L'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises est un groupe de pression patronal de la République.
Historique En 1878, des industriels et des parlementaires créent l'Association de l'industrie française, , afin de combattre le libre-échange libéral et les traités de commerce et défendre un programme protectionnisteJournal des économistes, juillet 1878. Ses statuts sont présentés lors d'une assemblée en juinCf. Le Rappel, 26/6/1878.
À partir de la fin des années 1880, elle se rapproche des notables propriétaires terriens de la Société des agriculteurs de FranceAssemblée générale de l'Association de l'industrie française, 6 mars 1890. Paul Léon Aclocque prend part aux réunions de la Société des agriculteurs de France : Le Gaulois, 10/2/1888, Le Rappel, 12/2/1890,Journal de l'agriculture pratique, 1888 , Ibid., 1889, Ibid., 1891, Le Rappel, 18/2/1892, Assemblée générale de l'AIAF, 1892. Les deux associations tiennent un meeting commun en 1892 : meeting commun du 19 octobre 1892. Marc de Haut a représenté l'Association des agriculteurs de France aux réunions de l'association de l'industrie française: Bulletin de la papeterie , mars 1890 et d'hommes politiques protectionnistes comme Jules MélineIl a pris part aux réunions de l'Association: La Réforme sociale, 1890, >Le Rappel, 21/3/1891, Ibid., 27/2/1892. Ils combattent ensemble pour imposer en 1892 une transformation du régime douanier (, adoption du Tarif Méline, discuté au Parlement depuis 1891). Jules Méline est porté à la présidence de l'Association fin Il devient président début mai: Le Temps, 7 mai 1893. Des représentants du monde agricole sont intégrés à l'association qui change de nom et devient l'Association de l'industrie et de l'agriculture françaises. Lors de l'assemblée générale de l'AIAF en 1894, Méline salue ainsi les représentants de l'agriculture : Méline affirme avoir accepté la présidence à la condition que l'agriculture soit intégrée à l'associationAssemblée générale de 1894, Discours de Méline.
Le rôle de l'association décroit avec la naissance en 1919 de la Confédération générale de la production française, à laquelle elle est liée ; mais elle conserve son autonomie. Elle tente de revenir au premier plan, avec la nomination comme directeur de Pierre Lyautey, de 1925 à 1933, et la formation sous son égide de comités, tels la Société d'économie nationale, dont la présidence est confiée à Lucien Romier, rédacteur en chef et éditorialiste du Figaro, et le Comité économique international en 1928. Elle se spécialise alors dans les questions douanières. René Théry, docteur en droit, directeur et rédacteur en chef de L'Economiste européen depuis 1925Cf. Le Journal des débats, 1/7/1936, Ibid., 9/7/1937, Ibid., 11/7/1938, Ibid., 30/6/1939, Dossier de la Légion d'honneur de René Théry, 1890-1952. Théry a succédé à son père Edmond Théry, décédé en 1925, fondateur de l'Economiste européen, membre du comité de direction de la Société d'économie politique nationale liée à l'AIAF et animateur pendant 20 ans de l'Association de la presse économique et financière. René Théry préside à son tour cette dernière association à partir de janvier 1929 ( Le Petit Parisien, 22 décembre 1928 ). Elle organise un banquet annuel, auquel prennent part des ministres des finances et des représentants du monde de la finance publique et privée, sauf durant le Front populaire ( Journal des débats, 4 avril 1930: banquet présidé par Paul Reynaud, Journal des débats, 27 octobre 1932, L'Information d'Indochine, 21 juin 1934: banquets présidés par Louis Germain-Martin, Journal des débats, 25 juin 1938: banquet présidé par Paul Marchandeau ). Il a été secrétaire général adjoint et rapporteur général de l'Union coloniale. Il a épousé en 1920 Renée Thalmann ( Le Figaro, 11 mai 1920 ), fille du banquier juif Richard Thalmann ( à la tête d'une banque privée, en liquidation en 1936. Il meurt en 1939: cf. Cyril Grange, Une élite parisienne: Les familles de la grande bourgeoisie juive (1870-1939), CNRS éditions, 2016 ). Actionnaire de la Banque Thalmann ( Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, 1935 ), René Théry est administrateur de sociétés dans lesquelles son beau-père est souvent actionnaire et/ou administrateur: société française des docks et ateliers de constructions navales ( Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, mars 1928 ), société d'assurances La Minerve ( L'Argus, juillet 1934, Ibid., 10 mai 1936 ), société des plantations de Kratié ( Société des plantations de Kratié, L'Information d'Indochine, 20 février 1937 ) , Oriental carpet manufacturers Ltd ( Journal des débats, 21 août 1939 ), société fiduciaire d'Indochine ( L'Information d'Indochine, 31 juillet 1937, Bulletin fiduciaire d'Indochine, janvier-mars 1937 ). Cf. aussi Augustin Hamon, Les maîtres de la France, Éditions sociales internationales, 1936, p. 207-209, succède à P. Lyautey comme délégué général.
