L'église Saint-Denis est une église catholique paroissiale située à Ver-sur-Launette, dans l'Oise. Son architecture fait preuve d'un certain raffinement, qui témoigne de l'influence du chantier de la cathédrale Notre-Dame de Senlis et de l'inspiration de la cathédrale Notre-Dame de Paris, et reflète les principaux jalons du développement du style gothique. L'édifice se compose d'un vaisseau central de cinq travées, se terminant par un chevet plat éclairé par un triplet, et de deux bas-côtés, qui laissent libre la dernière travée du chœur. Le clocher s'élève au-dessus de l'avant-dernière travée du bas-côté sud, qui abrite de remarquables chapiteaux. Cette travée, ainsi que celle qui lui fait suite à l'est, représentent les parties les plus anciennes de l'église, et datent des années 1160 / 1170. Elles constituaient vraisemblablement le chœur de l'église qui existe à cette époque. Vers 1220, l'église est en grande partie reconstruite, et c'est de cette époque que datent le vaisseau central et les trois premières travées du bas-côté sud. Le chœur montre des frappantes similitudes avec Borest et Ermenonville. Au début du , le bas-côté nord est remanié, la base du clocher est renforcée, et ses parties hautes sont entièrement reconstruites. Ces travaux s'effectuent dans le style gothique flamboyant. Déjà en 1894, Eugène Müller écrit que . Elle n'est toujours pas protégée au titre des monuments historiques. L'église Saint-Denis est aujourd'hui affiliée à la paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, et accueille des messes dominicales anticipées deux fois par an.

Localisation

L'église Saint-Denis est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le parc naturel régional Oise-Pays de France, sur la commune de Ver-sur-Launette, place de la Croix. C'est la principale place du village. La façade occidentale de l'église donne directement sur cette place. Le chevet et l'élévation septentrionale sont enclavées dans des propriétés privées, et ne sont que partiellement visibles depuis le domaine public. L'élévation méridionale donne sur la côte de l'Orme, qui relie la place à la rue des Bons-Voisins (RD 64). Cette élévation est bien mise en valeur et bordée par un espace vert publique, qui s'élargit successivement vers l'est à mesure que la rue s'éloigne de l'édifice. L'abbé Eugène Müller écrit en 1894 : .. Il ne reste plus trace de cet arbre, mais la côte de l'Orme conserve son souvenir.

Histoire

Sous le titre de Palatium Vernum, Ver-sur-Launette est une maison royale sous les Mérovingiens et Carolingiens, et le concile de Ver s'y tient en 754. Un autre concile a lieu en 844. L'on ignore à quelle période la couronne aliéna le domaine, mais il paraît certain qu'aucun roi ne séjourne à Ver à partir du , que ce ne soit pour un bref passage. La paroisse est donc probablement de fondation ancienne, comme le donne également à penser son vocable, saint Denis de Paris, Apôtre et premier évêque de Paris, martyrisé vers 272 au plus tard à Montmartre. Le collateur de la cure n'est toutefois pas de l'abbaye Saint-Denis, mais le chapitre de la cathédrale Notre-Dame de Senlis. Sous l'Ancien Régime, Ver-sur-Launette relève du diocèse de Senlis et du doyenné de Senlis.. La Révolution française apporte le rattachement du diocèse de Senlis à celui de Beauvais, sauf Othis et Survilliers. — Ver-sur-Launette n'est, depuis plusieurs décennies, plus une paroisse indépendante, et est intégré depuis 1996. dans la nouvelle paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, qui s'étend sur quinze communes, et dont le lieu de culte principal est l'église Saint-Pierre de Nanteuil-le-Haudouin. À l'instar de l'église voisine d'Ève, l'église Saint-Denis n'accueille plus de messes régulières pendant plusieurs années, et est utilisée exclusivement pour les célébrations particulières (messes, baptêmes, obsèques). Les messes dominicales anticipées ne reprennent qu'au mois de .

