vignette|255px|Les locuteurs d’idiomes romans de l’Est en Europe centrale et orientale. Les Istro-Roumains sont leur branche la plus occidentale.
vignette|300px|Les zvončari de Žejane à Rijeka
Les Istro-Roumains sont un des deux groupes roumanophones qui ont migré vers l’ouest au Moyen Âge depuis l’aire de répartition des Roumains, l’autre étant celui des Valaques de Moravie. Les Istro-Roumains se sont établis dans la péninsule d’Istrie, à l’époque partagée entre les domaines vénitien et habsbourgeois, autour du massif montagneux de la Cicceria ou Terra dei Cicci, où ils sont entrés dans un processus graduel d’assimilation aux populations majoritaires (italophones sur les côtes, slavophones dans l'intérieur), de sorte qu’aujourd’hui ils ne subsistent qu’en Croatie, dans le village de Žejane au nord-est du massif d’Učka, et dans sept autres villages et hameaux au sud de ce massif : le nombre des locuteurs de l’istro-roumain était estimé à moins d’un millier en 2010. D’autres Istro-Roumains sont répandus dans des villes de Croatie ou vivent en émigration en Europe de l'Ouest, aux États-Unis, au Canada et en Australie.
Les ethnonymes italiens Istriani (Istriens) ou Cicci, croates Čiči ou Ćiribirci, allemand Tschitschen sont des exonymes locaux, tandis qu’istroromâni (Istro-Roumains) est un exonyme créé par des linguistes. Les Istro-Roumains eux-mêmes se désignent au sud d’Učka comme vlåš (valaques, singulier vlåh) et ceux de Žejane comme žejånciDans cet article, les mots istro-roumains sont écrits avec l’alphabet utilisé par le site Očuvęj vlåška ši žejånska limba – Writing..
À partir de la seconde moitié du , de nombreux chercheurs se sont occupés des Istro-Roumains et de leur langue, mais le moment de leur arrivée en Istrie et leur lieu d’origine exacts restent à ce jour discutés (pour autant que l’on puisse les déterminer, s’agissant d’un contexte probablement lié à la transhumance pastorale, activité traditionnelle très répandue chez les Roumains du passé).
Si des Istro-Roumains se sont assimilés aux Italiens d’Istrie, il n’est actuellement plus possible de les identifier, d’autant que ces populations ont été expulsées par les autorités yougoslaves après la seconde Guerre mondiale. et se sont dispersées en Italie. Il est plus facile, par les patronymes et l’histoire familiale, d’identifier les Croates d’origine istro-roumaine, restés sur place. Les spécificités culturelles des Istro-Roumains encore locuteurs de leur langue se sont presque totalement fondues dans la culture croate locale, et leur langue même est fortement influencée par le croate, étant considérée en grand danger par l’UNESCO. Depuis les années 2000 il y a certaines actions de sauvegarde de l’identité et de la langue istro-roumaines, menées par des associations culturelles, avec un certain appui de la part des autorités.
Problèmes de dénomination
La dénomination Istriens parfois donnée aux Istro-Roumains ne doit pas prêter à confusion d’une part avec le peuple antique des Histres également appelé « Istriens » dans de nombreux textes français, ni avec Istriotes qui désigne les populations de langue italienne d’Istrie.
Historique des recherches sur les Istro-Roumains
Les débuts
L’intérêt pour les Istro-Roumains s’éveille au , dans le contexte du romantisme, courant qui avait le culte des traditions et du patrimoine spirituel des peuples. En 1819, Ivan Feretić, un prêtre catholique de l’île de Krk, transcrit deux prières en « roumain de Krk », proche de l’istro-roumain et disparu dans la première moitié du Reprises par , cité par . Filipi appelle cet idiome Krkorumänisch en allemand et krkorumunjski en croate. Il ne faut pas le confondre avec le Dalmate, autre langue latine de l’île de Krk, étudiée par le linguiste italien Matteo Bartoli..
