Humbert de la Tour-du-Pin, né en 1312, mort le , est le dernier dauphin de Viennois, comte de Vienne, d'Albon et seigneur de la Tour de 1333 à 1349, sous le nom de Humbert II de Viennois. Sévèrement jugé par ses contemporains, il est décrit comme un incapable et un dépensier. N'ayant pas l'ardeur guerrière de son frère , auquel il succède, il se range plutôt dans le camp des pacifiquesDelaville Le Roulx, Les Hospitaliers à Rhodes jusqu'à la mort de Philibert de Naillac, Ernest Leroux, Paris, 1913, . Malgré tout, il est un remarquable administrateur, organise le Dauphiné selon des modes innovants pour l'époque (Conseil delphinal et cour des comptes, université, statut delphinal pour ses états…). Il est également le rédacteur et le signataire de la Charte des Escartons qui donne à la région briançonnaise une autonomie comparable à celle des premiers cantons suisses qui, à cause de la centralisation grandissante du pouvoir royal français, ne débouche pas sur la création d'une entité similaire.
Biographie Il est fils de , dauphin de Viennois, et de Béatrice de Hongriefille de Charles Martel, roi titulaire de Hongrie, et de Clémence de Habsbourg ; née à Naples en 1285, morte à Saint-Just-de-Claix en 1354 ; son corps est transféré en 1910 dans la collégiale Saint Barnard à Romans-sur-Isère, où l'on peut voir sa pierre tombale moderne..
Jeunesse Ayant reçu le Faucigny en héritage de son oncle Hugues, il entreprend à un tour d'Europe pour apprendre le métier de prince et passe notamment plusieurs mois chez son oncle maternel Carobert, en Hongrie, puis chez son grand-oncle Robert d'Anjou, à la cour de Naples. Il épouse en Marie des Baux (vers 1319-), fille de Bertrand des Baux de Berre († 1351), comte d'Andria et de Béatrice d'Anjou (1295 † 1321), nièce de Robert d'Anjou et membre de la famille des seigneurs des Baux, une puissante maison du comté de Provence. En 1333, le couple a un fils, prénommé André, mais celui-ci meurt en 1335. Le généalogiste André Favyn suggère un premier mariage antérieur d'Humbert avec une infante de Majorque, bien qu'aucun document ne soit connu pour vérifier ce fait. Cependant, cette même année, Humbert, âgé de vingt ans, est précipitamment appelé à remplacer son frère Guigues, mort au cours de l'assaut d'un château près de Voiron.
Dès 1334, il est cité en sus du titre de dauphin de Viennois, comme ses prédécesseurs, de comte de Vienne, d'Albon et seigneur de la Tour.
Ayant pour référence les cours de Hongrie et de Naples, Humbert entretient alors une cour fastueuse dans son château de Beauvoir-en-Royans, ce qui est mal perçu par ses contemporains et s'équilibre mal avec la richesse réelle du dauphin. À la différence de ses prédécesseurs, Humbert ne mène plus cette vie itinérante d'un château delphinal à l'autre et préfère rester à Beauvoir.
est le créateur du Conseil delphinal en 1337, puis de la cour des comptes à partir de 1340. Il fonde également l'université de Grenoble le avec l'accord du pape Jacques Berriat-Saint-Prix, Histoire de l'ancienne université de Grenoble, .. En 1337, il se rendent en pèlerinage à la grotte de la Sainte-Baume accompagné de Pétrarque...
L’affaire du Dauphiné Après la perte de son fils unique André, en , en proie à des accès de découragement projette régulièrement de céder son héritage. Dès 1337, il propose de vendre ses États à Robert de Naples, mais celui-ci ne veut pas payer le prix demandé. Malgré tout, comme tout prince de cette époque, a plusieurs enfants adultérins (un fils : Amédée de Viennois dont descendance , et deux filles : Catherine mariée au bâtard de Lucinge, et Marie, religieuse), mais ceux-ci ne peuvent lui succéder à la dignité delphinale.
