Marie Joseph Eugène Bridoux (), est un officier général français.
C'est l'un des français morts au combat durant la Première Guerre mondiale et, parmi eux, le premier des généraux de division ayant exercé un grand commandement.
Biographie Né le à Oisemont dans la Somme, Marie Joseph Eugène Bridoux est fils d'un maréchal des logis du Lanciers, devenu gendarme à cheval dans la gendarmerie impériale : François Louis Joseph Bridoux (1819-1893), issu d'une famille de cultivateurs de Forest-Montiers et époux en 1848 de Séraphine Céline Caron (1823-1888), couturière, elle aussi picarde, originaire de Neuville-lès-LœuillyActe de naissance de la commune d'Oisemont..
Il intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1875, à l'âge de , et y bénéficie d'une bourse en raison de ses origines modestes (promotion Dernière de Wagram)..
En 1877, il en sort sur 394 élèves et intègre la cavalerie.
Il est sous-lieutenant au de dragons à Carcassonne, puis détaché à l'École d'application de cavalerie de Saumur, et rejoint, en 1878, le de dragons.
Promu lieutenant le , il est affecté au de chasseurs d'Afrique à Constantine, avec lequel il participe à trois campagnes, entrecoupées par un nouveau détachement à l'École d'application de cavalerie de Saumur, où il suit les cours de lieutenant d'instruction et obtient la note Très bien.
Le , il est muté au de cuirassiers.
Il se marie à Trouville-Alliquerville, le , avec Marie Louise Cécile Quesnel (1866-1960)Acte de mariage /1886 de la commune de Trouville..
De cette union naissentLe couple élève également plusieurs enfants confiés par leur famille, parmi lesquels Henry Charles Marie Joseph Paguelle de Larret de Follenay (1872-1829), qui sera capitaine au puis au , décoré de la Croix de guerre et de la Légion d'honneur (cette dernière distinction lui sera remise, le , par le général Bridoux en personne) : un garçon, Maurice Marie Joseph Eugène (1886-1887) ; un garçon, Eugène Marie Louis (1888-1955) ; une fille, Renée Marie Angèle (1890-1947) ; une fille, Magdeleine Marie Henriette Donatienne (1894-1910) ; un garçon, Marie Joseph André (1896-1977) ; une fille, Germaine Marie Berthe Augustine (1901-1958) ; un garçon, Jacques Marie Charles Louis (1908-1971).
Marie Joseph Eugène Bridoux est promu capitaine le , affecté au de dragons à Nantes.
Le , il intègre l'École d'application de cavalerie à Saumur en qualité de capitaine instructeur.
Le , il retourne au de dragons avec le grade de chef d'escadrons.
De 1900 à 1902, il est affecté à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en qualité de commandant de la section de cavalerie.
Le , il devient lieutenant-colonel, et est affecté au de dragons à Versailles.
À ce poste, il est promu colonel le .
Par décret du , il devient directeur de la cavalerie au ministère de la Guerre.
Promu général de brigade, le , auprès de l'état-major général de l'armée, il est maintenu dans ses fonctions de directeur de la cavalerie.
Chevalier de la Légion d’honneur depuis 1896, il est nommé officier de l’ordre le ..
Par décret du , il est nommé commandant de la de cavalerie à Reims.
Première Guerre mondiale
La de cavalerie
Le , le général Bridoux est mobilisé à la tête de sa division au sein du corps de cavalerie SordetJournal de marches et des opérations (JMO) de la DC, cote , ministère français de la Défense., C'est dans ce commandement qu'il participera, pendant les cinq premières semaines du conflit, aux opérations des armées françaises en Belgique, à la retraite sur Paris et aux débuts de la bataille de l'Ourcq.
