La Coloni C4B, également nommée Andrea Moda C4B, engagée dans le cadre du premier Grand Prix du championnat du monde de Formule 1 1992, est la première monoplace de Formule 1 de l'écurie italienne Andrea Moda Formula. Elle est pilotée par l'Italien Alex Caffi, en provenance de l'écurie Footwork Racing, et son compatriote Enrico Bertaggia, pilote de Formule 3000 japonaise dont la dernière apparition en Formule 1 remonte à la saison 1989, au sein de l'écurie italienne Coloni.
Conçue par les étudiants de l'université de Pérouse sous la supervision de l'ingénieur britannique Paul Burgess, la Coloni C4B est une évolution de la Coloni C4 construite par l'ingénieur franco-belge Christian Vanderpleyn, la monoplace la plus lente de la saison 1991, engagée par Coloni. Il s'agit d'une monoplace de transition, mise en œuvre en attendant la mise au point de l'Andrea Moda S921, initialement prévue pour le Grand Prix d'Espagne.
La Coloni C4B fait pourtant son unique apparition lors de la manche inaugurale du championnat du monde, en Afrique du Sud, lors de laquelle Andrea Moda Formula est exclue pour ne pas avoir payé les frais d'inscription en championnat et pour ne pas avoir engagé une monoplace inédite : l'écurie étant considérée comme une nouvelle venue en Formule 1, elle doit disposer d'une monoplace entièrement inédite. La C4B est remplacée par la S921 dès le Grand Prix suivant, au Mexique.
Contexte et développement Rachat de l'écurie Coloni Andrea Moda Formula trouve ses origines au sein de l'écurie italienne Coloni qui, de 1987 à 1991, a participé à quatorze Grands Prix de Formule 1 en soixante-cinq engagements. En 1991, la modeste écurie qui ne dispose que de moyens techniques limités et d'un budget équivalent à une écurie de Formule 3000 de milieu de grille, est considérée par la presse spécialisée comme .. Coloni ayant échoué pendant ses deux dernières saisons et demi à franchir l'étape des pré-qualifications, est même surnommée .
À l'été 1991, Coloni, en défaut de paiement, tente infructueusement de se rapprocher indirectement de Lamborghini en voulant fusionner avec la moribonde Modena Team. En , Enzo Coloni vend, pour huit millions de dollars, son équipe criblée de dettes à l'homme d'affaires italien Andrea Sassetti. L'écurie conserve la dénomination Coloni Racing Srl pour les deux dernières manches de cette saison puis est renommée Andrea Moda Formula en 1992..
Andrea Sassetti, novice en sport automobile Andrea Sassetti est un homme d'affaires italien qui a créé, en 1985, Andrea Moda, une marque de chaussures féminines haut de gamme. L'origine de sa fortune est assez floue ; si certaines sources l'attribuent à la succession de son père, Silvano Sassetti, un riche fabricant de chaussures, d'autres évoquent qu'il a gagné trois millions de lires au poker dans les années 1980, tandis que certains soupçonnent des liens avec la mafia et le commerce illégal. D'après un entretien téléphonique publié sur Internet, Sassetti est issu d'une famille de paysans pauvres qui s'est enrichie en travaillant et en gagnant de l'argent grâce aux jeux de hasard..
Andrea Sassetti est également propriétaire d'une chaîne de discothèques en Italie et l'univers fermé de la Formule 1 comprend mal sa volonté d'intégrer la discipline-reine du sport automobile qui lui est totalement inconnue. Il est généralement décrit comme un , un , ou le ...
Si des observateurs pensent que Sassetti s'intéresse sérieusement à la Formule 1, d'autres voient en l'arrivée d'Andrea Moda Formula une tentative de la part de Sassetti de promouvoir son entreprise de mode grâce au sport automobile, à l'instar de Benetton Benetton Formula. Enfin, quelques observateurs suggèrent que l'engagement de Sassetti a pour finalité le blanchiment d'argent..
