vignette|280px|M48 Patton de la Berlin Brigade américaine en face à face avec des T-55 du Groupement des forces armées soviétiques en Allemagne le , durant la crise de Berlin. La seconde crise de Berlin constitue la plus longue et l'une des plus dangereuses de celles qui ont émaillé la guerre froide. La construction du mur de Berlin en en est l’évènement le plus marquant, mais le maintien de l’équilibre qui s’est installé entre l’Europe de l’Est et l’Europe de l’Ouest dans les années qui ont suivi la guerre, en est son enjeu véritable. Pendant plus de quatre années, cette crise est au cœur de l’action diplomatique et de la stratégie nucléaire des quatre GrandsLes États-Unis, l'Union soviétique, la Grande-Bretagne et la France, qui sont les quatre pays ayant occupé l'Allemagne à la fin de la Seconde Guerre mondiale. et des deux Allemagnes. Son aboutissement consacre une fois pour toutes le statu quo en Europe jusqu'à l'effondrement du bloc communiste.

La crise commence le avec « l'ultimatum de Khrouchtchev » par lequel le dirigeant soviétique exige des Occidentaux qu'un règlement soit trouvé dans les six mois concernant le statut de Berlin. Dès lors s'amorce une longue période de négociations articulée autour des rencontres de Nikita Khrouchtchev avec Dwight David Eisenhower en 1959 et 1960, puis avec John Fitzgerald Kennedy en . Ces trois sommets américano-soviétiques ne se soldent finalement par aucun accord. À la suite de quoi, Khrouchtchev décide avec les dirigeants de la République démocratique allemande de la construction du mur de Berlin (en allemand ) en , qui séparera physiquement la ville en Berlin-Est et Berlin-Ouest pendant plus de vingt-huit ans, mettant ainsi fin à l'exode croissant des habitants de la République démocratique allemande (RDA) vers la République fédérale d'Allemagne (RFA). Pour autant, Khrouchtchev continue d'exiger la conclusion d'un accord définitif relatif au statut de l'Allemagne et de Berlin. Il souffle le chaud et le froid, alternant propositions de paix et chantage nucléaire. Les tensions sont à leur maximum en , lors de la crise de Cuba, que Kennedy lie directement à Berlin.

Finalement, le statu quo qui enracine la RFA au sein du bloc occidental et la RDA au sein du bloc de l'Est, s'installe définitivement début 1963. Si les Occidentaux n'ont cédé en rien aux exigences du Kremlin, cette crise marque cependant la reconnaissance définitive de l'Union soviétique comme grande puissance, disposant de l'arme nucléaire, capable de discuter d'égal à égal avec les États-Unis.

Contexte historique de Berlin après la Seconde Guerre mondiale

De l'occupation conjointe au blocus de Berlin-Ouest Après sa capitulation le , l'Allemagne est divisée en quatre zones d'occupation sous administrations soviétique, américaine, britannique et française, conformément aux accords conclus aux conférences de Yalta et de Potsdam. La création de ces zones ne signifie pas pour autant un démembrement de l'Allemagne en plusieurs pays.

Les 20 districts constitutifs du Grand Berlin de 1920 sont également répartis en quatre secteurs. Les Occidentaux se partagent les 12 districts ouest de la ville, qui formeront Berlin-Ouest. Les 8 districts sous contrôle soviétique, qui constitueront Berlin-Est, représentent , soit 45,6 % de la superficie de la ville. Berlin-Ouest est entièrement enclavé dans le secteur soviétique d'occupation de l'Allemagne.

Des élections sont organisées dans chacun des Länder, au niveau régional et local, en 1946 dans toutes les zones d'occupation. À Berlin elles se tiennent le et se déroulent librement. Le parti communiste, sous le nom de Parti socialiste unifié d'Allemagne (en , SED) recueille moins de 20 % des voix, le Parti social-démocrate d'Allemagne (en , SPD) presque 50 % et l’Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (en , CDU) plus de 20 % [Site].

