Les égouts de Montréal sont un réseau de près de de conduits souterrains collectant et évacuant les eaux de ruissellement provenant principalement des pluies ainsi que les eaux usées produites par les activités humaines sur le territoire de l’île de Montréal et de l’île Bizard.

Histoire Les Premières Nations utilisaient déjà depuis des siècles les terres entourant l'embouchure de la Petite Rivière lorsque Samuel de Champlain reconnaît le potentiel de cet endroit en 1611 pour l'établissement du village qui deviendra Montréal.

Au les sulpiciens creusent le canal Saint-Gabriel entre la rivière Saint-Pierre, dont l'embouchure est à Verdun, et la Petite Rivière qui prend alors le nom de Petite rivière Saint-Pierre. Premier égout à ciel ouvert de la ville, ses eaux deviennent dangereusement polluées avec le développement de cette dernière.

Canalisation précoce Au début du XIXe siècle, la démolition des fortifications permet aux faubourgs en périphérie de la ville de se développer. Avec l’accroissement de la population et des rejets liés à l'activité humaine, les citoyens et les autorités sont de plus en plus préoccupés par l'insalubrité de la Petite Rivière qui se déverse dans le fleuve à la Pointe-à-Callière. Une épidémie de choléra survient à l’été 1832. Toujours en 1832, la construction d'un imposant égout en pierre permet de canaliser la Petite Rivière sous terre entre les rues McGill et Saint-François-Xavier. L'espace ainsi gagné permet de construire un nouveau marché, le marché Sainte-Anne, au dessus de l'égout collecteur. En 1838, l'égout collecteur est complété jusqu'à l'embouchure de la Petite Rivière. Cet ouvrage est parfois appelé le collecteur William en raison du fait que l'égout collecteur construit sous la rue William, à l'ouest de la rue McGill, est venu plus tard s'y connecter. Cet ouvrage est considéré comme un bijou d’ingénierie Victorienne. La même décennie la rivière Saint-Martin, plus au nord, est canalisée à son tour sous la rue Craig (aujourd'hui rue Saint-Antoine) entre le pont Saint-Antoine et la rue Saint-Laurent.

La construction des égouts secondaire est laissée en partie à la charge des propriétaires. D'un diamètre allant de ( 1/2) à (3 pi) ces canalisation circulaires de brique ou de bois forment un réseau disparate. En 1856, Montréal compte d'égouts principaux se déchargeant dans le fleuve à trois endroits (le bassin King-Edward, Dalhousie et la brasserie Molson).

Premiers collecteurs À la suite de l’épidémie de typhus de 1847, James A. B. McGill propose un ambitieux plan le qui prévoit la construction de trois égouts collecteurs passant respectivement sous les rues Sainte-Catherine, Craig et William. L'instabilité politique à la suite de l'incendie du parlement et la priorité donnée à l'aqueduc empêchent l'adoption de ce plan. Dix années après McGill, l'ingénieur John P. Doyle va plus loin avec un rapport exhaustif dénonçant l'état de délabrement avancé des égouts existants qu'il juge mal construits et recommandant la construction de sept grands égouts collecteurs capables de drainer tout le territoire montréalais.

Les tergiversations à la mairie vont bon train lorsque, le , une terrible inondation frappe la ville. La grogne des citoyens, dont certains influents comme le banquier William Molson, fait finalement adopter une partie du plan, malgré l'endettement déjà lourd de la municipalité. Les travaux débutent en 1862 et vont s'étaler jusqu'en 1867. Cependant, sur les six collecteurs construit, un seul (McGill) est conforme au plan de Doyle. En 1876, l’étroit tunnel sous la rue Craig est remplacé, après trois ans de travaux, par un égout collecteur en maçonnerie de de hauteur et () de largeur qui devient le principal de la métropole.

