Jean-Louis Bory est un écrivain, journaliste, militant gay, critique cinématographique et scénariste français, né le à Méréville (aujourd'hui en Essonne) et mort le dans la même ville.
Biographie Enfance et études Le père de Jean-Louis Bory est un pharmacien amateur d'aquarelle et sa mère une institutrice. Il est issu d’un milieu d’instituteursJérôme Garcin, Littérature vagabonde, 1995, : .. Il reçoit une éducation peu religieuse, son père étant athée et sa mère non pratiquante. .
Jean-Louis Bory fait de brillantes études secondaires au collège d’ÉtampesFrédéric Gatineau, « Collège », in Étampes en lieux et places, Éditions À Travers Champs, 2003, , en ligne (texte révisé) sur corpusetampois.com.. Après le baccalauréat, il est admis en hypokhâgne puis en khâgne (classes préparatoires littéraires au concours de l'École normale supérieure) au lycée Henri-IV à Paris.
Ayant échoué au concours de 1939, il est . Il est de retour au Quartier latin en . Il participe aux maquis d'Orléans et d'AngervilleRevue de Paris, 1967, 125.. Il est reçu à l'agrégation de lettres en 1944.. Il est nommé professeur au lycée de Haguenau (Bas-Rhin).
Période du professorat (1945-1962) À la rentrée de 1945, les éditions Flammarion publient son premier roman qui est récompensé par le prix Goncourt de 1945 avec le soutien de Colette. Le livre reçoit un accueil exceptionnel du public ( dont en France). Les droits d'auteur lui permettent de racheter la propriété acquise en 1880 par ses grands-parents à Méréville (alors en Seine-et-Oise) et ayant ensuite appartenu à la comtesse Cally, sa tanteJérôme Garcin, Littérature vagabonde, sur Google Livres. : la « villa des Iris », qu’il rebaptise « la Calife ». Paradoxalement, l'obtention du prix Goncourt sera un lourd « poids » à porter, que l'écrivain Bory ne réussira pas à assumerJean Louis Bory à propos du prix Goncourt, entretien avec Jean-Louis Bory le 19 novembre 1972 sur le site de l'INA (en ligne)..
En 1947 paraît son second livre, Chère Aglaé, qui ne connaît pas le même succès. En 1948, il est muté en région parisienne au lycée-pilote de Montgeron, annexe du lycée Henri-IV, où il se lie d'amitié avec l'une de ses collègues, l'artiste peintre Alice RichterElle lui fait rencontrer le peintre Antoine Martinez qui fera son portrait..
À cette époque, il collabore à La Gazette des Lettres, avec Robert Kanters, Paul Guth et François Mauriac. En 1951, professeur en classe de première au lycée Voltaire de Paris, il fait un séjour à la montagne, se casse une jambe, écrit Un noël à la tyrolienne et revient plâtré finir en quelques mois un programme de littérature française abrégé, qu'il mène de façon éblouissante.
Politiquement, Jean-Louis Bory appartient à cette génération désenchantée par le fait qu'il n’y a pas eu de mouvement « de la Résistance à la Révolution ». Sollicité par Aragon pour adhérer au Parti communiste français, il s'en tient à l’adhésion à des organisations proches du Parti comme le Mouvement de la paix, le Comité national des écrivains ou l’association France-URSS.
Il débute dans le journalisme en 1952 par des tribunes dans Samedi Soir. En 1955, il choisit de suivre son ami François Erval au service littéraire de L'Express, hebdomadaire qui soutient les idées de Pierre Mendès France, auxquelles il est de plus en plus sensible. En 1956, il rompt complètement avec les communistes à la suite de l'intervention soviétique à Budapest, contre laquelle il signe une pétition avec Edgar Morin, Gilles Martinet, Jean-Marie Domenach et Georges Suffert (France Observateur, ). Il démissionne aussi du Comité d'honneur de l'association France-URSS.
