Dimitri Andréïévitch Klépinine ou saint Dimitri de Paris (), est un prêtre orthodoxe russe, résistant apatride dans Paris occupé, mort pour la France, martyr et saint.
Fils d'émigrés russes ayant fui la guerre civile, sensible au renouveau œcuméniste que propose le personnalisme de Berdiaev au sein du Mouvement Jeunes Orthodoxes, il est formé à l'Institut Saint-Serge de Paris et s'engage en 1930 à l'instar des YMCA évangéliques dans l'action sociale auprès des ouvriers et des s.d.f. Impliqué durant la Seconde Guerre mondiale dans l'assistance aux prisonniers du camp de Compiègne, il y est à son tour interné neuf mois pour avoir aidé à cacher des enfants « de race juive » et distribuer de faux certificats de baptême à leurs parents. Il est déporté à la mi- à Buchenwald et meurt à Dora en vingt cinq jours.
Juste parmi les nations cité le Site du Comité français pour Yad Vashem., il est canonisé le en même temps que sa supérieure, Mère Marie, le lecteur Georges Skobtsov fils de celle-ci, et Élie Fondaminsky-Bounakov. Ces quatre martyrs sont, avec le juste Alexis Medvedkoff, prêtre à Ugine, les cinq premiers saints de l'Église russe d'Occident.
Biographie Enfance à Odessa (1904-1916) vignette|Les Grands bains Narzan construits dans un style orientalisant dit anglo-indien par à Piatigorsk entre 1901 et 1903, aussitôt complétés par l'ultra moderne « Grand hôtel » du futur député . Dimitri Andréïévitch Klépinine est le troisième et dernier enfant. de Sofia Alexandrovna Stépanova, une femme née en 1873 à Iekaterinbourg qui a reçu une formation en pédagogie., et d', un architecte originaire de la même ville qui a conçu plusieurs églises« L'enfance ».. À Piatigorsk, petite ville d'eaux du Caucase, ce père est l'ingénieur civil du chantier de la célèbre station thermale, où il réalisera l'établissement de cure et plusieurs villas., tandis que non loin de là, à Essentouki, un autre centre thermal se développera sous l'impulsion d'un de ses familiers, le docteur Michel Zernoff.. C'est l'écrivain Dimitri Merejkovski, mari de la cousine de Sofia Alexandrovna, Zénaïde Guippius, qui est le parrain. Les deux parents de l'enfant sont musiciensH. Arjakovsky-Klepinin, « Father Dimitry Klepinin, martyr of the Dora Concentration Camp. », in Communion, Orthodox Peace Fellowship, Alkmaar, 18 octobre 2004., croyants non pratiquants, plus proches d'une philosophie théiste que de la religion orthodoxe.
Quelques mois après sa naissance, Dimitri manque d'être emporté par une pneumonie. Donné pour mourant par le médecin, sa mère prend sa main pour faire faire son signe de croix à l'enfant ventilé par ballon. De cette vraisemblable primo infection tuberculeuse, il conservera une faiblesse et il souffrira d'un retard de croissance qu'il ne rattrapera qu'à l'âge de quatorze ans. au prix d'un régime diététique très surveillé..
En 1906, la famille s'installe à Odessa, où le père réalisera trois immeubles pour la Compagnie russe de navigation et de commerce., l'un des plus grands armateurs de l'Empire. Sophie Alexandrovna participe à la fondation d'une bibliothèque. et ouvre dans la maison familiale de la rue Lermontoff une école nouvelle où les enfants apprennent à se gérer collectivement et où le petit Dima est scolarisé.. C'est en partie de sa mère, qui assure le catéchisme, que celui-ci reçoit son instruction mais aussi des professeurs invités. Il poursuit ses études secondaires dans une école technique . Il pratique l'aviron, le tennis, le vélo, la natation.
Quand la guerre éclate, son frère aîné, , qui a quinze ans, est trop jeune pour intégrer l'Armée des volontaires et attend 1916 pour s'engager comme officier dans le . Il deviendra un théoricien de l'eurasisme proche de et fera une carrière d'historien.
