Le Stalag X-B était, durant la Seconde Guerre mondiale, un camp de concentration allemand pour prisonniers de guerre situé à proximité de Sandbostel en Basse-Saxe au nord-ouest de l'Allemagne.

Entre 1939 et 1945, plusieurs centaines de milliers de prisonniers de guerre de 55 nations distinctes sont passés par ce camp. En raison des mauvaises conditions d'hébergement, des milliers y moururent de faim, de maladie ou furent abattus par les gardes. Les estimations du nombre de morts fluctuent de .

Instauration et fonctionnement Sandbostel est situé à au sud de Bremervörde, à au nord-est de Brême, dans ce qui constituait alors la Province de Hanovre. En 1932, lors de la grande dépression, l'Église protestante luthérienne de Hanovre pour chômeurs célibataires afin de les employer dans des chantiers publics participant à l'amélioration des infrastructures routières.

En 1933, le Reichsarbeitsdienst prend le contrôle du camp et en fait un camp d'internement nazi pour indésirables.

En , une commission du Heeresbauamt Bremen (département militaire de la construction) décide de créer un Mannschafts-Stammlager (un camp pour prisonniers de guerre) pour le Wehrkreis X local. En septembre, la construction du camp commence entre le village de Sandbostel et le camp pour travailleurs situé dans le Teufelsmoor. Ce dernier est alors affecté à l'hébergement des gardes de la Wehrmacht.

Au début de , des prisonniers de guerre polonais furent affectés à l'expansion du camp. Au début, il était prévu pour accueillir prisonniers. Lorsqu'il commença à être opérationnel, le camp fut subdivisé en plusieurs sous-camps: un Stalag pour prisonniers de guerre issus des territoires occupés (Pologne, Belgique, Pays-Bas, France, sud-est de l'Europe et l'Italie après l'Armistice de Cassibile). un Oflag, camp pour officiers des armées défaites. En 1941, ce camp fut fusionné avec plusieurs autres oflags. un Marinelagger (malag) contrôlé par la Kriegsmarine et retenant captifs des marines et des officiers britanniques. À la fin de l'automne 1941, le camp est déplacé à Westertimke. un Internierungslager (Ilag) ou camp d'internement pour civils hostiles à la nation incluant des membres de la marine marchande britannique, cette section fut également déplacée à Westertimke.

Les prisonniers furent tout d'abord hébergés dans des tentes mais au printemps 1940, les internés construisirent des logements en maçonnerie. Par la suite, des baraquements préfabriqués en bois furent ajoutés. Courant 1941, il y avait plus de 100 baraques hébergeant les prisonniers, des latrines, des cuisines, un baraquement de confinement pour les punitions et le bureau du commandant. Il y avait en outre un hôpital (Reservelazarett X-B) et un camp de travail disciplinaire comportant deux baraques. Dès 1940, à l'issue de la bataille de France, le camp est rempli au-delà de sa capacité, le stalag X-B fut alors agrandi pour pouvoir accueillir jusqu'à prisonniers.