Une première crise de Berlin s'ouvre en lorsque l’Union soviétique suspend sa participation au Conseil de contrôle allié le Rita Thalmann, article Histoire de l'Allemagne, la République démocratique allemande, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007. Du au , Staline instaure un blocus des secteurs occidentaux de Berlin, que les alliés contournent grâce au pont aérien mis en place par les Américains et les Britanniques. Le statu quo issu de la Seconde Guerre mondiale prévaut in fine à Berlin.

La mise en place d'administrations distinctes à Berlin-Est et Berlin-Ouest Pendant le blocus, les manœuvres d'intimidation se multiplient à l'égard des élus non-communistes majoritaires élus en 1946. Le , des éléments communistes tentent de prendre le contrôle des bâtiments officiels. En réponse, environ manifestent le près du Reichstag en ruine pour protester contre le blocage des institutions. Le , le SED tient seul une assemblée extraordinaire du conseil municipal () qui décide sa dissolution et son remplacement par un conseil composé exclusivement de communistes avec à sa tête Friedrich Ebert junior. Les membres du conseil sortant élu en 1946 qui n'appartiennent pas au SED décident de nouvelles élections qui ne peuvent se dérouler que dans les secteurs ouest de Berlin et sont boycottées par le SED. Ces élections ont lieu le et voient le SPD l'emporter largement avec 65 % des suffrages [Site]. De facto, la partition politique et administrative de Berlin est réalisée. Déjà élu en 1946, mais les Soviétiques avaient empêché sa prise de fonction, Ernst Reuter est réélu maire de cette assemblée municipale de Berlin-Ouest. Il forme une grande coalition avec les deux autres partis pour témoigner au monde de l'unité de Berlin-Ouest. Après l'entrée en vigueur le d'une nouvelle constitution (Verfassung von Berlin) à Berlin-Ouest, Reuter est réélu, devenant le le premier bourgmestre-gouverneur de Berlin ()En 1957, Willy Brandt est élu à cette fonction qu'il occupera jusqu'en 1966. Il deviendra ensuite ministre des Affaires étrangères puis chancelier en octobre 1969, et pratiquera une politique d'ouverture à l'Est (Ostpolitik) qui mettra un terme définitif à la situation de crise au sujet de Berlin.. Le statut de Berlin-Ouest s'apparente désormais à celui d'un Land, avec des représentants sans droit de vote au Bundestag.

La mise en place de la partition de fait de l'Allemagne La partition de l'Allemagne en deux états se met en place progressivement à partir de 1949. À chaque fois, l'initiative première est le fait des Occidentaux auxquels les Soviétiques répondent systématiquement par une initiative de même nature. Ce processus comporte quatre volets principaux : Fondation des deux États Faisant suite à l'accord intervenu le entre les trois puissances occidentales d'occupation Site, la République fédérale d'Allemagne (RFA) voit le jour le avec la promulgation de la Loi Fondamentale valant constitution Site sur le territoire de la trizone constituée par les zones française, britannique et américaine.

L'avènement de la RFA est suivi de près par celui de la République démocratique allemande (RDA) dans la zone sous occupation soviétique, dont la constitution est promulguée le Site. Accession de la RFA et de la RDA à la souveraineté La France, les États-Unis, le Royaume-Uni et la RFA signent à Bonn le une convention Site qui accorde, avec certaines restrictions, la souveraineté à la RFA lorsque le traité instituant la Communauté européenne de défense (CED) entrera en vigueur Site. Le même jour, la frontière intérieure allemande entre la RDA et la RFA est fermée, mais la circulation demeure libre entre les zones d'occupation de Berlin. Le parlement français refuse finalement en 1954 de ratifier le traité de la CED. Les Occidentaux trouvent une voie alternative pour arrimer la RFA à l'Europe de l'Ouest par la signature le des Traités de Paris Site portant création de l'UEO et mettant fin au statut d'occupation de la RFA. La convention de peut alors entrer en vigueur le , jour de la dernière réunion de la Haute commission alliée. Dans un grand discours radiodiffusé le même jour, Adenauer célèbre la souveraineté de la RFA et son droit à représenter l'Allemagne tout entière, et réaffirme son appartenance au monde libre occidental Site. Les alliés ont cependant conservé les droits de stationnement de leurs forces en RFA et à Berlin-Ouest, ainsi que le statut spécial attaché à Berlin.

