Le siège de Derry () est le premier événement important des guerres williamites en Irlande. Les portes de la ville furent fermées le , mais le siège lui-même ne débuta qu'en . Le siège dure trois mois et demi, prenant fin le , quand des navires de la marine anglaise, remontant l'estuaire de la rivière Foyle, forcent le barrage flottant établi par l'armée jacobite, apportant des vivres et des munitions.

Ce siège, qui a coûté la vie à de Derry, est commémoré chaque année par la fraternité protestante des Apprentice Boys of Derry. Il demeure un élément constitutif de la culture protestante unioniste d'Irlande du Nord, aux côtés de la bataille de la Boyne (1690) et de la bataille de la Somme (1916).

Contexte Glorieuse Révolution

Le siège a lieu lors de la Glorieuse Révolution, après le renversement du roi anglais converti au catholicisme Jacques II par une alliance du parlement anglais avec le prince protestant Guillaume III d'Orange-Nassau, stadhouder des Provinces-Unies, et son épouse, Marie II d'Angleterre, fille de Jacques II et protestante. Le parlement d'Angleterre offre le trône anglais à Guillaume et Marie, qui deviennent également souverains régnants d'Écosse, le .

Situation en Irlande En Irlande, la majorité de la population est catholique. Jacques II a fait des concessions en matière religieuse envers les catholiques durant son règne. Il a rétabli des catholiques à des postes importants, notamment en promouvant Richard Talbot, comte de Tyrconnell en tant que Lord Deputy d'Irlande, et en plaçant des catholiques au parlement d'Irlande de Dublin ainsi que dans la fonction publique ; ou encore en remplaçant les officiers protestants par des catholiques. Aussi, les catholiques irlandais soutiennent les prétentions de Jacques II à retrouver son trône, car ils espèrent qu'il leur restituera leurs biens confisqués après la conquête cromwellienne de l'Irlande (1649-1653).

Après son exil vers la France, le , Jacques II obtient de son cousin germain, le roi français Louis XIV, de l'aide pour être rétabli sur le trône d'Angleterre. Il espère se servir de l'Irlande comme base arrière pour entamer cette reconquête.

Fermeture des portes Richard Talbot sert en tant que Lord-lieutenant d'Irlande de Jacques II en Irlande. Il est désireux de s'assurer que les places-fortes de l'île soient aux mains de garnisons majoritairement catholiques, et donc jacobites. Il concentre ses efforts sur la province septentrionale d'Ulster, qui avait accueilli de nombreuses plantations protestantes.

En , seules les garnisons d'Enniskillen et de Derry sont encore essentiellement protestantes. Le jacobite Alexander MacDonnell, d'Antrim, reçoit l'ordre de remplacer les troupes de la garnison de Derry, le régiment de Lord Mountjoy, par des soldats loyaux à Jacques II. Il accepte la mission mais perd plusieurs semaines à rassembler des soldats qui conviennent à cette tâche. Finalement il rassemble une troupe de , constituée de mercenaires du comté d'Antrim et des îles d'Écosse.

Les protestants irlandais eux ont subi d’importantes persécutions lors de la rébellion irlandaise de 1641. Le , une lettre adressée à Hugh Montgomery, comte de Mount-Alexander, est trouvée dans les rues de ComberCette lettre est aujourd'hui considérée comme étant probablement un faux., faisant état de la planification de massacres envers les protestants. Lorsque le régiment d'Antrim constitué des mercenaires se rapproche des murs de Derry le , les autorités de la ville sont alertées par deux messagers venant de Newtownlimavady de l'arrivée du régiment et de la possibilité du début des massacres dont il était question dans la lettre de Comber. Le , alors que les autorités de la ville hésitent à laisser entrer ou non le régiment d'Antrim en ville, treize apprentis prennent la décision de s’emparer des clés de la ville et en ferment les portes.