Le corps de cavaleriecouramment désigné comme le « » corps de cavalerie à partir de la création, début , d'un « de cavalerie »), d'abord unité autonome, puis rattaché à la du général Lanrezac et enfin rattaché, après la retraite des alliés au mois d'août, à la nouvelle confiée au général Maunoury, comportait trois divisions, auxquelles s'est ajoutée, à la fin du mois d', une division provisoire prélevée sur celles-ci. Celle que commandait le général Bridoux regroupait trois brigades : la de dragons et de dragons, commandée par le général de Lallemand du Maraisqui sera lui-même nommé à la tête de la le , la de dragons et de dragons, commandée par le colonel Emé de Marcieu, et la de cavalerie légère et de chasseurs à cheval, commandée par le général de Cornulier-Lucinièrequi commandera la division provisoire de cavalerie prélevée sur les trois autres divisions du corps de cavalerie entre le et le , puis, par intérim, la du au . Elle était la seule à comporter une escadrille d'aviation, l'escadrille BLC 5.
Après qu'il eut mené en Belgique une mission de couverture de la et de liaison avec l'armée belge, le corps de cavalerie se voit confier, le , la mission de protéger la retraite de l'armée anglaise à partir du repli que celle-ci a déjà opéré vers la place de Maubeuge. Il doit renseigner sur la marche de l'aile droite ennemie et en retarder la progression et il va, à cette fin, livrer, les , et , de durs combats, auxquels le commandement britannique rendra hommage et qui sont marqués par de violentes offensives menées par la : le dans la région de Séranvillers et le au nord d'Epehy.
Le , alors que Paris n'est plus directement menacée, l'aile droite allemande ayant infléchi ses têtes de colonne vers le sud-est, le haut commandement décide de reprendre l'offensive et ordonne à la d'attaquer au nord de la Marne.
Le corps de cavalerie, qui est désormais rattaché à celle-ci, doit former un échelon avancé à sa gauche, à l'est de Nanteuil-le-Haudouin, que rejoignent donc ses trois divisions dans la soirée du , en train pour la et par la route pour les et .
Ayant précédé ses troupes, le général Bridoux propose une action immédiate des brigades déjà débarquées, mais le général Sordet privilégie une action à partir de la matinée du 7. Cette action se soldera par un repli, l'importance des forces d'artillerie ennemies et le retard d'une division d'infanterie de réserve faisant échec à l'offensive que devait mener le corps d'armée, avec l'appui du corps de cavalerie : la du général Bridoux y aura cependant pris une part énergique notamment avec une pointe poussée par la de dragons du colonel Emé de Marcieu et avec des actions menées par les deux régiments de chasseurs de la brigade de cavalerie légère du général de Cornulier-Lucinière.
Le général Sordet a décidé de remettre au lendemain la poursuite qu'il a donc seulement « entamée ». Mais, dans la nuit du 7 au , un télégramme du général en chef Joffre demande aux et de reprendre l'offensive, et précise que le corps de cavalerie doit tenter enfin la manœuvre qui s'impose et que l'on attend vainement de lui depuis deux jours : « prolonger l'action de la en recherchant les flancs et les derrières de l'ennemi ». Le général Maunoury exige même que la situation soit rétablie au point du jour.
Le général Bridoux est nommé, le au matin, à la tête du de cavalerie, en remplacement du général SordetJMO du CC Sordet, cote , ministère français de la Défense., dont le général Maunoury, par ordre d'opérations du même jour, déclare vouloir réparer le mouvement de recul opéré la veille.
C'est donc désormais le "Corps de cavalerie Bridoux" qui va participer à l'offensive et s'illustrer dans la bataille de l'Ourcq, décisive de la première victoire de la Marne, puisque, selon le général Joffre, dans une lettre adressée le 9 au général Maunoury, les opérations menées par la autour de la vallée de l'Ourcq auront eu pour effet de maintenir sur ce front une notable partie de l'armée allemande et d'obtenir un immense avantage ayant permis le développement des opérations des armées alliées.
