Taha Sobhi Falaha (en ), dit Abou Mohammed al-Adnani al-Chami (en ), né en 1977 à Binnish et mort le près d'Al-Bab, en Syrie, est un djihadiste syrien. Il fut à la fois porte-parole, chef militaire et responsable des opérations terroristes extérieures de l'État islamique.
Biographie Jeunesse Taha Sobhi Falaha naît en 1977 dans la ville de Binnish, dans le gouvernorat d'Idleb, en Syrie. Issu d'une famille modeste, il est le dernier né d'une fratrie de six enfants. Calme, renfermé et mauvais élève, il quitte rapidement le collège et travaille un temps comme maçon. Selon un ancien ami d'un frère aîné de Taha Sobhi Falaha, ce dernier se serait tourné vers la religion après la mort d'un de ses rares et proches amis dans un accident de voiture. Il disparaît peu après en 1998 et pendant plusieurs années, sa famille reste sans nouvelle de luiHala Kodmani, «Il ne savait pas dire deux phrases dans une réunion d’amis», Libération, 31 août 2016..
Irak Selon une biographie rédigée par , Abou Mohammed al-Adnani s'est personnellement impliqué dans le militantisme islamique dès l'an 2000. Son professeur était , un haut dirigeant de la Jama'at al-Tawhid wal-Jihad.
Il jure allégeance à Abou Moussab Al-Zarqaoui avec trente-cinq autres personnes alors qu'il était encore en Syrie, avec pour plan de combattre le régime de Bachar al-Assad. Cependant, lorsque les Américains envahissent l'Irak en 2003, Adnani devient l'un des premiers combattants étrangers à s'opposer à la coalition américaine en Irak.
Il est convoqué à plusieurs reprises pour être interrogé par les services de renseignements syriens, ayant notamment été arrêté à trois reprises. L'une des fois où il a été arrêté, il passait par Boukamal pour se rendre en Irak pour la première fois. Il passe des mois en détention mais il est finalement libéré après avoir refusé de divulguer des informations, malgré d'intenses séances de tortures.
Al-Adnani, aux côtés d'Abou Hamza al-Mouhajer, est l'un des derniers à évacuer la ville de Falloujah après la deuxième bataille de Falloujah en 2004.
Arrestation en mai 2005 En , il est arrêté dans la province d'Al-Anbar sous le faux nom de Khalaf Nazal al-Rawi. Il est emprisonné pendant cinq ans à Camp Bucca, où il rencontre Abou Bakr al-Baghdadi« Le groupe EI annonce la mort de son porte-parole Abou Mohammad al-Adnani », RFI, 30 août 2016.Qui était Al-Adnani, le "ministre des attentats" de Daech ?, Le Point, 31 août 2016..
Il est libéré en 2010.. En , les services de renseignements irakien déclare qu'il utilisait un certain nombre d'alias, notamment "Abu Mohamed al-Adnani, "Taha al-Banshi", "Jaber Taha Falah", "Abu Baker al-Khatab" ou encore "Abu Sadek al-Rawi".
Syrie À la fin de l'année 2011, Abou Mohammed al-Adnani regagne la Syrie alors que le pays est en proie à la guerre civile. Il participe avec Abou Mohammed al-Joulani à la création du Front al-Nosra. Il regagne notamment sa ville natale de Binnish où il nomme le fils d’une des plus grandes familles de la localité comme chef local et épouse la sœur de celui-ci, âgée de 15 ans. Il rallie l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL) à sa fondation, en Hélène Sallon, L'Etat islamique en Irak et au Levant, l'avenir du djihadisme mondial, Le Monde, 10 juin 2014.. Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'EIIL, l'aurait alors placé à la tête de ses forces en Syrie.
Le , la guerre éclate entre les rebelles syriens et l'État islamique en Irak et au Levant.. Dans ce contexte, Abou Mohammed al-Adnani appelle ses hommes à anéantir les rebelles et déclare à ces derniers le : .. L'EIIL se considère désormais également en guerre contre le Conseil national syrien : Syrie: un groupe lié à Al-Qaïda appelle à "anéantir" les rebelles, AFP, 7 janvier 2014..
En , après qu'Abou Abdallah al-Chami (le chef du Harakat Fajr al-Cham al-Islamiyya) ait affirmé que l'EIIL était plus extrémiste que les premiers kharidjites, il appelle, le à procéder à la mubâhala, une exécration réciproque dans laquelle deux parties invoque chacune la malédiction d'Allah sur la partie qui ment.. Un mois après, il réitère son appel à la mubâhala dans ces termes : . Ces déclarations ont lieu dans un contexte d'affrontement généralisé entre les différentes factions rebelles en Syrie et notamment le Front al-Nosra qui dispute à l'EIIL, le leadership du djihadisme dans le pays.
Le , c'est lui qui annonce la « restauration du califat » proclamée par l'État islamique, et la désignation d'Abou Bakr al-Baghdadi comme « calife ». Le même jour, il apparaît dans une vidéo au côté d'Abou Omar al-Chichani, le chef militaire de l'organisation, supervisant la destruction symbolique de la frontière syrio-irakienne.
