alt=|vignette|250x250px|Manifestation contre la précarité étudiante en France. alt=|vignette|250x250px|Habitants des rues du district de San'ya à Tokyo.

La pauvreté est, dans une société donnée, le fait d'être dans une situation d'infériorité matérielle par rapport aux individus les plus favorisés ; cela se traduit notamment par des difficultés à subvenir à ses besoins et à ceux de ses proches, mais aussi par une stigmatisation de la part des personnes plus riches.. Il n'existe cependant pas de définition complètement consensuelle et universelle de la pauvreté.

La satisfaction des besoins de base est jugée comme indispensable à la vie décente d'un être humainUnited Nations - "Report of the World Summit for Social Development", 6–12 March 1995; avec le progrès technique et l'amélioration des conditions de vie dans les pays développés, une définition basée sur des seuils de pauvreté relatifs au revenu médian a vu le jour sans lien avec la satisfaction de ces besoins. Autrement dit, le nombre de pauvres est celui qui correspond à la totalité des personnes titulaires d'un revenu par habitant inférieur à un certain pourcentage du revenu médian. Ce seuil est généralement de 20 %. Le terme « pauvreté », relatif à celui de richesse, fait ainsi davantage référence aux situations d'inégalités économiques et politiques entre individus et entre sociétés.

Les sciences économiques tentent d'expliquer l'existence de la pauvreté, ainsi que les mécanismes de l'accroissement de la richesse. Les gouvernements ont un souci universel du phénomène de la pauvreté, et s’efforcent de la contrôler, si ce n’est par égard pour la vie des individus et des groupes de personnes parce que des conflits entre les pauvres et les riches ont jalonné l'histoire du monde, et peuvent donc menacer les pouvoirs existants. La pauvreté est une cause majeure de souffrance, et l'égalité entre les êtres humains est au centre de diverses conceptions morales, philosophiques et religieuses. Il existe différents types de pauvreté.

Origine et mesure La pauvreté est un phénomène qui peut être considéré sous divers aspects, en lien avec la richesse disponible, l'organisation du travail et le chômage, le développement des sociétés et les modes d'impositions des gouvernements, ainsi que les principes moraux et religieux qui peuvent se manifester en rapport avec les inégalités économiques.

La pauvreté matérielle dans les cercles d'échanges économiques est associé à l'incapacité totale ou partielle d'obtenir de la nourriture, des vêtements et un abri pour se nourrir, s'habiller et se loger.

Elle est estimée au moyen de seuils de pauvreté (un individu est considéré comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté choisi). Différentes définitions de ces seuils existent ; les pays développés utilisent généralement des seuils relatifs, alors que la pauvreté dans les pays en développement est estimée au moyen de seuils de pauvreté absolus. Du fait de sa simplicité, cette définition est couramment utilisée pour définir les individus pauvres et mesurer le taux de pauvreté d'une population.

alt=|vignette|Un SDF, Paris, France.

Selon l'approche absolue, le seuil est fixé depuis les travaux de Benjamin Seebohm Rowntree en 1901, en fonction d'un panier de biens alimentaires et non alimentaires nécessaires à la survie quotidienne ( par jour pour la pauvreté et 1800 pour l'extrême pauvreté). Les biens non alimentaires comprennent l'habillement, le transport, l'hygiène, l'eau et l'énergie. Les États-Unis et le Canada ont recours à la mesure absolue de la pauvreté. Aux États-Unis, le seuil de pauvreté en 2015 a été fixé à (revenu annuel total) pour une famille de quatre personnes. Au Canada, un nouveau seuil de pauvreté a été introduit en 2010 qui mesure le coût absolu d'un niveau de vie minimal - composé d'un régime alimentaire nutritif, des besoins de transport de base et d'un logement adéquat. La mesure est révisée périodiquement pour refléter les changements dans la société.. Par comparaison, la Banque mondiale a introduit comme une mesure de la pauvreté absolue dans les pays les plus pauvres du monde, une ligne de la pauvreté de « un dollar par jour » en 1990. Un nouveau seuil de pauvreté de 1,25 $ par jour a été introduit en 2005 (l'équivalent de 1,00 $ par jour en 1996, les prix américains). En Europe, la mesure de cette pauvreté mesurant la privation matérielle et sociale ne passe pas par un équivalent monétaire, mais vise à identifier directement les privations déclarées, de sorte que pauvreté absolue (privations) et relative (monétaire) ne se recoupent pas toujours, avec par exemple en France 12,7 % de la population touchée par la pauvreté absolue en 2016, 13,6 % touchée par la pauvreté monétaire, mais seulement 6 % touchée par les deux formes. Selon l'approche relative, le seuil est fixé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population, avec comme référence le revenu médian (le revenu médian est le revenu séparant la population en deux, c'est-à-dire que la moitié de la population a un revenu plus élevé, et la moitié un revenu inférieur). Eurostat fixe le seuil de pauvreté relative à 60 % du niveau de vie médian européen. Ce mode de mesure est critiqué pour être davantage une mesure des inégalités que de la pauvretéPhilippe Manière, L'Aveuglement français, 1998, , ce qui se traduit par des effets contre-intuitifs : un enrichissement de la population la plus riche, au-dessus du revenu médian, ou de la population la plus pauvre, en dessous du niveau de pauvreté, ne change rien à l'indicateur, tandis qu'inversement un appauvrissement de la classe moyenne en faisant passer une partie sous le revenu médian va faire baisser ce dernier et « réduire » la pauvreté apparente, un enrichissement inverse augmentant le revenu médian avec l'effet inverse (« augmenter » la pauvreté)et ça n'est pas une situation seulement théorique, selon l'IFRAP .