Extension du réseau vignette|Tranchée de l’égout collecteur Saint-Pierre, 1933.|gauche Au début du , le béton commence à remplacer la brique. La ville grandit et son réseau d'égouts vieillissant n'est plus adapté. Un mois avant le krach de Wall Street le conseil municipal autorise plus de sept millions de dollars pour canaliser la rivière Saint-Pierre et créer l'un des plus grands égouts de la ville, le collecteur Saint-Pierre. Durant la crise des années 1930, de dollars supplémentaires sont dépensés pour fournir du travail à et construire 15 égouts. vignette|Construction d'égouts à Verdun, 1938. Dans les années 1950, au développement des banlieues proches s'ajoute la démocratisation de l'automobile et ses chaussées d'asphalte n'absorbant plus l'eau de pluie. Sous la direction de Lucien L'Allier, qui fort de cette expertise deviendra « le père du métro », dix nouveaux égouts collecteurs sont construits entre 1952 et 1962. En forme de fer à cheval, faits de béton et d'une hauteur maximale de (), ils sont creusés en tranchées couvertes ou par abattage comme le seront les tunnels du métro. En 1961 est achevé la canalisation, sur , de ce qui restait de la rivière Saint-Pierre. Ainsi entre 1920 et 1965, Montréal développe un réseau de larges égouts collecteurs chargés d'emmener efficacement les eaux usées vers les cours d'eau rapides encerclant l’île. Une moyenne de de m³ d'eaux usées y sont alors déversés quotidiennement.

Traitement tardif Dès 1930, le gouvernement provincial ordonne que la ville traite une partie des eaux usées rejetées dans la rivière des Prairies. Montréal lance alors la construction de l'intercepteur nord, un tunnel de () de diamètre devant amener les eaux sanitaires à une éventuelle station d'épuration sur l'île de la Visitation. La complétion de l'intercepteur prendra 25 ans et le projet d'usine de traitement sera abandonné alors même que depuis les années 1940 la salubrité des cours d'eau se dégrade et que des villes comme Toronto nettoient déjà 98 % de leurs eaux usées.

À la fin des années 1960, la qualité de l’eau autour de Montréal s’est à ce point détériorée que les risques sanitaires ne sont plus acceptables. À l'été 1967 le maire Jean Drapeau propose l'installation de deux usines de traitement, l'une proche du pont Victoria serait responsable des eaux de l'ouest de l’île, l'autre sur l'île Sainte-Thérèse s'occuperait de celles de l'est. Ces plans sont mis en veilleuse par « préoccupations environnementales ».

Au tournant des années 1970, après plusieurs années de débats, les municipalités membres de la nouvelle communauté urbaine de Montréal s’entendent pour construire une unique usine d’épuration des eaux usées dans Pointe-aux-Trembles, par souci d'économie. Les travaux de prolongement de l'intercepteur nord vers l'est et de construction d'intercepteurs supplémentaires débutent en . La construction de la station d'épuration s’échelonne d’ à , date à laquelle elle entre en service. Pourtant, il faudra attendre 1996 pour que la totalité des eaux usées de l’île de Montréal et l’île-Bizard y soient acheminées. Le large dépassement de l'échéancier et des coûts prévus retarderont jusqu’à aujourd'hui la mise en place prévue d'une étape secondaire de traitement des eaux usées.

Au printemps et à l'automne 2003, à l'automne 2005 puis dernièrement en , des travaux sur l'égout intercepteur sud nécessitant son assèchement ont entraîné le rejet d'eaux usées dans le fleuve.

Réseau

Caractéristiques Les égouts de Montréal sont organisés en trois niveaux : L'égout local, enfoui sous les rues, collecte les eaux usées sanitaires (toilettes, ménagères, industrielles, nettoyage de voirie, fontaines, etc.). L’égout collecteur, de plus grand diamètre (0,3 à ), vers lequel les conduites locales d'un quartier convergent. L’égout intercepteur, relié à la station d'épuration, dans lequel les collecteurs se déversent. Les intercepteurs, d'un diamètre allant de 1,8 à de diamètre, ceinturent l'île de Montréal, interceptant l'eau en 180 points avant qu'elle ne puisse atteindre le fleuve Saint-Laurent ou la rivière des Prairies. Trois sections les distinguent: l'intercepteur nord, l'intercepteur sud-ouest raccordé à l'intercepteur nord, et l'intercepteur sud-est. vignette|Structure d'accès à la chambre de régulation Riverside de l'intercepteur sud.La très grande majorité du réseau fonctionne sans l'aide de pompes, simplement grâce à la gravité. L'écoulement se fait donc des hauteurs vers les intercepteurs longeant le fleuve, au sud de l’île, et la rivière des Prairies, au nord. Les intercepteurs nord et sud-est sont creusés avec une pente d'ouest en est, ou ils atteignent respectivement 27 et de profondeur. La connexion entre égouts collecteurs et intercepteur se fait dans de vastes chambres de régulation.

