La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Privat de Mende est le siège épiscopal du diocèse de Mende. Située dans le centre-ville de la préfecture de la Lozère, elle est classée monument historique depuis 1906. Il s'agit du seul édifice pleinement gothique de l'ensemble du département..
L'église, dont la construction fut décidée dans les années 1360 par le pape Urbain V, a succédé à trois autres sanctuaires, le premier d'époque mérovingienne, le second préroman, l'avant-dernier roman. Richement décorée, elle fut victime des troubles des guerres de Religion et dut être en grande partie reconstruite au début du ; elle sera achevée au par l'adjonction d'un portail néo-gothique.
Élevée au rang de basilique mineure en 1874, la cathédrale offre notamment à la vénération des fidèles une Vierge noire du . Son mobilier comprend des orgues et des boiseries du , des tapisseries d'Aubusson du début du , un maître-autel du ; on y conserve aussi le battant de la « Non-Pareille », la plus grosse cloche de la chrétienté à l'époque de sa mise en place.
Histoire Les premières églises La ville de Mende, capitale de la province du Gévaudan, possède depuis fort longtemps un lieu de culte sur le tombeau de son saint protecteur. Sans doute au , les Alamans, emmenés par leur chef Chrocus, pénétrèrent en pays gabale, engendrant terreur et destruction. La population se réfugia dans la forteresse de Gredone et résista au siège deux années durantBenjamin Bardy in Mende, édition SAEP Colmar-Ingersheim, p. 14. Quant à l'évêque Privat, il se retira sur le mont Mimat, au-dessus du bourg de Mimate (Mende)Félix Remize in Saint Privat, évêque du Gévaudan, , Mende, 1910. L'armée de Chrocus aurait trouvé l'ermitage de Privat et l'aurait martyrisé en réponse à son refus de livrer son peuple (« Le bon pasteur refusa de livrer ses brebis aux loups, et on voulut le contraindre de sacrifier aux démons »Histoire des Francs - Livre premier).
S'il succomba à ses blessures, le peuple, lui, fut libéré à ce moment-là, les Alamans partant alors plus au sud. Plus tard élevé au rang de grand saint de Gaule, ainsi que le rapporte Grégoire de Tours, Privat aurait été enterré au pied du mont Mimat.
C'est au-dessus de son tombeau que fut donc fondée l'une des premières églises de la ville, mais pour l'heure, rien ne permet de démontrer que ce soit à l'emplacement de l'actuelle cathédrale. Les fouilles archéologiques réalisées sur la place Urbain V au début du y ont en revanche mis en évidence les vestiges d'une église carolingienne. Au , Étienne I, évêque en Gévaudan remplaça cette église par un édifice de style préroman, utilisé jusqu'à sa destruction lors d'un incendie vers 1100. Aldebert II de Peyre, évêque entre 1109 et 1123, construisit le troisième sanctuaire tout en augmentant sa taille.
Du temps de l'épiscopat d'Aldebert III du Tournel, qui fit fortifier la ville, la cathédrale fut entourée de plusieurs résidences des seigneurs du pays. L'actuelle place Urbain-V était occupée par le Castel-Frag, qui était le château des comtes de Barcelone.
À l'est, là où se dresse maintenant le chevet de la cathédrale, se trouvait le château des Canilhac. Celui des Cabrières était édifié là où sera plus tard aménagée la place Chaptal ; celui des Dolan était situé à l'opposé, tome I, p.415. L'église était proche du centre de l'enceinte urbaine, de plus de de circonférence. Durant l'épiscopat d'Aldebert III, l'édifice reçut un visiteur de marque : en 1163, le pape Alexandre III, se rendant au concile de Tours, aurait fait escale à Mende. L'évêque Aldebert lui-même était convié à participer à ce concile..
