La Confédération germanique (nom officiel, le français étant la langue utilisée lors du congrès de Vienne : ; . : ; ... ; en allemand ) est une confédération d'États européens, pour la plupart de langue allemande, qui appartenaient en 1806 au Saint-Empire romain germanique et, pour certains, de 1806 à 1814, à la confédération du Rhin, protectorat de l'Empire français de .

Créée lors du congrès de Vienne, la Confédération germanique existe de 1815 à 1866. Son acte fondateur, l'Acte confédéral allemand (), est signé par , dont quatre villes libres (Brême, Francfort, Hambourg et Lübeck). Le landgraviat de Hesse-Hombourg adhère en 1817. Par la suite, malgré quelques nouvelles adhésions, le nombre des membres diminue en raison d'échanges entre souverains et d'héritages : il n'est plus que de 35 en 1865.

Lors de sa création, sa superficie est de et sa population de d'habitants. En 1865, sa population est d'environ d'habitants ..

Les deux principaux États sont le royaume de Prusse et l'empire d'Autriche, mais il faut noter que la plus grande partie des territoires autrichiens ne fait pas partie de la confédération (royaumes de Hongrie, de Croatie, de Slavonie, de Galicie-et-Lodomérie, de Lombardie-Vénétie et de Dalmatie, principauté de Transylvanie), de même que les provinces prussiennes situées à l'est du Brandebourg, notamment la Prusse-Orientale. Les autres États notables sont le royaume de Bavière, le royaume de Hanovre, le royaume de Saxe et le royaume de Wurtemberg.

La capitale de la confédération est Francfort-sur-le-Main, siège du et des services confédéraux.

Prévue pour être une composante importante du nouvel ordre européen après la fin de l'Empire français, la Confédération germanique voit son histoire perturbée par les divergences entre États sur la question de la constitution ; par le conflit entre les monarques et les groupes politiques libéraux, voire révolutionnaires, conflit qui atteint son apogée lors de la révolution de 1848-1849 et de la période contre-révolutionnaire qui suit son échec ; enfin par le conflit entre les deux puissances que sont la Prusse et l'Autriche, situation que désigne la formule .

thumb|upright=1.5|La Confédération germanique de 1815 à 1866.

L'histoire de la confédération peut être divisée en plusieurs périodes : de 1815 à 1830 : période de la , durant laquelle la Confédération est sous le contrôle idéologique (contre-révolutionnaire) du ministre autrichien Klemens von Metternich ; de 1830 à 1848 : période du , littéralement « avant mars », c'est-à-dire entre la révolution de Juillet en France et les événements révolutionnaires de mars 1848 en Allemagne, qui accompagnent des mouvements révolutionnaires dans nombre de pays d'Europe, dont la France (février 1848) : le « printemps des peuples » ; 1848-1849 : période révolutionnaire, durant laquelle le Parlement de Francfort établit une constitution de l'Empire allemand, mais le refus du roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV de porter un titre d'empereur obtenu de la « populace » provoque l'échec de cette première tentative d'unification ; de 1849 à 1860 : (), durant laquelle les monarques tentent de rétablir la situation antérieure par la répression des mouvements révolutionnaires ; à partir de 1860 : période de la « nouvelle ère », durant laquelle une vie politique réapparait, notamment en raison de l'avènement d'un nouveau roi de Prusse, Guillaume , secondé par le chancelier Otto von Bismarck, qui projettent de mettre le nationalisme allemand au service de la Prusse ; 1866 : dans le cadre de la guerre des Duchés (de Schleswig et de Holstein), le conflit entre la Prusse et l'Autriche devient une guerre ouverte, qui se solde par la défaite militaire de l'Autriche (bataille de Sadowa) et par la dissolution de la confédération (traité de Prague), remplacée par une confédération de l'Allemagne du Nord dominée par le royaume de Prusse, en l'absence de l'empereur d'Autriche, ainsi que des rois de Bavière et de Wurtemberg.

Cette confédération ne dure que jusqu'en 1871, année où, après avoir vaincu la France de Napoléon III, le roi de Prusse proclame (au château de Versailles) l'Empire allemand (1871-1918), le Deuxième Reich.

Création Textes fondateurs (1814-1820) thumb|right|Carte de l'Europe après le congrès de Vienne. thumb|left|Délégués lors du congrès de Vienne, eau-forte de Jean Godefroy d'après une peinture de Jean-Baptiste Isabey.

La création d'une confédération des États allemands est envisagée dès le traité de Paris du , dont une clause évoque leur avenir : ils doivent .

Ce projet est repris par le congrès de Vienne, qui a lieu en 1814 et 1815 en premier lieu pour établir tes traités de paix avec la France après la fin des guerres napoléoniennes et de l'Empire français. Après de longues discussions sur les modalités de cette confédération et l'étude de différents modèles, le congrès aboutit le au texte de l'Acte confédéral allemand (Deutsche Bundesakte), selon lequel la Confédération germanique doit avoir un statut de sujet du droit international pouvant déclarer la guerre et conclure la paix.

Confirmé par , le est inclus dans le texte issu des travaux du congrès : les grandes puissances garantissent donc implicitement la confédération.

Cependant, il s'agit d'un texte assez général et il est nécessaire de le rendre plus précis et complet : ce n'est qu'au bout de de négociations, ponctuées par des accords intermédiaires comme le recès de Francfort (1819), que ce résultat est atteint.

L'accord final est signé par les États membres le à l'unanimité. Sur le plan du droit international, il a la même valeur que le .

Une dimension européenne La création de la confédération doit favoriser le maintien de la paix et de l'équilibre des forces au niveau européen. Pour cette raison, la constitution militaire de la confédération est particulièrement importante. Elle prévoit la création d'une armée fédérale constituée de soldats des différents États membres, ayant pour but la défense de son territoire sans possibilité de mener une guerre d'agression.

