thumb|350px|La salle du Manège sur le plan de Turgot (1739).
La salle du Manège, au jardin des Tuileries à Paris, a été le lieu de réunion des assemblées parlementaires (la Constituante, la Législative, la Convention, les Cinq-Cents) pendant la Révolution française de 1789 à 1798. y a été jugé et condamné à mort du 10 au .
Le manège des Tuileries Le bâtiment Le bâtiment du manège couvert est érigé à l’extrémité ouest de la carrière de l’écurie des Tuileries en 1721 pour la formation à l’équitation du jeune Louis XV. La salle en forme de parallélogramme mesure 51 m de long, environ 14 m de large, 9 m de haut. Elle est éclairée par 6 croisées de chaque côté, large chacune d'environ 1,4 m. Une galerie court le long des côtés.
L'académie d'équitation En 1594, Antoine de Pluvinel, premier écuyer ordinaire d'Henri III et nommé ensuite par son successeur Henri IV à la tête des Grandes Écuries, reçut l'autorisation de fonder sa propre académie dans un terrain ouvert appelé 'le manège' (mais étant une carriere) à côté du jardin des Tuileries. D'illustres élèves suivirent les cours d'instruction équestre, parmi eux le dauphin, futur Louis XIII, Armand Duplessis, futur duc de Richelieu, le chevalier de Vendôme, Louis de Bourbon, Henri de Lorraine, cité par .. On voit ce terrain sur la carte de Merian de 1615.
La mort de Pluvinel laissa le lieu à l'abandon. Pour Louis XV, qui habita le palais des Tuileries jusqu'à sa douzième année, , , entrée « Général-Lemonnier (avenue du) »., on confia en 1720 à l'architecte Robert de Cotte la construction d'un manège., profitant de la proximité de l'hôtel des Grandes-Écuries du Roi, , , entrée « Pyramides (rue des) »., , , entrée « Carrousel (place du) »., afin de parfaire son éducation équestreIsabelle Calabre, « Cité - Saint-Honoré - Concorde - Au cœur du pouvoir », p. 20, in « Votre quartier sous la Révolution », Le Nouvel Obs - Paris - Île-de-France, n°2213, semaine du 5 au 11 avril 2007, p. 12-21.. Il s'élevait à l'extrémité de la carrière, un long terrain entre le couvent des Feuillants et la Terrasse de même nom qui longeait les jardins.. On retrouva lors des travaux les vestiges d'un aqueduc, construit en 1564 par Catherine de Médicis, qui amenait l'eau de source des coteaux de Saint-Cloud jusqu'aux Tuileries, et les restes d'une grotte pittoresque en coquillages qui avait été créée, plus tard, par Gaston d'OrléansArchives nationales, O1 1681..
Lorsque le jeune souverain partit à son tour pour Versailles deux ans plus tard, l'édifice fut destiné à l'éducation hippique de jeunes gentilshommes qui y apprenaient aussi la danse, l'escrime, le dessin et les mathématiques, , , entrée « Général-Lemonnier (avenue du) »... Il fut aussi utilisé comme garde-meuble dans lequel on entreposa corbillards et autres voitures de deuil...
Le manège fut, en 1743, abandonné par le Grand écuyer de France, Charles de Lorraine-Armagnac, à un écuyer ordinaire du roi, François Robichon de La Guérinière, qui y exploita une académie équestre de renom après avoir fait quelques aménagements pour le logement et le service et ajouté quelques constructions dont une écurie de 50 chevaux. Il passa de main en main, moyennant un droit de reprise fixé à , reposant sur ces ajouts divers qui finissaient par constituer une sorte de propriété privée sur ce qui n’avait jamais cessé d’être, de fait, une propriété de la Couronne de France...