Parallèlement, le , l'URSS reconnaît la souveraineté de la RDA, et lui transfère certains droits qu'elle possédait au titre des accords de Potsdam. La constitution de 1949 est fortement amendée pour refléter le périmètre de souveraineté accordé par l'URSS. Les deux pays signent à Moscou le un traité qui réaffirme la souveraineté de la RDA et renforce les relations économiques, scientifiques et culturelles entre les deux pays. Ce traité consacre cependant le droit des Soviétiques à stationner des forces militaires sur le territoire de la RDA Site. Intégration de la RFA et de la RDA dans les alliances militaires Immédiatement après avoir recouvré sa souveraineté, la RFA adhère à l'OTAN et participe à la réunion du Conseil de l'Atlantique Nord qui s'ouvre le Site. La création de la Bundeswehr donne lieu à un intense débat en Allemagne relatif à la légitimité de sa remilitarisation dix ans seulement après la mise à feu et à sang de l'Europe par l'Allemagne de Hitler. En , les premiers volontaires rejoignent la Bundeswehr qui devient en quelques années la plus importante armée d'Europe occidentale, sans posséder toutefois d'arme nucléaire.

La réplique quasi immédiate à l'Est est la création du pacte de Varsovie le . La RDA crée officiellement son armée, la NVA, en et adhère aussitôt au pacte de Varsovie. Intégration de la RFA et de la RDA dans les alliances politiques et économiques En lien direct avec les enjeux de la guerre froide en Europe, l'intégration économique et politique de l'Europe prend forme à l'Ouest comme à l'Est, à l'initiative ou du moins avec le soutien des États-Unis et de l'Union soviétique.

Afin de contrer le plan Marshall et la mise sur pied de l'OECE le , Staline crée le le Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM, également désigné par l'acronyme anglais Comecon ; en russe : ) avec la Bulgarie, la Tchécoslovaquie, la Hongrie, la Pologne et la Roumanie. La RDA y adhère le . Devant les avancées en matière d'intégration en Europe de l'Ouest, le CAEM devient beaucoup plus actif à partir de la réunion de son Conseil le Site.

Le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier est signé à Paris le entre la France, la RFA, l'Italie et les pays du Benelux et entre en vigueur le Site. Le les six mêmes pays signent les traités de Rome Site qui instaurent la Communauté économique européenne et Euratom. Adenauer voit dans la création de l'EURATOM le une occasion d'accéder progressivement à l'arme nucléaire, sujet qui constitue un des enjeux de cette seconde crise de Berlin.

Refus de reconnaissance officielle de la RDA par les Occidentaux La différence la plus importante entre les processus symétriques suivis par les Alliés occidentaux et les Soviétiques réside dans la reconnaissance de la RFA par Moscou, annoncée à l'issue de la rencontre qui se tient à Moscou du 9 au entre le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer et les dirigeants soviétiques Site. Adenauer obtient aussi la libération des derniers prisonniers de guerre encore détenus en Russie, ce qui lui vaut un retour triomphal à Bonn, la capitale de la RFA.

Cette décision des Soviétiques marque le fait qu'ils ne croient plus vraiment à l'établissement d'une Allemagne réunifiée, neutre, démilitarisée et n'appartenant à aucun des deux blocs. Leur politique, consiste à soutenir par tous les moyens la RDA, un des moyens d'y parvenir étant de développer les relations commerciales avec la RFA au bénéfice mutuel des deux Etats allemands. Les Soviétiques espèrent aussi que cette ouverture vis-à-vis de la RFA incitera Adenauer à adoucir ses positions radicales dans les négociations Est-Ouest relatives à l'Allemagne dans son ensemble ou à Berlin.