Le début de la construction thumb|left|245px|Vue générale de Mende et de sa cathédrale. thumb|left|245px|Vue générale de la cathédrale. thumb|Urbain V devant sa cathédrale. thumb|La place de la République, et en fond la cathédrale. En 1310 naquit à Grizac Guillaume de Grimoard, fils de Guillaume et d'Amphélyse de Montferrand. Après des études en droit, Guillaume entra dans l'ordre bénédictin, puis devint pape sous le nom d'Urbain V (1362). En 1364, une ordonnance du roi Charles V de France enjoignit de faire le dénombrement général des feux en Gévaudan. Chaque feu devait, selon cette ordonnance, verser un florin à Urbain V qui projetait de « rétablir l'église cathédrale »JB Pascal in Gabalum Christianum ou recherches historico-critiques sur le diocèse de Mende, p.112. En août 1366, il place Pierre d'Aigrefeuille dont il est très proche, à la tête de l'évêché. L'une des missions d'Aigrefeuille est d'entamer de grands travaux pour « magnifier » la cathédrale, avec un budget de florinsUrbain V le bienheureux, Yves Chiron, 2010, p. 287.
Les travaux touchent à leur fin, lorsqu'un incendie ravage une partie de la cathédrale. Par une bulle papale, Urbain V, depuis Rome, accorde alors un budget plus important au diocèse de Mende. Ainsi il transfère Pierre d'Aigrefeuille à l'évêché d'Avignon et se réserve le siège épiscopal. Il le fait administrer par trois vicaires. Ceci permit d'affecter les revenus, normalement dévolus à l'évêque, à la construction de la cathédraleBenjamin Bardy, in Mende, éditions SAEP, 1973, p.65 ; , p.394.. Le procès en canonisation d'Urbain lui accorde ceci à propos de l'incendie : « Béni soit Dieu, qui a permis ce désastre et me donne en même temps la possibilité de le réparer. Nous la reconstruirons et nous y ferons plus de bien que le démon n'y a fait de mal».
Ce fut Pierre Morel, de Majorque, l'un des constructeurs de la Chaise-Dieu, qui devint le maître-d'œuvre du chantier, tome I, p. 914. Les travaux débutèrent à l'est de l'église romane, qui fut vraisemblablement démantelée au fur et à mesure de leur avancement. La mort d'Urbain V en 1370 interrompit les travaux. D'autant plus que le royaume, plongé dans la guerre de Cent Ans, subissait une crise politique et économique extrêmement dure.
Durant soixante ans la cathédrale resta dans cet état : une nef partiellement dressée au-dessus du tombeau de saint Privat, un chœur inachevé, l'ensemble richement décoré grâce aux cadeaux d'Urbain V, qui avait en outre envoyé une épine de la sainte Couronne et la tête de saint Blaise enchâssée dans un chef d'argentHistoire générale de Languedoc, IV, p.394.. Parmi ces trésors on trouvait, tome I, pp.785-786 : une statue en vermeil de la Vierge, assise, et couronnée de perles ; deux anges en vermeil portés chacun par six lions de métal ; une châsse elle aussi de vermeil ; deux panneaux incrustés d'or (l'un de la Vierge Marie, l'autre de sainte Véronique).
Outre ce très précieux mobilier offert par le souverain pontife, il faut ajouter bon nombre de petits objets de procession ou d'office, ainsi que quantité de tapis (plus de trente selon l'inventaire de 1380). En manque d'argent, le chapitre voulut d'ailleurs vendre une partie de ce trésor pour continuer la construction de la cathédrale. Mais le trésor offert par le saint-Siège était inaliénable, et c'est le cardinal Anglic de Grimoard lui-même, le frère d'Urbain V, qui vint à Mende pour empêcher le chapitre de commettre cet acte. En 1392, le roi Charles VI ajouta à la menace d'excommunication papale l'ordre pour la sénéchaussée de Beaucaire de punir les chanoinesF. André, Lettres de Charles VI, François II; inventaire des ventes de 1562,etc., Bulletin de la société de lettres de la Lozère 1892, pp. 89-108.
L'achèvement du chœur thumb|Les vitraux au-dessus du chœur. Les travaux reprirent en 1452, sous l'impulsion des chanoines du chapitre de Mende. Guilhabert de Cénaret, le prévôt, posa la première pierre des chapelles rayonnantes « dans la continuité de l'œuvre du chœur d'Urbain V »Livre des cinq secrétaires, 1409-1490, Archives départementales de Lozère, le exactementJBE Pascal in Gabalum Christianum ou recherches historico-critiques sur le diocèse de Mende, 124.. L'évêque de Mende était alors Guy de La Panouse : il consacra le maître-autel le . Mort l'année suivante, ce fut son neveu et successeur, Antoine de La Panouse, qui fit achever les travaux, avec notamment la pose des vitraux. Guillaume Papillon, verrier à Toulouse, fut chargé de cette tâche en 1468. Un peu avant 1470, la construction du chœur de la cathédrale était entièrement achevée.
