Laurent Pokou, de son nom complet Laurent N'Dri PokouDans la tradition ivoirienne, le nom de N'Dri est donné au quatrième enfant d'une fratrie, ayant le même sexe que les trois précédents. Ce n'est pas le cas de Laurent Pokou, qui reçoit toutefois ce nom en mémoire d'un parent., est un joueur et un entraîneur ivoirien de football, né le à Treichville et mort le à Cocody, deux communes de l'agglomération d'Abidjan. Il évolue au poste d'attaquant du milieu des années 1960 au tout début des années 1980, avant d'exercer comme entraîneur jusqu'en 1988.

Il se fait connaître nationalement alors qu'il joue avec l'USFRAN Bouaké puis l'ASEC Abidjan, club avec lequel il obtient la plupart des titres figurant à son palmarès. Avant-centre titulaire de l'équipe de Côte d'Ivoire, il obtient une reconnaissance internationale en obtenant le titre de meilleur buteur de la Coupe d'Afrique des nations en 1968 et 1970. Son record de quatorze buts, marqués lors de ces deux éditions de la compétition, n'est battu qu'en 2008, par Samuel Eto'o.

Également retenu par les autorités ivoiriennes, il est longtemps réticent à quitter la Côte d'Ivoire pour devenir footballeur professionnel. Il est cependant encouragé à le faire par Pelé, et finit par rejoindre la France fin , via le Stade rennais, puis l'AS Nancy-Lorraine en 1977, où il côtoie Michel Platini. S'il marque les esprits durant son passage à Rennes, son parcours est toutefois ponctué de nombreuses blessures et par son échec sous le maillot nancéien.

Vu par les médias et par ses pairs comme un joueur spectaculaire, rapide, dribbleur, et un buteur efficace, il monte par deux fois sur le podium du Ballon d'or africain, en 1970 et 1973. Parfois comparé à son contemporain Salif Keïta, et à son successeur en équipe de Côte d'Ivoire Didier Drogba, il est considéré comme l'un des meilleurs joueurs de l'histoire du football ivoirien et africain.

Biographie L'enfance, entre Treichville et Bouaké (1947-1964) Laurent Pokou naît à Abidjan, dans la commune de Treichville, le . Sa famille est d'origine baoulé, et descendrait de la reine Abla Pokou, sans que cette filiation ne soit formellement établie.. Édouard, le père de Laurent Pokou, est cadre dans la fonction publique ivoirienne. Il est né, tout comme la grand-mère maternelle de Laurent Pokou, dans le village de Nianda Mafia, près de Tiassalé.. Très jeune, Pokou commence à jouer au football dans la cour de sa maison, avec des fruits ou des balles de chiffon. Mais ce début de passion ne plaît pas à son père : à plusieurs reprises, il lui inflige des brimades pour le punir et le dissuader de jouer. À l'école, Laurent Pokou est un élève peu attentif, qui préfère jouer au football, balle de tennis au pied, avec ses camarades à la récréation ou dans des tournois inter-école. Il y croise notamment Eustache Manglé ou encore Emmanuel Moh..

Très vite, Laurent Pokou se mesure à des joueurs plus grands que lui, sur les terrains de fortune de Treichville. Peu après ses 10 ans, il est finalement repéré par un dirigeant de l'ASEC Abidjan, qui lui permet d'intégrer les équipes de jeunes de son club. Il commence à y jouer à l'insu de son père, toujours en désaccord avec le souhait de son fils de s'adonner à ce sport..

En , Édouard Pokou est muté à Bouaké, au sein de la régie des chemins de fer Abidjan-Niger (RAN). Toute la famille déménage, et Laurent Pokou doit quitter l'ASEC. Il continue de jouer au football à l'école, mais s’essaye également à l'athlétisme et au basket-ball.. Un an plus tard, son père est de nouveau muté. Toute la famille Pokou retourne à Abidjan, sauf Laurent, que son père souhaite responsabiliser en le laissant se débrouiller seul à Bouaké pour finir ses études et trouver un travail..

Révélation à Bouaké, puis affirmation avec l’ASEC (1964-1968) vignette|gauche|alt=Photo aérienne d'un stade avec un terrain de football entouré d'une piste d'athlétisme|Pokou dispute la finale du championnat de Côte d'Ivoire, avec l'USFRAN Bouaké, au stade Félix-Houphouët-Boigny en 1965.

