Ludovic Marie Sforza dit le More (en italien Ludovico Maria Sforza detto il Moro)Les prénoms initiaux étaient Ludovico Mauro. Le second prénom a été transformé en Maria et il est resté à Ludovico le surnom de il Moro. Source : ., né le à Milan et mort le à Loches (France) .. « Arbitre d’Italie », selon l’expression utilisée par Guichardin, il fut duc de Bari à partir de 1479, régent du duché de Milan de 1480 à 1494, enfin duc lui-même de 1494 à 1500.
Sous sa régence le duché connaît une période de tranquillité extérieure, sans aucun conflit, et Ludovic s'investit dans un mécénat actif en invitant à la cour ducale nombre d'artistes de renom tels que, par exemple, Léonard de Vinci à qui il demande de peindre La Cène pour le couvent dominicain de Santa Maria delle Grazie.
Biographie vignette|Ludovic le More, détail de Pala Sforzesca, 1494-1495, pinacothèque de Brera, Milan Ludovic est le quatrième fils du duc Francesco Sforza (1401-1466) et de Blanche Marie Visconti (1425-1468), elle-même fille illégitime de Philippe Marie Visconti (1392-1447) , dernier duc viscontien de Milan, et d'Agnès du Maine. Parmi les fils de François Sforza, il est celui qui reçoit certainement la meilleure éducation et est le favori de sa mère.. Ludovic a passé son enfance, avec ses frères et sœurs, dans le Château Visconti de Pavie.
Son frère aîné, Galéas Marie, qui avait succédé à leur père en 1466, méfiant de ses frères, le traite avec froideur. Il meurt assassiné en 1476. Son fils devient le duc Jean à l'âge de sept ans et la mère de celui-ci, Bonne de Savoie, assume la régence.
L'homme de guerre Les premiers faits d'armes de Ludovic ont lieu en , lorsqu'il part avec son frère Octavien (1458-1477), comte de Lugano, réprimer avec succès une insurrection de la cité de Gênes, à l'époque sous la férule de Milan.vignette|Chalcographie en italien Iconographie d’hommes et de femmes célèbres : Ludovic le More, par Antonio Locatelli, 1837.
Au retour, les deux frères cherchent, avec l'aide de Roberto Sanseverino, de Donato del Conte et d'Obietto Fieschi, à éliminer Francesco (« Cicco ») SimonettaFrédéric Charles J. Gingins La Sarraz, Dépêches des ambassadeurs milanais sur les campagnes de Charles-le-hardi, duc de Bourgogne, de 1474 à 1477, publ. avec sommaires et notes historiques par le baron F. de Gingins la Sarra, Université d'Oxford, 1858, , l'homme de confiance de la duchesse régente. L'aventure tourne au conflit entre guelfes et gibelinsPour mémoire, les guelfes sont les partisans du pape et les gibelins les partisans de l'empereur. Les Visconti et les Sforza sont gibelins. avec l'incarcération de Donato del Conte. Deux autres frères de Ludovic, Sforza Maria, duc de Bari, et Ascanio Sforza (cardinal de l'Église catholique romaine), viennent grossir les rangs des troupes rebelles. Les forces de Bonne de Savoie ont cependant le dessus, Obietto Fieschi est également incarcéré et les autres s'enfuient. Dans l'affolement, Ottaviano se noie en traversant l'Adda à cheval. Les frères restants se retrouvent assignés à résidence puis jugés et exilés. Ludovic part pour Pise.vignette|Ex voto à la Madone de Ludovico de retour d’une maladie.Deux années plus tard, début 1479, Ludovic, Sforza Maria et Roberto Sanseverino sont devenus des hors-la-loi et effectuent des razzias en ToscaneLa Toscane et Florence sont, à cette époque, dirigées par Laurent le Magnifique et se remettent à peine de la conjuration des Pazzi de 1478. puis, en compagnie d'Obietto Fieschi, en pays génois. Les deux frères sont jugés rebelles et leur butin confisqué. Peu après, en , Sforza Maria meurt empoisonnéLe bruit courut que le meurtre de Sforza Maria avait été commandité par Cicco Simonetta. et Ludovic assume le titre de duc de Bari.
