LÉtat indépendant du Congo (EIC), dont le territoire correspond à celui de l'actuelle république démocratique du Congo, est un État d'Afrique centrale sur lequel le roi des Belges Léopold II de Belgique exerça une souveraineté de fait de 1885 à 1908. Le Congo était donc officiellement reconnu comme la propriété privée du roi des Belges et non une colonie du royaume de Belgique. On peut cependant parler d’union personnelle avec la Belgique.

Léopold II commence à nourrir des ambitions colonisatrices à l'égard du Congo en 1877 après avoir, avant même son accession au trône de Belgique en 1865, étudié d'autres possibilités, dont la Chine, le Japon, Bornéo, les Fidji et le Haut-Nil.

Il est assuré d'une reconnaissance par les autres puissances européennes de ses droits sur le territoire en 1885, à l'issue de la conférence de Berlin.

Les richesses abondantes (caoutchouc, ivoire, mines, etc.) du Congo incitent la couronne et les compagnies concessionnaires à entreprendre l'exploitation brutale de sa population. Le développement du territoire (voies ferrées, bateaux, exploitation commerciale, agricole et minière, fondation de villes, dont Léopoldville, lutte contre les maladies, organisation d'une Force publique, de dispensaires, d'écoles, de centres de développement, fin de la domination de l'est du Congo par des esclavagistes arabisés) est basé sur des formes de dominations violentes (confiscation de terres, irrespect des coutumes, application d'un régime de travail forcé, introduction de maladies, etc).

À partir de 1900, les Britanniques diffusent des informations concernant les conditions de travail dans l'État et déclenchent une vague d'indignation et de protestation, en Belgique où le roi n'est pas très populaire, au Royaume-Uni, puis aux États-Unis et dans quelques pays européens. Une commission d'enquête est nommée et conduit au changement de statut de cet État.

En 1908, un an avant la mort du roi, la pression de l'opinion publique et les manœuvres diplomatiques conduisent à la fin de la souveraineté de Léopold II sur le territoire et à l'annexion du Congo par la Belgique en tant que colonie, désormais connue sous le nom de Congo belge.

Histoire Genèse de l'État indépendant du Congo

vignette|upright|left|, roi des Belges et souverain de fait de l’État indépendant du Congo de 1885 à 1908.

parvient à faire reconnaître la souveraineté de l'Association internationale du Congo (A.I.C.) sur le pays essentiellement pour trois raisons : il promet d'en faire un État sans douane (tant les gouvernements français que britanniques imposent alors d'importants droits de douane à l'entrée et à la sortie sur les territoires de leurs colonies) ; il octroie à la France, en 1884, un droit de préférence sur les territoires du futur État indépendant du Congo, ce qui signifie qu'en cas de disparition ou de dissolution de cet État, la souveraineté sur ces territoires serait proposée en premier lieu à la France ; tant le Royaume-Uni que la France – et dans une moindre mesure, l'Allemagne – préférèrent confier les territoires du Congo à une petite nation neutre qu'à leur concurrent dans l'impérialisme.

vignette|upright|Le Britannique Cecil Rhodes. Le regain d'intérêt pour les richesses générées par le territoire limiteront néanmoins la superficie du territoire escompté. Les Français réclament la rive nord du fleuve – l'actuelle république du Congo – et les Britanniques, et principalement Cecil Rhodes, tentent de s'approprier la riche région du Katanga. peut finalement espérer obtenir un territoire se confondant pratiquement avec la cuvette centrale du bassin du Congo, dont l'avenir économique reste incertain.