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Humbert nomme le , Agoult des Baux, oncle de son épouse, administrateur de ses finances privées. En , le dauphin, confronté au problème de ses caisses vides, lui donne ordre de poursuivre les Juifs, les Lombards et les Toscans dans ses États. Accusés d’usure et de contrats usuriers, ils sont taxés de fortes amendesJacques le Goff a explicité : « Dans ce nouveau monde où l’argent est vainqueur, où la cupidité (avaritia), péché bourgeois, détrône, à la tête des sept péchés capitaux, l’orgueil (superbia), péché féodal par excellence, l’usurier, spécialiste du prêt à intérêt, devient un homme nécessaire et détesté, puissant et fragile à la fois » (La bourse et la vie, Paris, 1986).. Le pape envoie aussitôt sur place Johannes de Badis, son Grand Inquisiteur de Provence, pour rechercher les juifs convertis et relaps du DauphinéAvec l’accord du Dauphin, l’inquisiteur Johannes de Badis s’attacha à pourchasser les relaps en particulier le juif espagnol Alfondus Diaz, converti à la foi catholique et qui continuait à pratiquer son ancienne religion..
Le rôle politique d’Agoult des Baux s’amplifie lors des négociations de paix entre le dauphin et Vienne, en , à la suite de la révolte des Viennois. Au cours de l’été, Humbert doit emprunter au pape pour solder ses troupes ; sa dette est gagée sur ses terres et il propose au pontife de lui vendre le Dauphiné contre . Les difficultés financières s'accumulant, Humbert fait procéder à l'inventaire de ses biens en 1339, par le biais d'une enquête delphinale, dans le but de vendre sa principauté au pape . Sans doute mis au courant des convoitises du roi de France, le pontife lui en offre , tout en décidant d’enquêter sur les revenus domaniaux du dauphin. Entre janvier et , Jean de Cojordan, évêque d'Avignon, trésorier pontifical, et Jean d’Arpadelleremplaçant Louis de Petragrossa, archiprêtre de Viviers, tombé malade en janvier, chapelain du pape, parcourent le Viennois et le Briançonnais pour une enquête papale. Ils estiment les revenus annuels du dauphin à , ce qui donne une valeur théorique de vente pour le Dauphiné de . La transaction avec le pape échoue.
La politique delphinale de la France
En effet, et son conseiller l’archevêque de Rouen, Pierre Roger, avaient senti que se dessinait une opportunité. Le roi de France engage d’abord à son service le brillant . Il est d’abord nommé Sénéchal de Beaucaire par , le , puis Sénéchal de Toulouse et d’Albi, le . Puis, il fait savoir au pontife qu’il accepte l’accession de son conseiller à la pourpreLors de la nomination annuelle des nouveaux membres du Sacré Collège en 1335, au début de son pontificat, propose le chapeau de cardinal à Pierre Roger. Le roi de France l’informe, qu’en l’état actuel des choses, il ne désire pas se séparer de son conseiller et la promotion est repoussée.. C’est ce que fait par lettre bullée, en date du . L’archevêque de Rouen arrive à Avignon le et reçoit, le 12, le chapeau de cardinal.
Au cours de cette année, le dauphin veut à nouveau mater une « émotion » à Vienne. Il se tourne vers le pape et obtient qu’il promet de rembourser sous six mois. En , il demande un délai de paiement. En , il est toujours débiteur de . Le cardinal Pierre Roger intervient auprès de qu’il persuade d’excommunier le mauvais payeur.
Affolé, le pieux Humbert offre alors au pape de couvrir sa dette en donnant au Saint-Siège quelques-uns de ses fiefs. Toujours conseillé par Pierre Roger, fait une réponse négative à l’ambassade delphinale. Sans héritier, endetté jusqu’au cou, rejeté de l’Église, allait être, sous peu, une proie facile pour le royaume de France.
et le rattachement du Dauphiné à la France Avec le nouveau pape , ancien conseiller de de Valois sur le trône pontifical, le sort du Dauphiné est scellé : il serait rattaché à la France. Sur l’initiative de , un grand pas est franchi au cours du mois de . Le roi et son fils aîné, Jean de Normandie, viennent rencontrer dans la cité papale.