Une nouvelle écurie aux frêles infrastructures Lors de la préparation du championnat 1992 de Formule 1, le siège d'Andrea Moda Formula est installé dans les anciens ateliers de l'écurie Coloni, à Passignano sul Trasimeno, une petite ville d'Italie centrale.. La nouvelle écurie, qui compte une quarantaine d'employés, continue d'utiliser le matériel de l'ancienne équipe et, selon plusieurs observateurs, Sassetti n'a que très peu, voire pas du tout, investi de fonds supplémentaires dans l'amélioration des infrastructures, ce qui pourrait dénoter un certain manque de sérieux de la nouvelle structure de course.
En , le Suisse Gregor Foitek, qui cherche un volant après la faillite des écuries Onyx et Monteverdi pour lesquelles il pilotait en 1989 et 1990, visite les locaux de Passignano sul Trasimeno et déclare que de telles installations . Pour compléter son personnel de course, Sassetti est allé jusqu'à recruter, entre autres, un mécanicien et un chauffeur de camion parmi les ouvriers de son usine de chaussures.
Le magazine révèle que la brochure promotionnelle de l'écurie dévoile en couverture une peu en accord avec l'image chic de la Formule 1 et preuve du caractère douteux de l'homme d'affaires italien.. Sport Auto déclare plus sobrement que le .
Création de la monoplace Un châssis dérivé de la Coloni FC189 de 1989 thumb|alt=Schéma représentant la Coloni FC189 de 1989, une monoplace noire, blanche, bleue et jaune|Les dernières monoplaces de Coloni, ainsi que la C4B, sont en réalité des évolutions mineures de cette Coloni FC189 de 1989. La Coloni C4B trouve ses origines au printemps 1989, lorsque l'ingénieur franco-belge Christian Vanderpleyn conçoit la Coloni FC189, équipée d'un moteur V8 Ford-Cosworth DFR. À son volant, Roberto Moreno ne se qualifie qu'à trois reprises en onze engagements tandis que Pierre-Henri Raphanel ne parvient jamais à se pré-qualifier..
En 1990, Vanderpleyn adapte le châssis pour lui greffer un moteur Subaru. La monoplace, devenue FC189B, est pilotée par Bertrand Gachot qui échoue à se pré-qualifier lors de ses huit engagements en Grand Prix.. À l'été 1990, Subaru, conscient que son association avec Coloni nuit à son image de marque se désengage et le bloc Ford-Cosworth originel est réinstallé ; pour autant, Gachot ne parvient pas à améliorer ses performances au volant de la désormais Coloni FC189C..
Pour 1991, Coloni confie la FC189C aux étudiants de l'université de Pérouse qui la modifient en Coloni C4. Ce châssis ne diffère des versions FC189 que par des pontons et une boite à air modifiés. Pedro Chaves puis Naoki Hattori ne se pré-qualifient jamais durant l'ensemble de la saison....
Pour participer au championnat 1992, Andrea Sassetti tente de perfectionner la C4, en attendant que l'Andrea Moda S921, dont la finalisation est confiée au bureau d'études en ingénierie britannique Simtec, soit prête pour le début de la saison européenne.
Différences entre la Coloni C4 et sa version B thumb|alt=Schéma représentant la Coloni C4 de 1991, une monoplace blanche, bleue et grise|La C4 est la dernière monoplace de Coloni. Afin d'améliorer la Coloni C4, Andrea Moda Formula conclut un partenariat de fourniture de moteurs avec le motoriste britannique Judd qui lui propose les blocs V10 GV d'occasion utilisés en 1991 par la Scuderia Italia pour sa Dallara 191. Si la C4 est mue par un moteur V8 Ford-Cosworth DFR développant 620 chevaux à tours par minute, le moteur Judd développe 750 chevaux à tours par minute et pèse 130 kilogrammes, 25 de moins que le bloc américain...
