Erhard Loretan, né le à Bulle, dans le canton de Fribourg et mort le dans un accident lors d’une ascension au Grünhorn dans le canton du Valais, est un alpiniste et guide de haute montagne suisse.

Après s’être formé dans les Préalpes fribourgeoises et dans les Alpes suisses, Erhard Loretan fait, en 1980, ses premières expériences en très haute montagne et réussit, en compagnie de Pierre Morand et Jean-Claude Sonnenwyl, trois premières dans les Andes péruviennes, au Palcaraju, au Caras et au Ranrapalca. Après avoir terminé premier de sa promotion lors du cours de guide de montagne en 1981, il entame, l’année suivante, sa carrière dans l’Himalaya, avec l’ascension du Nanga Parbat. En 1983, il accroche trois sommets de plus de d'altitude en deux semaines. En 1984, il gravit le Manaslu, puis, avec Norbert Joos, l’Annapurna par l’arète est, redescendant par la face nord. En , au Dhaulagiri, il réussit son premier sommet de plus huit mille mètres en hiver. Durant l’hiver 1986, il enchaîne, durant dix-huit jours avec André Georges, la « couronne impériale » autour de Zermatt, 41 sommets dont 33 de plus de d'altitude. Plus tard dans l’année, il gravit, en compagnie de Jean Troillet, l’Everest en quarante-trois heures aller-retour. En 1987, après avoir été pris par une coulée de neige dans la face nord du Mönch, Erhard Loretan est gravement blessé au dos et se retrouve pendant quelques jours paralysé des membres inférieurs.

En 1988, avec Wojciech Kurtyka, il parvient au sommet de la dans le Karakoram. L’année suivante, avec André Georges, il réussit l’exploit de gravir treize faces nord des Alpes en treize jours. Il reprend, en 1990, sa carrière dans l’Himalaya, gravissant avec son complice Jean Troillet ainsi que Kurtyka, le Cho Oyu et le sommet central du Shishapangma. En 1991, il ajoute le Makalu à son palmarès, suivi, en 1994, par le Lhotse puis le sommet principal du Shishapangma et le Kanchenjunga en 1995, devenant le troisième homme, après Reinhold Messner et Jerzy Kukuczka, à gravir les quatorze plus hauts sommets de la planète. Entretemps, en , il a réussi une première au Mont Epperly, en Antarctique. En 1995, il y retourne pour tourner un film et réussit la première ascension d'un autre sommet, sans nom. Il est désigné « Sportif romand du siècle » en 1999 par les lecteurs de l’hebdomadaire L’Illustré.

Aux alentours de Noël 2001, son fils de sept mois meurt victime du syndrome du bébé secoué, après que Loretan l'a secoué pour calmer ses pleurs. Loretan est condamné le à quatre mois de prison avec sursis. Il quitte alors la scène médiatique pour se concentrer sur ses activités de guide de montagne.

Il meurt le , jour de ses , lors d'une course avec une cliente sur le Grünhorn dans le canton du Valais, en Suisse. Quelques mois après sa mort, en , Xenia Minder, la femme qui l’accompagnait le jour de sa chute, déclare avoir partagé la vie de Loretan pendant les deux années précédant le drame. Elle déclare aussi être responsable de l'accident, sa chute sur une plaque de glace ayant entraîné la cordée. L'enquête a conclu à un accident.

Biographie Une enfance dans les Préalpes (1959-1981) thumb|alt=Photographie de la Dent de Broc, à gauche, et de la Dent du Chamois, à droite, séparées par le col de la Combe|La Dent de Broc, à gauche, est le premier sommet atteint par Erhard Loretan, à l'âge de . Erhard Loretan est né le à Bulle., dans le canton de Fribourg en Suisse. Son père est mécanicien et sa mère est femme au foyer, originaire de Lombardie .. Il a un frère plus jeune de trois ans, Daniel. Ses parents divorcent alors qu'il a huit ans. Son père, très sportif , quitte le foyer familial bullois pour retourner en Valais. Cet épisode a fait un peu souffrir Loretan , mais lui a aussi, selon ses propres dires, forgé le caractère et il sans lui.

