La phtisiePhtisie : orthographe du ou phthisiePhthisie : cette orthographe vieillie se veut conforme à l'étymologie grecque du mot selon le Dictionnaire de la langue française d'Émile Littré. est un terme médical historique désignant, au sens large, tout état ou processus évoluant vers l'émaciation (grande maigreur) et la consomption (affaiblissement et maigreur extrêmes). Dans un sens étroit, le terme signifie phtisie pulmonaire, qui sera interprétée au cours du comme étant la tuberculose pulmonaire.

Le mot « tuberculose » apparait dans son sens moderne en 1834, et la phtisie est définitivement écartée du vocabulaire médical en 1891. La phtisie est un exemple de maladie représentant une construction sociale, tout autant qu'une réalité épidémiologique. Elle a marqué le début de l'ère industrielle, les sensibilités littéraires et artistiques.

Si les termes phtisie et phtisique (relatif à la phtisie, malade atteint de phtisie) ne sont plus usités, la phtisiologie reste la spécialité médicale consacrée à la tuberculose.

Pour l'histoire biomédicale de la maladie tuberculeuse (infection à Mycobacterium tuberculosis) :

Étymologie et origines Le terme vient du grec phthisis, φθίσις, dépérissement, consomption, usure, dont la racine indo-européenne signifie « diminuer, se consumer, arriver à son terme ». Dans son sens primitif, la phthisis représente les états de réduction vers l'extinction ou la disparition. Aristote parle de « phthisis de la lune » pour sa décroissance, de même pour le coucher du soleil.

Dans son sens médical, le terme est utilisé la première fois par Hérodote (Histoires, VII, 88) à propos d'un général mède qui, après une chute de cheval, présenta des vomissements sanglants, et dont la maladie se transforma en dépérissement.

La phtisie entre dans le vocabulaire technique des médecins grecs pour désigner une atrophie ou une réduction : phtisie dorsale, d'un rein, d'un œil ou d'un membre.

Dans les textes hippocratiques, le concept de phtisie se restreint et se précise. Plusieurs sortes de phtisies sont distinguées : celle avec fièvre, toux et crachats ; celle avec fatigue et essoufflement ; celle avec fatigue et noircissement de la peau... La forme principale de la phtisie concerne les maladies de poitrine et les poumons.

Dans un texte attribué à Galien, la phtisie est définie comme une ulcération du poumon, de la poitrine, ou de la gorge, qui amène toux et fièvre avec la consomption du corps.

Toujours dans l'Antiquité, Celse et Arétée de Cappadoce développent la notion d'habitus phthisicus, ou apparence générale des malades atteints de phtisie : teint blafard, taches de rougeur, chair molle, thorax aplati, omoplates en forme d'ailerons...

La coïncidence, voire le lien causal, entre la phtisie pulmonaire et la gibbosité acquise sont établis dès cette époque, bien que les médecins antiques n'aient aucune idée de l'unité commune des différentes formes de la tuberculose (formes extra-pulmonaires, ici vertébrale qui sera appelée plus tard mal de Pott).

Âge classique

Les deux sens de phtisie (large – dépérissement – et étroit – maladie de poitrine lentement mortelle – ) coexistent jusqu'à l'âge classique. Pour l'écrivain Alain-René Lesage (1668-1747), (Histoire de Gil Blas, II, 3). Quant au concept médical de phtisie, il se renouvelle alors par les études anatomiques.

En 1679, le Hollandais Franciscus de le Boe est le premier à affirmer la présence de «tubercules» dans le poumon des phtisiques. Il attribue la phtisie à une suppuration de ces tubercules. La même année, le suisse Théophile Bonet le confirme en réunissant 150 autopsies de phtisie pulmonaire.

En 1689, l'anglais Richard Morton publie son ouvrage majeur Phthisiologia, seu exercitationes de phthisi, le premier ouvrage entièrement consacré à la phtisie. Il décrit les tubercules, le caséum, et l'atteinte des ganglions hilaires.

Jean-Jacques Manget observe la phtisie du bœuf en 1716, en la reliant à la présence de cavernes (cavités pulmonaires) laissées par la dégénérescence de ces tubercules.