À l'automne 1941, certaines parties du camp furent supprimées ou déplacées pour accueillir davantage de prisonniers soviétiques à la suite de l'opération Barbarossa. Le camp administre alors une centaine d'Arbeitskommandos composés notamment d'environ une trentaine de prisonniers destinés au travail forcé. Ils constituaient une main d'œuvre bon marché pour servir l'industrie et les exploitations agricoles délaissées par les Allemands enrôlés. 280px|vignette|gauche|Plan du Stalag X-B Il y avait une hiérarchie très claire dans la perception que les Allemands avaient des prisonniers. Au sommet, on retrouvait les prisonniers de guerre américains et britanniques, ils étaient généralement traités correctement et en respect de la Convention de Genève. Ils recevaient en outre de nombreux colis en provenance de la Croix-Rouge internationale, ils étaient par conséquent bien nourris sauf à la toute fin de la guerre, lorsque les canaux d'approvisionnement furent rompus. Les prisonniers d'Europe occidentale (français, belges) étaient également traités comme des prisonniers de guerre, mais ils étaient moins bien nourris et avait moins accès à l'aide internationale. Les Serbes et les Polonais échappaient au contrôle des observateurs extérieurs. Les Italiens qui arrivèrent à Sandbostel après étaient considérés comme des traîtres, tant par les Allemands que par les autres prisonniers et constituaient à ce titre les laissés-pour-compte de cette hiérarchie de prisonniers. Ils étaient mal nourris et, à partir de l'automne 1944, forcés de travailler pour la Wehrmacht ou étaient considérés comme des travailleurs civils forcés. Un groupe de détenus recevaient cependant un traitement encore moins enviable, il s'agissait des prisonniers soviétiques qui se voyaient tout simplement refuser le statut de prisonniers de guerre, ne recevaient aucun colis de l'aide internationale, ni observateurs. Leurs gardes avaient une autorisation spéciale permettant de les abattre. La dénutrition, le manque de place occasionnèrent des épidémies qui les décimèrent. Des milliers d'entre eux moururent de faim, de maladie ou à la suite des mauvais traitements infligés par les gardes. Ils furent enterrés dans des fosses communes dans le cimetière du camp (aujourd'hui cimetière commémoratif).

En , l'ensemble des camps de prisonniers de guerre furent retirés du contrôle de la Wehrmacht et confiés aux SS d'Heinrich Himmler. Bien que ceci n'engendra pas de conséquence immédiate à Sandbostel, certains prisonniers de guerre d'autres camps plus proches de la frontière y furent déplacés.

En , un contingent d'hommes, de femmes et d'enfants en provenance de Varsovie est interné au campMinistère de la guerre, état-major de l'armée, 5ème bureau, Documentation sur les camps de prisonniers de guerre (Secret).

Camp de travail de Sandbostel En , dans la phase finale de la guerre, plus de détenus de Neuengamme et des Kommandos extérieurs de Brême, Wilhelmshaven et Meppen-Dalum, sont transférés à Sandbostel, dans une enceinte séparée du reste du camp.

Conditions de détention Ils sont hébergés dans l'ancien camp destiné aux prisonniers de la marine marchande, où ils sont étroitement gardés, mais totalement livrés à eux-mêmes : ils ne reçoivent aucune aide médicale malgré le typhus qui les décime et les conditions de détention sont effroyables. Les déportés meurent littéralement de faim et ne peuvent compter que sur l'aide de leurs voisins du camp de prisonniers.

Entre le 12 et le et dans les semaines qui suivent la libération, plus de 3 000 détenus de camps de concentration périssent à Sandbostel des suites de leur captivité.

Évacuation Dans la nuit du 19 au une révolte éclate à la faveur d'une alerte aérienne. Quelques centaines de détenus tentent de prendre la cuisine d’assaut afin de se procurer à manger. La même nuit, les SS quittent le camp en direction de Flensburg, emmenant avec eux plusieurs centaines de prisonniers dans une marche forcée. Après cet épisode, les prisonniers sont autorisés à se venir mutuellement en aide afin de distribuer au mieux la nourriture existante.

Mémorial Au cimetière de Sandbostel sont enterrés des dizaines de milliers de prisonniers de guerre, ainsi que 2 700 détenus du camp de concentration de Neuengamme. Une dalle commémorative évoque la mémoire des victimes de Neuengamme.

Entre 2005 et 2016, la Fondation Lager Sandbostel a acquis une partie du site de l’ancien camp, soit 4,7 ha avec 18 bâtiments historiques, dont en ensemble important de sept baraques parallèles d’hébergement en bois. En 2013, un mémorial réaménagé a été inauguré avec une exposition permanente présentant l’histoire du camp.