À l'âge de 17 ans, Laurent Pokou travaille ainsi comme aide-projectionniste dans un cinéma, mais peut aussi pratiquer librement le football. Il évolue durant quelques mois dans un club de quartier de Bouaké, créé par un ami, le Standard.. Ses performances attirent l'intérêt de tous les clubs de la ville et Pokou finit par intégrer, début 1965, l'USFRAN Bouaké, le club de la régie Abidjan-Niger, qui lui offre à sa signature sa première paire de chaussures de football.. Avec son club, il parvient jusqu'en finale du championnat national. Le , face au Stade d'Abidjan, au stade Félix-Houphouët-Boigny, l'USFRAN s'incline largement sur le score de huit buts à zéro., mais Pokou séduit les recruteurs des quatre grands clubs de la capitaleAbidjan est la capitale administrative de la Côte d'Ivoire de 1960 à 1983. Les quatre grands clubs abidjanais cités sont l'ASEC Abidjan, le Stade d'Abidjan, l'Africa Sports et le Stella Club d'Adjamé.. Ceux-ci tentent alors de convaincre Édouard Pokou de laisser son fils les rejoindre. Sur les conseils d'un ami et collègue, également dirigeant de ce club, il décide finalement de laisser Laurent retourner à l’ASEC..

Intégrant d'abord l'équipe junior de l'ASEC au cours de l'année 1966, Laurent Pokou met plusieurs mois avant de convaincre Ignace Wognin, l'entraîneur des seniors, de lui faire confiance, d'autant qu'Eustache Manglé, l'avant-centre titulaire, est aussi le buteur de l'équipe nationale.. Le , Pokou est finalement aligné une première fois lors d’un match de championnat contre le Réveil Club de Daloa, et inscrit trois buts pour ses débuts.. Wognin finit par l'installer comme deuxième attaquant derrière Manglé, ce qui ne l'empêche pas de marquer treize buts lors de ses sept premiers matchs avec les seniors de l'ASEC. Une réussite qui rend désormais Édouard Pokou fier des talents de son fils balle au pied..

Son éclosion n'échappe pas au sélectionneur ivoirien Paul Gévaudan, qui l'appelle une première fois en équipe nationale, pour un match amical face au Ghana, disputé le à Accra. Rentré en fin de match, Pokou est à l’origine du but égalisateur marqué par Manglé, à deux minutes de la fin du temps réglementaire.. Un mois plus tard, contre la Haute-VoltaLa Haute-Volta est le nom du Burkina Faso de 1960 à 1984., il marque son premier but pour la Côte d'Ivoire, mais rate également un penalty et expédie un tir sur la barre transversale.

L’homme d’Asmara : réussites et déceptions à la CAN (1968-1970) vignette|redresse|alt=Portrait noir et blanc en buste d'un homme barbu portant un manteau bouffant par dessus une tunique blanche|Pokou brille lors de la Coupe d'Afrique des nations 1968, disputée en Éthiopie, sous les yeux de Haïlé Sélassié.

Sélectionné par Paul Gévaudan pour participer à la Coupe d'Afrique des nations, disputée en Éthiopie en , Laurent Pokou l'aborde en étant toujours en concurrence avec Eustache Manglé et Maurice Déhi en attaque.. Il est titularisé pour la première rencontre de la Côte d'Ivoire face à l'Algérie, et inscrit deux des trois buts lors de la victoire ivoirienne trois à zéro ., sa seconde réalisation faisant se lever de son siège l'empereur Haïlé Sélassié Ier, présent au match. La seconde rencontre, émaillée d'incidents., est perdue contre l'Éthiopie, le pays organisateur, sur un but encaissé en toute fin de match. La Côte d'Ivoire parvient toutefois à se qualifier en battant l'Ouganda lors du troisième et dernier match de poule, Pokou ouvrant la marque (victoire deux buts à un). En demi-finale, à Asmara, les Ivoiriens retrouvent le Ghana, qui les avait déjà éliminés lors de la précédente phase finale. Les Ghanéens mènent rapidement deux buts à zéro, mais Henri Konan réduit l'écart sur penalty au quart d'heure de jeu. En début de seconde mi-temps, Pokou malmène la défense adverse et inscrit deux buts en l'espace de cinq minutes, effaçant notamment le gardien ghanéen Robert Mensah d'un double-contact pour marquer. Une prestation qui lui vaut les éloges soutenus des radio-reporters ivoiriens présents au stade. La Côte d'Ivoire prend l'avantage au score, mais deux erreurs défensives lui font finalement perdre la rencontre par trois buts à quatre.. Privés de finale, les Ivoiriens doivent se contenter de la troisième place, acquise en battant l'Éthiopie un but à zéro. À cette occasion, Pokou inscrit sa sixième réalisation de la phase finale, ce qui lui permet de devenir le meilleur buteur de la compétition.. Grâce à sa performance face au Ghana, Laurent Pokou obtient une reconnaissance nationale en Côte d'Ivoire. Il est désormais surnommé « L'homme d'Asmara », comme l'avait alors appelé le journaliste qui avait commenté la rencontre à la radio ivoirienne..