Elle tente de revivre après 1945, en relation avec le Conseil national du patronat français, mais est dissoute en 1961.
Présidents, membres du comité directeur et adhérents
Présidents successifs Alexandre Jullien, maître de forges, ancien députébiographie dans assemblee-nationale.fr, Biographie nationale des contemporains, 1878 Paul Léon Aclocque, industriel, ancien député de l'Ariège, 1888 à son décès en 1893L'Echo des mines et de la métallurgie, 2/4/1893 Jules Méline, de 1893Le siècle, 28/4/1893 à 1896 Charles Sébline, propriétaire terrien, sénateur de l'Aisne, de 1896 à 1898, désigné en remplacement de Méline, nommé au ministère de l'agricultureGil Blas, 12/5/1896 Jules Méline, de 1898 à 1912"Le Rappel", 11/11/1898, "Gil Blas", 10/11/1898 Eugène Touron, industriel, sénateur de l'Aisne et président de la Chambre de commerce de Saint-Quentin, de 1912 à son décès en Membre de son comité depuis au moins 1905:Le Temps, 4/10/1905, Le Rappel, 10/11/1906 Henry Le Mire, industriel, député de l'Eure, de 1925 à 1934 Émile Taudière, industriel, député des Deux-Sèvres, d' à 1945 René Théry
Animateurs successifs Armand Pihoret (1825-1892), administrateur-délégué de l'Association de l'industrie française, administrateur de la Société métallurgique de l'Ariège, ancien préfet monarchiste, homme d'œuvres catholiques (membre du comité de l'œuvre des cercles catholiques, président de l'œuvre du courtage d'assurances, membre du comité de l'Union fraternelle)L'Univers, 11 septembre 1892, "Nécrologie", Ibid., 26 septembre 18915, La Justice, 26 octobre 1881, "Courtage d'assurances au profit des œuvres catholiques de France", Le Matin, 2 septembre 1892, Dossier de la Légion d'honneur dans la base Léonore. Il a été très actif dans la campagne qui a mené au tarif MélineAssemblée générale de l'AIAF, 1892. Emile Jaubert, 1893-?, administrateur-délégué de l'AIAF Charles Renard, ?-1912, administrateur-délégué de l'AIAF, ancien magistrat, avocat, directeur des syndicats des fabricants de sucre et des filateurs de coton, collaborateur du comité central des houillèresDossier de la Légion d'honneur dans la base Léonore Charles Grosclaude Pierre Lyautey, directeur et délégué général, 1925-1933 René Théry (1890-1952), délégué général, 1933-1945
Membres : industriels de la métallurgie et du textile, propriétaires terriens À l'origine, les dirigeants de l'association sont surtout des industriels de la métallurgie (Jullien est administrateur-directeur des forges de Terre-Noire (Loire)Compagnie des forges et fonderies de Terre-Loire, Auclocque, administrateur-délégué des forges de l'AriègeJournal des finances, 31/12/1891, Martelet, vice-président, est administrateur-délégué des forges de Denain et Anzin, Jordan, secrétaire, est administrateur des hauts fourneaux des Marseille)Membres en 1879: 20 autres industriels ou sociétés métallurgiquesAnnales industrielles, 2./2/1879, . Ainsi que des parlementaires (trois sénateurs, Nicolas Claude, Augustin Pouyer-Quertier, défenseur du protectionnisme, et Ernest Feray), des industriels de la mécanique (Adolphe Japy, Moreau de Fives-Lille), des industriels du charbon (Vuillemin, président du comité des houillères du Nord et du Pas-de-Calais) et des industriels du textile, tels Emile Widmer, Joly de Bammeville, manufacturier à Saint-Quentin, ou Julien Le Blan, filateur à Lille, président du comité linier du Nord, Journal des économistes, juillet 1878, liste du comitéLe Rappel, 20/10/1879, liste du comité, Le Temps, 8/3/1890. Parmi les membres fondateurs, on trouve aussi des chambres de commerce (de Lille, Elbeuf, Roanne, Saint-Malo, Saint-Quentin), des armateurs (Henri Bergasse, de Marseille, Emile Bossière, du Havre), des associations patronales (comité des forges, comité commercial et industriel de Normandie, comité linier de Lille, syndicat cotonnier de l'Est), des entreprises (Fives-Lille, Compagnie des forges de Châtillon-Commentry et Neuves-Maisons, etc.), quelques négociants (Ernest Siegfried, du Havre)Assemblée générale de l'AIAF, 1884, Liste des membres fondateurs.