C’est à ce titre qu’il fut récupéré, à Jean-Baptiste de Grimoult de Villemotte, par l’Assemblée nationale, qui l’expulsa sans indemnités malgré ses vives protestations et la présentation des justificatifs des frais engagés lorsqu’il avait pris possession des lieux.. Ce dernier dirigeait l’Académie depuis 1777 avec son frère cadet Henri-Charles. Elle comptait alors une quarantaine d'élèves dont la moitié de pensionnaires.. Anne-Antoine Robichon de La Guérinière avait repris la succession à la mort de son père en 1751 en subordination de son beau-frère, François-Ignace de Croissy qui n’avait pas les capacités nécessaires pour remplacer son maître. Lorsque ce dernier partit à l’étranger en 1758, il laissa le manège périclitant au chevalier Jacques-Philippe Dugard, descendant d’une longue lignée d’écuyers du Roi, qui dirigeait déjà celui de la rue de l’Université, et qui, en 1767, céda l’Académie à son neveu Louis Dugard.
Avant l'installation de l'assemblée nationale right|thumb|upright=0.8|Représentation par Viollet-le-Duc du palais de l'Archevêché de Paris qui accueillit provisoirement les séances de l'Assemblée nationale du 19 octobre au 9 novembre 1789 (In Dictionnaire raisonné de l’architecture française du ).
Les 5 et , des milliers de femmes parisiennes marchèrent sur Versailles et envahirent le château. Le Roi et sa famille n'eurent pas d'autre choix que de se soumettre à l'injonction de la foule et durent immédiatement s'installer à Paris, au palais des Tuileries.. L'Assemblée nationale siégeant à Versailles se déclara inséparable du Roi, encore dépositaire du pouvoir légitime, et décréta le principe de son transfert à Paris « au plus près de sa personne ».
Une commission de six membres fut désignée dans la séance du matin du .., afin de trouver un local adapté à la tenue de ses séances : elle était composée de Guillotin, député du Tiers-État de Paris et ses faubourgs, en tant que médecin et hygiéniste, Vignerot du Plessis, duc d'Aiguillon, député de la noblesse d'Agen, Colbert de Seigneley, évêque et député de Rodez, La Poule, député de Besançon, Gouy d'Arsy, député de Saint-Domingue, et Lepeletier de Saint-Fargeau, député de la noblesse de Paris...
L'objectif était de trouver une salle assez vaste pour accueillir l'ensemble des députés des États Généraux..
La commission visita plus d'une vingtaine d'établissements afin d'en apprécier la capacité : le Panthéon d'hiver, le Val-de-Grâce, les Invalides, la Sorbonne, la Galerie du Louvre, le Salon des tableaux du Louvre, l’École de chirurgie, la Halle aux blés, la Halle aux Draps, le Wauxhall d'été, la Bibliothèque, l’Assomption, l’Église des Augustins, l'église des Théatins le Cirque du Palais-Royal, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, l'Oratoire, l'église Sainte-Geneviève, l'Opéra de la porte Saint-Martin, la grande salle du Palais, etc... La plupart de ces salles, et en particulier les églises, souvent de grande hauteur, étaient peu propices à la voix et difficiles à chauffer.. Son choix se porta en deux jours sur la salle du Manège des Tuileries et elle désigna l'architecte Pierre-Adrien Pâris afin de procéder aux modifications et aménagements pour permettre l'installation des parlementaires. Celui-ci avait aussi été chargé, le , par le comte de Saint-Priest, ministre de la Maison du Roi, de procéder aux mêmes recherches que la commission nommée par l'Assemblée et, après s'être transporté dans quelques lieux similaires, aboutit à la même conclusion, malgré ses réticences sur les conditions acoustiques d'une salle plus longue de que celle de Versailles..
L'Assemblée fut accueillie provisoirement, le , dans la grande chapelle de l'ordination du palais de l'Archevêché de Paris.., pourtant impropre à la contenir, tant par l'exiguïté du lieu que par son manque d'aération, même si cette salle était bien connue des députés des trois ordres des deux circonscriptions de la prévôté et vicomté de Paris intra et extra-muros qui y avaient tenu leurs assemblées électorales des États Généraux..
Il y avait urgence à terminer les travaux d'aménagement de la salle du Manège car, le , une des tribunes installées à l'archevêché s'écroula, blessant quatre députés.. Ils furent conduits par Pierre-François Lardant pour la maçonnerie, Pierre Francastel pour la menuiserie et Jacques Marqueré pour la serrurerie, tous issus des Menus-plaisirs.. Évaluées initialement à environ ., les dépenses relatives à l'aménagement de la salle du manège s'élevèrent à ..
