vignette|upright=1|Deux Garçons jouant et chantant, , huile sur toile de Frans Hals, Château Wilhelmshöhe, Cassel).
Une canzone ou canzona (littéralement en italien « chanson » ; pl. canzone ou canzoni) est une composition musicale polyphonique de structure strophique qui s'est diversifiée selon deux genres (vocal, puis instrumental à partir du ) et diverses formes suivant l'époque. L'apogée du genre instrumental se situe en Italie entre le . Le terme peut s'appliquer à des contenus très différents, pas nécessairement à une pièce vocale, mais ayant toujours un caractère mélodique, qui rappelle l'art vocal.
Les musiciens qui se sont illustrés dans la canzone instrumentale des s sont Vincenzo Capirola et Francesco da Milano au luth, Claudio Merulo, Giovanni Maria Trabaci et Andrea Gabrieli à l'orgue, Giovanni de Macque, Girolamo Frescobaldi, Johann Jakob Froberger et Matthias Weckmann à l'orgue ou au clavecin et Giovanni Gabrieli pour ensemble d'instruments aux dimensions majestueuses.
Comme le ricercare, la fantaisie, la toccata, le capriccio et le prélude, la canzone participe au développement d'une écriture instrumentale idiomatique et autonome. Elle est partiellement à l'origine d'autres formes instrumentales, comme la sonate baroque (). En raison des entrées décalées des voix en imitation, elle devient synonyme de fugue au .
Canzone vocale italienne La canzona vocale est pratiquée en Italie du jusqu'au .
Canzona poétique thumb|Le Canzoniere de Pétrarque dans une édition de 1470, illustrée et commentée par Antonio Grifo, montrant la Canzone 323, ... ( 96v). Pétrarque est représenté à sa fenêtre ainsi qu'une des six visions. La canzone tire son origine, en tant que forme poético-musicale, de la canso provençale, genre noble et intimiste, le plus utilisé des troubadours. Pratiquées en Italie à partir du , toutes les canzones poétiques n'étaient pas destinées au chant, contrairement aux « cansos » provençales. La poésie est seulement accompagnée de musique ; le terme, à l'époque et jusqu'au , étant générique sur le plan musical.
La canzone italienne se compose de 5 à 7 strophes (), les vers étant généralement une combinaison de sept et onze syllabes, avec la même disposition des rimes. Le plus souvent, il y a un envoi (). Dante en explique la structure tout au long du chapitre II de son (1304)., prévoyant une mélodie différente pour chaque vers (), ou bien une mélodie sans répétition, ou bien deux sections dont l'une est répétée ; mais il ne reste aucune trace de ces monodies et l'..
Ultérieurement la canzone littéraire connaît d'autres réalisations polyphoniques, dont on retrouve trace chez Dufay, avec une version en langue vulgaire de tirée de la première strophe de la canzona 366 de Pétrarque — la dernière du Canzoniere (recueil de chansons) — (décennie 1420) et, du même poète, dans des recueils de frottoles de Trombocino. Au siècle suivant, ce sont Cyprien de Rore., Claudio Merulo et Palestrina qui s'illustrent dans ce genre, avec une large prédilection pour Pétrarque.
Le terme canzone () en vient à désigner, dans les éditions, n'importe quelle composition profane, par rapport au motet, destiné au répertoire d'église, et également bien distinct des genres populaires comme la frottole, le soneto, le (poésie campagnarde), mais une sorte de poème lyrique ressemblant au madrigal naissant, à une époque où ce dernier genre n'est pas encore fixé par rapport à l'ancien style de la . L'écriture est plutôt verticale, pour faciliter la compréhension du texte et la prédominance de la voix supérieure ainsi que l'abondance de mouvements parallèles, notamment en quintes (proscrits dans l'écriture rigoureuse) suggère la conception pour une voix soliste avec un instrument à cordes.
