Fassi Fihri (en arabe فاسي فهري) est un patronyme marocain, signifiant "Fihri de Fès". Ce patronyme se retrouve également sous la variante El Fassi (en arabe ) signifiant plus simplement "celui qui habite Fès". La famille Fassi-Fihri fait partie de la noblesse et de la haute société marocaine.
Ces variantes s'appliquent à une même famille arabo-andalouse, dont les origines remontent au clan Qurayshite des Banu Fihr dans l’Arabie antéislamique.
Histoire
Au cours de l'histoire, cette famille fut principalement identifiée sous le nom de Fihrides (ou encore Fihrites) mais aussi "Banu Fihr", "Oqbids" ou encore "Banu al-jad" (dans ce dernier cas, en référence à l'aïeul commun avec le prophète Mahomet, Kaâb Ibn Manaf)
Origine : Arabie antéislamique Les Fihri sont les membres et descendants du clan Quraychite des Banu Fihr.. Le nom de ce clan provient du nom de l'aïeul fondateur de la tribu : Fihr surnommé Quraysh (en arabe : qurayš : قريش : « petit requin »).
Le clan des Banu Fihr serait issu d'une alliance ("Hilf") entre plusieurs clans quraychites : les Banu 'Amir ibn Fihr, les Banu Ma'is, les Banu Taim et les Banu Muharib. Cette alliance aurait ainsi permis à ces trois derniers clans d'avoir le privilège de rejoindre les Banu 'Amir ibn Fihr à l'intérieur de La Mecque et de s'installer aux abords mêmes de la Kaaba (acquérant ainsi le statut de Quraych al-Bataʿih")
Arrivée au Maghreb au Un ancêtre a marqué l'histoire de cette famille : En 670 ap. J.C., le général arabe Oqba ibn Nafii al Fihri, membre du clan Qurayshite des Banu Fihr, est envoyé par le premier calife omeyyade, Muawiya , conquérir l'Afrique du Nord.
C'est à la suite d'Oqba Ibn Nafi que son clan s'installe à Kairouan, avant, pour certains, de participer à l'invasion de l'Andalousie (comme c'est le cas pour Abu Obeida ibn Oqba al-Fihri, fils de Oqba) et de jouer un rôle capital dans l'organisation de la migration arabe en direction de l'Espagne.
Les Fihrides bénéficiaient alors d'un double prestige lié à la fois à leur lignée quraychite et à l’héroïsme de leurs ancêtres, ce qui leur permit d'occuper une place de premier plan en Ifriqiya et à Al-Andalus jusqu'à la fin du siècle. Ils incarnaient notamment l'esprit du corps des Jund, cette classe de militaires arabes partisans de l'expansion militaire continue. Ils participèrent ainsi à la Bataille des Nobles en 740, au cours de laquelle le fleuron de l'aristocratie arabe de Kairouan est massacré (dont leur général Khalid ibn Abi Habib al-Fihri).
Ifriqiya et Al-Andalus du Après la Grande révolte berbère de 740-743, l'ouest de l'empire arabe tombe dans l'anarchie. Le califat omeyyade de Damas, faisant face à des révoltes en Perse, n'avait pas les ressources suffisantes pour rétablir son autorité dans les provinces d'Ifriqiya et d'Al-Andalus. Profitant de ce vide de pouvoir, les Fihrides prirent le pouvoir : Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri en Ifriqyia (745-755) puis, aidé par ce dernier, Yusuf ibn 'Abd al-Rahman al-Fihri à Al-Andalus (747-755). Ils gouvernèrent ces régions comme des royaumes familiaux, dans une indépendance de fait par rapport au califat omeyyade.
Accueillant avec satisfaction la chute du califat omeyyade en 749-750, les Fihrides tentèrent de trouver un accord avec le nouveau califat abbasside afin de conserver leur autonomie en Ifriqyia et à al-Andalus. Face à l’intransigeance du califat Abbaside qui exigeait une complète soumission de ces régions à leur pouvoir direct, les Fihrides rompirent tout lien avec le califat. Par une décision qui s'avérera fatale, Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri, maître de fait de l'Ifriqyia, offrit l'asile aux princes omeyyade alors traqués par le nouveau califat abbasside. Ces réfugiés ne tardèrent pas à s'impliquer dans les diverses conspirations de l’aristocratie Kairouanaise, jalouse du pouvoir autocratique d'Abd al-Rahman ibn Habib. Parmi ces réfugiés se trouvait notamment le jeune Abd ar-Rahman ibn Mu`āwîya ibn Hichām ibn `Abd al-Malik, qui déposera plus tard Yusuf ibn 'Abd al-Rahman al-Fihri à Al-Andalus et érigera l'Émirat omeyyade de Cordoue en 756. Alors que la branche andalouse est ainsi évincée, la branche africaine des Fihrides entra en 755 dans une guerre fratricide sanglante, et fut évincée à son tour en 757-758 à la suite de la révolte berbère h karijite.