Ces deux mesures dévoilent deux regards sur le problème de la pauvreté, deux conceptions politiques que l'on pourra en première approche qualifier de « socialistes » et de « libérales ». À travers le prisme socialiste, la pauvreté s'analyse avant tout comme étant le résultat d'une situation d'exclusion : les rapports sociaux et les inégalités de richesse sont des mécanismes générateurs de discrimination et la principale cause de la pauvreté. La vision libérale considère la pauvreté comme étant l'incapacité ou l'impossibilité pour un individu d'accéder comme les autres à l'épanouissement et à la satisfaction de ses besoins fondamentaux, souvent pour des causes relevant de la volonté ou de la capacité de l'individu lui-même. Les deux conceptions, simplifiées ici, reconnaissent que la pauvreté peut aussi résulter d'incapacités physiques ou mentales se traduisant par un handicap, mais diffèrent sur les moyens d'y remédier.

Développement humain

thumb|Table de chirurgie, Nigeria. Outre la dimension pécuniaire, la pauvreté s'exprime sous des dimensions regroupées sous le terme de « pauvreté humaine ». Il s'agit des dimensions sanitaire, éducationnelle, sociale, culturelle, et politique de la pauvreté.

Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a conçu en 1990 l’indice de développement humain, puis deux indicateurs synthétiques de pauvreté : l'IPH-1 et l'IPH-2 (Indicateur de pauvreté humaine). Ces indicateurs sont très corrélés.

Causes de la pauvreté La pauvreté peut résulter de situations chroniques hérités de la naissance, dont le cas extrême est l'esclavage, mais également se perpétuer de génération en génération par le biais de l’organisation sociale en lien avec l'accès à l’éducation, l’état de santé, ou des statuts politiques particuliers ; elle peut également survenir par des incidents dans la vie d'une personne, comme la spoliation, les catastrophes naturelles et la destruction de biens, le chômage, etc.

Mais cela engendre souvent un cercle vicieux. La pauvreté oblige à se loger à bas prix, donc dans des quartiers ayant mauvaise réputation, où il y a peu de travail et une offre éducative dégradée, une criminalité sinon plus élevée du moins plus violente, une prévention médicale moins active, etc. Les chances de trouver un revenu par le travail sont moindres, la tentation plus forte de faire appel au travail illégal (« au noir »), à des sources de revenu illusoires (loteries, paris) ou dangereuses (crime, drogue) ou encore dégradantes (prostitution), les risques d'accidents sont plus importants, et l'exploitation par les mafias, ou groupes organisés, sont des facteurs de désocialisation, voire d'une insécurité à la fois personnelle et globale...

Ce phénomène peut toucher les enfants et les adolescents, qui dans un tel contexte commencent leur vie avec un handicap, même si le pire n'est nullement atteint pour eux. Dans les pays en développement, où les ressources sont rares, les conséquences sont encore plus marquées (famines, catastrophes sanitaires…)..

En particulier, en Occident, la mobilité spatiale souvent nécessaire pour trouver un emploi hors de zones d'habitation qui en offrent peu est freinée par la pauvreté. Et le coût de cette mobilité (déménagement, frais de déplacements ou possession d'un véhicule) pèse d'autant plus lourd que les revenus sont faiblesSylvie Fol, La mobilité des pauvres décembre 2009, Belin résumé ..

Pour Karl Polanyi, l'avènement du libéralisme au début du a joué un rôle essentiel dans l'accroissement de la pauvreté dans les pays du Nord. Le « triomphe libéral » a, en effet, mis fin à deux types d'assurance de l'individu contre les risques sociaux. D'une part, en le séparant de sa famille (idée proche de celle de Marx), le système a accru la vulnérabilité de l'individu en le privant d'un véritable appui de ses proches (solidarité familiale ou clanique). D'autre part, en abrogeant les lois sur le blé, ou (1795-1834), l'État libéral a mis fin à un système d'aide publique efficace contre la pauvreté.

Dans la plupart des pays en voie de développement, essentiellement en Afrique et en Amérique latine où les pauvres meurent de faim, la pauvreté a trois causes principales. Tout d'abord, ceux dont le revenu est bas, très nombreux, bien qu'ils aient une propension à consommer élevée, n'ont pas la possibilité (selon la loi psychologique fondamentale de Keynes) d'accroître les . Ensuite, l'étroitesse du marché que cette situation suscite pousse les détenteurs de hauts revenus (oligarchie politique, grands membres de profession libérale) à épargne élevée à la placer à l'étranger. Cette fuite de capitaux engendre moins d'investissement, de production et d'emploi et donc plus de chômage, d'inégalités et de pauvreté. Enfin, l'insuffisance des revenus de la population urbaine fait que les produits agricoles sont vendus à bas prix dans les marchés des villes. Par conséquent, la baisse des revenus ruraux engendre une baisse de la production de chaque travailleur agricole, de son salaire réel et donc plus de pauvreté rurale.

Pays du Nord vignette|Pauvreté marginale : un sans-abri aux États-Unis.

Au début du , Benjamin Seebohm Rowntree effectue de nombreuses enquêtes sur la pauvreté dans la ville d'York et distingue ce qu'il appelle la pauvreté primaire (absence de ressources suffisantes) de la pauvreté secondaire (niveau de ressources qui pourrait être suffisant mais qui est compromis par une gestion déraisonnable ou des dépenses inconsidérées).

Serge Paugam distingue lui trois formes de pauvretéSerge Paugam, Les Formes élémentaires de la pauvreté, PUF, Paris, mars 2005. :