Le tombeau des Patriarches est un lieu saint pour les trois religions abrahamiques : judaïsme, christianisme et islam., situé dans la vieille ville d'Hébron, au sud-ouest de la Cisjordanie (territoires palestiniens occupés). Édifié durant la période du Second Temple (du au ) sur un ensemble de grottes, le monument abrite des cénotaphes construits au-dessus de tombes attribuées aux patriarches bibliques Abraham, Isaac, Jacob et à leurs épouses les matriarches Sarah, Rébecca et Léa. Un édifice accolé au mur sud-ouest abrite un cénotaphe attribué à Joseph. Selon la tradition juive, la caverne est aussi le lieu de sépulture d'Adam et Ève.
Un mur d'enceinte est construit autour du site à l’époque d’Hérode le Grand au . Les Byzantins l'ont ensuite transformé en église au , les musulmans en mosquée connue sous le nom de « mosquée d'Abraham » au et ensuite les croisés en « église Saint-Abraham » au . Les cénotaphes datent des .
Aujourd'hui, s'y trouvent une mosquée et une synagogue.
Le site biblique de Machpéla vignette|Vue d'Hébron avec la Machpela, 1844.|gauche Dans la Bible hébraïque, le livre de la Genèse fait mention de l’achat du terrain par Abraham. Il comporte une grotte connue sous le nom de Machpéla et située à la proximité de la ville d’Hébron, dans laquelle le patriarche voulut enterrer son épouse Sarah :
C’est aux côtés de Sarah qu’Isaac et Ismaël enterreront plus tard leur père Abraham (Gn 25,9).
Jacob, vers la fin de son séjour en Égypte, nous apprend que Léa, sa première épouse, ainsi que ses parents Isaac et Rébecca y avaient aussi leurs propres sépultures (Gn 49,31) ; il demande donc à ses fils de ramener ses os en Canaan et de les déposer à côté de ceux de ses pères, à Makhpéla (Gn 50,13).
Description thumb|Cénotaphe d’Abraham vu du côté musulman.
Le monument Il s’agit essentiellement d’une enceinte de pierres de taille datant d’Hérode le Grand, de forme rectangulaire, mesurant sur 59. Le mur atteint jusqu’à de hauteur, et est épais de . L’enceinte est orientée selon un axe nord-ouest/sud-est, et est divisée en deux parties d’inégales grandeurs par un mur : une synagogue, lieu de culte juif, occupe les trois cinquièmes du monument dans sa partie nord-ouest ; elle comprend une cour autour de laquelle sont construits des bâtiments ; les deux cinquièmes restants dans la partie sud-est constituent la salle de prière de la mosquée musulmane. L'accès à celle-ci est sous occupation israélienneSylvie Fouet, « L'étouffement des Palestiniens confinés dans des cantons », Confluences Méditerranée, vol. 4, (), 2002, p. 23-32 .Bernard Botiveau « Des accords d'Oslo à la seconde intifâda : l'espace public palestinien en question », Études rurales, vol. 1, , 2005, p. 273-293 ..
vignette|gauche|Plan du caveau des Patriarches avec répartition des zones de prière (en vert pour les musulmans et en violet pour les juifs), 2012.|alt= La partie supérieure de ce mur est décorée de piliers engagés, juste en dessous de la corniche qui le couronnait et s’appuyait sur une plinthe en biseau. Cette enceinte n’avait pour fonction que d’enfermer un lieu rocheux, en forme de colline, qui disparaît sous un dallage, légèrement incliné vers l’ouest. Des caniveaux sur les dalles nous indiquent que le lieu était à ciel ouvert, puisqu’il prévoyait l’évacuation des eaux de pluie, pendant la saison hivernale.
Dans la partie nord-ouest, c'est-à-dire dans la synagogue (la plus grande), les bâtiments abritent quatre cénotaphes, chacun situé dans une salle octogonale. Ceux consacrés à Jacob et à Léa se trouvent sur le côté nord-ouest, tandis que ceux d'Abraham et de Sarah se situent sur le côté sud-est ; ces derniers étant accolés à la mosquée, ils sont accessibles à partir des deux sanctuaires, mais ils restent fermés par des grilles en dehors des fêtes religieuses. Les cénotaphes sont reliés par des couloirs.
vignette|Intérieur d'une des salles (coté musulman) au tombeau des Patriarches, Hébron.
