vignette|Vue d'artiste d'un impact cosmique. Un tel impact pourrait avoir été la cause de l'extinction des dinosaures non-aviens.|alt=Une boule de feu s'écrasant dans l'océan.
Un risque de catastrophe planétaire ou de catastrophe globale est un événement futur hypothétique qui aurait le potentiel de dégrader le bien-être de la majeure partie de l'humanité, par exemple en détruisant la civilisation moderne ; cette notion, introduite par divers auteurs à partir de la fin du , a été théorisée et précisée en 2008 par le philosophe Nick Bostrom, lequel avait proposé également dès 2002 d'appeler risque existentiel un événement qui pourrait causer l'extinction de l'humanité.
Parmi les catastrophes planétaires potentielles figurent les changements climatiques, les pandémies et les guerres nucléaires, mais également des risques liés aux nanotechnologies ou à une prise de contrôle par une intelligence artificielle hostile, ainsi que des événements d'origine spatiale tels que des impacts de météorites.
Une étude quantitative rigoureuse de ces risques est difficile, en raison de l'incertitude sur les conséquences finales (les enjeux) de l'aléa déclencheur de la catastrophe, et sur la probabilité de cet aléa, et aussi parce que de nombreux biais cognitifs en compliquent l'analyse ; de plus, un évènement ayant pu provoquer l'extinction de l’humanité ou la destruction complète de la civilisation ne s'étant évidemment encore jamais produit, la probabilité qu'il en advienne un est minimisée ; ce phénomène est connu en statistique sous le nom de biais de sélection.
Bien que les risques de catastrophe planétaire aient fait l'objet de nombreux scénarios de science-fiction (modernisant souvent des mythes très anciens comme celui de Pandore), et de déclarations alarmistes à partir des années 1950, ce n'est qu’au début du que divers organismes ont commencé à les étudier systématiquement, en particulier sous l'impulsion des mouvements transhumanistes, et plus récemment, de la collapsologie.
Classifications Risques majeurs
Un risque majeur est un événement incertain dont la réalisation est souvent faiblement probable, mais dont les effets négatifs sont considérables. Les géographes et de nombreux spécialistes après eux découpent cette notion en trois termes : l'aléa, qui est l'événement incertain lui-même, les enjeux, qui sont les valeurs socio-économiques ou écologiques soumises aux effets de l’aléa quand il survient, et la vulnérabilité, qui fixe le degré plus ou moins grand de destruction des enjeux par ces effets.. Par exemple, dans le cas du risque d’inondation fluviale, l’aléa est la crue du cours d’eau, les enjeux sont les personnes et les biens exposés à l'inondation, enfin la vulnérabilité se mesure en particulier en tenant compte de la hauteur, de la solidité et de l’étanchéité des immeubles concernés..
Risque de catastrophe planétaire et risque existentiel Au début des années 1980, la découverte du cratère d'impact de Chixculub et sa mise en relation avec la disparition des dinosaures a amené à considérer sérieusement la possibilité de catastrophes pouvant entraîner des conséquences à l'échelle de la planète entière, et en particulier à analyser dans ces termes les répercussions sur le climat et l'agriculture d'une guerre nucléaireCarl Sagan, Richard Turco, L'hiver nucléaire, collection Science ouverte, Seuil, 1991 .
À partir des années 1990, des avertissements de plus en plus détaillés (comme le World Scientists' Warning to Humanity de 1992), reprenant parfois des thèses plus anciennes telles que celles du rapport Meadows en 1972, amènent plusieurs auteurs à préciser la définition de risques dépassant les limites de désastres régionaux, et pouvant concerner toute l'humanité.
Dans , Richard Posner a regroupé en 2004 des évènements apportant « un bouleversement ou une ruine complète » à l’échelle globale (plutôt que locale ou régionale), les considérant comme méritant une attention toute particulière en termes d’analyse coût-avantage, parce qu'ils pourraient, directement ou indirectement, mettre en danger la survie de l’humanité dans son ensemble, Introduction, « Qu'est-ce qu’une catastrophe ? ».. Parmi les évènements discutés par Posner, on trouve les impacts cosmiques, l’emballement du réchauffement climatique, la gelée grise, le bioterrorisme, et les accidents dans les accélérateurs de particules.
Indépendamment de ces travaux, le philosophe Nick Bostrom a introduit en 2008 la notion de risque de catastrophe planétaire (anglais : global catastrophic risk), (lire en ligne)., prolongeant son analyse de 2002 dans laquelle il définissait la notion de risque existentiel (anglais : existential risk)., et en relation avec une classification des risques selon leur étendue et leur intensité, l’étendue allant de l’échelle individuelle à l’ensemble des générations futures, et l’intensité de « imperceptible » à « maximale » (des exemples sont donnés dans le tableau ci-dessous). Sur cette échelle, il définit un « risque de catastrophe planétaire » comme au moins « global » (affectant la majorité des humains) et d'intensité « majeure » (affectant le bien-être des individus sur une période prolongée) ; un « risque existentiel » est défini comme « transgénérationnel » et « maximal » (irréversible, et mortel à court terme). Ainsi, un risque existentiel détruit l'humanité (voire toutes les formes de vie supérieure) ou au minimum ne laisse aucune chance à la réapparition d’une civilisation, alors qu’une catastrophe planétaire, même si elle tuait la majorité des humains, laisserait une chance de survie et de reconstruction aux autres ; Bostrom considère ainsi les risques existentiels comme beaucoup plus significatifs ; il fait également remarquer que l'humanité n'avait pas pu envisager de risque existentiel avant 1950En négligeant les évènements de très faible probabilité, comme les impacts cosmiques par des objets de plus de de diamètre, au demeurant minimisés par les théories de l'époque concernant les grandes extinctions, attribuées à des causes graduelles., et que toutes les stratégies conçues pour diminuer les risques de catastrophe planétaire sont inopérantes face à des menaces d’extinction complète.
