L'attentat de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray est un meurtre terroriste islamiste commis le en France, plus précisément en Seine-Maritime (Normandie), dans le nord du pays.

Deux islamistes radicaux égorgent et poignardent mortellement le père Jacques Hamel, un prêtre catholique de l'église., âgé de , et blessent grièvement un paroissien de . Les assaillants retiennent ensuite trois autres fidèles en otage avant d'être abattus par les forces de l'ordre. L'acte est revendiqué le jour même par l'organisation terroriste État islamique (EI ou Daech).

Le drame suscite de vives réactions dans les médias du monde entier et sur les réseaux sociaux, en particulier dans la communauté chrétienne.

Contexte

Cet assassinat se déroule quelques jours après une série d'autres attaques terroristes commises en Europe et également, pour certaines, revendiquées par l'État islamique, parmi lesquelles, en France, l'attentat du 14 juillet à Nice et, en Allemagne, celles de Wurtzbourg (le ) et d'Ansbach (le ).

Déroulement La messe débute à . L'office comprend cinq fidèles, les Coponet et trois religieuses des Sœurs de Saint Vincent de Paul : Hélène Decaux (), Danièle Delafosse () et Huguette Péron (). Sœur Danièle est la supérieure, elle vit à Saint-Étienne-du-Rouvray depuis quatre ans. Ses consœurs Hélène et Huguette sont arrivées depuis huit mois, elles rendent visite aux personnes âgées et animent une école d'aide aux devoirs dans le quartier.

Au moment de la préface, au début de la prière eucharistique, un jeune homme en polo bleu ciel entre prudemment par la porte donnant sur la sacristie. Sœur Huguette, qui est la plus proche, va à sa rencontre. Le jeune homme, Adel Kermiche, lui demande des renseignements sur l'église, notamment les heures d'ouverture. Le prenant pour un étudiant, elle lui demande de revenir à la fin de la messe.

Vers , la messe est terminée quand les deux djihadistes pénètrent bruyamment dans l'église en tenue de combat par la porte donnant sur la sacristie, avec chacun un pistolet factice, une fausse ceinture d'explosifs pour l'un, une fausse grenade dans un sac à dos pour l'autre, mais aussi des armes blanches. Huguette reconnaît le jeune homme de tout à l'heure. Ils sont habillés tout en noir. Abdel Malik, l'autre djihadiste, porte une barbe fournie et un calot noir. Les deux hommes scandent à plusieurs reprises et d'autres termes en arabe puis, en français, désignent les chrétiens comme les ennemis des musulmans et ordonnent aux paroissiens de se serrer les uns contre les autres. Ils renversent tout ce qui est posé sur l'autel et y vident leurs sacs. L'un se précipite sur le prêtre Jacques Hamel, tandis que l'autre met un smartphone dans les mains de Guy Coponet, qui fête ses ce jour-là, et le contraint à filmer la scène.

Jacques Hamel, d'une voix énervée, s'adresse aux deux terroristes : . L'un d'eux le prend par les mains et essaye de l'agenouiller. Le prêtre résiste, tombe à la renverse et repousse son agresseur à coups de pied en lui criant ., il reçoit un premier coup de couteau, puis un deuxième, mortel, à la gorge. C'est à ce moment-là que Danièle prend la fuite par une porte latérale et fait prévenir la police. par un automobiliste qui passe. Des minutes passent et les djihadistes, qui visiblement attendent les forces de l'ordre, s'impatientent et, entre deux cris et chants, vandalisent les objets de culte. Puis ils attaquent Guy Coponet, qui ne s'était pas arrêté de filmer. Le paroissien est poignardé au bras, dans le dos et à la gorge sous les yeux de son épouse Janine, âgée également de . Pendant , il simule la mort, une main pressant son cou pour retenir le sang.

Les terroristes se montrent prévenants vis-à-vis des femmes, leur annoncent qu'elles sont leurs otages et devisent avec elles au sujet de la religion. La conversation s'engage avec Hélène, au sujet de la vie après la mort, de la divinité de Jésus et du Coran. La religieuse, qui a lu le livre sacré des musulmans, insiste sur les passages sur la paix dans l'ouvrage, ce qui fait réagir un des jeunes : . Janine Coponet est autorisée à s’asseoir et Hélène se fait apporter sa canne. Entendant le bruit au-dehors, signe de l'arrivée de la police, un des djihadistes adresse même un sourire à Huguette, qu'elle ne lui rend pas.

La brigade de recherche et d'intervention (BRI) de Rouen cerne l'église. Une quarantaine de policiers sont alors sur place. L'assaut est lancé par sept hommes de la BRI et quatre hommes de la Brigade anti-criminalité.. Toutefois, les policiers ne sont pas en mesure d'intervenir par la porte arrière car les otages sont placés devant elle, « mis en rideau » selon les propos du procureur de Paris François Molins.. Ils passent alors par la petite porte de la sacristie. À l'intérieur, les djihadistes entonnent des chants en arabe puis entraînent Janine et Hélène vers la sortie, laissant Huguette à l'intérieur. Janine est la première à être poussée dehors, puis Hélène suit. Les policiers reculent alors avec les otages, suivis par les deux terroristes qui se jettent sur eux aux cris d'« Allahu akbar » et sont abattus à l'extérieur de l'église.... Les otages sont installées dans l'épicerie la plus proche. La victime, le prêtre Jacques Hamel., âgé de , prêtre auxiliaire de la paroisse depuis une vingtaine d'années, et qui assurait les permanences durant le mois de juilletCe que l'on sait de Jacques Hamel, le prêtre égorgé à Saint-Étienne-du-Rouvray, Direct matin, 26 juillet 2016., est mort égorgé.. Le paroissien Guy Coponet est grièvement blessé, mais survivra.

