Jacob Abraham Camille Pissarro, dit Camille Pissarro, né le à Charlotte-Amélie et mort le à Paris, est un peintre impressionniste puis néo-impressionniste franco-danois.

Connu comme l'un des , il peint la vie rurale française, en particulier des paysages et des scènes représentant des paysans travaillant dans les champs, mais il est célèbre aussi pour ses scènes du boulevard Montmartre, et ses scènes autour du Louvre et des Tuileries, dans un quartier où il peint depuis ses chambres d'hôtel.

À Paris, il a entre autres pour élèves Paul Cézanne, Paul Gauguin et Jean Peské.

Pissarro est aussi un théoricien de l'anarchie, fréquentant assidûment les peintres de la Nouvelle-Athènes qui appartiennent au mouvement libertaire. Il partage cette position avec Paul Gauguin, avec lequel il aura par la suite des relations tendues.

Bien que considéré comme un grand peintre, certaines de ses toiles ont été jugées comme « mièvres », sans doute en raison de leur sujet, moins spectaculaire que ceux choisis par d'autres impressionnistesConnaissance des arts, Volumes 634 à 636, Société française de promotion artistique, Société d'études et de publications économiques, 2006, : . (La Meule, Pontoise, Route d'Ennery). En 1896, le peintre déclare :

Biographie Aux Antilles vignette|gauche|Deux Femmes causant au bord de la mer, Saint-Thomas (1856), National Gallery of Art, Washington.

Camille Pissarro naît le à Charlotte-Amélie, sur l'île de Saint-Thomas, dans les Antilles danoises , où ses parents possédaient une entreprise florissante de quincaillerie dans le port de Charlotte-Amélie, ce qui lui confère la nationalité danoise, qu'il gardera toute sa vie..

Son père, Frédéric-Abraham-Gabriel Pissarro (Paris, - ), juif d'origine portugaise né à Bordeaux, est le fils de Joseph Gabriel Pissarro (Bordeaux, - Gironde, ) et d'Anna Félicité Petit, de nationalité française. Sa mère est une créole des Antilles danoises du nom de Rachel Thétis Manzano-Pomie, également juive d'une famille française de Saint-Thomas, avec des racines provençales..

Son père était un marchand venu de France sur l'île pour reprendre la quincaillerie de son oncle décédé, Isaac Petit, et épouser sa veuve. Le mariage de ses parents est refusé par la Synagogue, car même par alliance, ils étaient neveu et tante. Le mariage est finalement accepté sept ans plus tard, en 1833.. Mis à l'écart de la communauté pour avoir enfreint les lois hébraïques sur le mariage, les quatre enfants Pissarro - Alfred, Jacob-Camille, Elisa-Rébecca, Joséphine-Rachel - ne peuvent pas fréquenter l'école juive locale et doivent aller à l'école protestante tenue par les Frères moraves, avec bon nombre des enfants d'esclaves affranchis...

En 1842, à douze ans, Camille part étudier en France à Passy, à la pension Savary dont le directeur l'encourage à cultiver ses dons pour le dessin, puis il retourne en 1847 dans son île natale où son père l'emploie comme commis portuaire et l'initie au négoce ; il reste ainsi cinq ans à travailler dans le commerce familial mais profite de chaque occasion pour dessiner pendant ses pauses et après le travail.

En 1852, désireux de ., il part pour Caracas, au Venezuela, avec un mentor et ami, Fritz Melbye, artiste danois qui marque profondément son destin. Il y demeure jusqu'en 1854 à peindre et dessiner paysages, scènes villageoises à Caracas et à La Guaira. Il rentre ensuite à Saint-Thomas pendant un an dans l'entreprise familiale. Le théoricien de l'art visuel Nicholas Mirzoeff pense que le jeune Pissarro s'est probablement inspiré des œuvres du Britannique James Gay Sawkins, peintre et géologue installé à Charlotte Amalie, vers 1847, et qu'il a dû voir ses peintures de Mitla, au Mexique. Peu après son retour de France, « Pissarro a commencé à dessiner la population africaine locale, imitant apparemment Sawkins », créant ainsi des « esquisses pour un imaginaire post-esclavagiste ».