Désormais, c'est avec une troupe de que se déplacent les trois brigands qui prennent Tortona en et sèment la terreur dans la région d'AlexandrieLa ville d'Alexandrie, à l'époque cité lombarde se trouve aujourd'hui dans la région du Piémont. au sud-est du duché.
À Milan, un groupe de notables gibelins, guidé par Pietro Pusterla, cherchent à faire la paix entre le gouvernement du duché et Ludovic. Cicco Simonetta appelle à son secours le duc de Ferrare d'Este est le père de Béatrice d'Este qui deviendra, en 1491, l'épouse de Ludovic et qui n'a, à ce moment, que quatre ans. et le condottiere Jacques de Trivulce pour préserver le duché du More.
Prise du pouvoir vignette|droite|upright|Portrait de Ludovic Sforza. En cinq jours, du 7 au , le More va réussir à s'emparer du pouvoir dans la cité ducale : Le 7, avec l'aide d'Antonio Tassino, valet de chambre de Jean Galéas et ami de Bonne de Savoie, il entre en contact avec ces derniers et conclut un marché avec eux dont Cicco Simonetta fait les frais. Le 8, malgré une tentative de rapprochement de Cicco Simonetta auprès de Ludovic, les notables gibelins, menés par Pietro Pusterla et bien décidés à éliminer définitivement Simonetta, décident de passer à l'action, tentent de rallier Roberto Sanseverino, le compagnon de Ludovic, informent Ludovic lui-même de leurs intentions et préviennent le marquis de Mantoue et le marquis de Montferrat d'avoir éventuellement à intervenir. Ludovic, qui semble ne pas avoir d'idée arrêtée sur ce qu'il compte faire, paraît se rallier aux conjurés. Le 9, à l'insu de Ludovic, Pietro Pusterla fait emprisonner un ami de Cicco Simonetta et son fils. Ludovic essaie de calmer Pusterla et, devant son inflexibilité, accepte d'aller jusqu'au bout avec lui. Le 10, ils s'emparent de Simonetta lui-même. Sa famille et un certain nombre de ses affidés sont arrêtés, leurs biens pillés et leurs demeures mises à sac. Le 11, Ludovic, qui a désormais les moyens d'imposer sa volonté, se fait nommer premier gouverneur du duché par Bonne de Savoie. L'arrivée d', appelé fin août par Cicco Simonetta, ne change rien et le duc, ne pouvant guère modifier l'ordre des choses, s'en retourne à Ferrare. Les jours qui suivent voient l'installation du nouveau gouvernement qui cherche à renouer de suite avec ses voisins, Venise, Florence et Naples.
Durant la fin de l'année 1479 et le début de 1480, diverses réactions agitent ces voisins. Naples, Florence et Ferrare soutiennent ou, du moins, cherchent à s'entendre avec les Milanais, Venise et le pape préparent la guerre contre Florence et Milan. Milan, Naples et Florence signent une paix et un accord est conclu prévoyant le mariage de Jean Galéas avec Isabelle de Naples et celui de Ludovic avec Béatrice d'Este, fille d' d'Este (1431-1505), duc de Ferrare, de Modène et de Reggio d'Émilie, et d'Éléonore de Naples.
Le , Cicco Simonetta fut décapité au ravelin du château de Pavie surplombant le parc Visconti. La mort de Simonetta emporte le principal adversaire d’Antonio Tassino, qui devient de plus en plus arrogant. Le Corio raconte que, lorsque les Moro ou d’autres nobles milanais allaient lui rendre visite, il les faisait attendre longtemps devant la porte jusqu’à ce qu’il ait fini de se peigner les cheveux. Le Tassino réussit à convaincre la duchesse Bona, désormais soumise à l’homme, de remplacer Filippo Eustachi, préfet du château de Porta Giovia, par son père Gabriello, recourant à l’intermédiation de Giovanni Botta.