Le régiment d'Antrim trouvant portes closes fait alors demi-tour. Lorsque le régiment de Mountjoy revient reprendre ses quartiers en ville il se voit également refuser l'entrée et ne sont finalement acceptées que deux compagnies d'un total de sous le commandement du lieutenant-colonel Robert Lundy. Lundy entre dans la ville le et est ensuite nommé gouverneur de la ville. Lors du conseil municipal du , Lundy alerte sur le danger d'une contre-attaque jacobite et mène la ville à se préparer à l’imminence de celle-ci.

Débarquement de Jacques II Le , Jacques II accoste à Kinsale, sur la côte ouest de l’Irlande, avec français. Il s'empare de Dublin, puis fait route vers le nord, à la tête d'une armée constituée de soldats catholiques.

Robert Lundy aide à préparer stratégiquement la défense de Coleraine en rendant visite à la garnison de la ville. Mais les régiments situés à Coleraine fuient les combats le et viennent trouver refuge à Derry, laissant le champ libre à l'armée jacobite pour venir assiéger cette dernière.

Lundy décide alors d'attaquer l'armée jacobite en dehors de Derry pour établir une ligne de front au sud de la ville au niveau de la Finn. Il essuie une défaite, ses hommes ne résistant pas à la charge de la cavalerie, ce qui permet à l'armée adverse de traverser la Foyle le , et de se diriger vers Derry par la rive ouest. Lundy et ses hommes se replient alors à l’intérieur de Derry. Il fait part de ses craintes quant à un éventuel siège, écrivant que .

Cependant, Lundy refuse ensuite l’aide de renforts arrivés par bateaux depuis Liverpool le . Ces deux régiments stationnés dans l’estuaire de la Foyle sont sous le commandement des colonels et . Lundy craignant la prise effective de la ville demande que les deux régiments ne débarquent pas en ville et leur enjoint de partir, dans la mesure où la reddition pourrait être la meilleure option. Une des autres raisons invoquées à ce congédiement est l'absence de provisions suffisantes en ville pour ces régiments.

Fortifications et forces en présence Fortifications Derry est depuis le début du l’un des épicentres du système des plantations dans le cadre de la colonisation de l’Irlande par le Royaume d'Angleterre. Un consortium d’entreprises londoniennes ont formé The Honourable The Irish Society afin d’organiser et de gérer les plantations. Derry est le principal port pour les exportations. C'est pour cette raison que la ville est remodelée et aménagée selon les besoins de l’entreprise et est renommée en Londonderry. L’édification de fortifications pour protéger la ville débute en et prend fin en . Environ ont été investies pour mener à bien ce chantier. La ville est alors cerclée par un mur d’enceinte d’à peu près de long, percé de quatre portes.

Le , le lieutenant-colonel Robert Lundy entre dans la ville avec deux régiments, prenant ensuite le poste de gouverneur en accord avec les autorités de la ville. Il insiste dès lors sur la nécessité de renforcer les défenses de la ville pour se préparer à la menace du siège de celle-ci par l’armée jacobite. Le , à la suite de l'appel pour une souscription publique afin de renforcer les défenses de la ville, sont collectées, permettant de remettre en bon état de marche les canons de la ville. Les remparts ainsi que les portes sont également renforcés. Deux tas d'ordures situés à côté des murailles, et qui auraient pu servir de rampe aux assiégeants, sont aussi déblayés.

Inspiré par les innovations de Vauban, Lundy fait concevoir un ravelin devant Bishop's Gate, et un dehors devant cette même porte, protégeant ainsi le sud de la ville jusqu'à la rivière. Il fait aussi raser les habitations aux alentours des fortifications pour éviter qu'elles ne servent de couverture aux assaillants.

Forces williamites Les défenseurs de Derry, fidèles au nouveau roi Guillaume III, disposent de , dont . Les hommes sont répartis en compagnies de soixante hommes qui pouvaient élire leur capitaine, chaque capitaine choisissant ensuite quel colonel et donc quel régiment il souhaitait rejoindre, créant ainsi de grandes disparités entre les huit régiments de la défense.