De plus, Sassetti rachète à la Scuderia Italia les suspensions arrière et la boîte de vitesses transversale semi-automatique à six rapports de la Dallara 191. Les suspensions avant et la base du châssis C4 sont conservées. Dans les premières semaines de l'année 1992, ces pièces d'occasion sont greffées à la Coloni C4 par les étudiants de l'université de Pérouse, sous la direction de Paul Burgess. La C4B, avec 530 kilogrammes, est l'une des plus lourdes monoplaces du plateau et rend 25 kilogrammes à la Williams FW14B, la voiture la plus puissante de la saison.
Début février, Alex Caffi teste le nouveau châssis C4B sur le circuit de Misano en Italie.
Choix des pilotes Alex Caffi thumb|left|alt=Photo d'un pilote coiffé d'un casque de course rouge et beige|Alex Caffi, ici en 1991, effectue chez, Andrea Moda Formula, sa septième saison en Formule 1. Le premier pilote engagé, à la mi-, est l'Italien Alex Caffi... Après trois bonnes saisons en championnat d'Italie de Formule 3, Caffi est engagé au sein de la modeste écurie Osella lors du Grand Prix d'Italie 1986 où il termine onzième et dernier.. Reconduit par Enzo Osella pour la saison 1987, le jeune Italien dispose, à nouveau, d'une des monoplaces les plus lentes et les moins fiables du plateau.
En 1988, il rejoint la nouvelle Scuderia Italia où, encore au volant d'une monoplace peu compétitive, il réalise quelques coups d'éclat et se retrouve même deuxième du Grand Prix des États-Unis avant d'abandonner. L'année suivante, il marque ses premiers points en championnat du monde et obtient comme meilleur résultat une quatrième place à Monaco..
En 1990, engagé par Arrows, il marque deux points en championnat, à nouveau dans les rues monégasques.. La saison suivante, alors qu'Arrows devient Footwork Racing, Caffi échoue systématiquement en qualifications et se blesse lors du Grand Prix de Monaco. Après une période de convalescence de deux mois et demi, il ne se qualifie que lors des deux dernières courses de la saison..
Après cette saison désastreuse et, durant l'hiver 1991-1992, un grave accident de la route à Brescia où il se brise la mâchoire, Caffi envisage de mettre un terme à sa carrière en Formule 1 avant de rejoindre Andrea Moda Formula, pensant que cette nouvelle écurie lui apportera un second souffle : ..
Enrico Bertaggia Andrea Sassetti noue des contacts avec le Suisse Gregor Foitek et l'Allemand Christian Danner pour pourvoir le poste de second pilote. Foitek, déçu par sa visite des locaux en , décline la proposition tandis que les négociations avec Danner, qui n'a pas de budget à apporter à l'écurie, échouent.. La seconde monoplace est alors confiée à l'Italien Enrico Bertaggia, recruté le , le jour même de la date butoir des inscriptions des pilotes au championnat 1992...
Bertaggia commence sa carrière en monoplace en championnat d'Italie de Formule 3 en 1985 avant de remporter le titre en 1987, au sein de l'écurie Forti Corse qui l'engage ensuite en championnat international de Formule 3000 en 1988. Peu performant durant l'ensemble de la saison, le jeune espoir remporte néanmoins deux épreuves de prestige : le Grand Prix de Monaco de Formule 3 et le Grand Prix automobile de Macao.
En 1989, alors qu'il dispute quelques courses du championnat de Formule 3000, Coloni l'embauche pour les dernières manches de la saison de Formule 1. Cette expérience se révèle calamiteuse puisqu'il échoue à se pré-qualifier lors des six Grands Prix pour lesquels il est engagé, Bertaggia étant le pilote le plus lent du plateau.
L'année suivante, après que des négociations pour un poste de pilote-essayeur chez McLaren Racing échouent, l'Italien part au Japon et y dispute, pendant deux saisons, le championnat local de Formule 3000 au sein de Footwork Racing...
Unique engagement en championnat du monde en Afrique du Sud