Détenus illustres Henri Chas, Compagnon de la Libération, chef de l'armée secrète de Haute-Loire puis des Corps francs de la Libération de la région R5. Giovannino Guareschi, journaliste et écrivain qui se trouvait parmi les prisonniers italiens qui pour la plupart étaient des soldats qui ne s'étaient pas rendus aux Allemands après l'armistice de Cassibile et qui écrivit pour le camp La favola di Natale (le conte de Noël) à Noël 1944. Léo Malet, arrêté dans la région du Mans, est transféré à Sandbostel. Il y rencontre Yves Deniaud avec lequel il organise des représentations théâtrales. Il est libéré en Léo Malet, La vache enragée, autobiographie, éd. Hoëbeke, 1988, et sq.. Émile Meslé, l'ethnologue, y séjourne un temps avant d'être transféré au Stalag X-C. Charles Miller Fisher, neurologiste canadien qui servait comme lieutenant commander au sein de la Marine royale canadienne, y fut également interné à la suite du torpillage de son vaisseau. Noël Ottavi, politicien français, y meurt le . Édouard Quéau, résistant breton, y fut déporté à la fin de la guerre et mourut du typhus, contracté au camp, quatre semaines après sa libération.

Libération du camp thumb|300px|droite|Lettre de remise du camp de Sandbostel datée du 21 avril 1945 et exposée au camp de concentration de Neuengamme. Le camp fut libéré par le d'armée de l'Armée britannique, le à l'issue d'un combat contre la 15e Panzergrenadier Division. Le commandant du camp, réalisant cependant que l'issue inéluctable était proche avait déjà signé la remise du camp aux prisonniers conduits par le colonel français Marcel Albert. Le , jour même de la signature du document de remise aux prisonniers du camp, des estafettes sont envoyées au devant de la Guards Armoured Division à Zeven afin de faire état de la situation critique dans laquelle se trouvait le camp. Deux unités armées furent envoyées vers le camp mais les combats ne leur permirent de l'atteindre que le .

Les Britanniques découvrirent environ prisonniers de guerre ainsi que détenus issus de camps de concentration.

À la libération, le camp était divisé en trois zones. La première contenait les Alliés dans des conditions qui n'étaient pas satisfaisantes mais qui répondaient néanmoins à la convention internationale de la Croix-Rouge. Les prisonniers soviétiques qui n'entraient pas dans ce cadre bénéficiaient de conditions nettement moins favorables. La troisième section était constituée d'environ prisonniers civils vivant dans des conditions déplorables décrites par le corps médical militaire tout comme par les forces britanniques comme "extrêmement horribles", "partout, les morts et les mourants se côtoyaient dans les déjections humaines". Les conditions y étaient tellement déplorables que les forces britanniques y faisaient référence en parlant de "little Belsen" en comparaison de ce qu'ils avaient trouvé à Bergen-Belsen.

Le commandant des forces britanniques pour le nord-ouest de l'Allemagne, Brian Horrocks, interpellé par ces conditions sanitaires ordonna à la population civile allemande de contribuer au nettoyage et à l'ensevelissement des nombreux corps.

Comme à Bergen-Belsen et malgré les efforts des Alliés, des centaines d'ex-détenus mouraient chaque jour qui suivit la libération en raison des privations, du typhus ou d'autres maladies. Selon les estimations, les morts à Sandbostel entre 1939 et 1945 se comptèrent entre et . Seuls décès sont attestés. Les Russes estimèrent que pour leur seul contingent, prisonniers y trouvèrent la mort mais ce chiffre semble exagéré.

Les détenus furent soignés et transférés vers un hôpital improvisé à l'extérieur du camp. L'ancien Marlag fut brûlé entre le 16 et le pour prévenir toute épidémie du typhus. Les 350 derniers patients quittèrent l'hôpital le .

Certains baraquements furent dédiés à l'emprisonnement de Nazis en attente de leur jugement.

Les cimetières