Deux cents artilleurs s'occupent des vingt pièces d'artillerie dont dispose la ville. Il s'agit de huit sakers et de douze demi-couleuvrines, disposés sur les remparts et, pour deux d'entre eux, au sommet de la cathédrale Saint-Colomba.

La ville est globalement surpeuplée avec une population estimée, en incluant la garnison, entre , dont beaucoup fuient au cours du siège.

Forces jacobites Il est dur de connaître avec précision les forces déployées par les assiégeants au cours du siège en raison d'un manque de source.

Dans son ouvrage The Siege of Derry 1689, Richard Doherty affirme qu'il est peu probable que aient pu être mobilisés simultanément autour de la ville comme le Révérend Walker et un auteur jacobite postérieur l'affirmèrent. Entre semblerait alors être un ordre de grandeur plus proche de la réalité.

Environ 35 régiments auraient été ainsi mobilisés au cours du siège, comprenant 10 régiments de cavalerie. Les assaillants disposent également de huit à douze canons, dont deux couleuvrines, ainsi que de deux mortiers.

Le siège L'armée jacobite atteint Derry le . Jacques et une escorte viennent jusqu'à 300 yards de Bishop's Gate et exigent la reddition de la cité. Cette demande reçoit en retour des exclamations “No Surrender!” , et des coups de feu sont tirés dans sa direction. Jacques II réitère sa requête trois fois mais elle est à chaque fois déclinée.

Le jour même, Lundy convoque un conseil de guerre et envisage toujours avec plusieurs de ses partisans la reddition, mais les conclusions de cette réunion rencontrent l'opposition de nombreux habitants de la ville. Dont celle d’Adam Murray, un citoyen de Derry, qui entre en conflit avec Lundy, signalant ses erreurs et son incapacité à gérer la situation. Il prend ainsi la tête de la contestation populaire refusant toute reddition, provoquant la chute de Lundy. Dans la nuit, Robert Lundy, déguisé en simple soldat, ainsi que d'autres de ses fidèles, quittent la ville et embarquent à destination de l'Écosse.

Le lendemain, un conseil de quinze officiers est créé. Murray refuse d’occuper le poste vacant de gouverneur, les majors . et . sont alors nommés conjointement gouverneurs de la ville.

Jacques II retourne à Dublin, et laisse les lieutenants-généraux Hamilton et Maumon mener le siège de la ville.

Dès le , les soldats de Derry attaquent la position des jacobites au nord de la ville au moulin de Pennyburn pour en prendre possession. Cette position sera le théâtre de fréquentes escarmouches entre les assiégés et les assaillants tout au long du siège.

En mai, un important barrage flottant (en anglais boom) est mis en place par Jean-Bernard de Pointis sur la Foyle pour en bloquer l'accès et prévenir tout ravitaillement de la ville par la mer.

Le soir du , six bombes sont projetées sur la ville.

Le , une flotte envoyée pour soutenir Derry stationne au large de la pointe de . Elle découvre l’existence de l’estacade mise en place par les Jacobites. Le , le reste de la flotte anglaise, commandée par l'amiral Kirke arrive elle aussi dans l'estuaire de la Foyle, mais ne cherche pas à enfoncer le barrage. Aperçus par la population de Derry, ils rentrent en contact avec eux grâce à un messager envoyé à la nage. Les habitants de Derry tentent de les alerter sur la situation dans la ville assiégée en envoyant également un émissaire, mais celui-ci, McGimpsey, se noie le et les soldats jacobites prennent possession de la lettre qu’il transportait.

La prise de la ville était d'abord entreprise avec pour objectif une reddition sans attaque car Jacques II avait exigé de l'humanité de la part de ses troupes. Finalement, le siège pousse l’armée jacobite à adopter une stratégie plus violente, notamment sous l’influence de Conrad de Rosen qui entreprend le bombardement de la ville et le resserrement des positions assaillantes autour de la ville. Il tente de détruire les fortifications de la ville le , en vain.