Le corps de cavalerie
Durant les dix jours où il va exercer son nouveau commandement, le général Bridoux engage le de cavalerie dans les derniers combats de la bataille de l’Ourcq, où la , renonçant à l’offensive, est désormais chargée de fixer les forces ennemies massées pour protéger la retraite allemande, et de favoriser ainsi le franchissement de la Marne par les troupes alliées. Puis, lorsque le général Maunoury lance ses troupes à la poursuite des allemands en retraite, c’est le corps Bridoux qui va assurer la couverture de la gauche de la , dans le mouvement que cette dernière opérera jusqu’à l’Aisne, où l’ennemi va bientôt faire volte-face. Enfin, après avoir franchi l’Oise en vue d’attaques par l’ouest, le corps Bridoux se voit confier une mission plus ambitieuse : mener des « opérations d’envergure » vers le nord, en vue desquelles il va accomplir un long périple solitaire, jusqu’à traverser la Somme et pousser au-delà de Saint-Quentin, où le général Bridoux trouvera la mort le .
La bataille de l’Ourcq Nommé, le au matin, pour reconquérir le terrain perdu, le général Bridoux donne aussitôt l'ordre à ses divisions de franchir l'Ourcq et de canonner tous les éléments possibles de l'armée allemande Si, ce même jour, les trois divisions du corps Bridoux ne parviennent pas à reprendre tout le terrain perdu, du moins la , sous le commandement du général de Cornulier-Lucinière et conformément à la « mission hardie » confiée par le général Bridoux, réalise-t-elle, avec un raid de trois jours mené jusqu'à l'Ourcq entre les lignes allemandes, « un des plus beaux faits d'armes à l'actif de la cavalerie ». De son côté, la mène une attaque au nord-est de Betz.
Le général Maunoury doit alors se résoudre à adopter une stratégie défensive, dont l’objet sera de retenir les forces allemandes protégeant la retraite et de favoriser l’offensive des forces alliées sur la Marne. Le , alors que la s'attaque à plusieurs convois et poursuit un nouveau raid sur les arrières ennemis, menaçant les lignes de communication allemandes, les et couvrent, sous le commandement du général Bridoux, la gauche de la et font face à une attaque menée sur le plateau de Rozières, au cours de laquelle la et la de dragons de la sabrent et rejettent plusieurs bataillons. Puis, la protège le repli provoqué par une diversion allemande vers Nanteuil-le-Hardouin et mène de violents combats avant de gagner le sud de Senlis, au terme d'une épuisante marche de nuit. La , quant à elle, se porte à la gauche du du général Boëlle pour en soutenir la au sud de Nanteuil-le-Hardouin.
Ainsi, pendant ces journées des et , à l'unisson des exploits de la , les et , « après avoir arrêté de front des forces cinq ou six fois supérieures appuyées par , ont réussi, laissant sur ce front un simple masque, à faire face aux renforts ennemis appelés de l'ouest à la bataille et qui déjà atteignaient sur leurs derrières Nanteuil-le-Haudouin et Rozières, pour les rejeter sur l'Oise ».
La poursuite de l’armée allemande en retraite Parallèlement à la diversion qu'elle tentait au nord, l'armée allemande commençait sa retraite par le sud, poussée par le corps expéditionnaire britannique du maréchal French et la du général Franchet d'Esperey, qui avaient, l'un et l'autre, franchi la Marne. Le , la peut opérer un mouvement offensif général qui lui permet de traverser l'Ourcq et de poursuivre les troupes allemandes.
Bien que le général Maunoury évoque déjà les « opérations de grande envergure » que le corps Bridoux pourrait mener, avec toute latitude, sur les lignes arrières de l’ennemi, sa mission paraît encore inchangée : agir, par la rive ouest de l’Oise, sur les arrières de l'ennemi en retraite, faire des coups de main sur les convois et opérer des destructions sur les voies ferrées. À cet effet, alors que la mène un nouveau raid fructueux vers le nord : l'auteur y voit, page 353, la marque de ce "cavalier de race" qu'est le général de Cornulier-Lucinière, un qualificatif qu'il n'applique manifestement pas au général Bridoux, fils d'un simple sous-officier (un "bas-officier" dans l'argot de Saint-Cyr), sur lequel il se plaît à concentrer ses critiques (par exemple pages 233, 289, 295 ou 354).