Ce genre populaire naît à Naples, officiellement en 1537, avec l'édition des premières transcriptions d'un art à la transmission orale, les publiées par Johannes de Colonia. Les œuvres, généralement à trois voix, dans un premier temps, sont composées sur des textes en dialecte empruntant la forme poétique du , à une époque où le toscan s'impose comme langue nationale et le madrigal devient la forme prédominante de la musique profane. Puis le genre populaire se propage dans l'Italie du nord à partir des années 1570, en abandonnant le dialecte et se désigne généralement par le terme de Villanelle ou villota (après 1565), dont on trouve l'exemple dans les (1581) de Roland de Lassus et dont le recueil contient la célèbre à quatre voix, discute la préface de Lassus qui fait remonter à 1555, date de composition d'un premier recueil de Villanelles dans le style napolitain, et 1568 environ, pour certaines pièces..
Le genre connaît son âge d'or au milieu du , mais il est cultivé jusqu'au début du , avec des changements des schémas poétiques et l'abandon du caractère populaire, au profit d'une poésie amoureuse édulcorée de poètes de circonstance.
À partir de 1530, lorsque le madrigal se répand dans toute l'Italie, l'évolution linguistique se confirme en partageant madrigal (sérieux) et canzone. La canzone, plus restrictive, désigne des musiques plus légères, aux tendances rustiques ou burlesques, comme le sont les (1544) d'Adrien Willaert ou de Francesco Corteccia. Malgré tout, dans les dernières décennies du , un genre madrigalesque léger, introduisant la gaieté et l'enjouement apparaît, avec G. Ferretti, Adriano Banchieri et Giovanni Gastoldi et aussi dénommé chez Orazio Vecchi (six livres, à 3, 4 et 6 voix, publiés entre 1580 et 1597), puis au , avec Bartolomeo Barbarino et Enrico Radesca.
Canzone instrumentale
La canzone ou canzona est aussi une composition instrumentale des s et le genre instrumental le plus important de la fin du , qui connaît un succès considérable en Italie avec pas moins de 55 publications de entre 1572 et 1628. Elle trouve son origine dans la transcription des chansons polyphoniques françaises (à quatre voix en général), « » ( ou ou simplement canzona) — qu'on pourrait traduire comme œuvre « à la façon » ou « à la mode » de France. La forme est voisine de la structure formelle du ricercare (qui lui, emprunte au motet latin), mais son caractère est plus libre, enjoué, d'une grande vitalité ou « plus profane » et moins contrapuntique.
La canzone adopte la découpe simple et franche de son modèle vocal, en alternance des styles syllabique et mélismatique, écriture en imitation et en accords, avec une structure tripartite : exposition, développement avec modulation, et retour du thème dans la tonalité d'origine. Son rythme est « spirituoso », allant, (Guy Sacre) et sa forme suffisamment complexe pour intéresser sans l'appoint les paroles. Le terme apparaît en 1579..
Après 1560, la « » se développe rapidement, pouvant emprunter une œuvre vocale, mais peut aussi bien ne traiter qu'une phrase de celle-ci (paraphrase libre), ou devenir une composition plus abstraite et autonome en s'inspirant de l'esprit. C'est cette branche qui influence et mène à l'éclosion d'une forme instrumentale à l'importance considérable dans l'histoire de la musique : celle de la sonate baroque, genre un peu plus solennel, conduisant notamment à la de Corelli. C'est la définition qu'en fait Michael Prætorius en 1619 ( du pdf). :
Il faut ajouter que la sonate se distingue néanmoins, surtout par un souci d'expression et de virtuosité instrumentale. Nombre de recueils accolent ou substituent à canzone, le terme sonate (Uccelini, , 1649). Exemples très parlants : dans le recueil de Stefano Bernardi en 1613, les six du titre, deviennent sonate dans la table des matières et dans son recueil de 1621, affirmée par la page de titre, se transforme en canzoni dans la table... Vers 1650, le terme sonate, se substitue quasiment à celui de canzone.
