Un plan de crise en cas de pandémie est l'ensemble des mesures prévues pour diminuer les risques liés à l'apparition d'une pandémie, et visant à assurer, autant que possible, les besoins vitaux de tous. Dans un contexte de mondialisation accélérée propice à un risque accru de diffusion de maladies émergentes, sa définition est devenue une préoccupation partagée par de nombreux acteurs (autorités politiques et sanitaires, certaines entreprises). En effet l'intégration croissante des réseaux et des flux de biens et de personnes, et la grande accélération des transports (avion et train notamment) laissent craindre des conséquences différentes de celles qu'eurent les pandémies précédentes.
La nature même du risque pandémique, exige des stratégies parfaitement coordonnées de riposte sanitaire : identification et définition du rôle des acteurs et des modalités de communication entre eux, identification et prise de connaissance de l'agent infectieux concerné afin d'en comprendre les modalités d'action et mettre au point des tests ou vaccins, dépistage, mesures de limitation de la diffusion de la maladie telles qu'isolement, quarantaine, comportements-barrière incluant distanciation sociale et confinement communautaire. La planification s'applique des échelles locales à transnationales et planétaires. La gestion de crise doit être réactive, basée sur une analyse de la situation constamment mise à jour, des modélisations prospectives et les retours d'expérience. Si la maladie est nouvelle, il s'agira de ralentir l'épidémie, pour laisser le temps de comprendre le pathogène et ses modes de propagation, de préparer un éventuel vaccin, des médicaments et des stratégies adaptées.
La plupart des maladies pandémiques sont zoonotiques impliquant de prendre en compte leur aspect « animal » ; Par exemple, pour le risque de pandémie de grippe aviaire, l'OIE et la FAO ont réuni un réseau international et pluridisciplinaire d'experts : l' dans le cadre de l'approche « Une seule santé » promue par l'ONUU. Laaser, G. Lueddeke, J. Nurse (2016) The One Health Global Think Tank for Sustainable Health & Well-Being – 2030 (GHW-2030 (Short Report). SEEJPH. DOI 10.4119/UNIBI/SEEJPH-2016- 114 1.
En 2020, des villes, des régions et des pays (Chine, Italie, France, Espagne...) ont mis en place des mesures de quarantaine et de confinement pour freiner le développement de la pandémie de Covid-19. Des plans de crise en cas d'épidémie mis en place par des pays servent de base à la gestion des foyers de Covid-19, la maladie induite par le coronavirus SARS-CoV-2. Tirant le bilan de ces mesures, l'OMS prépare un traité mondial et contraignant sur la coordination internationale en matière de santé publique, pour mieux préparer la réponse du monde, et sa résilience face aux prochaines pandémies.
Analyse des risques L'analyse des risques doit alimenter et valider, chemin faisant, la construction de scénarios de crise évolutifs ; elle passe donc par une analyse dynamique de la situation, incluant l'identification des dangers (qui sont les porteurs et vecteurs de virus, animaux et/ou humains ? quels sont les facteurs de risques de transmission virale ?). Par exemple la pandémie de Covid-19 a émergé en Chine juste avant les vacances du Nouvel An lunaire, qui sont en Chine l'évènement familial le plus important, avec de grandes fêtes et plusieurs milliards de voyages individuels (résidents et visiteurs) essentiellement en avion, trains et bus (alors bondés), une situation très propice à une flambée épidémique. La Chine a réagi en interdisant ces fêtes et la plupart des déplacements.
La rapidité de réaction implique une rapidité de détection des cas (porteurs sains et asymptomatiques y compris, tant que possible). On cherche donc à produire des tests rapides, nombreux et peu coûteux. Pour la grippe, en une MChip ou « puce génétique » (microarray ou laboratoire sur puce ou ChIP-on-chip) de la taille d'un ongle détectant un segment de gène subissant peu de mutations a été annoncéTest rapide créé par l'université de Colorado-Boulder et le Centre d'épidémiologie des États-Unis (CDC), financé par l'Institut national des maladies allergiques et infectieuses (NIAID) ; Il s'est montré capable de détecter les types et sous-type de virus dans 21 cas sur 24 échantillons du virus, sans faux positif. S'il était rapidement disponible, il révolutionnerait la lutte contre la grippe, mais sa fabrication industrielle est à maîtriser (finalement indisponible durant la crise).
STMicroelectronics (groupe franco-italien) et le laboratoire Veredus (Singapour) avait annoncé le et confirmé, en , une micropuce détectant rapidement des principaux types de grippes (A et B, et H5N1) disponible en trois à cinq ans.
Scénarios de crise
Ils permettent de préparer et tester les moyens humains, matériels, financiers de riposte, de fonctionnement en mode dégradé, et de résilience, selon différentes cas de figure.
Préparation des plans et moyens de secours
Plan OMS d'alerte L'OMS, conformément au règlement sanitaire international, organise la coordination transnationale, dont en diffusant aux organismes nationaux de santé des alertes correspondant à des phases de gravité ; six phases dont la définition a été révisée en 2009 pour faciliter l'intégration de nouvelles recommandations et stratégies dans les plans nationaux de préparation et d’action ; et pour qu’elles soient plus faciles à comprendre, plus précises et basées sur des phénomènes observables.
Ces 6 phases sont présentées ci dessous (avec l'exemple de la pandémie grippale de 2009). Les phases 1 à 3 visent la préparation et le développement des moyens d’action et de planification des interventions, en fonction des données récoltées sur le terrain par les acteurs de santé. Les phases 4 à 6 indiquent la nécessité d’engager des efforts de riposte contre la pandémie et d’atténuation de ses effets. Les périodes qui suivent la première vague pandémique sont explicitées pour faciliter les activités de remise en état, après la première vague. Cela passe par une large information au public par les médias et les autorités.