Les clochers thumb|right|Les clochers : à gauche celui de l'évêque, à droite celui des chanoines. En 1508 François de La Rovère occupait le siège épiscopal de Mende ; il avait succédé à son frère, lui-même précédé par leur oncle, qui n'était autre que Julien de La Rovère, devenu pape sous le nom de Jules II, instigateur de la construction de la nouvelle basilique Saint-Pierre de Rome. L'évêque François désirant doter la cathédrale d'un clocher pour remplacer celui en bois et la tour campanaire, décida de l'édifier à « sa hauteur » et à ses propres frais. Les chanoines approuvèrent ce projet et l'imitèrent en bâtissant une seconde tour, néanmoins plus modeste, ce qui explique que la cathédrale n'a pas deux clochers égaux.
Au départ il fut envisagé de les élever au-dessus des deux chapelles pentagonales, au chevet de la cathédrale. Mais les fondations n'étaient pas assez solides à cet endroit, tome I, p. 924. C'est pourquoi on les construisit de l'autre côté, dans les dépendances du palais épiscopal. La première pierre du grand clocher fut posée le par Antoine de La Roquette, prévôt du chapitre, alors que celle du petit clocher le fut le , par le vicaire général de l'évêque. En 1512 les deux édifices étaient terminés, le plus haut culminant à , celui des chanoines à .
François de La Rovère fit venir des cloches des fonderies de Clermont-Ferrand et de Lyon. Parmi celles-ci, on compte la « Non-Pareille », connue comme étant la plus grosse cloche de la chrétienté à cette époque. Elle arriva à Mende en 1516, en provenance de Lyon, le battant, lui, venant du Gard.. Cette cloche aux dimensions sans précédent pouvait être entendue à à la ronde, soit .
La destruction de la cathédrale En 1572, lors du massacre de la Saint-Barthélemy, le baron Astorg de PeyreFrançois Astorg de Cardaillac de Peyre plus précisément fut assassiné dans la chambre du roi arbre généalogique des Peyre. Sa veuve engagea un jeune homme, Matthieu Merle, capitaine huguenot, afin de venger la mort de son époux, tome I, p. 826. De 1569 à 1576, il occupa avec ses troupes la forteresse de Grèzes d'où il s'empara peu à peu du nord du Gévaudan. À partir de 1577 il s'installa avec ses troupes à Marvejols avec l'intention de prendre Mende. La nuit de Noël 1579 les soldats de Merle attendirent que les Mendois fussent à la messe de minuit pour entrer dans la cité, tome I, 829..
Merle occupa avec ses troupes la ville de Mende. Il choisit tout naturellement comme résidence celle des comtes-évêques du Gévaudan, le palais épiscopal. De là, il décida de réduire les dernières places fortes de la région qui lui résistaient encore, comme Balsièges, le Chastel-Nouvel, Ispagnac, Quézac ou BédouèsRoger Lagrave, Mathieu Merle, La Guerre du Gévaudan, 1572-1586, p. 46. Pour cela, il fallait des munitions à son armée. Canons, couleuvrines et boulets furent fabriqués à partir du bronze, récupéré en fondant les cloches et les bénitiers. La « Non-Pareille » disparut ainsi avec les autres cloches.
En 1581, Merle reconquit Mende qu'il avait un temps perdue. Ce fut à ce moment que le parti huguenot lui demanda de trouver , pour venir en aide au prince de Condé. Merle rançonna les Mendois pour réunir ladite somme, en dépit de quoi il jura de détruire la cathédrale. La population ne pouvant réunir la somme, il mit sa menace à exécution. Pour venir à bout d'un si grand édifice, l'ingéniosité fut de mise : ainsi les piliers furent attaqués par le bas, et à chaque pierre enlevée, celle-ci était remplacée par une poutre en bois.