Presque par définition, les catastrophes planétaires constituent non seulement des risques majeurs, mais correspondent à une vulnérabilité maximale et à des enjeux si vastes qu’ils sont impossibles à quantifier. Il en résulte une confusion souvent faite entre risque et aléa dans ce cas.
+ Grille d’étendue et d’intensité des risques Risque Imperceptible Supportable Majeur Maximal Personnel Perte d’un cheveu Perte d’un doigt Amputation d’une jambe Mort Local Trafic ralenti Routes coupées Destruction des infrastructures Séisme de 1755 à Lisbonne Global Réchauffement global de Année sans été Destruction complète de la couche d’ozone Hiver nucléaire Transgénérationnel Perte d’une espèce de Scarabées Disparition des Félins Extinction de l’Holocène Fin de l’humanité
Classification en fonction de scénarios Bostrom identifie quatre types de scénarios de catastrophe planétaire. Les « bangs » sont des catastrophes brutales (accidentelles ou délibérées) ; les exemples les plus vraisemblables étant les guerres nucléaires, l’utilisation agressive (et échappant à tout contrôle) de biotechnologies ou de nanotechnologies, et les impacts cosmiques. Les « écroulements » (crunches)D’autres auteurs, comme Jared Diamond ou Paul R. Ehrlich, utilisent plutôt le terme (collapse). sont des scénarios de dégradation progressive des structures sociales, dans lesquels l’humanité survit, mais la civilisation est irrémédiablement détruite, par exemple par épuisement des ressources naturelles, ou par des pressions dysgéniques abaissant l’intelligence moyenne. Les « hurlements » (shrieks) sont des scénarios d’avenirs dystopiques, tels que des régimes totalitaires utilisant des intelligences artificielles pour contrôler l’espèce humaine. Les « gémissements » (whimpers) sont des déclins graduels des valeurs, puis de la civilisation. Nick Bostrom considère les trois derniers types de scénarios comme empêchant (plus ou moins définitivement) l’humanité de réaliser son potentiel ; Francis Fukuyama estime que cet argument, qui s’appuie sur les valeurs du transhumanisme, ne suffit pas à lui seul à les classer tous comme des risques de catastrophe planétaire..
En économie, les événements ayant une probabilité très faible de survenir, mais qui peuvent avoir des conséquences désastreuses pour l'économie mondiale sont appelés des risques oméga. Un risque oméga désigne le fait qu'un événement réduise le produit intérieur brut (PIB) mondial de plus de 50 % en l'espace d'une décennie. Ces risques se distinguent par deux caractéristiques principales : un événement doit avoir le potentiel de réduire le PIB mondial de plus de 50 % et la chute du PIB doit se produire dans les 10 ans suivant l'impact. Ainsi, les événements comme les crises démographiques résultant de faibles taux de fécondité, même s'ils peuvent entraîner une baisse du PIB (la baisse n'est pas brutale), ne sont pas considérés comme des risques oméga.
Sources potentielles de risques Parmi les risques existentiels, c'est-à-dire les risques d'extinction massive de la biosphère incluant l'espèce humaine, figurent surtout des causes exogènes naturelles, comme : la chute d'un astéroïde de grande taille (extinction Crétacé-Paléogène) ; une éruption volcanique à grande échelle et sur une longue période (trapps de Sibérie ou du Deccan) ; des épisodes d'anoxie océanique globale (extinctions du Dévonien ou de la fin du Paléozoïque) ; une glaciation générale touchant l'ensemble de la planète : scénario de la Terre boule de neige (Cryogénien) ; l'explosion d'une supernova à faible distance du système solaire ; un sursaut gamma orienté vers notre région de la galaxie. Certains de ces phénomènes se sont produits à de nombreuses reprises dans le passé, mais leur probabilité d'occurrence à l'échelle historique est souvent impossible à évaluer faute de données scientifiques suffisantes (les observations précises n'ont commencé qu'il y a trois siècles).
En revanche, les risques de catastrophe planétaire correspondent le plus souvent à des causes endogènes (dues aux actions humaines) : la violence, l'ignorance, le fanatisme, l'imprévoyance, la surexploitation à outrance de toutes les ressources disponibles ; l'annihilation nucléaire ; un effet dysgénique globalisé ; une surpopulation catastrophique de la planète ; une pandémie d'origine artificielle, soit accidentelle soit criminelle ; le remplacement de l'humanité par l'intelligence artificielle capable d'apprentissage, de choix et d'auto-réplication (éventuellement sous la forme de robots).
Avec le développement des technologies, la destruction, sinon du genre humainLe risque d'une extinction complète est évidemment diminué par l'effectif même de l'humanité (plus de d'individus), et l'existence de groupes développant des stratégies de survie à la plupart des catastrophes envisageables., du moins de la civilisation moderne par les actions d'une nation, d'une corporation, d'une communauté religieuse ou autre, ou même d'un individu, est plus probable qu'auparavant d'un point de vue statistique. Il est cependant possible que le développement des techniques de sécurité puisse diminuer ces risques, mais en sacrifiant les droits de l'homme et les libertés démocratiques.
Certains scénarios combinent des causes naturelles et artificielles : un orage magnétique majeur du Soleil ou une inversion du champ magnétique terrestre pourraient bloquer le fonctionnement des appareils et des réseaux électroniques dont l'économie mondiale est devenue totalement dépendante, débouchant sur un krach mondial et sur des conflits de grande envergure. Une pandémie peut avoir des conséquences économiques majeures, amenant à une crise systémique.