L'expansion française met le Royaume-Uni mal à l'aise, car ce dernier a une prétention sur le Congo qui date de l'expédition du lieutenant Cameron en 1873 : cette expédition, partie de Zanzibar, ramenait le corps de Livingstone. Le Royaume-Uni, cependant, ne souhaite pas prendre possession d'une grande colonie supposée peu productive. Lorsque les investissements dans l'État Indépendant se révélèrent rentables, certains en Angleterre s'efforcèrent de remettre en cause l'autorité du roi Léopold. Le Portugal a une revendication dont les bases sont plus anciennes, puisqu'elles datent des voyages de Diogo Cão à l'embouchure du Congo en 1482. Après avoir été oubliée pendant des siècles, cette revendication réapparaît. Les Portugais cherchent d'abord un soutien français, mais les Britanniques proposent le leur, en échange d'une promesse de « libre commerce » sur le fleuve. L'Allemagne de Bismarck a de nouvelles possessions en développement dans le Sud-Ouest africain, et n'a pas d'ambition pour le Congo, mais elle est ravie de voir ses rivaux britannique et français se disputer ainsi l'Afrique centrale.

Léopold II entame une campagne d'information au Royaume-Uni, épinglant les rapports relatifs à l'esclavagisme dans les colonies portugaises, et laisse sous-entendre aux grandes compagnies commerciales britanniques qu'il pourrait laisser au Royaume-Uni un statut plus avantageux que celui promis par les Portugais pour le commerce dans le territoire. Dans le même temps, promet à Bismarck qu'il ne donnera à aucune nation étrangère de faveur particulière sur le territoire du Congo, et que les Allemands pourront l'exploiter comme tous les autres. Léopold garantit par ailleurs à la France que, s'il n'est pas en mesure de subvenir seul aux moyens nécessaires pour exploiter le territoire – ce qui semble à l'époque être le cas –, ce dernier lui reviendra en priorité. Finalement, il demande l'aide des États-Unis et envoie au président Arthur des copies des traités conclus par l'explorateur britannique Stanley avec les chefs de tribus locales ; il déclare que, dans le cadre de son action humanitaire, l'A.I.C. administrera le Congo pour apporter les bienfaits de la civilisation aux populations indigènes.

vignette|L'État indépendant du Congo. En , Bismarck convoque la conférence de Berlin : une conférence qui réunit quatorze États et a pour but de trouver un accord à l'amiable pour le partage de l'Afrique centrale. Après trois mois de négociations, Léopold finit par obtenir satisfaction. La France reçoit sur la rive nord du fleuve – les actuelles république du Congo et République centrafricaine –, le Portugal au sud – l'actuel Angola –, et Léopold II obtient, au nom de l'A.I.C., les qui constitueront l'État indépendant du Congo. Cette dernière appellation n'était d'ailleurs pas encore utilisée au moment de la conférence de Berlin et n'est employée qu'à partir du Cornelis, S. "Stanley au service de Léopold II: La fondation de l'État Indépendant du Congo (1878-1885)". In Cornelis, S. (Ed.), H.M. Stanley: Explorateur au service du Roi. p. 41-60. Tervuren: Royal Museum for Central Africa.: 53–54..

À l'issue de la conférence de Berlin, Strauch, le président de l'Association internationale du Congo, déclare à Bismarck : « La conférence, à laquelle j'ai le devoir de rendre hommage, voudra bien, j'ose l'espérer, considérer l'avènement d'un pouvoir qui se donne la mission exclusive d'introduire la civilisation et le commerce au centre de l'Afrique, comme un gage de plus des fruits que doivent produire ses importants travaux »Bulletin officiel de l'État indépendant du Congo, années 1885 et 1886..

La conquête de vignette|upright|Armes de l'État indépendant du Congo.

Proclamation vignette|Obligation de l'État Indépendant du Congo en date du mars 1888. Les chambres législatives belges, par une résolution adoptée à la Chambre des représentants, le , et au Sénat le , avait autorisé Léopold II à devenir chef d'un autre État : « Sa Majesté Léopold II, Roi des Belges, est autorisé à être le chef de l'État fondé en Afrique par l'Association internationale du Congo. L'union entre la Belgique et le nouvel État sera exclusivement personnelle. », « personnelle » signifiant que, « pour le gouvernement belge, ce que Léopold II fait en Afrique, il le fait en tant que simple particulier. Le gouvernement n'a donc pas à s'en mêler. Et de fait, sauf à quelques rares moments, le Roi ne tient même pas ses ministres au courant du développement de son entreprise. »Jean Stengers, La Fondation de l'État indépendant du Congo, Liège, Université de Liège, coll. « L'Histoire aujourd'hui », 5. Les Belges voient d'ailleurs d'un mauvais œil les ambitions du roi. Le , prend le titre de souverain de l'État indépendant du Congo.