La guerre civile (1917-1919) Dimitri Andréïévitch a treize ans quand éclate la Révolution soviétique et qu'il voit les Forces Armées du Sud de la Russie du général Dénikine affronter l'Armée rouge. À la Terreur rouge répond une Terreur blanche. À Odessa même, un gouvernement local, initialement menchévique, est créé le , le Roumtcherod. Sophie Alexandrovna assume un poste de juge de paix. Elle met en place une œuvre de secours pour les nombreuses personnes jetées à la rue par le chômage.
Le , le Roumtcherod, où les bolchéviques ont désormais la majorité, proclame la République soviétique d’Odessa. Deux jours plus tôt, le soviet de la flotte de la mer Noire, appuyé par l’artillerie du croiseur Almaz et des cuirassés Sinop et Rostislav, anéantissait la résistance des Cadets, junkers et haïdamaks de la ville. Dès le , l'armée blanche du colonel Drozdovski, dans une longue marche de Iași au Don pour rejoindre l’Armée des volontaires du général Kornilov, s'empare d’Odessa et la transfère, selon les termes du traité de Brest-Litovsk signé dix jours plus tôt, à l’administration militaire austro-allemande mais c'est, pendant une année, la guerre civile qui règne, les bandes armées dans la campagne, l’agitation politique dans une ville privée de ravitaillement agricole. L’Armée noire occupe la Podolie voisine.
Le , la marine française, soutenue par la mission Berthelot, débarque, sans qu'en ville les dissensions et les affrontements ne cessent. L'année suivante, Dimitri Andréïévitch s'engage comme matelot dans le corps des Volontaires de la Marine marchande S. Jaba, « Pour le quarantième anniversaire de la mort glorieuse du père Dimitri Klépinine », in ВСХД, , Moscou, 1980., qui a succédé à la Ropit et où son père a conservé son poste..
Quand le , les Français évacuent le port, il ne faut pas une semaine pour que les troupes de l’ex « ataman » Grigoriev établisse l'autorité de la République socialiste soviétique d'Ukraine. La mère du matelot est arrêtée par le NKVD. Laissé à lui-même, l'adolescent de quatorze ans, désemparé, se réfugie dans une église et connaît là, les mains derrière le dos, un moment de stupeur. Jusqu'alors irréligieux, il éprouve intérieurement une conversion soudaine mais, rabroué par une moniale pour son attitude et son ignorance du rituel, il se conforte dans sa prévention pour l'Église. Sa mère est libérée au terme de quelques semaines par un officier de la Tchéka, une femme connaissant son action en faveur des défavorisés, grâce au témoignage d'un distributeur de tracts, juif, pour lequel elle avait prononcé la relaxe.
Exil et vocation (1920-1924) En 1920, la famille s'exile à Constantinople., siège du patriarcat œcuménique. Le matelot Dimitri Andréïévitch les rejoint. Il poursuit au côté de sa sœur Tania sa scolarité au Collège Robert, établissement américain. Tandis que son père tente de reprendre une activité au sein de la Ropit, sa mère rejoint son propre frère malade à Yalta. L'évacuation de Sébastopol en par l'Armée russe blanche du général Wrangel, où combat , signe la fin de toute chance de restauration et la réunion de la famille dans l'exil.
En 1921, un poste à la Standard Oil ayant appelé son père à Belgrade, Dimitri Andréïévitch y émigre avec sa famille., loin d'une Ukraine ravagée par la première grande famine. Dans la banlieue de Belgrade, les Klépinine retrouvent les ., les et les enfants Zernoff, qui sont eux, dans un logis rudimentaire« Voir la Chronique de la famille Zernov, tome 2 »., surnommé l'Arche..
Un cercle Saint-Séraphin, animé par des étudiants, y organise des discussions et des comptes rendus sur les causes et le sens de l'effondrement de la Sainte Russie, sur les projets du maintien de sa tradition et du renouvellement de sa spiritualité.. C'est là que Dimitri Andréïévitch se lie à , étudiant en théologie de la génération de son frère dont la famille a connu les mêmes tribulations à travers le Pont euxin. C'est là qu'il entend l'évêque saint Nicolas Vélimirovitch et le métropolite Antony . mais aussi et , promoteurs d'une foi orthodoxe rénovée, et s'oriente vers une carrière ecclésiastique. dans la voie que théorise son frère, celle de communautés vivant dans le siècle.