Un troisième corridor s’étend sur toute la longueur de la synagogue, et permet l’accès aux cénotaphes, ainsi qu’à la mosquée, à laquelle on accède par une entrée pratiquée dans cette enceinte sud-ouest.
Au milieu de l'enceinte nord, il existe également une entrée à laquelle on accède par un couloir. On atteint celui-ci grâce à un long escalier qui court le long du mur d'enceinte côté nord-ouest. À proximité du centre de la salle de prière se trouvent deux cénotaphes disposés symétriquement. Ceux-ci sont dédiés à Isaac et à Rebecca.
Les cénotaphes, généralement recouverts par un lourd tissu aux broderies musulmanes, sont des constructions en pierre alternativement rouges et blanches qui forment des rayures horizontales.
Les grottes vignette|« Plan de Macpela ou tombeau des Patriarches à Hébron » (1881). L'auteur imagine la présence de tombeaux sous les cénotaphes.|alt= L’accès aux grottes, situées sous la salle de prière de la mosquée, est clôturé et elles ne sont donc généralement pas accessibles ; le waqf, autorité islamique, a toujours empêché l’accès aux tombes, ne serait-ce que par respect envers les morts (une vieille tradition juive affirme d’ailleurs que celui qui s’y aventurerait serait frappé d’une malédiction mortelle).
Seules deux entrées sont connues. La plus visible se trouve au sud-est près du cénotaphe d’Abraham à l’intérieur de la partie sud-est. Cette entrée forme un petit boyau recouvert par une grille décorative qui elle-même est couverte sous un vaste dôme. L’autre entrée est située au sud-est, près du minbar ; elle est fermée par une grosse pierre, généralement couverte par des tapis de prière, ce qui est très près de l’emplacement de la septième marche de l’escalier situé à l’extérieur de l’enceinte, au-delà de laquelle les Mamelouks interdirent aux juifs d’approcher.
En 1119, des moines augustins du prieuré latin établi à Hébron découvrirent les caveaux situés sous leur église. Un récit assez détaillé de l’événement rapporte qu’on y découvrit deux puits reliés par un couloir bas et étroit. Dans l'un de ces puits, en forme de coupole de cathédrale, de petites entrées donnent accès à des grottes où des jarres d’ossements furent découvertes : il s’agirait là, notamment, des restes des patriarches Abraham et Isaac dont le souvenir est célébré en ces lieuxRevue Archives de l'Orient latin, II, p. 411. Cf. lien externe..
La première visite de ces lieux cachés depuis celle des moines, eut lieu en 1967, peu après la guerre des Six Jours. Le général d’armée et archéologue amateur Moshe Dayan fit descendre une fillette par l’ouverture étroite du puits ; il la munit de lumière, d’instruments de mesure et d’un appareil photographique pour qu’elle puisse ramener une description assez précise des lieux...
Statut religieux Les théologiens du judaïsme, du christianisme et de l’islam sont d’accord sur le fait que le site abrite le tombeau des quatre patriarches et matriarches. Les tombes sont rendues inaccessibles par un cénotaphe qui les recouvre. C’est le deuxième lieu saint du judaïsme (après le mont du Temple à Jérusalem), l’un des lieux saints musulmans (avec la mosquée sacrée à La Mecque, la mosquée du Prophète à Médine, la Mosquée al-Aqsa à Jérusalem), et il tient également une place importante dans le christianisme.
Judaïsme vignette|redresse|Isaac et Ismaël placent leur père Abraham dans son caveau, tel Gen. 25:9. Illustration G. Hoet (1728). Le judaïsme considère ce lieu comme le deuxième lieu saint après le mont du Temple. Ce serait la première parcelle de terre du pays de Canaan (terre promise) achetée par Abraham. Selon la tradition juive (TB Erouvin 53a, Pirke de Rabbi Éliézer 20), quatre couples y sont enterrés. : Adam et Ève ; Abraham et Sarah ; Isaac et Rebecca ; Jacob et Léa (Rachel, la seconde épouse de Jacob, n’est pas inhumée à cet endroit, mais au tombeau de Rachel, à côté de Bethléem).