Les différentes campagnes de construction ne sont pas attestées par des sources d'archives, ni par des inscriptions, mais peuvent être déduites de l'analyse stylistique. L'on peut distinguer trois campagnes de construction, qui reflètent les principaux jalons du développement du style gothique. Les parties les plus anciennes sont la base du clocher et la travée qui lui fait suite à l'est. Elles datent des années 1160 / 1170, et appartiennent au style gothique primitif, avec des chapiteaux encore proches du style roman. L'inspiration par le rond-point de l'abside et le déambulatoire la cathédrale de Senlis ne fait guère de doute. Sachant que le clocher central est la règle dans la région au , Dominique Vermand n'exclut pas qu'il s'agisse du chœur primitif, et estime que le mur gouttereau du bas-côté sud subsisterait également de l'église précédente. Dans ce cas, l'église de cette époque aurait été de dimensions inhabituellement restreintes. Selon le même auteur, la deuxième campagne de construction porte sur la nef, le chœur et le reste des bas-côtés, et se situerait au début du . Eugène Müller propose de distinguer deux phases au sein de cette campagne : dans un premier temps, l'on aurait bâti la nef et les bas-côtés sans les voûtes, et dans un deuxième temps, l'on aurait entrepris la construction du chœur et entrepris le voûtement de la nef et des bas-côtés. La date d'achèvement se situerait alors vers 1220. Indépendamment de cette question, l'on peut retenir que l'ordonnancement des piliers témoigne de l'influence du chantier de la cathédrale Notre-Dame de Paris. La même observation s'applique à deux douzaines d'autres églises du nord de l'Île-de-France. Enfin, la troisième et dernière campagne de construction s'inscrit dans le cadre du mouvement de reconstruction après la guerre de Cent Ans. Au début du , le bas-côté nord est rebâti dans le style gothique flamboyant, sans toutefois toucher aux grandes arcades, et les élévations extérieures des deux travées les plus anciennes sont réappareillées et pourvues d'un décor sculpté assez abouti. Le clocher est reconstruit à partir du deuxième étage, et reçoit une cage d'escalier hors-œuvre...

En 1987, l'abbé Jules Gérin écrit .. En 1894, l'abbé Eugène Müller estime que . Il a apparemment vu juste, et l'église Saint-Denis n'est toujours pas protégée au titre des monuments historiques, ce qui n'a pas dissuadé la commune d'en refaire les toitures et d'en engager une restauration en 2015.

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

Orientée à peu près régulièrement, avec une légère déviation de l'axe vers le sud-est du côté du chevet, l'église se compose d'une nef de trois travées barlongues accompagnée de deux bas-côtés ; d'un chœur d'une travée carrée et d'une travée barlongue se terminant par un chevet plat ; de deux travées de bas-côté de chaque côté de la première travée du chœur ; et d'une sacristie dans l'angle entre bas-côté sud et deuxième travée du chœur. La première travée du bas-côté sud du chœur est la base du clocher ; la deuxième est la chapelle Saint-Joseph. Le bas-côté nord du chœur est la chapelle de la Vierge. Le vaisseau central est à deux niveaux d'élévation jusqu'à la première travée du chœur, avec l'étage des grandes arcades et un étage de murs aveugles. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. Le portail occidental de la nef constitue l'unique accès à l'église. Nef et bas-côtés sont recouverts ensemble par une large toiture à deux rampants. Le clocher est coiffé d'une flèche en charpente recouverte d'ardoise.

Intérieur Nef thumb|Nef, vue vers l'est. thumb|Nef, vue vers l'ouest.

