Hu Yaobang ( – ) est un homme politique chinois et haut fonctionnaire de la République populaire de Chine. Il a occupé la plus haute fonction du Parti communiste chinois (PCC) de 1981 à 1987, d'abord comme président, puis comme secrétaire général. Après la Révolution culturelle (1966-1976), Hu s'est imposé comme un proche allié de Deng Xiaoping, alors dirigeant suprême de la Chine.
Hu a rejoint le PCC dans les années 1930. Pendant la Révolution culturelle, il a été purgé, rappelé, puis à nouveau purgé par Mao Zedong. Après l'arrivée au pouvoir de Deng, à la suite de la mort de Mao, Hu a joué un rôle important dans le programme Boluan Fanzheng. Tout au long des années 1980, il mena une série de réformes économiques et politiques. Parallèlement, ces réformes politiques et économiques firent de lui l'ennemi de plusieurs anciens influents du Parti, opposés au libre marché et aux réformes gouvernementales. Lorsque de vastes manifestations étudiantes éclatèrent en Chine en et , ses adversaires politiques le rendirent responsable des troubles et persuadèrent Deng que sa tolérance à l'égard de la « libéralisation bourgeoise » était à l'origine des manifestations. Hu fut contraint de démissionner de son poste de secrétaire général début 1987, tout en conservant son appartenance au Politburo.
Hu fut remplacé au poste de secrétaire général par son proche allié Zhao Ziyang, qui poursuivit nombre de ses réformes économiques et politiques. Le lendemain de sa mort, en , une petite commémoration officieuse eut lieu à Pékin, au cours de laquelle la population exigea que le gouvernement chinois réévalue et reconnaisse son héritage. Une semaine plus tard, la veille des funérailles de Hu, quelque 100 000 étudiants ont défilé sur la place Tian'anmen, ce qui a finalement conduit aux manifestations et au massacre de la place Tian'anmen en . Le gouvernement chinois a ensuite censuré les détails de la vie de Hu, mais en 2005, il a officiellement réhabilité son image et levé la censure, à l'occasion de son 90e anniversaire.
Jeunesse et maturité vignette|gauche|Hu Yaobang dans les années 1940. Né à Linyang, province de Hunan dans une famille de paysans, Hu quitte la maison à l'âge de 14 ans pour rejoindre la Ligue de la jeunesse communiste. En 1933, il se rend dans la base soviétique chinoise du Jiangxi et adhère au Parti communiste chinois« Hu Yaobang réhabilité, mais pas le mouvement de Tian'anmen », Courrier international.. Il participe à la Longue Marche et sert dans l'Armée rouge sous Deng Xiaoping. Il est alors membre de l'équipe de travail du Comité central et secrétaire de la Ligue de la jeunesse communiste dans une unité de l'ArméeBiographie de Hu Yaobang, Beijing Information, juillet 1981..
Après la fondation de la république populaire de Chine, le , il devient secrétaire du comité du Parti pour la région du Sichuan du Nord et président de l'administration régionale. En 1952, il suit Deng à Beijing et devient secrétaire du Comité central de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise, poste qu'il conservera pendant 15 ans ; puis en 1965, premier secrétaire du comité du Parti de la province du Shaanxi. Il se fait alors connaitre en Chine et à l'étranger à l'occasion de nombreux voyagesMarie-Claire Bergère La République populaire de Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, Paris, 1989, page 230..
Lors de la révolution culturelle, considéré comme un proche de Liu Shaoqi, il est écarté du pouvoir en . Il est alors contraint de vivre à la campagne puis sera pendant 2 ans, placé en résidence surveilléeEncyclopédie Larousse : « Hu Yaobang »..
En 1972, il revient au premier plan dans le sillage de Deng Xiaoping. En 1975, il réorganise l'Académie chinoise des sciences et il est chargé de réhabiliter les intellectuels victimes de la révolution culturelle, il acquiert ainsi une popularité dans les milieux réformistes.
Après les manifestations de Tian'anmen d', lors de l'enterrement de l'ancien Premier ministre Zhou Enlai, Deng et Hu sont de nouveau écartés du pouvoir.