À la rentrée de cette année 1922, le jeune homme est inscrit à l'université de Belgrade. Il adhère au nouveau Mouvement chrétien des étudiants de Russie (), dont son frère est le représentant de la section locale.
La mort subite de sa mère le ., conclusion d'une coronopathie qui aura duré deux ans et demi, l'entraîne un peu plus dans la voie mystique, le jeune homme trouvant un réconfort dans la conviction de la survie de l'âme de la défunte. Sur la tombe de celle ci, il éprouve ce qu'il décrira comme une révélation de la vanité de ses souffrances personnelles et de la légèreté du . Il retrouve une conversation avec la défunte à travers son journal et la prière.
Il se rend plusieurs fois au monastère de Hopovo, siège en exil de l'Action chrétienne des étudiants russes, , auprès du père Alexis Niélouboff, dont il fait son confesseur.. Il est reçu dans son monastère par , aumônier des Forces Armées du Sud de la Russie en déroute. Il rencontre l'archevêque. La lecture de Jean de Cronstadt le marque profondément..
Séminariste à Paris et New York (1925-1929) vignette|L'église Saint-Serge de l'Institut de théologie orthodoxe en 2014. En 1926, deux dortoirs au sous sol de cette ancienne église luthérienne construite en 1864 accueillent vingt quatre séminaristes, très à l'étroit et sans confort.. En ., grâce à un passeport Nansen., Dimitri Klépinine est envoyé à Paris pour entreprendre des études de théologie à l'Institut Saint-Serge, procure de la Laure de la Trinité-Saint-Serge., désormais fermée. Avec vingt deux autres impétrants, il rejoint au 93 rue de Crimée les guides spirituels rencontrés à Belgrade, , et , qui depuis le printemps précédent y dispensent leurs enseignements à dix séminaristes sous la direction du père Boulgakoff, philosophe de formation revenu du marxisme« La formation religieuse ». et apôtre d'une théologie de la sagesse. Il participe à la , qu'animent et sa femme Militza Lavrova.
Il est rejoint à Paris l'année suivante par son frère. collabore à la revue quadrimestrielle La Voie sous la direction du personnaliste Nicolas Berdiaev et trouve un emploi chez son éditeur, le bureau parisien de l'YMCA, Union Chrétienne de Jeunes Gens, qui est un mouvement œcuménique engagé dans le christianisme social et l'évangélisation des ouvriers. L'YMCA de la rue Saint-Didier contribue au financement de l'Institut Saint-Serge. et prête un local, 10 boulevard du Montparnasse, entre le square du Croisic et Les Enfants malades, pour servir de siège à l'ACER. Les deux frères participent aux conférences de l'Académie spirituelle et religieuse Berdiaev.
À partir de 1927, Dimitri Klépinine reçoit à l'Institut Saint-Serge l'enseignement du professeur Vycheslavtseff,, spécialiste de l'histoire et la philosophie du droit que Nicolas Berdiaev fait venir de Berlin et qui devient le co-rédacteur en chef de son frère. Celui-ci se fait l'intime du cinéaste Sergueï Efron et la poétesse Marina Tsvetaieva. De son côté, le prêtre impétrant, à la recherche d'une épouse qui accepte de l'accompagner dans son futur sacerdoce, ne rencontre auprès des jeunes filles, avides de modernité, que des déconvenues, qui préoccupent jusqu'au métropolite Euloge.
À la rentrée 1928, la formation spirituelle de Dimitri Klépinine est supervisée par l'archiprêtre , nouveau président de l'ACER venu de Bratislava (anciennement Presbourg). Le séminariste rédige un mémoire de fin d'étude intitulé Le cœur et la raison dans la prière de Jésus qui ne sera soutenu qu'en 1931.; il a été ordonné lecteur le . En septembre., une bourse d'études accordée par l'église épiscopalienne lui permet de parachever sa formation par un semestre œcuménique au Séminaire théologique de New York consacré à saint Paul.
Ministère auprès des ouvriers (1930-1934) De retour de New York, au printemps 1930, le frère Klépinine se rend dans la paroisse Saint-Nicolas de Presbourg pour aider les dix missions orthodoxes qui avaient été mises en place à travers la Slovaquie par son professeur de théologie, le père