C'est en 1855 que Camille Pissarro renonce définitivement au commerce. En , année de l'Exposition universelle, il arrive à Paris pour y étudier et s'installe dans sa famille, chaussée de la Muette, à Passy. Il ne retournera jamais aux Amériques.

Formation à Paris vignette|Camille Pissarro et sa femme Julie Vellay à Pontoise en 1877..

Son arrivée à Paris coïncidant avec l'Exposition universelle, elle lui offre l'occasion immédiate d'élargir ses horizons artistiques. Il suit des cours particuliers à l'École des Beaux-Arts en 1856 et, en 1861, il s'inscrit comme copiste au musée du Louvre..

Il rencontre Camille Corot, avec qui il étudie, découvre Eugène Delacroix, Gustave Courbet, Dominique Ingres et Charles-François Daubigny. Il fréquente quelques ateliers de l'École des beaux-arts de Paris, où l'enseignement reste académique et « ingriste », mais il est surtout attiré par Jean-François Millet pour ses thèmes de la vie rurale, par Gustave Courbet pour son renoncement au pathos et au pittoresque, et par la liberté et la poésie des toiles de Corot. Il travaille alors dans l'atelier d'Anton Melbye et peint sur le motif à Montmorency.

Entre 1859 et 1861, il fréquente diverses académies, dont celle du père Suisse, où il rencontre Claude Monet, Ludovic Piette, Armand Guillaumin et Paul Cézanne, qu'il encourage.

En 1860, Julie Vellay, fille de viticulteurs de Bourgogne, entre comme domestique chez les Pissarro. Elle deviendra la compagne de Camille mais il ne l'épousera que plusieurs années plus tard, à Londres. Le père de Camille, scandalisé par cette mésalliance, lui coupe les vivres.

En 1863, Cézanne et Émile Zola visitent son atelier à La Varenne-Saint-Hilaire. Ses toiles étant refusées au Salon officiel, il doit se contenter de participer au Salon des refusés de 1863. Exposant aux Salons de 1864 et 1865, il s'y présente comme l'« élève d'Anton Melbye et de Corot ». En 1863 et 1865, il séjourne à La Roche-Guyon.

En 1864-1865, il loue une maison à La Varenne, village du sud-est de Paris, évoqué ici sur la rive droite de la Marne. L'église et les maisons de Chennevières sont à peine visibles en haut de la rive gauche..

Pontoise, Louveciennes et Londres vignette|Coin de jardin à l'Hermitage, Pontoise (1877) Camille Pissarro vit à Pontoise de 1866 à 1869 de manière épisodique, et y compose un grand nombre de peintures, dessins et gravures. Selon Christophe Duvivier, le choix de Pontoise s'expliquait par le fait qu'aucun autre peintre n'y ayant encore associé son nom, Camille pouvait donc éviter d'apparaître comme le disciple d'un autre paysagiste. À cette époque, il a trente-six ans et affirme la maturité de son art. Il s'est brouillé avec Corot et ne se présente plus comme son élève. En outre, la ville est proche de Paris par le chemin de fer, les paysages fluviaux, ruraux et urbains y sont variés. Enfin, le docteur Gachet, ami de Pissarro, s'était installé à Auvers-sur-Oise, non loin de Pontoise, quelques mois plus tôt. Sa situation financière est difficile. Il peint des enseignes pour faire vivre sa famille.

Il vit à Pontoise, de temps à autre entre 1866 et 1882 dans un groupe de maisons, connu sous le nom d'Ermitage. Il y réalise une série de paysages à grande échelle qui furent appelés ses premiers chefs-d'œuvre..

Pissarro et Daubigny vignette|Portrait de Pissarro (vers 1868), Armand Guillaumin, Musée de l'Évêché de Limoges.Entre 1866, date du premier séjour de Pissarro, et 1878, date de la mort de Daubigny, les deux hommes se côtoient sur les bords de l'Oise, Daubigny s'étant installé à Auvers-sur-Oise dès 1861. Aîné de Pissarro de treize ans, Daubigny, selon ZolaÉmile Zola, La République en marche (1875-1876), Volume 7 de Œuvres complètes, ., fait alors figure de maître des bords de l'Oise. Mais Pissarro évite soigneusement d'apparaître comme l'un de ses disciples : il ne se rend que rarement à Auvers et se distingue de son aîné en évitant de prendre pour thème de ses peintures les bords de l'Oise, qu'affectionne Daubigny. Néanmoins, ainsi que le souligne Christophe Duvivier, il s'intéresse à Daubigny tout comme celui-ci suit de près le travail de Pissarro et Monet, qu'il présente à Durand-Ruel à Londres en 1870.