Un premier article de presse, qui constate des similitudes entre le roumain des principautés roumaines et l’istro-roumain, paraît en 1846, signé par l’érudit Antonio Covaz. d’Istrie. Il mentionne en même temps la perte de la langue dans les localités faiblement peuplées par des Istro-Roumains, ainsi que les emprunts au croate. L’auteur inclut aussi des éléments de grammaire et deux textes brefs en istro-roumain, qu’il traduit en latin et en italien. Cet auteur pense que les Istro-Roumains sont les descendants des colons romains établis en Istrie dans l’Antiquité. La même année et dans le même journal, il paraît un article sous forme de lettre de l’historien et archéologue Pietro Paolo Kandler. de Trieste, qui partage l’idée de Covaz. Le même Kandler publiera par la suite d’autres articles et des documents anciens sur le même sujet.
Le premier Roumain qui, ayant lu les articles de Covaz et de Kandler, écrit sur les Istro-Roumains, en 1847, est Gheorghe Asachi..
Le juriste Carlo de Franceschi est un autre Italien qui aborde le sujet des Istro-Roumains, en 1852, affirmant qu’ils sont arrivés en Istrie depuis les îles de la Mer Adriatique, en compagnie de Slaves, cité par ..
Le premier Roumain qui prend contact avec les Istro-Roumains est le professeur d’histoire Ioan Maiorescu, d’abord en 1857, puis en 1861, mais ses impressions ne sont publiées qu’après sa mort, dans une série d’articles, en 1872, ensuite sous forme de livre en 1874, par son fils Titu Maiorescu.. Ioan Maiorescu aussi est convaincu de l’origine romaine istrienne des Istro-Roumains..
Entre 1861 et 1900
Les recherches proprement-dites commencent lorsque des linguistes s’y impliquent) distingue nettement les écrits parus jusqu’en 1861 et ceux d’après cette année, ne considérant comme scientifiques et fiables que les derniers.. Une première étude relativement ample est écrite en 1861 par le linguiste italien Graziadio Isaia Ascoli qui compare l’istro-roumain au daco-roumain et à l’aroumain et combat l’idée que les Istro-Roumains seraient les descendants des Romains colonisés en Istrie..
Des chercheurs germanophones aussi abordent le sujet des Istro-Roumains. Ainsi, en 1861 également, paraît la premier ouvrage du slaviste slovène Franc Miklošič au sujet des Istro-Roumains, puis d’autres, en 1880. et en 1882., dans lesquels l’auteur affirme leur origine sud-danubienne.. Les textes istro-roumains utilisés par Miklošič lui sont fournis par les romanistes Antonio Ive et Theodor Gartner.
Après la parution du premier ouvrage de Miklošič, Hermann Ignaz Bidermann, dans un livre consacré aux populations romanes d’Autriche-Hongrie paru en 1877, s’occupe des Istro-Roumains aussi, en plaçant leur présence en Istrie à partir du ou du ..
L’historien croate Franjo Rački consacre à son tour onze pages aux Istro-Roumains dans une étude de 1881, en traçant le chemin de leur migration commencé au dans l’est des Balkans, à travers la Serbie, la Bosnie, la Croatie et la Dalmatie, jusqu’en Istrie et à l’île de Krk, migration effectuée en petits groupes, cité par ..
Le linguiste spécialiste des langues romanes orientales publie lui aussi des études sur l’istro-roumain, en 1892., 1894. et 1895..
Les chercheurs vont de plus en plus souvent étudier les Istro-Roumains et surtout leur langue dans les villages de ceux-ci, en notant divers textes : prières, chansons, contes, dictons et proverbes. Si Miklošič avait étudié des textes recueillis auparavant par d’autresCeux publiés par , trois prières publiés par Fr. J. Sajovec dans la revue Novice gospodarske, obertnijske i narodske, , Ljubljana, 1856, , dont Notre Père (consulté le 28 juin 2017), des proverbes notés par Lovro Rakovec, chapelin dans le village de Mune, puis de Šušnjevica, les textes d’Antonio Ive et de Theodor Gartner., Weigand utilise également des textes notés par lui-même..
Un deuxième Roumain qui s’occupe beaucoup des Istro-Roumains est Teodor Burada, folkloriste, ethnographe et musicologue qui les visite en 1890 et 1893, écrivant sur ses voyages en 1896.. C’est grâce à lui que l’Istro-Roumain Andrei Glavina arrive en Roumanie, où il fait des études.