De retour à l'ASEC, Pokou enrichit son palmarès. Comme en 1967, le club abidjanais remporte la Coupe de Côte d'Ivoire en 1968 et 1969. En 1968, il participe également aux Championnats du monde militaire avec la Côte d'Ivoire et, s'il est rapidement éliminé, figure dans l'équipe type du tournoi.. Pokou est néanmoins l'objet de critiques dans la presse ivoirienne, qui stigmatise ses excès d’individualisme. et son manque de contrôle face aux décisions arbitrales. En effet, devenu un adversaire renommé et redouté en Côte d'Ivoire, il est la cible des défenseurs adverses, mais a tendance à vouloir se faire justice lui-même.. En , il est ainsi suspendu pour quatre matchs après avoir contesté de façon déplacée la décision d'un arbitre de touche, sous les yeux du président Félix Houphouët-Boigny.. À son retour, il qualifie la Côte d'Ivoire pour la phase finale de la Coupe d'Afrique des nations 1970, en marquant trois buts contre le Mali, battu quatre buts à zéro..

Cette fois, la CAN a lieu au Soudan. Lors du match inaugural, Pokou marque les deux premiers buts de la rencontre, mais la Côte d'Ivoire s'incline face au Cameroun. Ce dernier dispute sa première phase finale, et remonte son retard en seconde mi-temps, avec un doublé d'Emmanuel Koum (défaite ivoirienne par deux buts à trois) .. Dans l'obligation de réagir pour ne pas être éliminés, les Ivoiriens parviennent à vaincre le Soudan, grâce à un but marqué en toute fin de match par François Tahi, sur un centre de Pokou (victoire un but à zéro).. Lors du dernier match de poule, contre l'Éthiopie, la Côte d'Ivoire doit l'emporter sur le plus large score possible, pour s'assurer l'une des deux premières places qualificatives. Pokou réalise un quintuplé, dont quatre buts inscrits durant la dernière demi-heure de jeu, et qualifie son pays, battant au passage le record du nombre de buts marqués par un joueur lors d'un match de phase finale de Coupe d'Afrique des nations (victoire finale six buts à un). La demi-finale est l'occasion d’une énième revanche face au Ghana, mais les Ivoiriens échouent une nouvelle fois, un but à deux après prolongation, Pokou ayant fait l'objet d'un marquage strict de la part de ses adversaires.. Cette fois, au terme d'une petite finale disputée contre l'Égypte, les Ivoiriens terminent à la quatrième place de la compétition, vaincus trois buts à un. Laurent Pokou, qui a inscrit l'unique but ivoirien face aux Égyptiens, décroche pour la deuxième fois de suite le titre de meilleur buteur de la CAN, avec huit réalisations. En deux phases finales, l'attaquant a inscrit quatorze buts. Il devient ainsi le recordman du nombre de buts inscrits, toutes phases finales de la CAN confondues.

Grave blessure, puis Coupe de l'Indépendance du Brésil (1970-1973) vignette|redresse|gauche|alt=Photo noir et blanc d'un footballeur accroupi, la main droite à terre et le bras gauche en appui sur le genou|L'attaquant malien Salif Keïta remporte le Ballon d'or africain en 1970, devant Laurent Pokou.