Au Salon de 1868, il présente La Côte du Jalais, Pontoise avec une autre scène rurale. Émile Zola, critique d'art, loue le tableau avec enthousiasme, écrivant : « C'est la campagne moderne. On sent que l'homme est passé, tournant et coupant la terre... Et « Cette petite vallée, cette colline ont une simplicité et une franchise héroïques. Rien ne serait plus banal s'il n'était si grand. De la réalité ordinaire, le tempérament du peintre a tiré un rare poème de vie et de force »..

Louveciennes vignette|Pierre-Auguste Renoir, Le cabaret de la Mère Antony (1866), Stockholm, Nationalmuseum. Alfred Sisley et Jules Le Cœur sont en arrière-plan, Camille Pissarro de dos, devant un numéro de L'Événement..Note de Julie Delmas, dans Courbet et l'impressionnisme, catalogue d'exposition, Ornans, Musée Courbet, 2016, ..

Au printemps 1869, il s'installe avec sa compagne et leurs deux jeunes enfants à Louveciennes, un village de banlieue au nord-ouest de Paris. C'était l'une des petites villes fréquemment visitées à la fin des années 1860 et au début des années 1870 par les peintres impressionnistes.. Il loue une partie d'une importante maison du , au 22 route de Versailles, juste au bord de l'aqueduc de Marly..

Il y rejoint ses amis Monet, qui vit dans la ville voisine de Bougival et Renoir qui s'y était récemment installé. Sisley les rejoindra deux ans plus tard.. En tant que groupe, les artistes ont combiné l'inspiration des générations passées avec leurs propres idées innovantes pour créer un style caractérisé par un pinceau audacieux et brisé et des couleurs chatoyantes..

Il y peint souvent sa propre maison et son atelier, situés au nord du village, selon les saisons et les conditions climatiques. Il travaille en plein air et brise les surfaces à coups de pinceau. Cette technique révolutionnaire, pierre angulaire de l'impressionnisme, permet de révéler comment la lumière et le mouvement affectent la perception des objets.. Il peint à Louveciennes vingt-deux toiles sur les effets de la lumière, des saisons et du mouvement sur la route de Versailles.

Début , alors que les températures descendent en dessous de zéro, Monet s'installe à la campagne avec sa propre famille. Après le rejet de ses deux soumissions au Salon de 1869 et ses difficultés financières de cette époque, il cherche réconfort et force auprès de Pissarro qui partage les mêmes idées. Peu de temps après son arrivée à Louveciennes, de fortes chutes de neige recouvrent Paris et sa banlieue ouest. Ils s'aventurent ensemble dans le froid glacial avec leurs chevalets pour capturer le paysage transformé sur la route devant la maison Retrou..

C'est en effet à Louveciennes que le paysage froid apparaît pour la première fois comme un sujet majeur dans l'œuvre de Pissarro. Au cours de chacun des deux hivers qu'il passa dans la ville (1869-1870 et 1871-1872), il peignit au moins dix compositions à effet de neige, allant des vues de la route de Versailles et d'autres ruelles importantes de Louveciennes peuplées de villageois à des vues plus contemplatives des maisons, des arbres et des champs. Dans certaines d'entre elles, le paysage est représenté immédiatement après un blizzard ; dans d'autres, il scintille de givre, de glace ou de neige partiellement fondue. Inspiré par la gamme d'effets visuels offerts par les scènes hivernales, Pissarro revient sur ce thème à plusieurs reprises au cours de sa carrière et expose largement ses paysages de neige.

À l'automne 1870, lors de la guerre avec les Prussiens, il doit fuir avec sa famille et abandonner son atelier. Il se réfugie d'abord chez Ludovic Piette, dans sa Maison de maître de Montfoucault dans la Mayenne. Il y reviendra plusieurs fois, jusqu'à la mort de ce dernier.

Londres vignette|gauche|Dulwich College, Londres (1871), Collection Bemberg, Toulouse.