Les Assemblées parlementaires au Manège de 1789 à 1798
Quatre assemblées parlementaires siègent successivement au ManègeJ. Tulard, J.-F. Fayard, A. Fierro (dir.), Histoire et Dictionnaire de la Révolution française 1789-1799, Paris, R. Laffont, 1987, coll. Bouquins. : L'Assemblée constituante du au ; L'Assemblée législative du au ; La Convention nationale du au , date à laquelle la Convention se transfère à la salle des Machines du château des Tuileries. Deux ans et demi plus tard, le Conseil des Cinq-Cents du 6 brumaire an IV [] au 19 fructidor an V [] (à la suite du coup d'État du 18 fructidor an V), puis du 21 fructidor an V [] au 28 pluviôse an VI [], date à laquelle l'Assemblée nationale se transfère définitivement au palais Bourbon où elle siège encore aujourd'hui.
La salle et ses aménagements
C'est à Pierre-Adrien Pâris, architecte de l'Académie, que revient le soin de dresser les plans de la salle et de surveiller l'exécution des travaux. Suivant les indications générales données par les parlementaires membres de la commission d'installation, Pâris place au milieu de chacun des grands côtés du rectangle les deux tribunes de prise de parole. La tribune du Président de séance adossée au mur du côté de la terrasse des Feuillants domine l'estrade où sont posées, d'après les gravures d'époque, une grande table ovale et quatre chaises pour les députés chargés à tour de rôle du secrétariat de séance. L'orateur leur fait face. Toutes les personnes, non parlementaires, que l'Assemblée souhaite ou accepte d'entendre, pétitionnaires, députations de villes ou de quartiers, témoins, officiers, ministres, le souverain lui-même, prennent la parole "à la barre" sous la tribune de l'orateur. Cette disposition doit permettre à la plus grande partie de l'assistance d'entendre, et si possible de comprendre, les propos du président, des orateurs et des non-parlementaires. D'après les acteursDes parlementaires comme Quatremère de Quincy ou Vergniaud cités par E. Lintilhac, « La salle du Manège », La Révolution française, revue historique, vol. 70, 1917, p. 289-295. Voir les témoignages en ligneet les témoins de l'époque, cet objectif est loin d'être atteint Journal de Paris, 10 novembre 1789, N°314, p. 1459. Lire en ligne.
800px|vignette|centré|Plan de la salle du Manège des Tuileries en 1789 par Pierre-Adrien Pâris, architecte de l'Académie (Voir version agrandie).
Les parlementaires s'installent librement sur les banquettes posées sur six rangées de gradins élevés tout autour de la salle. Ces banquettes, pourvues d'un dossier, ont une assise rembourrée recouverte de maroquin vertJ. F. Reichardt, Un prussien en France en 1792, Paris, Perrin, 1892, Lettre XXVII du 5 mars 1792, p. 202-206Lire en ligne..
thumb|225px|Séance à la salle du manège.
Les tribunes situées sur les petits côtés du rectangle aux deux extrémités de la salle sont ouvertes au public qui y accède librement par des escaliers extérieurs. Sur le grand côté Nord, au-dessus des gradins des députés, la tribune est réservée aux suppléants et aux députés des villes de commerce et à ceux de la Commune de Paris. On y accède, sur invitation d'un député et avec une carte, par un escalier extérieur au bout du passage couvert installé dans le jardin des Feuillants. La tribune Sud, côté terrasse des Feuillants est occupée par des députés et des personnes admises par le président. Ces quatre tribunes, elles-mêmes équipées de quelques gradins, bien entendu montés en bois, sont propices aux manifestations diverses et toujours bruyantes de celles et ceux qui n'hésitent pas à commenter les travaux de l'AssembléeA. Young, Voyages en France pendant les années 1787-1789,..., Paris, Guillaumin, 1882, t. 1, p. 352 Lire en ligne.
La salle est équipée de quatre ventilateurs, de deux gros poëles, de diffuseurs d'aromates, tous équipements destinés, selon les commissaires de la salle, à assurer un minimum de salubrité dans un local assez confiné où se tiennent chaque jour pendant une dizaine d'heures entre 500 et 1500 personnes.