Le préfet ne s’est pas laissé corrompre et a tenu le serment fait au défunt duc Galeazzo Maria d’entretenir le château jusqu’à ce que son fils Gian Galeazzo Maria atteigne l’âge de 24 ans. Ludovico conçut alors l’expédient de conduire secrètement ses neveux Gian Galeazzo et Ermes dans la rocca du château, sous prétexte de les protéger de l’ambition des Tassino, et là il convoqua le conseil. Bona a été forcée de signer la sentence d’exil pour Antonio et sa famille mais, en raison de la séparation forcée d’avec son amant, elle a donné des signes d'hystérie: elle a fait semblant de quitter le duché et a menacé de se suicider si elle était empêchée, de sorte que Ludovico et Roberto Sanseverino ont été persuadés de la laisser partir pour la France. Le , Bona cède la régence à son beau-frère, qui est nommé précepteur du jeune duc Gian Galeazzo. mais, sur l’insistance de son fils, il s’arrête pour résider à Abbiategrasso..Bona entra dans une telle fureur à son départ que, oubliant tout son honneur et sa dignité, elle aussi décida de partir et de passer par-dessus les montagnes, et cette mauvaise résolution ne put jamais être révoquée; mais oubliant tout amour filial d’elle, entre les mains de Lodovico Sforza, elle renonça à la protection de ses enfants et de l’État.
— Bernardino Corio, Historia di Milano.thumb|left|Testons de Jean Galéas Sforza (à gauche) et de son oncle Ludovic le More
Les années suivantes sont des années de calme pour Milan, sans guerre à l'horizon, et Ludovic peut gérer le duché à sa guise.
Fin 1481, Venise attaque Ferrare, ce qui provoquera la coalition de Florence, Milan, Bologne et Mantoue contre elle. Les Vénitiens, abandonnés du pape, feront donc appel à la France en promettant le duché de Milan au duc d'Orléans (héritier de Valentine Visconti), , et le commandement de leurs troupes à de Lorraine qui convoite le royaume de Naples, mais Ludovic Sforza se retire du conflit, entraînant l'abandon de ces projets.
À l’été 1483, Gian Francesco et Galeazzo Sanseverino, les fils de Roberto, firent défection du camp vénitien pour passer respectivement au service d’Alphonse d’Aragon et de Moro. Le résultat fut une amitié, celle entre Ludovico et Galeazzo, destinée à durer toute une vie.
Comme prévu depuis 1480, Jean Galéas épouse, le , Isabelle de Naples, fille du roi de Naples et d'Ippolita Maria Sforza, sa tante.
Mariage et vie privée Entre-temps, sa fiancée Béatrice d'Este avait atteint un âge propice au mariage et son père pressait depuis 1488 qu’une date soit fixée. Ludovico, cependant, comme l’omniprésent ambassadeur Este Giacomo Trotti informs, avait emmené avec lui une fille « très belle [...] qui le poursuit partout, et veut tout ce qu’elle va bien et en fait toute la démostration »., c’est Cecilia Gallerani. Pour cette raison, il a reporté le mariage trois fois, déconcertant les futurs beaux-parents, qui croyaient qu’il n’avait plus l’intention d’épouser leur fille.. Hercule exhortait le More depuis des années à remplacer son neveu dans la possession effective du duché de Milan. à cette fin Béatrice d'Este aurait dû lui procréer un héritier légitime dès que possible. En 1490, cependant, après treize mois de défaut total, Gian Galeazzo avait consommé le mariage avec sa femme Isabelle d’Aragon, qui en quelques jours se retrouva enceinte.. Cet événement provoqua d’une part l’irritation d’Hercule, d’autre part il dut convaincre le More de la nécessité de prendre une femme.. vignette|Miniature de Béatrice à 19 ans, contenue dans le certificat de donation daté du avec lequel son mari lui attribue de nombreuses terres, aujourd’hui conservées à la British Library de Londres. Le mariage a été fixé pour le mois de janvier suivant et le , au cours d’un hiver qui s’est avéré assez rude pour forcer l’utilisation de traîneaux, la procession nuptiale a quitté Ferrare pour conduire les fiancés à Milan.. Elle était accompagnée de sa mère, de ses frères Alfonso et Isabella, de son oncle Sigismond et de son cousin Hercule. Alfonso et Ercole auraient également épousé deux princesses de la maison Sforza à la même occasion: la première Anna Maria, fille de feu Galeazzo Maria et donc petite-fille de Ludovico, la seconde Angela, fille de Carlo Sforza et Bianca Simonetta (fille de Cicco Simonetta).