Chaque pays adapte le niveau d'alerte en fonction de sa situation sanitaire, et comme précisé par l'article 43 du règlement sanitaire international (RSI), chaque État peut aller au-delà des recommandations de l’OMS en exerçant sa souveraineté via des mesures sanitaires supplémentaires, si ces mesures sont conformes à cet article 43 qui a fait l'objet de plusieurs conférences de consensus pour préciser le type de mesure autorisées. Phase 1 : Les virus circulent continuellement chez les animaux, en particulier chez les oiseaux. Bien que ces virus puissent théoriquement évoluer en des virus à caractère pandémique, dans cette phase, aucun cas d'infection chez l'homme due à un virus circulant chez les animaux n’a été signalé. (Courant , le virus grippal A H1N1 a été transmis d'un oiseau à un porc). Phase 2 : Un virus grippal animal circulant chez des animaux domestiques ou sauvages a provoqué des infections chez l'homme et est de ce fait considéré comme constituant une menace potentielle de pandémie. (Ce premier cas est extrêmement difficile à retrouver et peut très facilement passer pour un virus grippal normal.) Phase 3 : Un virus grippal réassorti animal ou humain animal a été à l'origine de cas sporadiques ou de petits groupes de cas de maladie dans la population, mais n’a pas entraîné de transmission interhumaine suffisamment efficace pour maintenir les flambées à l’échelon communautaire. Une transmission interhumaine limitée peut se produire dans certaines circonstances, par exemple lorsqu’il y a un contact étroit entre une personne infectée et un dispensateur de soins non protégé. Toutefois, une transmission limitée dans ces conditions très précises n’indique pas que le virus est parvenu au degré de transmissibilité nécessaire pour provoquer une pandémie chez l'homme. Phase 4 : Elle se caractérise par la transmission interhumaine vérifiée d’un virus (ici, grippal) réassorti animal ou animal-humain capable de provoquer des « flambées à l'échelon communautaire ». L'aptitude du virus à provoquer des flambées durables de la maladie dans une communauté est le signe d’une majoration importante du risque de pandémie. Tout pays qui soupçonne un tel évènement ou qui l'a vérifié, doit de toute urgence consulter l'OMS afin que la situation puisse être évaluée conjointement et que ce pays puisse prendre une décision si la mise en œuvre d'une opération rapide d'endiguement de la pandémie se justifie. La phase 4 indique une majoration importante du risque de pandémie mais ne signifie pas nécessairement qu'une pandémie est inéluctable. (En 2009, ces 3 phases ont été activées en succession extrêmement rapide par l'OMS. En l'espace de quelques semaines, ce changement de phase d'alerte a attiré l'attention des médias internationaux sur le Mexique, berceau de l'épidémie). Phase 5 : Elle se caractérise par une propagation inter-humaine du virus dans au moins deux pays d’une Région de l'OMS. Si la plupart des pays ne sont pas touchés à ce stade, la déclaration de la phase 5 est un signal fort indiquant qu'une pandémie est imminente et qu’il reste peu de temps pour finaliser l'organisation, la diffusion et la mise en œuvre des mesures d’atténuation prévues. Phase 6 : Dite aussi phase de pandémie, elle se caractérise par des flambées à l'échelon communautaire dans au moins un pays d’une autre Région de l'OMS en plus des critères définis à la phase 5. La déclaration de cette phase indiquera qu'une pandémie mondiale est en cours. Phase 7 : Fin de pandémie avec diminution des cas, mais reprise possible par vagues.
Après le pic pandémique, dans la plupart des pays disposant d'une surveillance adéquate, le nombre de cas de la maladie aura chuté au-dessous de celui observé lors du pic. Cette période de décrue d'activité pandémique ne garantie pas l'absence d'autres vagues (les pays doivent se préparer à d'éventuelles autres vagues). Les pandémies ont généralement des vagues d'activité s'étalant sur des mois, et séparées d'intervalles se mesurant en mois ou années. A ce moment, une tâche de communication essentielle consiste à tempérer cette annonce, au profit d'une vigilance conservée ; un signal immédiat de «relâchement» serait prématuré.
Moyens organisationnels Des moyens techniques et financiers, du personnel formé sont nécessaires. La gestion s'appuie généralement sur des réseaux de cellules de crise.
Des procédures dérogatoires exceptionnelles sont prévues par les plans de crise (ils ont par exemple en Chine en 2020, permis de construire deux hôpitaux, dont l'un en quelques jours, pour contrecarrer les flambées épidémiques de Wuhan et Hubei).
Les moyens de gestion internationale et transfrontalière posent encore question : Qui doit fournir les vaccins, antiviraux et soins aux malades d’un pays riverain tombé malade hors de son territoire, ou longuement bloqué par une quarantaine en cas de pandémie ? En , la question n'était résolue pour aucun pays. La France a annoncé étudier ces cas avec ses voisins. Il y aura « des échanges entre responsables hospitaliers » de France, Belgique, Allemagne et du Luxembourg dès a annoncé le ministre de la santé. À Paris, le , on a appris que la proposition est étendue à l’Italie, la Suisse, l’Espagne qui pourront envoyer des observateurs aux exercices français programmés. Au même moment en Afrique et en Asie les pays commencent aussi, sur les conseils de l'ONU à s'organiser en vastes zones géographiques.