Un glossaire istro-roumain d’une relative grande ampleur, rédigé par le linguiste Arthur Byhan, paraît en 1899..
Giuseppe Vassilich est le premier qui publie une bibliographie chronologique des ouvrages concernant les Istro-Roumains, parus jusqu’en 1900, les analyse minutieusement et compare largement l’hypothèse de l’origine romaine istrienne des Istro-Roumains à celle de leur immigration dans la péninsule, en optant résolument pour cette dernière et en plaçant son début au ..
Après 1900
Les études sur les Istro-Roumains et leur langue deviennent plus nombreuses au . À son début (1905) paraît le premier et pendant longtemps le seul livre en istro-roumain, écrit par Andrei Glavina. qui écrit aussi des articles de presse sur les Istro-Roumains.
En 1906, le linguiste Sextil Pușcariu publie la première partie de ses études istro-roumaines., qui ne seront reprises qu’en 1926. et en 1929..
Entre les deux premières parties des études de Pușcariu ce sont deux volumes du linguiste Iosif Popovici qui paraissent, en 1909 et en 1914, avec de nouveaux textes istro-roumains et un glossaire..
En 1924, l’historien Silviu Dragomir fait paraître un livre sur les Istro-Roumains. affirmant, comme Miklošič, leur origine sud-danubienne.
L’année suivante, Tache Papahagi publie une étude sur le Pays des Moți, dans les Carpates occidentales roumaines, dans laquelle il souligne les ressemblances entre les habitants de cette région et les Istro-Roumains..
Le deuxième livre en istro-roumain, contenant des textes poétiques, narratifs, religieux et moralisateurs folkloriques, est publié en 1928 par le folkloriste et historien de la littérature Leca Morariu..
Les années 1930 voient paraître un journal de voyage en Istrie écrit par Emil Panaitescu, directeur de l’École roumaine de Rome., et les résultats des recherches sur le terrain du folkloriste et ethnologue Traian Cantemir, etc..
Après la Seconde Guerre mondiale, les recherches diminuent mais ne cessent pas. Il convient de mentionner les travaux de Ion Coteanu et 1961., Emil Petrovici et Petru Neiescu., August Kovačec. et Antony H. Hurren..
À partir des années 1990, les publications deviennent plus nombreuses. Parmi les auteurs sont à citer Kovačec., Elena Scărlătoiu., Richard Sârbu et Vasile Frățilă., Goran Filipi. et Antonio Dianich..
Histoire des Istro-Roumains
vignette|300px|Istro-Roumain (Tschitsche en allemand) vers la fin du
L’historiographie sur les Istro-Roumains est étroitement liée aux recherches linguistiques, cherchant à éclaircir ensemble leur origine et à établir le trajet qu’ils ont parcouru jusqu’à leur établissement en Istrie. Faute de sources historiques suffisantes, ces aspects continuent d’être controversés au .
La thèse des premiers auteurs selon laquelle les Istro-Roumains seraient les descendants des colons romains en Istrie a été rejetée par les chercheurs ultérieurs. Concernant les habitants de Žejane (et eux seuls), les protochronistes croates affirment que ceux-ci n’auraient rien à voir avec les Roumains mais seraient les descendants des Proto-Croates, qui seraient d’origine iranienneCf. Ivan Biondić et alii, Žejanci su prahrvati, a ne rumuni. Neslavenski Kačići, Svačići i omiški „marjani” govorili su žejanski [« Les habitants de Žejane sont des Proto-Croates, non des Roumains. Les Kačići, Svačići et ”marjani” de Omiš parlaient la langue de Žejane »], Glas Istre, 9 juin 2000, , article reproduit en traduction roumaine par ..
Parmi les chercheurs du on distingue deux théories principales. Selon celle d’Ovid Densușianu, les Istro-Roumains seraient originaires du sud-ouest de la Transylvanie et du Banat historique, d’où ils seraient partis au . Il fonde sa théorie sur des traits de langue, par exemple le rhotacisme de [n] intervocalique simple ([n] > [r]), dans les mots d’origine latine, comme dans le parler des Moți.. Cette hypothèse est soutenue par d’autres chercheurs aussi, , , , , (les quatre derniers cités par )..