Cela ne l'empêche pas d’afficher ses positions tiers-mondistes et anticolonialistes. En 1960, ayant signé le Manifeste des 121, il est suspendu du poste de professeur qu’il occupe au lycée Henri-IV depuis 1957. Il est réintégré au bout de quelques mois, mais cet événement marque une rupture dans son rapport avec l’enseignement, métier pour lequel il avait le plus grand respect. Ses élèves le lui rendaient bien, ainsi que l'a rappelé Michel Cournot dans un article paru après sa mort dans le Nouvel ObservateurNouvel Observateur, , 18-24 juin 1979.. Il est interviewé par la télévision française sur son métier de professeur et ses rapports avec ses élèves dans l'émission "L'avenir est à nous" qui est diffusée le ..
C'est cette année-là qu'il intègre le comité de rédaction des Cahiers des saisons, revue où il publie de courts textes littéraires. En 1961, il remplace François Truffaut comme critique cinématographique à l'hebdomadaire Arts. L’année suivante, il abandonne l’enseignement et sa collaboration à La Gazette des Lettres pour se consacrer au journalisme et à la littérature, bien qu'il subisse un nouvel échec littéraire avec L’Odeur de l’herbe en 1962.
Période du Masque et la Plume et du Nouvel Observateur Son entrée à l’émission Le Masque et la Plume, en 1964, assure à Jean-Louis Bory une audience qui contribue à son succès de critique. Fin 1964, il cesse sa collaboration à L'Express . Dès , Guy Dumur lui offre de poursuivre ses critiques littéraires au Nouvel Observateur. S’il s’y sent « politiquement en famille », il distingue ses amitiés politiques de ses affinités littéraires. Ainsi, il a contribué à réhabiliter Céline avant de se lier d’amitié avec Paul Morand et Jacques Chardonne. Et le groupe (François Nourissier, Hervé Bazin, Jean d'Ormesson, Georges Suffert, Louis Pauwels) qu’il réunit à Méréville en 1964-1965 est marqué à droite. Son spectre d’amitiés est donc très large.
À partir de , Jean-Louis Bory assure la critique cinématographique du Nouvel Observateur à la place de Michel Cournot. Michel MardoreMichel Mardore lui succédera de 1979 à 1986. assure avec lui jusqu'en 1971 le choix des films pour les critiques.
Mettant fin à sa collaboration à Arts, il s’impose comme le critique cinéma du journal même s’il y est peu présent, se contentant de passer pour déposer son article. Célèbre pour les joutesCette émission radiophonique a été immortalisée par François Morel dans sa pièce Instants critiques (2011). Jean-Louis Bory y est incarné par l'acteur Olivier Broche. qui l'opposent à Georges Charensol et à Michel Aubriant (alias Pierre des Vallières, fils de Jean des Vallières) au Masque et la plume, il défend notamment le cinéma du tiers-monde, particulièrement africain et arabe. Il apparaît aussi comme le plus influent des critiques du circuit « art et essai » du Quartier latin. Mais son ardeur est encore plus vive en mai 68, où il est un des leaders qui font arrêter le Festival de Cannes 1968 dont il avait été membre du jury l’année précédente. Cela ne l'empêchera pas d’être membre de sa commission de sélection de 1970 à 1973, ni d’être des plus assidus au festival de La Rochelle.
Jean-Louis Bory n’intervient pas dans les choix du journal qu’il trouve politiquement discutables. Mais il téléphone régulièrement à Jean Daniel pour lui donner son avis sur un éditorial. Il plaide ainsi pour la cause palestinienne, la trouvant insuffisamment défendue. Il défend quant à lui des films d’aspect avant-gardiste ou scandaleux qui s’attachent à remettre en question la société, ses institutions et ses valeurs traditionnelles. À côté de films explicitement politiques qu’il soutient en dehors de toutes considérations artistiques, il défend un cinéma dont l’aspect contestataire tient moins au sujet qu’à la subversion du langage cinématographique traditionnel.
Godard, Robbe-Grillet, Resnais, Pasolini, Duras ou les frères Taviani sont des cinéastes qui lui tiennent à cœur. Défenseur d’une culture « alternative », il se montre souvent agressif à l'égard des films de distraction ou à grande distribution, qui ne remettent en cause ni les tabous de la morale et de la vie sociale, ni les habitudes de voir et de penser. Son mépris pour le cinéma de Michel Audiard, Bourvil ou Louis de Funès, qu'il juge bourgeois et « franchouillard », n’a d’égal que celui qu'il témoigne à des films qui, tels ceux d'Henri Verneuil ou de Claude Lelouch véhiculent des représentations légitimant la droite. Il défend des films difficiles comme Quelque part quelqu'un de Yannick Bellon.