Le « Ministre des attentats » Le , date du début des frappes aériennes occidentales, marque un changement de stratégie de la part de l'État islamique vis-à-vis de l'Occident. Le groupe passe d'une logique de « djihad régional » — focalisé à la lutte contre les États de la région — à une logique de « djihad global », en se déclarant en lutte contre le reste du Monde et en particulier contre l'OccidentÉmission spéciale : attentats à Paris, RFI, 16 novembre 2015.Hélène Sallon, « Le but premier de l’État islamique est de cibler des Français, pas un mode de vie », Le Monde, 17 novembre 2015.. Dans un message publié le , Abou Mohammed al-Adnani appelle au meurtre des citoyens des pays de la Coalition :
Porte-parole et chef militaire, al-Adnani devient également le « Ministre des attentats » de l'État islamique selon les services de renseignement occidentaux. D'après une enquête du New York Times, à partir de 2014 il est à la tête d'une cellule secrète, appelée l'Amniyat, ou l'Emni, chargée de planifier des attentats partout dans le monde. Cette cellule serait divisée en trois branches ; une pour les opérations européennes, une pour les opérations asiatiques et une pour les opérations au Moyen-OrientMort d'Adnani, porte-parole mais surtout instigateur et superviseur des attentats de l'EI, France 24 avec AFP et Reuters, 30 août 2016.. Début 2015, il rencontre plusieurs terroristes de l'État islamique à l'issue d'une formation spéciale qui leur a été dispensée dans un camp d'entraînement à proximité du barrage de Tabqa. Les terroristes, destinés aux attentats à l'étranger, lui jurent fidélité..
En , à la suite de l'intervention militaire russe en Syrie, Abou Mohamed al-Adnani appelle : « L'État islamique appelle au djihad contre la Russie et les États-Unis », JDD, 14 octobre 2015.
Il pourrait être l'organisateur des attentats du 13 novembre 2015 à Paris« Abou Mohammed al-Adnani, un chef de Daech, possible cerveau des attentats du 13 novembre », sur huffingtonpost.fr, 30 novembre 2015. Il pourrait également avoir inspiré l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice.
Mort En 2014, le Département d'État des États-Unis à travers son programme Rewards for Justice offre 5 millions de dollars pour toute information permettant sa capture...
Le , l'État islamique annonce via Amaq la mort d'Abou Mohammed al-Adnani, tué dans le gouvernorat d'Alep en Le porte-parole de l'EI, Abou Mohammed al-Adnani, tué en Syrie, Libération, 30 août 2016.Anne-Laure Frémont, « Daech annonce la mort d'un de ses plus hauts dirigeants », Le Figaro, 30 août 2016.. Selon Le Monde, il aurait été tué le jour même à 3 heures du matin, à la sortie d'al-BabSoren Seelow et Madjid Zerrouky, Qui était Adnani, le « ministre des attentats » de l’EI tué en Syrie ?, Le Monde, 31 août 2016..
Peu après l'annonce faite par l'État islamique, les États-Unis affirment que le véhicule d'al-Adnani a été la cible d'un tir de missile Hellfire mené par un drone MQ-1 Predator près d'al-Bab, mais indiquent ne pas être encore en mesure de confirmer sa mort. L'opération a été menée par les forces spéciales américaines et la CIARomain Brunet, Quelles conséquences pour l’EI après la mort de son porte-parole Adnani ?, France 24, 31 août 2016.La revendication de la mort d'Al-Adnani par Moscou est une "blague" (responsable américain), AFP, 31 août 2016.. Mais le lendemain, la mort d'Al-Adnani est revendiquée par le ministère russe de la Défense qui déclare que le chef djihadiste et une quarantaine de ses hommes ont été tués par un Soukhoï Su-24 lors d'un bombardement sur le village d'Russie ou États-Unis : mais qui a tué Adnani ?, France 24 avec AFP, 31 août 2016.. Le , le porte-parole du Pentagone confirme qu'Al Adnani a été tué par les troupes américaines..
Selon le chercheur Charles R. Lister, la mort d'al-Adnani est porté à l'EI. Pour Romain Caillet, il était de l'organisation djihadiste. Selon le journaliste Wassim Nasr : .
Il est remplacé dès le par un militant répondant au nom de guerre d'Abou Hassan al-MouhajirSon «califat» disparu, l’Etat islamique reste actif et dangereux Libération.fr, 13 mai 2018L'EI dit avoir un nouveau porte-parole Le Figaro, 5 décembre 2016. Celui-ci finit par être tué à son tour (également par des tirs de missiles Hellfire) avec 4 de ses hommes, le , lors d'un raid aérien de la CIA sur le village d'., à quelques dizaines de kilomètres au nord-est de l'endroit où al-Adnani avait rendu l'âme. À noter que sa mort intervient le lendemain de celle d'Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l'organisation, tué dans un autre raid américain, à Baricha.
Références
Voir aussi Liens externes
Biographie Abu Mohammad al-Adnani Jihadology Hala Kodmani, «Il ne savait pas dire deux phrases dans une réunion d’amis», Libération, . Armin Arefi, "Daech visait l'Occident avant même le califat", Le Point, . (Interview de Rukmini Callimachi).
Vidéographie Quel impact pour le groupe État islamique après la mort d’Al-Adnani ?, France 24, .
Catégorie:Nom de guerre Catégorie:Membre d'Al-Qaïda en Irak Catégorie:Membre de l'État islamique Catégorie:Naissance en 1977 Catégorie:Décès en août 2016 Catégorie:Naissance en Syrie Catégorie:Personnalité exécutée par une frappe de drone Catégorie:Décès à 39 ans Catégorie:Personnalité liée à la guerre d'Irak Catégorie:Mort lors de la guerre civile syrienne