vignette|L'« échelle inamovible » à l'entrée principale de l'église du Saint-Sépulcre, symbole du statu quo. Le Statu quo désigne la situation dans laquelle se trouvent les communautés chrétiennes de la Terre sainte dans leurs relations avec les gouvernements de la région, notamment dans le contrôle des sanctuaires des principaux lieux saints chrétiens (église du Saint-Sépulcre, basilique de la Nativité, sépulcre de Marie et chapelle de l'Ascension).
Historique vignette|Traité de Berlin, article 62 : Pour les lieux saints du christianisme À partir du , sous l’influence des chrétiens qui sont devenus de plus en plus puissants, surtout après l'adoption du christianisme par l’empereur Constantin au , la Palestine prend un statut moral particulier en étant considérée comme Terre sainte. Après la conquête musulmane, puis la période du royaume franc de Jérusalem, la région est sous domination ottomane de 1244 jusqu'au . Le sultan de l'Empire ottoman confie alternativement les principaux lieux saints chrétiens aux catholiques (notamment l'ordre franciscain qui envoie des missions en terre sainte dès le ) et aux orthodoxes, ces communautés chrétiennes (réunies sous le vocable de al-ṭawā’if al-masīḥiyya) étant organisées sur le modèle des millets et dotées de droits de propriété et d’usage de chaque sanctuaire (communautés gardiennes, propriétaires, ayant droit et usagères). Chaque communauté religieuse obtient, sur fond de pression politique et de corruption, des capitulations et firmans accordés par la « Sublime Porte », ce qui cause régulièrement des affrontements violents quant à l'administration et l'utilisation des sanctuaires. À partir du , le clergé grec orthodoxe étend son influence en Palestine avec le sultan Mehmed II qui proclame le patriarche grec de Constantinople autorité religieuse et civile pour l’ensemble des chrétiens résidant dans son empire.
À la faveur de la défaite des Ottomans à la bataille de Vienne en 1683, un firman de 1690 oblige les orthodoxes grecs à restituer aux catholiques le contrôle principal des sanctuaires. Les conflits de cohabitation atteignent leur apogée le , date à laquelle, la nuit des Rameaux, un soulèvement populaire évince les franciscains du Saint-Sépulcre. Le nouveau rapport de force favorable aux Grecs orthodoxes est confirmé par le firman de 1757 qui leur remet une grande partie de la basilique de la Nativité, la tombe de la Vierge Marie et la presque totalité de la basilique du Saint Sépulcre.
En 1847, le vol de l'étoile incrustée sous l'autel de la Nativité, vol que les catholiques attribuent aux Grecs orthodoxes (ces derniers n'auraient pas accepté que l'inscription gravée soit rédigée en latin) est une des causes directes de la participation française à la guerre de Crimée contre la Russie. Un peu avant cette guerre, le , l'empereur ottoman, sous la pression du tsar Nicolas, promulgue un firman qui confirme le Statu quo (c’est-à-dire la situation de 1757) tel qu'il existe encore aujourd'hui. Confirmé par le traité de Paris de 1856 et déclaré inviolable dans l'article 62 du traité de Berlin de 1878« Les droits acquis à la France sont expressément réservés, et il est bien entendu qu'aucune atteinte ne saurait être portée au statu quo dans les Lieux Saints » (., le Statu Quo jouit en effet d’une garantie continue dans le droit international.
Un résumé du Status Quo rédigé par , un fonctionnaire britannique, The Status Quo in the Holy Places, est devenu le texte de référence sur le sujet.
Pour l'Esplanade des mosquées
L'esplanade des mosquées est dans une situation particulière, puisqu'elle est un lieu saint pour les fidèles de deux religions, l'islam et le judaïsme, le mur des Lamentations ou mur occidental formant une partie de l'enceinte de l'esplanade. Les fidèles appellent l'esplanade le mont du Temple : ce serait l'emplacement des premier et second Temple.
Pour les musulmans, il s'agit du lieu d'où Mahomet s'est envolé vers le Ciel sur le BouraqMounir Marjieh, « Jerusalem’s Status Quo Agreement: History and Challenges to Its Viability », Arab center Washington DC, 7 juin 2022..
Pour prévenir les conflits d'usage,la Sublime Porte prend plusieurs firmans, dont le principal est celui de 1852, sous Abdülmecid Ier, lui aussi élément du statu quo.
En 1929, alors que la Palestine est sous domination britannique, les prières de Yom Kippour dites par un groupe de Juifs devant le mur provoquent les émeutes de 1929, ou révolte d'al-Bouraq, qui font 249 morts dans toute la Palestine. La commission Shawa réaffirme l'appartenance du mur à l'esplanade et donc la juridiction du custode des Lieux saints musulmans de Jérusalem, le chef de la famille hachémite de Jordanie, malgré les revendications de ce groupe.
En 1967, Israël, après sa conquête de Jérusalem-Est, reconnaît le statu quo mais s'empare du Mur des Lamentations et rasé le quartier maghrébin pour dégager l'espace d'une place devant le mur. Les musulmans conservent la gestion du site et un libre accès de jour comme de nuit. Les non-musulmans voient leur accès autorisé avec l'interdiction d'y prierSami Boukhelifa, « Le ministre extrémiste israélien Ben Gvir sur l'esplanade des Mosquées », RFI, 3 janvier 2023.. Jusqu'en 2000, le statu quo est relativement bien respecté, jusqu'à l'irruption de 1000 Israéliens armés menés par Ariel Sharon sur l'esplanade en septembre 2000. Cette provocation déclenché la deuxième Intifada, dite aussi Intifada d'al-Aqsa, où 4000 personnes sont tuées. Durant l'Intifada, israe interdit le site aux musulmans ; après, il l'interdit aux non-musulmans, sans consultation du gardien des Lieux saints. Les deux interdictions sont des brèches dans le statu quo. Depuis, Israël généralise les atteintes : par la présence permanente de policiers sur l'esplanade, et le contrôle qu'ils exercent sur les entrées ; le site est déclaré comme réservé au culte musulman. Les irruptions de fidèles juifs qui viennent y prier se multiplient ; l'administration du waqf est la seule à pouvoir engager des travaux sur le site. Israël a engagé une vingtaine de fouilles archéologiques.
L'UNESCO a condamné ces atteintes.
Depuis les années 2000, la police israélienne a de multiples fois violé le Statu quo en intervenant violemment sur l'esplanade voire dans les mosquées, sans respect pour le caractère de lieu de culte musulman de l'ensemble de l'esplanade. Le 29 mai 2022, Israël autorise 2600 colons à venir prier sur l'esplanade.
Évocation dans la littérature Dans son roman , Arthur Koestler évoque une partie de la mise en place concrète du au sein de la basilique de la Nativité.:
Notes et références
Annexes Articles connexes Custodie franciscaine de Terre sainte
Liens externes Status Quo, site de la custodie de Terre Sainte Résumé du Statu Quo par Archer Cust : et sur Wikisource
Catégorie:Histoire du christianisme Catégorie:Christianisme en Israël