En cas d'infraction au traité de la part d'un État membre, les puissances garantes (l'Autriche, la Prusse, la Russie, la Grande-Bretagne, la Suède, le Portugal et l'Espagne) ont le droit d'intervenir, même si le problème est interne à la confédération. Ainsi, en 1833, lorsque, des suites de l'assaut de la garde à Francfort, les troupes fédérales occupent la ville, les gouvernements français et britannique, qui considèrent qu'il s'agit d'une infraction envers la garantie de la souveraineté d'un État membre, réagissent vivement.

Par le jeu des unions personnelles, des souverains étrangers sont membres à part entière de la confédération. Cela renforce son intégration dans les affaires européennes. Par exemple, le roi de Grande-Bretagne et d'Irlande est en même temps roi de Hanovre jusqu'en 1837, tandis que le roi du Danemark est duc de Lauenburg et de Holstein ; enfin, le roi des Pays-Bas est Grand-duc du Luxembourg et, à partir de 1839, duc du Limbourg. De plus, l'Autriche et la Prusse, tous deux membres de la confédération, possèdent une grande partie de leur territoire à l'extérieur des frontières de celle-ci. Tout cela empêche la transformation de la confédération en État-nation.

Structure politique de la confédération Le Bundestag L'organe central de la confédération est le , qui siège à Francfort-sur-le-Main. Il s'agit d'une assemblée permanente constituée de représentants des différents États membres.

Il siège pour la première fois le . Sa première mission, conformément à l'article 10 du , est d'écrire la constitution militaire de la confédération, c'est-à-dire décider de l'organisation de l'armée et de ses missions.

Elle doit en général compléter le traité fondateur pour le rendre applicable. Cet objectif n'est que partiellement rempli, même si les accords finaux de Vienne en font un résumé qui a une valeur constitutionnelle.

L'assemblée fédérale (Bundesversammlung) L'assemblée () peut être réunie en chambre plénière, mais il existe aussi un conseil restreint ().

L'assemblée plénière Dans l'assemblée plénière, chaque État dispose de droits de vote, dont le nombre est établi en fonction de sa population. Les représentants ne sont pas élus mais nommés par leurs gouvernements respectifs. L'assemblée plénière ne se réunit cependant que très rarement. Elle n'est nécessaire que pour les questions fondamentales ou pour les réformes des institutions de la confédération. L'unanimité est requise pour voter une décision, ce qui revient à dire que chaque État dispose d'un droit de veto. Pour cette raison, le développement structurel de la confédération et l'évolution vers le centralisme est entravée.

thumb|Le à Francfort, siège du parlement de la confédération

Le conseil restreint Le conseil restreint, présidé par l'Autriche, se réunit régulièrement. Les États membres se répartissent : la Prusse, l'Autriche, la Saxe, la Bavière, le Hanovre, le Wurtemberg, Bade, Hesse-Cassel, Hesse-Darmstadt, le Lauenburg, le Holstein et le Luxembourg disposent de leur propre voix, les autres États ont seulement une partie d'une voix qu'ils se partagent, ces voix restantes sont au nombre de six. Ces répartitions évoluent régulièrement. La décision de donner une voix à certains États et pas à d'autres repose sur les bases du droit dans le Saint-Empire, ce n'est d'ailleurs pas le seul domaine où il sert d'étalon.

Dans le conseil restreint les votes se décident à la majorité simple. En cas d'égalité, la voix de l'Autriche, qui préside donc le conseil, prévaut. Le droit fédéral a la priorité sur le droit étatique. Si on ne prend en compte que la répartition des voix, ni la Prusse, ni l'Autriche ne peut avoir la majorité seule dans le conseil restreint. Même uni avec l'ensemble des autres États disposant d'une voix pleine, aucun des deux ne peut prendre la majorité.

Fédération ou confédération ? La structure de la Confédération germanique n'en fait pas à première vue un élément du mis en place par Metternich. Au départ, les nationalistes nourrissent de bons espoirs de transformer rapidement la confédération en État-Nation.

Avec le début de la restauration, ces espoirs disparaissent. Signe de ce changement de situation, l'article 13 du prévoit que chaque État membre se dote d'une constitution, l'Autriche et la Prusse n'en mettent pas en place avant d'y être contraintes en 1848 par la révolution.

La plupart des historiens des constitutions considèrent que la confédération germanique est une fédération d'États, qui à part le n'est doté d'aucun autre organe, toutefois sa constitution contient des éléments qui se rapprochent des attributs d'un État fédéral. Ainsi les décrets de Carlsbad de 1819 mettent en place une police fédérale stationnée à Mayence et à Francfort pour lutter contre les libéraux. Par ailleurs, le a dans différentes commissions pris des décisions dans le domaine économique, sur l'immigration et dans d'autres domaines.

On ne peut toutefois nier que la Confédération tient plus d'une union d'États souverains et n'a pas les attributs d'un État fédéral. Ainsi si les États étrangers sont représentés diplomatiquement à Francfort, la réciproque n'est pas vraie et la confédération germanique n'a pas de représentation hors de ses frontières, à quelques exceptions près. Ceci est en contradiction avec l'article 50 de l'accord final de Vienne qui prévoit une politique extérieure et la présence de diplomates à l'étranger. La Prusse et l'Autriche n'ont en fait pas intérêt à laisser à la confédération une autonomie diplomatique qui aurait mis en danger leur propre souveraineté dans ce domaine. La diplomatie reste donc le domaine réservé des grands États allemands. En outre, et toujours dans le domaine de la représentation, la confédération ne dispose pas de symbole étatique jusqu'en 1848.