Enquête Enquête judiciaire

Premières investigations La section antiterroriste du parquet de Paris se saisit de l'enquête de flagrance qu'elle confie à la sous-direction anti-terroriste (SDAT) et à la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI)..

L'attaque fait penser au projet d'attentat déjoué de Sid Ahmed Ghlam, en , qui avait listé les églises Saint-Cyr-Sainte-Julitte et Sainte-Thérèse à Villejuif (Val-de-Marne). et la basilique du Sacré-Cœur dans le quartier parisien de Montmartre.. Les lieux de culte chrétiens en général étaient donc potentiellement menacés.

Succédant avantageusement à une salle de prière insalubre de la cité voisine du Château-Blanc, le principal lieu de culte musulman de la ville, la mosquée Yahia, située à trois kilomètres de l'église attaquée offre une image de coexistence apaisée entre les cultes puisque la paroisse Sainte-Thérèse et la mosquée sont bâties sur une même parcelle, séparées seulement par un grillage. Le terrain paroissial est même ouvert à l'occasion des grandes fêtes musulmanes. Le terrain de la mosquée avait été cédé par la paroisse pour l'euro symbolique. Catholiques et musulmans gèrent une association commune d'aide aux devoirs et d'animations culturelles pour les enfants..

Pour autant, des foyers d'islamistes radicaux existent depuis plusieurs années en région Normandie... C'est le cas du converti Maxime Hauchard qui fréquentait une mosquée d’Elbeuf, qui s'est rendu en Syrie où il est soupçonné d’avoir décapité au moins un militaire syrien dans une vidéo de propagande diffusée à l’automne 2014. Ces dérives étant identifiées, les services français ont fourni à l'imam de la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray, Mohammed Karabila (par ailleurs président du Conseil régional du culte musulman de Haute-Normandie.), des moyens de communication lui permettant d'alerter si des radicalisés étaient à signaler.. Des mosquées salafistes abriteraient des individus radicalisés... Notamment, la mosquée Yahia est nommée.. L'imam de la mosquée déclare : et affirme qu' dans les mosquées de la ville, qui sont , tout en reconnaissant que .

Les auteurs de l'attaque ont ébauché leur projet avec le système de télécommunication Telegram..

Adel Kermiche

Le premier terroriste est Adel Kermiche (qui se faisait parfois appeler Abou Jayyed al-Hanafi.). Né le à Mont-Saint-Aignan en Seine-Maritime, il habite chez ses parents, à Saint-Étienne-du-Rouvray. Sa famille est modérée, son père est routier, sa mère professeur de biotechnologie en lycée professionnel et plusieurs de ses frères et sœurs ont fait des études supérieures« Le dialogue entre la sœur du prêtre assassiné à Saint-Etienne-du-Rouvray et la mère du terroriste traduit un appel à vivre ensemble » sur Le Monde, le 27 avril 2025.. Dès l'enfance, il est suivi par un psychologue pour hyperactivité et troubles du comportement.. À 12 ans, il est exclu de son école puis suivi par un centre médico-psychologique, et même interné en psychiatrie durant deux semaines. À 16 ans, il tente de reprendre le chemin de l'école mais sans succès«Tout d’un coup, il a changé sa façon d’être» sur Libération, le 27 juillet 2016. Après les attentats de janvier 2015, commis par les frères Kouachi et leur ami Coulibaly, il se radicalise par Internet. Mi-, il aide Adel Bouaoun, un mineur de Saint-Étienne-du-Rouvray, à rejoindre la SyrieAttentat de Saint-Etienne-du-Rouvray : l'ombre d'Adel Bouaoun, parti en Syrie sur Le Parisien, le 28 juillet 2016. Le , il tente un premier départ pour la Syrie. Arrêté à Munich, puis expulsé vers la France, il est placé sous contrôle judiciaire au domicile de ses parents, à Saint-Étienne-du-Rouvray. Le , il tente un deuxième départ pour la Syrie avec des papiers d'identité empruntés. Devenu majeur, il s'enfuit avec un autre mineur à Genève, d'où ils prennent l’avion le depuis Cointrin pour gagner Istanbul.. Le , il est . Arrêté en Turquie, il est renvoyé vers la Suisse, puis extradé le vers la France, où il est incarcéré. Il est relâché le , après dix mois de détention provisoire..

L'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic dit de lui : .. Il partage sa cellule avec un Saoudien et fait la connaissance d’un jeune Français ayant passé dix-huit mois dans les troupes de l'EI. Il réussit à se présenter comme un et à faire croire en sa repentance. Ses parents disent préférer .. Les juges d'instruction estiment que ce type de double discours, par la technique de dissimulation coranique, appelée , encouragée par l'État islamique, est de plus en plus fréquent en prison.. La juge d'instruction veut malgré tout croire à un avenir possible pour ce jeune homme « perturbé ». Elle motive son ordonnance par le fait qu’il aurait , qu’il a eu des durant son incarcération, qu’il serait . Le parquet fait appel de l’ordonnance de la juge, qu’il considère comme « peu convaincante ». Il estime que les contraintes prévues par le contrôle judiciaire « s’avèrent parfaitement illusoires au vu du contexte du dossier ». « Dans ces conditions, et quoiqu’il fasse état d’une erreur et réclame une seconde chance, il existe un risque très important de récidive en cas de remise en liberté », insiste le ministère public. La chambre de l’instruction ne suit pas l’appel du parquet..