Un bilan des nouvelles connaissances au est réalisé par Jean Baptiste Théodore Baumes (1756-1828) dans son Traité de la phtisie pulmonaire (1783). Les bases anatomo-pathologiques de la phtisie pulmonaire (tuberculose) sont reconnues, sa contagiosité est sérieusement envisagée, mais l'unicité autonome de la maladie reste ignorée. La phtisie garde toujours son sens large de consomption à causes multiples.

Formes de phtisie Toute maladie chronique fébrile et suppurante, ou avec fonte corporelle, et lentement mortelle, peut être une forme de phtisie. Richard Morton en 1689 avait distingué quatorze sortes et Boissier de Sauvage, en 1759, en répertorie plus de vingt espèces.

La phtisie pulmonaire est la plus commune. Elle peut représenter la tuberculose pulmonaire (au sens strict moderne), mais le terme pouvait recouvrir toutes les suppurations pulmonaires chroniques, notamment celles par ulcérations pulmonaires (découvertes à l'autopsie). Différentes espèces de phtisie pulmonaire sont décrites, ainsi Gaspard Laurent Bayle distingue en 1810, la tuberculeuse, la granuleuse, avec mélanose, l'ulcéreuse, la calculeuse, et la cancéreuse.

De même, la phtisie trachéale ou laryngée peut désigner la laryngite tuberculeuse (sens moderne) ou toute ulcération-suppuration de l'organe.

La phtisie dorsale (en latin phthisis vel tabes dorsalis) peut représenter la tuberculose vertébrale ou mal de Pott, mais aussi les complications ostéo-articulaires et neurologiques des maladies vénériennes dont la neurosyphilis.

La phtisie hépatique indiquait tout dépérissement par une maladie attribuée au foie ; la phtisie pancréatique l'état terminal d'une maladie du pancréas, et ainsi de suite

La phtisie oculaire, utilisée pour désigner une atrophie du globe oculaire, est aussi l'ancien nom de la contraction de la pupille ou myosis.

La phtisie méditerranéenne a pu désigner la brucellose ; la phtisie des tailleurs de pierre la silicose, etc. Historiquement, il peut être difficile de déterminer si les phtisies signalées chez les ouvriers et artisans étaient des pneumoconioses ou la tuberculose, ces différentes maladies pulmonaires pouvant s'associer.

Enfin, la phtisie nerveuse ou phtisis nervosa, décrite par Richard Morton au , désignait un amaigrissement de tout le corps, avec pâleur du teint, et perte d'appétit, sans fièvre, ni toux ou autre manifestation notable. Elle est aussi appelée phtisie hypocondriaque, mélancolique ou hystérique, ou encore consomption. Dans un sens moderne, elle représenterait l'anorexie mentale.

En revanche, les écrouelles (adénites cervicales tuberculeuses) signalées depuis le haut Moyen Âge, ne seront reliées à la phtisie qu'à partir du .

Causes de phtisie Thèse contagionniste Elle est proposée dès 1546 par Fracastor dans De Contagione et Contagiosis Morbis, où il place la phtisie au même rang que la grande vérole (syphilis). Ces deux maladies se propagent par des particules invisibles ou seminaria.

Jean-Baptiste Morgagni (1682-1771), bien qu'il soit un fondateur de l'anatomo-pathologie, refusait de procéder à l'autopsie des phtisiques, car il était partisan de cette théorie contagionniste.

Au , à partir des idées de Nicolas Andry, imagine que la phtisie se transmet par des animalcules dans l'air qui viennent faire leur nid dans les poumons.

Thèse constitutionnelle

La phtisie est une altération du corps d'origine innée ou d'origine physique et climatique. La phtisie touche les sujets nés avec une faiblesse ou une déformation de la poitrine. La phtisie est héréditaire, par transmission d'une prédisposition, réalisant un «vice héréditaire».

Le froid est une cause de phtisie en faisant stagner les humeurs au niveau de la poitrine, au même titre que l'air trop salin, une mauvaise alimentation, la fumées des villes, la mélancolie...