Cependant le nom al-Fihri continua d'exercer une grande influence en Andalousie, et des prétendants au pouvoir issus de cette famille continuèrent à défier l'autorité des Omeyyades jusqu'à la fin du . Il en est ainsi d'Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri, dit 'al-Saqaliba' (fils de Habib ibn Abd al-Rahman), allié au rebelle berbère Abu Ha'tem, qui mène la révolte ibère de 778-779. De même Muhammad ibn Yusuf al-Fihri (fils de Yusuf ibn 'Abd al-Rahman), mène la révolte ibère de 785. De plus, les Fihrides restèrent réputés pendant près de quatre siècles pour leur haut rang, leur savoir et leur fortune dans des villes comme Niebla, Séville, Grenade et Malaga, comme le rapportent de nombreux historiens andalous dont Ibn Khaldoun ou Ibn el Abbar.
: mosquée el-Qaraouiyyîn et mosquée des Andalous à Fès C'est de cette même famille que seront plus tard issues Fatima el Fihria et sa sœur Meryem al-Fihriya, filles d'un riche marchand, Mohamed al-Fihri, qui leur laissa à sa mort un héritage colossale.
En 859, Fatima el Fihria, passée à la postérité sous le nom d'Oum al Banine (La mère des deux fils), finance et lance la construction de la l'université el-Qaraouiyyîn de Fès, reconnue comme étant la plus ancienne université encore en activitéThe Guinness Book Of Records, Published 1998, , .
Sa soeur, Meryem al-Fihriya, est quant à elle à l'origine de la construction à Fès de la Mosquée des Andalous.
: Reconquista et installation au Maroc Vers 1476, et à la suite de la conquête progressive de l'Andalousie par les armées espagnoles, deux frères issus de cette famille, Abd-er-Rahmane et Ahmed ben Abd-el-Malek, quittèrent Malaga pour s'installer à Fès. Surnommés "Chemaa" à Fès en raison de leur implication dans le commerce de cire, les deux frères auraient succombé en 1474 des suites d'une peste qui ravageait la ville de Fès, laissant un descendant, fils de Abd-er-Rahmane, appelé Abou-l-Hajjaj Youssef. Pour des raisons commerciales, ce dernier effectuait des allers retours incessants entre Fès et Ksar el Kebir (qui était alors la capitale florissante du Habt) où il trouva la mort en 1515, ce qui valu à lui et ses descendants le nom de Fassi-Fihri ou d'El Fassi, tandis que les branches résidant à Fès furent corrélativement connues sous le nom d'El Qasri
C'est à Ksar el Kebir que naquit en 1530 son petit-fils, Abou-l-Mahassin Youssef, grand savant et mystique, relégué au rang de Qotb par ses contemporains. Disciple de Sidi Abd-er-Rahmane Medjoub à Ksar Kebir, il s'établit à Fès où il enseigna le soufisme à la Qaraouiyin et fonda la Zaouïa des Fassiyin d'obédience Chadiliya.
Mort en 1604, Abou-l-Mahassin laissa derrière lui trois fils : Ahmed, Larbi (auteur de plusieurs ouvrages dont le célèbre Mir'at al-Mahassin) et Ali el-Fassi lesquels laissèrent à leur tour une importante lignée.
Abd-el-Qadir ben Ali el-Fassi, né en 1599, est un grand traditionniste, enseignant à la Qaraouiyine et chef de la zaouïa des Fassiyin.
Abd-er-Rahman el Fassi, fils de Abd-el-Qadir ben Ali el Fassi, est un intellectuel et écrivain, surnommé "le Soyouti de son siècle" pour l'importance de ses œuvres qui embrassent des domaines aussi variés que la théologie, la jurisprudence, la médecine, l'astronomie, les belles lettres et dont la plus connue est "Ibtihaj al-Qoloub".
Enfin Mhammed el Fassi, autre fils de Abd-el-Qadir ben Ali el Fassi, est un érudit versé, entre autres disciplines, en jurisprudence, en musique et en littérature. Il est considéré comme l'aïeul direct de la famille marocaine des Fassi Fihri.