Comme l'annonce déjà la façade, la nef est assez large. Elle est un peu plus élevée qu'il ne paraît à l'extérieur : une fois franchi le portail, il faut descendre six marches d'escalier pour entrer dans la nef. Cependant, la nef est loin de présenter l'élancement habituel aux églises gothiques, même petites : elle est à peine une fois et demi plus élevée que large, comme le sont souvent les nefs flamboyantes, et les chapiteaux des hautes-voûtes se situent plus bas que les sommets des grandes arcades, à mi-hauteur entre leurs tailloirs et leurs clés d'arc. L'étage de murs aveugles est donc relativement important. On note aussi que les grandes arcades sont à simple rouleau, et non moulurées, mais ont seulement les angles chanfreinés, ce qui n'est plus guère d'usage au début du . Elles paraissent bien légères et sont plus larges qu'à l'accoutumée. En plus, les tailloirs des grandes arcades accusent un profil rudimentaire, une tablette biseautée, et ne débordent guère devant les murs hauts. Ces différentes observations amènent Eugène Müller à formuler l'hypothèse que les grandes arcades sont plus anciennes que les voûtes de la nef et leurs supports, et que la nef n'était donc primitivement pas voûtée et éclairée directement par des fenêtres hautes, comme à Trumilly. Il n'a pas cherché les traces de ces éventuelles fenêtres dans les combles des bas-côtés, mais leur présence semble quelque part trahie par les poutres de bois tenant lieu d'étrésillons, qui ont été passées par les anciennes baies avant qu'elles ne soient murées, comme à Cormeilles-en-Vexin.

Des grandes arcades en arc brisé aussi rustiques se trouvent aussi à Asnières-sur-Oise, Béthancourt-en-Valois, Bruyères-sur-Oise, Champlieu, Fontenay-en-Parisis, Fosses, Orrouy, Plailly, etc.; dans certains cas, elles retombent sur de simples impostes, comme à Béthancourt et Orrouy. À Ver, c'est aussi le cas à la fin des grandes arcades. Ailleurs, les tailloirs sont portés par de gros chapiteaux sculptés d'un rang de crochets ou de divers feuillages, qui sont bien découpés et vigoureusement taillés, mais d'une facture grossière. Ils reposent sur des piliers monocylindriques appareillés en tambour, dont les bases sont formées par un petit tore et d'un gros tore aplatis, séparés par une scotie. Les angles ne sont pas flanqués de griffes. Les socles octogonaux comportent un ressaut. C'est le parti des piliers isolés aux chapiteaux de crochets qui est dérivé de Notre-Dame de Paris. Afin d'accueillir les colonnettes des hautes-voûtes, trois consoles sont engagés dans les piliers, tout en prenant appui sur les tailloirs des chapiteaux, et accueillent trois fûts assemblés de trois ou quatre tambours en délit. En général, les consoles sont d'épaisses tablettes évasées vers le bas, mais au-dessus du premier pilier isolé du sud, celle du centre est sculptée de trois têtes accolées, et les deux autres, d'un homme en buste accroupi. Pour Jules Gérin, les trois têtes symboliseraient la Sainte-Trinité. Les trois fûts portent trois chapiteaux, tous sculptés de crochets. À l'intersection entre deux chapiteaux, les crochets aux angles sont partagés pars les deux chapiteaux, tandis que les corbeilles restent bien distinctes. Dans un groupe de trois, la première et la troisième sont implantés à 45° face aux ogives. Les tailloirs fusionnent également au niveau des strates de modénature supérieures, et forment ici un ensemble de plan trapézoïdal, ce qui évoque Champagne-sur-Oise, Grisy-les-Plâtres, et surtout le chœur de Précy-sur-Oise. Le profil des tailloirs est plus élaboré qu'au niveau des grandes arcades, et se compose, du haut vers le bas, d'une plate-bande, d'un filet, d'un cavet, d'une baguette et d'une plate-bande. Les arcs-doubleaux affichent un filet entre deux tores, et les ogives, une fine arête entre deux tores, ce qui sont des profils très répandus sous toute la première période gothique. Il y a des formerets monotoriques tout autour, ce qui est rare pour les voûtes réalisées après coup.

Bas-côtés thumb|upright|Bas-côté sud, vue vers l'est. thumb|upright|Bas-côté nord, chevet - autel de la Vierge.