Le réseau principal d'égouts mesure , dont combinés, répartis en de collecteurs principaux, d'intercepteurs et d’émissaires de débordement. Le réseau secondaire mesure dont d'égouts combinés. S'ajoutent 140 postes de pompage, 14 ouvrages de rétention principaux et 19 secondaires.

Gestion des eaux pluviales À Montréal deux types d'égouts cohabitent. Sur les presque deux tiers du territoire de l'île () le réseau est unitaire, eaux sanitaires et eaux de pluie sont recueillies par la même conduite, au risque de déborder en période de pluie intense. Le réseau du tiers ouest de l'île est séparatif, l'eau de pluie, canalisée par les égouts pluviaux, est déversée directement dans les cours d'eau, au risque de les polluer. En effet, les eaux pluviales entraînent des polluants atmosphériques et de ruissellement des toits et chaussées (huiles de vidange, métaux lourds, poussières de pneu, etc.).

En cas d'orage, quand la capacité maximale de traitement de la station d'épuration est atteinte (), 126 ouvrages de surverse rejettent le surplus d'eau dans le cours d'eau le plus proche via leurs émissaires de débordement. La plupart des « ouvrages de régulation » sont statiques: leur architecture détermine le débit d'eau qu'ils peuvent accepter. 36 d'entre eux cependant, dits dynamiques, sont contrôlés depuis la station d'épuration via un système de contrôle intégré des intercepteurs (CIDI) permettant de limiter la surverse en déviant le surplus d'eau vers une cinquantaine de bassins de rétention.

Bassins de rétention Un exemple d'une telle structure est le vaste bassin de rétention Marc-Aurèle-Fortin, construit en 2016 sous le boulevard Perras. Cet ouvrage est une chambre en béton armé de de long pour de haut et de large, enterrée à de profondeur, capable de retenir d'eau sanitaire excédentaire autrement destinée à la rivière des Prairies. La ville dispose de onze ouvrages de rétention semblables et en construit six autres (Rockfield, Leduc, Lavigne, William, Garibaldiet Saint-Thomas)Les ouvrages de rétention montréalais sont les suivants : Saint-Laurent : ouvrage Leduc (); Lachine : ouvrage Rockfield (); Cartierville : ouvrage Lavigne (); Griffintown : ouvrages William () et Saint-Thomas (); Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles : ouvrage Marc-Aurèle-Fortin (); Saint-Léonard : ouvrage Garibaldi (). dans le but d'amener le nombre d'épisodes de surverse de 24 à moins de trois en moyenne par année.vignette|Bassin de bio-rétention des eaux pluviales rue Paré.Montréal déploie aussi de plus en plus des bassins de rétention des eaux pluviales de tailles variées permettant, outre la réduction de l’effet d’îlot de chaleur, de réduire les coûts d’entretien des canalisations et de traitement des eaux usées en retenant une partie de ces eaux en amont de l’égout. Par exemple, le bassin du Domaine Chartier de l’arrondissement Saint-Laurent, aménagé sous des lignes électriques, offre un volume de rétention de ainsi qu'un espace naturel.

Gestion de la neige La ville interdit le déversement de la neige ramassée dans les cours d'eau. Des structures de déversement de neiges usées, ou chutes à neige, ont été aménagées à certains endroits, directement au-dessus des intercepteurs, pour les recevoir. La température des eaux usées fait fondre la neige usée qui est ainsi amenée à la station d'épuration.