Comme tous les enfants de son âge, Loretan adore grimper aux arbres et est un casse-cou. Un accident de gymnastique à dix ans lui a d'ailleurs valu une fracture du coude qui a failli le laisser handicapé. Chez le jeune Gruérien, la grimpe est tellement compulsive qu'il adopte le surnom de singe. Dès l'âge de sept ou huit ans, Loretan décide qu'il sera guide de haute montagne, notamment grâce à la série télévisée Premier de cordée. Son premier sommet, la Dent de Broc, est gravi en 1970, avec l'un de ses voisins et idole, Michel Guidotti et aussi Carlo Gattoni.. C'est un déclic, et Loretan délaisse peu à peu l'école, réussissant toutefois à toujours avoir la moyenne. Seul le livre de Gaston Rébuffat, Glace, neige et roc le sort de sa torpeur scolaire.

En 1970 toujours, il est engagé par son cousin Fritz Loretan, un guide de montagne, pour travailler dans une cabane à d'altitude, dans l'Oberland bernois. Il accompagne durant trois étés, jusqu'en 1974, son cousin dans ce refuge. Fritz Loretan initie son jeune parent à ses premières grandes courses alpines, telles, par exemple, la face nord et l'arète est du Doldenhorn, l'arête sud-ouest du Fründenhorn. Ses expériences alpines lui permettent de supplanter son maître, au point de passer pour la première fois premier de cordée. Ce jour-là, dans les Gastlosen, il rencontre deux de ses futurs compagnons de cordée, Vincent Charrière et Pierre Morand. Cependant, ce n'est qu'en 1973 que Loretan se retrouve en leur compagnie, ainsi que celle d'un troisième grimpeur. Ils ont en effet besoin d'une quatrième personne.

left|thumb|alt=Photographie couleur de la chaîne des Gastlosen|Les Gastlosen sont l'un des premiers terrains de jeu de Loretan En 1975, Loretan décide d'ouvrir sa première voie. Elle se trouve dans la face sud de la Dent de Broc. Il a seize ans lorsqu'il réussit sa première ascension en solitaire, au Gross TurmLe Gross Turm est un sommet des Gastlosen situé à d'altitude.. En effet, il fait un jour une chute de au PfadflueLe Pfadflue, ou Grand-Pfad, est un sommet des Gastlosen situé à d'altitude. Loretan est sûr qu'il doit sa vie sauve à la médaille de la Vierge Marie que sa mère, très croyante, lui avait cousu à l'intérieur de sa chemise. . Au même âge, il entreprend, avec trois amis, une course de trois jours dans la région de Chamonix, visant d'abord l'arête des Pélerins, puis la traversée des aiguilles du Diable. Mais, au retour des aiguilles du Diable, les quatre jeunes hommes, pris par un orage, se perdent dans la descente, avant de se retrouver au refuge des Cosmiques.

À la fin de son école obligatoire, à seize ans, Loretan commence une formation d'ébéniste chez un petit artisan bullois. Ce dernier l'empêche d'aller en montagne durant deux ans. Loretan démissionne, mais obtient son certificat fédéral de capacité après avoir trouvé une place chez un autre employeur. Toutefois, il ne se détourne pas de son objectif initial, à savoir de devenir guide de haute montagne. Ainsi, il a accumulé, à vingt ans, une grande expérience dans les Alpes, avec notamment des premières ascensions cotées Extrêmement Difficile, sur différents types de roches.

À vingt ans, le , il se présente au cours d'aspirant guide de montagne à Fieschertal, après avoir fait son école de recrues en tant que soldat sanitaire. En 1981, Loretan termine premier de sa volée, composée de vingt-huit autres diplômés sur septante-quatre candidats au départ. Trois mois après, il est engagé par une école d'alpinisme thounoise. Malgré un salaire honnête, il ne reconduit pas l'expérience : sa propre sécurité et celle de ses clients n'est pas l'exigence première de cette entreprise.