De nouveau réhabilité en 1977, Hu Yaobang est élu en août de cette même année au Comité central lors du Politburo du PCC. Puis, il entre au Bureau politique en . En 1980, il est secrétaire général du parti et accède à la présidence du parti à la suite de la démission de Hua Guofeng en . Il joue les premiers rôles au congrès du Parti en 1982. Il choisit d'abandonner le titre de président du parti « trop évocateur du passé maoïste » pour ne conserver que celui de secrétaire général.
Bien que Deng Xiaoping ait gardé le pouvoir réel, Hu Yaobang est formellement le numéro 1 en occupant le poste de secrétaire général du PCC de 1980 à 1987« Glorious life of Hu Yaobang marked », People's Daily, 19 novembre 2005..
Un réformateur Comme Deng Xiaoping a regagné graduellement le contrôle du Parti communiste chinois, le rival de Deng, Hua Guofeng, a été remplacé par Zhao Ziyang comme chef du gouvernement du Conseil de l'État en 1980, et par Hu Yaobang comme le président de parti en 1981. Hu a été aussi désigné secrétaire général du Parti communiste chinois en 1980 mais, jusqu'au milieu des années 1990, c'était Deng qui, dans les faits, était aux commandes, bien que son seul titre officiel était président de la Commission militaire centrale du parti communiste.
Selon les sinologues, Hu Yaobang est célèbre pour avoir d'une part fait réhabiliter des milliers de Chinois qui ont été persécutés pendant la révolution culturelle (1966 – 1976) et d'autre part pour avoir « fait une autocritique de la politique chinoise au Tibet, où il a prôné une autonomie »« Il y a 20 ans, la mort de Hu Yaobang, détonateur du printemps de Pékin », Le Point, avril 2009. et « proclamé le respect de la liberté de croyance »Encyclopédie Larousse : « Tibet »..
Réhabilitation des victimes de la révolution culturelle Mao Zedong meurt en 1976, la Bande des Quatre est arrêtée en et Deng Xiaoping est réhabilité en .
Hu Yaobang est alors chargé de la réhabilitation des dirigeants du Parti éliminés par Mao au cours de la révolution culturelle. Les intellectuels sont réhabilités par milliers. Les dirigeants du Parti éliminés reprennent peu à peu leur place : Peng Zhen, Chen Yun, Bo Yibo… Les victimes décédées sont aussi réhabilitées à titre posthume : Peng Dehuai, Liu Shaoqi … En 1979, c'est au tour des « droitiers ». En 1980, Hu Feng est aussi réhabilitéJean-Philippe Béja, « Un modernisateur pragmatique et cassant », Perspectives chinoises, 39, 1997, pp. 10-16, doi : 10.3406/perch.1997.2085. Consulté le 21 juillet 2011..
Mesures politiques au Tibet
En , Hu Yaobang a mené une tournée d'inspection au TibetLaurent Deshayes, Histoire du Tibet, page 352, Fayard 1997 .. Après cette visite, Hu Yaobang effectua une « auto-critique de la politique chinoise au Tibet »« Il y a 20 ans, la mort de Hu Yaobang, détonateur du printemps de Pékin », Le Point, 13 avril 2009., « demanda une plus grande autonomie et proclama le respect de la liberté de croyance »Encyclopédie Larousse..
Le sinologue Philippe Paquet indique que Hu Yaobang souhaita « une politique plus respectueuse à l'égard du Tibet »Philippe Paquet, L'ABC-daire du Tibet, 2010, 248 p., Éditions Philippe Picquier, page 26.. Laurent Deshayes et Frédéric Lenoir considèrent que l'analyse de Hu Yaobang rejoint les critiques émises par le panchen lama dans sa Pétition en et le gouvernement tibétain en exil : « la politique chinoise au Tibet s'apparente à du colonialisme, les Tibétains sont sous-représentés dans l'administration régionale, leur niveau de vie a chuté depuis la libération de 1951-59, la culture est menacée de disparaître faute d'un apprentissage de la langue et de la religion »Laurent Deshayes et Frédéric Lenoir, L'Épopée des Tibétains entre mythe et réalité, Fayard (essai, 2002), p. 337..
