, se retireront alors massivement de l’organisation. Henry Bauchau sera nommé chef du SVTW, poste qu’il occupera jusqu'en . Bauchau, soucieux de maintenir l'apolitisme officiel de l'organisation, ne s’opposera pas ouvertement à l’engagement des jeunes du SVTW à la Légion Wallonie, estimant qu'il leur revient de choisir "personnellement". Un des cadres du SVTW, Lucien Lippert, sera même le commandant militaire de la Légion de à sa mort en . En , les Volontaires du travail tomberont sous la coupe du secrétaire général à l’Intérieur Gérard Romsée, un VNV (Vlaams Nationaal Verbond) notoire. La position de Bauchau deviendra rapidement inconfortable tant vis-à-vis de la collaboration que de la Résistance. Degrelle dénoncera en « l’attentisme négatif (de Bauchau) qui, dans certains camps, va jusqu’aux discours en faveur de ces Messieurs de Londres » alors que les milieux de la Résistance traiteront Bauchau « d’emboché ». Les rexistes investiront le SVTW en force en 1943, événement à la suite duquel Henry Bauchau démissionnera. Il rejoindra les maquis des Ardennes et entrera dans la résistance, alors que le Réseau Socrate d'aide aux travailleurs réfractaires au STO s'est mis en route. À elles seules, les modalités et la chronologie de l'entrée effective en Résistance de l'intellectuel Henry Bauchau, qui tente d'abord une action qui se fait récupérer, et du jeune travailleur jociste autodidacte, Victor Michel, mériteraient un long développement.
Du Club King au Réseau "Luc" En fait, dès l'été 1940, Victor Michel participa à l'organisation du Club King dans le Hainaut qui lança une campagne contre l'occupant et les rexistes par le biais de tractsFabrice Maerten. Du murmure au grondement - La Résistance politique et idéologique dans la province de Hainaut pendant la seconde guerre mondiale. Analectes d'Histoire du Hainaut, Tome 7 - volume II. Hannonia, Mons, 1999, . Il militera également dans le service de Renseignements "Luc" jusqu’en sous le pseudo de Georges Lambert tout en assurant la présidence de la JOC. Il est arrêté le , jour de Pâques, par la Geheime Feldpolizei lors d'une réunion de la JOC, dont il assuma l'entière responsabilité de la réunion de jeunes travailleurs. Il sera transféré à la Sicherheitspolizei en lors de l’arrestation de l’abbé Cardijn sous les multiples inculpations d’avoir propagé un esprit anti-allemand; d’avoir suscité un groupement de résistance; d’avoir mené campagne contre le "Volontariat du travail en Allemagne"; d’avoir appartenu à un service de Renseignements en liaison avec Londres. C'est à la prison de St-Gilles qu'il rencontra Arthur Haulot auquel il restera lié par une longue amitié. Faute de preuves, les services de l’Abwehr le libéreront le , trois semaines après Cardijn et grâce à la pression de ce dernier. Cardijn avait été finalement libéré à la suite de multiples interventions auprès du général Alexandre von Falkenhausen, gouverneur militaire de la Belgique et du nord de la France, de la part de personnalités assez vichyssoises qui le connaissaient d'avant-guerre, telles les cardinaux Liénart de Lille et Gerlier de Lyon, ainsi que le prix Nobel de Médecine (1912) Alexis CarrelAvant son triste naufrage vichyste, Alexis Carrel avait témoigné à Cardijn son admiration pour "le succès de votre organisation qui est un des plus grands événements de notre époque". Lettre de Carrel à Cardijn du 23 juillet 1938. in: La Jeunesse Ouvrière Chrétienne 1912-1957. Ed. Vie Ouvrière, 1990, ..
Le réseau Socrate
Dès sa levée d'écrou, Victor Michel est mis sous surveillance par l'occupantVictor Michel recevra une lettre du général Eggert Reeder, chel de l'administration militaire à Bruxelles, datée du 6 avril 1943 interdisant toutes activités de la Jeunesse Ouvrière si elles n'ont pas été signalées au moins sept jours à l'avance à la Kommandatur.