Toutes les maladies peuvent aboutir à une phtisie en affaiblissant l'organisme. Pour les partisans du mécanisme, la phtisie relève d'un phénomène d'obstruction dans la circulation du sang au niveau des poumons.

Thèse morale Le phtisique est victime de son comportement. La phtisie est en rapport avec un mode de vie malsain. Il s'agit d'abord d'une éducation indolente qui rend mou, d'une alimentation trop riche en viandes rôties, de l'abus d'alcool, de tabac, de café, de sexe, de romans... L'excès de rêveries et d'ambitions amène son lot de déceptions qui engendre la mélancolie. C'est ainsi le mode de vie urbain qui est en cause, car trop éloigné de la simplicité naturelle des campagnes, celle qui procure la « paix de l'âme ».

La phtisie est alors une « fièvre de l'âme », celle des passions tristes. Pour le phtisique de cette époque, l'âge où l'on aime est aussi celui où l'on meurt. Pauline de Beaumont, l'amie de Chateaubriand meurt à 35 ans ; Julie Charles, amante de Lamartine meurt vers l'âge de 30 ans, comme Clotilde de Vaux, l'amie d'Auguste Comte ; Marie Duplessis, qui servit de modèle à La Dame aux camélias, meurt à 23 ans.

Traitements

La phtisie est réputée incurable, et les médecins développent leurs traitements, non pas pour guérir, mais pour éviter de désespérer les phtisiques. Ils disposent d'une tradition complexe remontant à l'Antiquité : elle est faite de retours alternés et contradictoires des mêmes traitements. Ainsi le gavage ou la diète, le mouvement ou la tranquillité, le calfeutrage ou la vie au grand air, la montagne ou la mer... sont proposés tour à tour.

Dans l'Antiquité, Hippocrate conseillait le lait cru de vache et le vin en quantité raisonnable. Celse interdit le vin et les autres plaisirs Abstinere a vino, balneo, venere (les vins, les bains, et les rapports sexuels). Arétée de Cappadoce recommande les séjours à la campagne, les voyages en mer et l'exposition au soleil Sol est remedium maximum. Galien dénonce les dangers de l'air confiné.

La médecine arabe recommande aussi le changement d'air, notamment le séjour en Crète au meilleur climat pour les phtisiques. Le régime alimentaire doit être enrichi d'huile d'olive et de sucre rosat (sucre blanc cuit dans de l'eau de rose), recette qui sera en vogue en Occident médiéval, pour reparaître dans les sanatoriums allemands à la fin du .

La médecine médiévale s'inspire de la théorie des signatures pour prescrire des médications anti-phtisiques basées sur leur ressemblance (forme, couleur) avec les poumons. Par exemple, le sirop de myrtille, la poudre de corail, la cendre d'écrevisse, et toutes les plantes dont les feuilles ont au moins une similitude avec les poumons (plantes dites pulmonaires).

Les médecins de la Renaissance redécouvrent les conseils des grands auteurs de l'Antiquité : la chambre du phtisique doit être bien aérée, exposée au sud, sa vie doit être distrayante mais reposante et sans passions excessives.

En 1664, Jan Johnston prescrit un traitement par le lait : bain de lait tiède, et viande de poulet engraissé au lait, pour réactiver les forces vitales par un retour à l'enfance. Thomas Sydenham s'oppose aux partisans du repos, pour défendre la gymnastique respiratoire, l'équitation, ou la marche à pied derrière la charrue pour l'odeur de la terre fraîchement retournée.

Au , Joseph Raulin conseille les vapeurs de sucre, car il a remarqué que les Noirs des Antilles atteints de phtisie guérissent en travaillant dans les usines à sucre. Dans le même esprit, d'autres recommandent les odeurs corporelles de jeune fille saine ou celles du sein de nourrice.

Au , deux dictons ironiques circulent dans les milieux médicaux : « Il vaut mieux avoir la phtisie, pour laquelle on a tous les traitements, plutôt qu'un rhume où on en a aucun » et « Hâtons-nous d'adopter un nouveau remède avant qu'il ne perde son efficacité ».

Aspects socio-psychologiques L'exemple de la phtisie montre combien la maladie est tout autant une construction sociale qu'une réalité épidémiologique.

Maladie sociale