La composition sociale du comité ne change pas avec les années, avec toujours des représentants éminents des vieilles industries de la Première révolution industrielleAssemblée générale de l'AIAF, 1884: composition du comité : industriels du textile (Touron, Le Mire, les sénateurs Gustave Denis, Alfred ThiriezGil Blas, 29/10/1903, les vice-présidents de l'AIAF Charles Saint, Jean Noblot, sénateur, Robert Stewart CarmichaëlDossier de la Légion d'honneur de R. S Carmichaël dans la base Léonore, Journal des débats, 21 mars 1925, nécrologie, René Laederich, secrétaire général avant 1914 puis vice-président en 1925, régent de la Banque de FranceSon père Charles a été membre du comité de l'AIAF., Arthur Waddington, vice-président en 1925) et de la métallurgie : les vice-présidents Alexandre Dreux, de la Société des aciéries de Longwy, Léopold Pralon, de Denain et Anzin)Le Journal des débats, 27/5/1914, Ibid., 17/6/1924. Cf. son Dossier de la Légion d'honneur dans la base Léonore. Cf. aussi Biographie de Pralon sur le site des Annales des mines (Une erreur: il n'a pas été président de l'AIAF, mais vice-président). Pralon est ingénieur aux Forges et Aciéries de Denain et d'Anzin (Usinor-Denain) en 1882, administrateur-délégué en 1901 et président en 1936, et René Fould, vice-président en 1939. Des propriétaires terriens aussi, tels Sébline, à la tête d'une exploitation de 300 hectares et d'une sucrerie, ou le marquis Louis de Vogüé, président de la Société des agriculteurs de France, vice-président de l'AIAF à partir de 1932Journal des débats, 28 juin 1934.
Henri Davezac, le trésorier de l'AIAF à la fin des années 1930, est toutefois le vice-président délégué du syndicat général de la construction électrique et donc le représentant d'une industrie de la deuxième révolution industrielle.
Les présidents de l'association mènent une carrière parlementaire (Méline, Touron, Le Mire, Taudière). C'est le cas aussi d'autres membres du comité directeur comme Jean Plichon (président de la compagnie des mines de Béthune et administrateur notamment de Denain-Anzin, de l'UIMM), député du Nord, vice-président du Comité central des houillères de France et de la Société des agriculteurs de FranceC'est lui qui remplace Touron pour présider l'assemblée annuelle de l'AIAF en 1925: Journal des débats, 27 mai 1925. Il est alors vice-président de la Société des agriculteurs de France : La Lanterne, 14 mars 1925, le comte Louis Doynel de Saint-Quentin, propriétaire terrien et administrateur de la Société des aciéries de Longwy, député puis sénateur du Calvados jusqu'à son décès en 1928, vice-président et président de la section agricole de l'association, le sénateur meusien Charles-Henri Cournault, vice-président à la fin des années 1930.
Sont membres de l'association des individus, des entreprises, des chambres de commerce et des groupements patronaux, tel le Comité des forges de l'Est, qui y adhère en 1893L'Echo des mines et de la métallurgie, 19 mars 1893.