Cette liberté qui lui permet de consacrer sa chronique « à un film qui ne sera vu que par l’auteur et par [lui] »Entretien avec Jérôme Hesse en avril 1978, Gai Pied, 36, mars 1982., est garantie à ses yeux par la modestie de sa rémunération. En effet, la direction du Nouvel Observateur déplore de le voir ignorer systématiquement les films à gros budget et à grand public et exerce sur lui une certaine pression en suscitant un concurrent moins militant. Malgré tout, il n’est pas réellement inquiété et refuse en 1972 de répondre à l’invitation chaleureuse de François Nourissier de venir travailler au Point. Au contraire, il fait entrer Michel Grisolia pour l’aider à rédiger les petites notices qu’on lui réclame sur les films.
Les années 1970 Les années 1970 sont marquées par sa lutte pour les droits des homosexuels. Celle-ci transparaît dans ses œuvres autobiographiques, La Peau des zèbres en 1969 ; Tous nés d’une femme en 1976, mais surtout dans Ma moitié d'orange en 1973, succès. dans lequel il annonce publiquement son homosexualité. Il s’affiche alors dans l’association homosexuelle Arcadie, faisant à son premier colloque une intervention des plus retentissantes. Il milite ensuite dans sa scission gauchiste, le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR), dont un des membres, Guy Hocquenghem, écrit avec lui Comment nous appelez-vous déjà ?. Il poursuit son militantisme au Groupe de libération homosexuel, s'opposant toujours aux préjugés et aux interdits traditionnels pesant sur les plus marginaux.
Parallèlement à ce combat, il publie plusieurs essais consacrés au roman populaire et un essai historique, La Révolution de Juillet ou les Trois Glorieuses en 1972. Mais c'est Le Pied, en 1976, qui reçoit le plus de succèsAvec plus de . de la période. Dans ce roman fantaisiste, il malmène certaines figures de l’intelligentsia comme Simone de Beauvoir et Michel Foucault.
En 1976, il témoigne dans le documentaire Chantons sous l'Occupation d'André Halimi.
Mort vignette|La tombe de Jean Louis Bory à Méréville. vignette|« La Villa des Iris » ou « La Calife », Méréville (Essonne, France). vignette|Plaque sur sa propriété. De 1945 à sa mort le , Jean-Louis Bory habite tantôt une maison (La Villa des Iris, rebaptisée La Calife) à Méréville (Essonne), qui avait appartenu à ses grands-parents paternels et qu'il avait pu racheter, tantôt (en tout cas, dans les dernières années de sa vie) un petit deux-pièces, rue Séguier dans le .
Tombant dans une grave dépression en , il ne refait surface que lors d’une brève période de rémission, d' à , où il publie un amusant portrait du révolutionnaire et homme d'État Cambacérès. Dans la nuit du 11 au , vraisemblablement vers , il se suicide par arme à feu chez lui. C'est au matin du 12, dès , que les chaînes de radio font état de sa mortDaniel Garcia, Jean-Louis Bory, 1919-1979.. Il est inhumé dans le caveau familial du cimetière de son village..
Œuvres Romans
Essais
Sur le cinéma
Scénarios 1966 : Roger la Honte (Trappola per l'assassino) de Riccardo Freda. 1972 : Le Père Goriot (du roman d'Honoré de Balzac), téléfilm de Guy Jorré. 1972 : D'Artagnan amoureux (du roman de Roger Nimier) mini-série en cinq épisodes de Yannick Andréi.
Théâtre 1957 : Le Chevalier d'Olmedo de Lope de Vega, mise en scène Albert Camus, Festival d'Angers..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Daniel Garcia, Jean-Louis Bory, 1919-1979, Éditions Flammarion, 1991 (réédition en 2009). Marie-Claude Jardin, Jean-Louis Bory, Éditions Belfond, 1991. Daniel Garcia et Janine Marc-Pezet, C'était Bory, Éditions Cartouche, 2011. Jean-Louis Bory raconte sa rencontre avec Colette dans le livre de Claude Duneton et Jean-Pierre Pagliano Anti-manuel de français (éd. du Seuil, 1978).
Liens externes