Au Maroc, les membres de cette famille sont proches de l’État depuis le et le règne de Moulay Ismaïl (qui nomme deux frères et un cousin à des postes clé de la hiérarchie administrative) et le restent pendant les siècles qui suivent, plusieurs personnalités issues de cette famille ayant exercé de hautes responsabilités dans l'histoire du pays (grands vizirs, nationalistes, ministres, patrons d'entreprises publiques, oulémas...). La famille Fassi-Fihri reste considérée, aujourd’hui encore, comme une des familles les plus influentes du Royaume.
Liste des personnalités issues de cette famille Personnages historiques La liste suivante est partielleNagendra Kr. Singh, International encyclopaedia of islamic dynasties, éd. Anmol Publications, New Delhi, 2000, Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, traduction de William Mac Guckin de Slane, éd. Berti, Alger, 2003. Oqba Ibn Nafi Al Fihri, général arabe quraychite, fondateur de la ville tunisienne de Kairouan et wali d'Ifriqyia, né en 622 à la Mecque et décédé en 683 à Biskra en Algérie, envoyé en 670 à la tête des armées musulmanes par Muawiya , premier calife omeyyade de Damas, dans le but de conquérir et propager l'islam en Afrique du Nord. Abu Obeida ibn Oqba al-Fihri (fils de Oqba), participe à la conquête de l'Andalousie en 711. Udhra ibn Abd Allah al-Fihri, huitième wali d'al-andalus vers 726, nommé temporairement à la suite de la mort au combat de son prédécesseur Anbasa ibn Suhaym al-Kalbi (connu sous le nom francisé d' Ambiza). Muhammad ibn Abi Obeida al-Fihri (fils d'Abu Obeida).. Khalid ibn Abi Habib al-Fihri (probablement un autre fils d'Abu Obeida), tombé à la bataille des nobles en 740. Habib ibn Abi Obeida al-Fihri (fils d'Abu Obeida), général conquérant du Souss, tombé à Bagdoura en 741 pendant la Grande révolte berbère. Abd al-Wârith ibn Habib al-Fihri (fils de Habib ibn Abi Obeida). Amran ibn Habib al-Fihri (fils de Habib ibn Abi Obeida), Wali de Tunis. Ilyas ibn Habib al-Fihri (fils de Habib ibn Abi Obeida), Wali de Tripolitaine puis Emir d'Ifriqiya (755-56) Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri (fils de Habib ibn Abi Obeida), Émir d'Ifriqiya (745-755) Habib ibn Abd al-Rahman al-Fihri (fils de Abd al-Rahman ibn Habib), Wali de Cyrénaïque, Émir d'Ifriqiya (756-57). Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri, dit 'al-Saqaliba' (fils de Habib ibn Abd al-Rahman), allié au rebelle berbère Abu Ha'tem, mène la révolte ibère en 778-779. Abd Al-Malik Ibn Qatan Al-Fihri, seizième puis dix-huitième wali d’Al-Andalus (732-734 et 741). Yusuf ibn 'Abd al-Rahman al-Fihri (petit-fils d'Abu Obeida et cousin d'Abd al-Rahman ibn Habib), Wali de Narbonne en Septimanie vers 735, puis et dernier Wali d'al-Andalus de 747 à 756. Abd al-Rahman ibn Yusuf al-Fihri (fils de Yusuf ibn 'Abd al-Rahman), Gouverneur de Saragosse à la fin des années 740. Muhammad ibn Yusuf al-Fihri (fils de Yusuf ibn 'Abd al-Rahman), mène la révolte ibère en 785. Fatima al-Fihriya, surnommée Oum al Banine, fondatrice de la mosquée el-Qaraouiyyîn de Fès Ibn Rochaïd al-Fihri (1259-1321), théologien, voyageur et explorateur marocain. Abbas Fassi Fehri (cousin de Abdallah El Fassi), Grand Vizir du sultan Moulay Abdelhafid, participe aux négociations de l'accord de Protectorat. Abdallah El Fassi (cousin de Abbas Fassi Fehri) ministre des Affaires étrangères du sultan Moulay Abdelhafid, participe aux négociations de l'accord de Protectorat.
Ministres et nationalistes Allal El Fassi : membre de la branche politique du Mouvement nationaliste marocain contre le protectorat français, il est membre fondateur du Parti de l'Istiqlal qu'il préside à partir de 1937. Il est aussi réputé comme journaliste et homme de lettres, auteur de plusieurs ouvrages dont le célèbre "Autocritique". Malika El Fassi : seule femme signataire du Manifeste de l'indépendance du . Mohamed El Fassi : nationaliste, plusieurs fois ministre et professeur au Collège royal de Rabat.