Le dauphin du Viennois est aux abois. Toujours à la recherche de liquidités, il se voit proposer par le roi de France un arrangement financier qui le tirerait du besoin. S’il accepte que le Dauphiné soit dévolu au second fils du roi après sa mort, ses dettes seraient réglées et il jouirait d’une rente annuelleSi le Dauphin reste sans héritier légitime, promettait d’apurer ses passifs à la hauteur de et de lui verser, chaque année à Pâques ou à la Trinité, une rente de . Cette proposition finalise le traité, signé l’année précédente à Villeneuve-lès-Avignon, entre et Pierre de Cugnières, Guillaume Flotte et Jean Richier, conseillers du roi, qui prévoit le rattachement du Dauphiné à la France.. Humbert sollicite un temps de réflexion.
Depuis quelques mois, il a pris contact avec son oncle, Robert d’Anjou, pensant que le comte de Provence serait intéressé par l’achat de ses États qui jouxtent les siensLes souverains de Naples sont comtes de Provence et du Piémont.. Malheureusement, ce dernier vient de rendre son dernier soupir à NaplesRobert d’Anjou, qui s’était fait recevoir le chez les frères de la Pauvre Vie, s’éteignit le , après trente-deux ans de règne.. Le dauphin tente alors de trouver un palliatif. Le , il vend leur indépendance à cinquante-deux paroisses des Alpes qui se regroupent pour former la « république des Escartons »Escarton provenait du provençal escarta (fixer les impôts). La charte du est fondatrice de cette République des Escartons qui est l’une des premières d’Europe avec celles de Saint-Marin, des cantons d’Helvétie et des landers autrichiens. À cheval sur les deux versants des Alpes, la "République" regroupe cinq escartons : Oulx et Clurenflouer, Château-Dauphin (Casteldelfino et non Mont-Dauphin) du côté transalpin, le Queyras et le Briançonnais, du côté cisalpin.. Mais sous la pression pontificale - il n'y aurait pas de levée d'excommunication si n'obtempérait pas - le dauphin signe un accord avec la France le ..
fait céder le dauphin , toujours attentif à la question dauphinoise, écrit à , le , pour lui proposer que le fils aîné du roi de France porte le titre de dauphinCar, expliquait le pape au roi, « cette province est sise assez ès frontière du royaume ». Le Valois doit comprendre cette raison puisqu’il accepte la suggestion pontificale. En compensation, il cède à les seigneuries de Beaumont-le-Roger et de Breteuil. Le lendemain, fait parvenir une autre missive «À notre cher fils Hélion de Villeneuve, Maître de l’Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem » lui confiant que « Désireux d’étendre en tous lieux le culte divin, nous formons avec ferveur le vœu de pouvoir accomplir et réaliser de notre vivant l’extension durable de ce culte dans l’église patriarcale de Rosiers où nous sommes nés de nouveau de l’eau du saint baptême. Nous envisageons de créer et d’établir un prieuré de moines noirs de l’ordre de saint Benoît dont nous fûmes profès dans nos jeunes années avec un effectif déterminé soumis au monastère de la Chaise-Dieu, pour servir Dieu dans l’église susdite. Donné à Avignon, le , ».. Le pape envisage ensuite de lever l’excommunication d', qui a remboursé jusqu’au dernier florin à la Révérende Chambre Apostolique, mais il y met une condition. Il doit lui céder le fief de Visan, prêt à tout pour réintégrer le sein de l’Église romaine, accepte si, en dédommagement, il obtient la moitié de la juridiction de Romans qui dépend de l’évêché de Valence. n’émet aucune objection. Et la transaction se fait avec l’aval de l’évêque Pierre de Chalus, l’ancien abbé de Cluny. C’est pourtant un véritable marché de dupe car, comme l’ont fait remarquer un certain nombre d’historiens : «Le Saint Siège, outre les seize mille florins, reçut Visan qu’il convoitait en échange de la moitié de Romans qui appartenait au Dauphin et reçut, en plus, la haute seigneurie de cette ville qui ne lui appartenait pas ». Il faut dire que , lui-même, en est conscient puisqu’au cours de cette , il fait reverser au Dauphin douze mille florins.. L’accord passé, le , reçoit Humbert dans son palais de Villeneuve-lès-Avignon. Le dauphin du Viennois rend hommage et le pape lève les sentences.