Une première expédition extra-alpine : la cordillère Blanche (1980) C'est en lisant l'histoire d'Hermann Buhl au Nanga Parbat que Loretan et ses compères, Vincent Charrière, Jean-Claude Sonnenwyl et Pierre Morand rêvent de leurs premières expériences extra-alpines. Les quatre amis demandent alors conseil sur la haute montagne à Yannick Seigneur. Ce dernier, après avoir « posé un lapin » aux quatre jeunes Fribourgeois, ne leur accorde qu'une demi-heure d'entretien. Cela les décontenance et leur donne un très mauvais souvenir de l'alpiniste français. À défaut d'Himalaya, Loretan et ses amis se rabattent sur les Andes et plus précisément la cordillère Blanche.

La première expédition de Loretan débute le , lors du départ de Zurich pour Lima. Mais avant de partir, il doit réunir son tout premier budget. Il aligne les « bouts de ficelles » pour le boucler, faisant la . Manque à l'expédition Vincent Charrière, qui reste bloqué en Suisse à cause d'une blessure lors d'un match de football, un sport que Loretan, Jean-Claude Sonnenwyl et Pierre Morand n’aiment pas.

Loretan, Morand et Sonnenwyl sont d'abord surpris de la douceur qui règne à Huaraz, alors que l'hiver fait rage. Ils décident aussi de planifier une phase acclimatation et partent le planter leur camp aux alentours de . Loretan rencontre alors pour la première fois le mal des montagnes, un mal de tête qui l'empêche de dormir.

Les trois jeunes hommes s'accordent pour monter jusqu'à un col situé à , mais redescendent rapidement. Loretan constate une amélioration dès qu'ils ont atteint les . Les jours suivants, Morand et Loretan sont victimes d'ennuis gastriques. Ils vont chez un médecin, qui a son cabinet au milieu de piles de pneus. Il leur injecte quelque chose, ignorant par ailleurs toute règle d'hygiène. Ce remède les guérit et les trois jeunes Gruériens prennent la route pour le Ranrapalca le .

Il ouvre en deux jours une nouvelle voie dans la face ouest de ce sommet de . Lors de la descente, ils vivent un enfer sur les séracs. Lorsque Loretan passe, en dernier, une rimaye de quarante mètres, une avalanche se déclenche lorsqu’un des séracs s’écroule. Loretan y échappe de peu, alors que ses deux camarades se trouvent trente mètres en aval. Tous sont finalement saufs et rejoignent le refuge après huit heures d'efforts. Quelques jours plus tard, ils sont rejoints par Pierre Perroud, qui doit tourner un film sur leur expédition. Avec lui et l'équipe de tournage, Loretan escalade d'abord l'Artesonraju, qui culmine à .

Tous se déplacent ensuite vers le Caras I. Sans l'équipe de tournage, Loretan, Sonnenwyl et Morand commencent l’ascension de ce sommet de le par la face sud. Après un bivouac et trois heures de traversée de glacier, ils entament la montée de la face proprement dite. Loretan, premier de cordée, se retrouve au milieu de la dernière barre rocheuse lorsqu'il s'aperçoit que la roche est très friable. Il lui faut deux heures pour escalader les vingt derniers mètres. Comme la nuit tombe, Loretan et ses deux compagnons sont alors obligés de bivouaquer. Ils creusent un trou où ils passent la nuit. Une fois le jour revenu et de retour au camp de base, des alpinistes espagnols et genevois leur font remarquer qu'ils ont accompli une première.

Ils décident ensuite d'escalader la face sud du Palcaraju. Ils y parviennent après avoir laissé leurs affaires pour monter léger. Lors de la descente, ils se retrouvent devant deux plaques à vent et échappent de peu à une avalanche causée par l’une d’entre elles. Cependant, leurs affaires sont sur l’autre, qui menace aussi de descendre. Ils vont alors les chercher à tour de rôle et désencordé pour une partie du trajet. Saufs à nouveau, ils envisagent de grimper le Huascaran par la voie normale. Ils atteignent le sommet en deux jours. Il s'agit du dernier de cette première expédition andine de Loretan, avec, à la clé trois premières : l’arête ouest du Ranrapalca et des voies dans les faces sud du Palcaraju et du Caras.

Exploits himalayens et exploits alpins (1982-1995)