Carlo Gesualdo intitule l'une de ses rares compositions non vocales.
thumb|alt=peinture : un jeune homme aux traits doux et aux cheveux bruns a délaissé son violon posé sur la table avec son archet et deux parties de musique dont une ouverte, pour jouer du luth et chanter un madrigal sur l'amour. À sa droite, une carafe est remplie de fleurs et à son pied quelques fruits, dont des poires.|Le Joueur de luth, par Le Caravage, 1595 (Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg). thumb|alt=page de titre de partition|Page de titre des de Floriano Canale. Publiées chez Giacomo Vincenti à Venise vers 1600. Les pièces à l'origine de la ou (littéralement, « chant à jouer » — par opposition à la ) sont empruntées tout d'abord aux Flamands, Ockeghem, Ghiselin, Brumel et Josquin, dont les premières transcriptions remontent aux années 1520–1530 ; puis à la chanson parisienne : Claudin de Sermisy (Las ! Je me plains, Le content est riche, Tu disois que j'en mourrois, Pourtant si je suis brunette…), Guillaume Costeley et particulièrement à Clément Janequin (la et la …) et d'autres compositeurs français, comme Girolamo Cavazzoni (, 1543) le fait avec une Il est bel et bon empruntée à Pierre Passereau (la chanson est si célèbre qu'elle est chantée dans les rues de Venise, selon Andrea Calmo). Traité de manière similaire, Faulte d'argent est, chez Cavazzoni, beaucoup plus qu'une simple transcription, mais un remaniement complet : seule une mesure est identique à l'original.
La première étape de la constitution du genre des canzones instrumentales est d'abord sous forme de simples transcriptions du modèle vocal pour un instrument polyphonique. Chaque compositeur tenant compte des caractéristiques spécifiques de chaque instrument.
Le premier témoignage qui nous reste est celui des Intabolatura de lauto. Libro I e II (1507) de Francesco Spinacino, suivi de Vincenzo Capirola et surtout de Francesco da Milano à partir de 1536, qui s'est particulièrement illustré dans le domaine de la canzone pour le luth, où sur toute la ligne mélodique et non seulement sur les cadences comme ses prédécesseurs.
Viennent ensuite les instruments à clavier (orgue, clavecin...), avec des compositeurs tels que Claudio Merulo , qui consacre trois recueils exclusivement au genre : : 1592, 1606 et 1611, avec l'apparition de quelques titres descriptifs : , , … ou des noms aristocratiques. .. Seules cinq de ses vingt-trois canzoni sont des transcriptions de chansons françaises.
Florentio Maschera (vers 1540–1584), peut-être élève de Merulo, fixe le genre avec des publications autour de 1582. Elles sont constituées d'un recueil de vingt-et-une pièces à quatre parties, de forme libre pour clavier mais sûrement jouées en consort (Maschera a la réputation d'un jeu inimitable à la viole de gambe) : . Mais il existe des transcriptions pour luth effectuées dès 1574, qui en indiquent la composition bien antérieure à l'édition. Ensuite l'œuvre est republiée cinq fois jusqu'en 1621 et Maschera publie un autre recueil : (1617). Les entrées des voix sont en imitation et ont le modèle rythmique obstiné du dactyle : ; chaque section est clairement définie. C'est aussi Maschera qui baptise pour la première fois les pièces (comme dans les recueils de son maître publiés après) : , du nom d'une famille de Brescia ; décrivant le caractère de l'œuvre, ; ou un procédé de composition, .
Chez Andrea Gabrieli, nombre de « Ricercari » pour clavier (, 1605) ou pour ensemble jusqu'à huit parties (1587 et 1589), sont en fait des canzone, chez d'autres compositeurs plus tard, la forme canzone pour ensemble instrumental porte le nom de sinfonia ou sonata. Dans le livre de 1605, il confronte les deux formes par trois fois : avec Martin menoit (Janequin), et Martin Benoit ; ainsi qu'avec Orsus au coup et Pour ung plaisir d'après Créquillon.
thumb|Six musiciens du début du , jouant la douçaine, les chalemies, le cornet à bouquin et la sacqueboute. D'après un détail de la toile d'une procession de Notre Dame de Sablon (Bruxelles), par Denis van Alsloot, 1616 (Musée du Prado). Canzone d'ensemble