C'est un Anglais, Sir Francis de Winton, vice-administrateur général de l'Association internationale du Congo, qui proclame officiellement sur place, à Vivi, le Notice biographique Francis de Winton, Académie Royale des Sciences d'Outre-Mer., la fondation de l'État indépendant du Congo et l'avènement de comme souverain de cet État. Le , Winton a terminé son mandat et retourne en Angleterre, où il est engagé par la British East African Association. La capitale est plus tard transférée à Boma.

Ainsi que l'écrit l'historien Isidore Ndaywel è Nziem : Isidore Ndaywel è Nziem, Nouvelle histoire du Congo, Le Cri - Afrique Éditions, 297.. Un cas pas si unique puisqu'il fut la règle lors du partage de l'Afrique par les puissances colonisatrices à partir de cartes approximatives avant de procéder au report des frontières sur le terrain.

n'a plus besoin de la façade de l'Association internationale du Congo et la remplace par un cabinet composé de Belges dont la mission est d'assurer la gestion de l'État. Pour l'assister dans ses nouvelles fonctions royales de souverain de l'État indépendant du Congo, nomme, dès le mois de , un cabinet – entendu comme Gouvernement de l'État indépendant du Congo – constitué de trois administrateurs généraux : Maximilien Strauch au département de l'Intérieur, Hubert Van Neuss au département des Finances et Edmond van Eetvelde au département des Affaires étrangèresBulletin officiel de l'État indépendant du Congo, , 1885.. Les deux premiers démissionnent de leur fonction en 1890 pour manifester leur profond désaccord avec la nouvelle politique commerciale du roi, et notamment la levée d'impôt sur le caoutchouc et le fait que le produit total des récoltes soit dorénavant réservé au profit de l'État. Van Eetvelde reste en place et endosse les fonctions des deux autres, devenant jusqu'en 1897 monsieur le « Ministre du Congo » pour les parlementaires et la presse de Belgique. Ce cabinet est situé 7, rue Brederode, à Bruxelles.

Organisation

En 1888, Léopold constitue la Force publique, à la fois armée, police (gendarmerie) nationale, et surtout milice écrasant toute révolte et assurant l'exploitation de la population en quasi servage afin d'assurer les quotas de productions. Elle est composée de militaires belges et étrangers, de mercenaires blancs, et de soldats indigènes : enfants soldats, esclaves noirs échappés de la traite pratiquée par des trafiquants arabisés dans le nord-est du Congo, etc. Les troupes sont en uniforme bleu et coiffés d'un fez rouge, équipé de fusils Albini-Braendlin puis Mauser belge. La Force publique s'agrandit progressivement, de 60 officiers, 60 sous-officiers et en 1891 à en 1910.

Le vaste bassin du Congo est divisé en quatorze districts administratifs dirigé par un commissaire européen, chaque district en plusieurs zones, chaque zone en plusieurs secteurs. Chaque secteur compte plusieurs postes de la Force publique, tenant lieu de poste de police et de base d'opération pour mater les oppositions locales.

Les Africains ne sont armés que de fusils archaïques du , que la pluie rend inutilisables. Pourtant, les Boa, les Budza et les Sanga se livrent à une guérilla acharnée, et les Yaka ne sont soumis qu'en 1906. En 1908, la Force publique compte trois cent treize postes militaires qui effectuent souvent des patrouilles, constituées chacune d'une douzaine de soldats noirs et de deux officiers blancs. Les populations congolaises doivent fournir à manger à l'armée.