Démission du secrétariat général du PCC Bien que Hu fût un réformateur dévoué et un des associés importants de Deng Xiaoping, il a été contraint de démissionner en 1987 de sa fonction de secrétaire général du Parti communiste chinois, partant officiellement le Antoine Najan , mai 2009.. Hu a été accusé de commettre « des erreurs dans les questions à propos des principes politiques importants » et de « libéralisme bourgeois »« Des mémoires qui dérangent le Parti », Courrier international.. Deng a forcé Hu à démissionner sur fond d'une série de manifestations d'étudiants fin 1986, que les partisans de la ligne dure pensaient être une conséquence de la tolérance de Hu et peut-être de son attitude empathique envers l'intelligentsia d'une Chine libérale, qui poussaient vers la liberté et la réforme plus politiques. Il a été aussi accusé de « commettre des erreurs dans les relations sino-japonaises »Seurre Jacques, Bing Luo, Zhengming, « Chronologie secrète du renversement de Hu Yaobang par la gauche », Perspectives chinoises, 26, 1994, pp. 6-11. doi : 10.3406/perch.1994.1798. Consulté le 21 juillet 2011.. Selon Katia Buffetrille, le Parti communiste chinois n’est pas une entité homogène et les conflits y sont courants« Chine-Tibet, une longue histoire tumultueuse », Licra, conférence culturelle et citoyenne, 19 mai 2008..
Limogeage, décès et événements de la place Tian'anmen En , Hu Yaobang est contraint de démissionner de son mandat de secrétaire général du Parti communiste chinois. Une vague de manifestations étudiantes favorables à la démocratie avait en effet eu lieu fin 1986, dont il partageait sans doute les convictions démocratiques. Toutefois, Hu Yaobang conservera son siège au sein du comité permanent du bureau politique..
Il meurt le , des suites d'une crise cardiaque., qui pourrait être survenue le ou le , une semaine avant son décès. Il est admiré pour le courage dont il a fait preuve à la fin de la révolution culturelle et le rôle qu'il a joué dans les réformes. Des manifestations spontanées ont lieu dans tout le pays, contraignant le gouvernement à organiser en son honneur des funérailles nationales le ..
Sa mort bouleverse l'équilibre entre réformateurs et conservateurs au sein du comité permanent du bureau politique et est un élément déclencheur majeur des manifestations de la place Tian'anmen au printemps 1989. Selon le sinologue Jean-Pierre Cabestan, il était une figure tutélaire du mouvement estudiantin « parce qu'il était le symbole des réformes politiques qui avaient connu un coup d'arrêt après son limogeage »Marc Zarrouati, président d’honneur de l’ACAT-France et Marie Holzman, présidente de Solidarité Chine « Tiananmen : Quand l'amnésie cache la répression », ACAT, .
Monument funéraire de Hu Yaobang vignette|Mausolée de Hu Yaobang. Après les funérailles de Hu, son corps fut incinéré et ses cendres furent inhumées dans le cimetière révolutionnaire de Babaoshan, un cimetière de Beijing réservé aux hauts fonctionnaires du parti. La femme de Hu, Li Zhao, qui était mécontente de l'emplacement de la tombe, obtint du gouvernement la permission de transférer les restes de son mari dans un site plus approprié. Finalement les cendres furent transportées dans un grand mausolée de Gongqing, Jiangxi. Ce mausolée est sans doute la plus impressionnante de toutes les tombes de dirigeants du PCC.
Li Zhao recueillit des fonds pour la construction de la tombe auprès de sources privées et publiques et, avec l'aide de son fils, choisit un endroit approprié dans Gongqing. La tombe fut construite sous la forme d'une pyramide, sur le sommet d'une colline. Le , les cendres de Hu Yaobang furent transportées à Gongqing, portées par son fils aîné, Hu Deping. Wen Jiabao, de nombreux fonctionnaires de Jiangxi et de la Ligue de la jeunesse communiste assistèrent à la cérémonie. Les usines de Gongqing et les écoles furent fermées à cette occasion, afin de permettre aux habitants d'assister à la cérémonie. Li Zhao prononça un discours exprimant sa gratitude envers le gouvernement et les personnes ayant rendu possible la sépulture.
Vers une réhabilitation ?