Selon l'exégèse rabbinique, le nom de « Machpelah » fait référence aux doubles tombes du site. Elle se base sur la racine qui signifie , ..
Selon un texte latin datant de la fin du , la communauté juive de Hébron avait fait construire une nouvelle synagogue à côté de la grotte. L'existence de cette synagogue est confirmée par des sources juives, et aurait été érigée durant l'ère fatimideChristian travels in the Holy Land Michael, écrit par Ish-Shalom ʻAm-ʻOved, en 1979, page 84.
Islam Le lieu est connu par les musulmans comme la mosquée d'Abraham (« mosquée d’Ibrahim »)..
Après la conquête musulmane de la ville de Hébron par Omar au , le monument qui avait été édifié à l’époque d’Hérode le Grand au fut converti en mosquée. Pendant les croisades au , les chrétiens l’ont aussi temporairement transformé en église, avant qu'il ne redevienne une mosquée.
Histoire
Période du Premier et du Second Temple vignette|L'angle ouest de l'enceinte montre la grande taille des pierres utilisées, qui est conforme au style de construction hérodien. On ignore depuis quand les Israélites considéraient ce site comme sacré, bien que certains spécialistes estiment que le récit biblique de l'enterrement d'Abraham à cet endroit remonte probablement au siècle avant notre ère.
Entre 31 et 4 av. J.-C., Hérode le Grand fit construire un vaste édifice rectangulaire au-dessus de la grotte afin de commémorer ce lieu pour ses sujets. Il s'agit du seul édifice hérodien de l'époque du judaïsme hellénistique qui soit parvenu jusqu'à nous dans son intégralité. Le bâtiment d'Hérode, avec ses murs en pierre de 1,8 m d'épaisseur, constitués de pierres d'au moins 0,91 m de haut et atteignant parfois 7,3 m de long, n'avait pas de toit. Les archéologues ne savent pas avec certitude où se trouvait l'entrée d'origine de l'enceinte, ni même s'il y en avait une. Le bâtiment hérodien repose sur une structure antérieure, probablement construite sous la dynastie hasmonéenne (vers le siècle avant notre ère).
En 2020, des archéologues israéliens dirigés par David Ben-Shlomo de l'université d'Ariel datent des poteries provenant des grottes (récupérées clandestinement par des habitants de la région en 1981) au VIIIe siècle avant notre ère. Les origines diverses des tessons, provenant de différentes régions autour de Hébron et de Jérusalem, suggèrent que le site aurait pu être un lieu de pèlerinage dès cette époque, selon les auteurs de l'étude.
Période chrétienne byzantine Au cours de la période byzantine, le site devient un important lieu de pèlerinage chrétien. Le Pèlerin de Bordeaux, vers 333, y décrit Palestine Pilgrims Text Society (1887). Itinerary from Bordeaux to Jerusalem. Traduit par Aubrey Stewart. p. 27. .vignette|redresse|Perron du bâtiment, 2016. Dans l'Itinerarium Antonini Placentini du , le pèlerin se rend au sanctuaire de Mambré pour visiter le sanctuaire abritant les sépultures d’Abraham, Isaac, Jacob, Sara et Joseph. Il le décrit comme un lieu de pèlerinage commun aux Juifs et aux chrétiens qui partageaient alors un vocabulaire de pratiques semblablesCette constatation peut être étendue au monde méditerranéen : « In Late Antiquity, pagans, Jews and Christians shared not only a way of life, but also what might be called a religious koiné, i. e. similar patterns of religious behavior. » (Guy Stroumsa, Religious Contacts in Byzantine Palestine, Numen, t. 36, 1989, p. 21)., probablement entre Hanoucca et Noël :
Période arabe Lorsque la région passe sous le contrôle des Arabes musulmans, le tombeau devient un lieu saint islamique, où se rendent les fidèles des trois religions du Livre. Les musulmans autorisent la construction de deux petites synagogues sur le site.