L'église de la Garnison à Potsdam était l'église baroque la plus importante de Potsdam, construite entre 1731 et 1735 par ordre du roi , dit le « roi sergent », qui orienta le royaume de Prusse vers le développement de sa puissance militaire. L'église fut conçue pour être remarquable par sa taille et par le luxe de sa décoration. Le roi sergent fut inhumé dans l'église de la Garnison à Potsdam devenue un symbole de l’État prussien et de sa puissante armée ; il en alla de même pour son successeur Frédéric II, dit « Frédéric le Grand ». L'église a d'abord été utilisée pour le culte calvinisteLes rois de Prusse sont calvinistes depuis la conversion au calvinisme de leur ancêtre en 1613. pour les soldats royaux, puis fut rattachée en 1817 à l'Église protestante de l'Union prussienne (sorte d'union luthéro-réformée) par la volonté du roi .
Soucieux d'asseoir sa légitimité en s'inscrivant dans la ligne historique tracée par les rois de Prusse, Adolf Hitler y vint le , en tenue civile, pour s'incliner avec toutes les marques de respect, devant le chef de l’État, le maréchal Hindenburg. Le , deux jours après un discours plein de modération prononcé le jour même de sa visite à Potsdam, il obtenait le vote des pleins pouvoirs. Cet événement fut commémoré par les nazis sous le nom de « journée de Potsdam ». Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l'église fut en partie détruite par les bombardements des 14 et . Le , malgré l'opposition des représentants de l'Église protestante en République démocratique allemande, les ruines subsistantes furent dynamitées et enlevées par décision du président Walter Ulbricht. À partir des années 1970, l'emplacement est ensuite utilisé par le centre informatique de l’État de Brandebourg.
Après la réunification allemande, un projet de reconstruction de l'église suscite la polémique en raison de risques d'instrumentalisation par l'extrême-droite. On s'orienterait actuellement vers une reconstruction partielleStephen Evans, The church described as a 'symbol of evil', BBC News, Berlin, 16 septembre 2014, consulté le 11 décembre 2016 Tom Heneghan, “German Protestants agree to help rebuild notorious Potsdam church”, article du Religion News Service, 18 avril 2016, consulté le 2 janvier 2017 ..
En , la tour reconstruite est inaugurée lors d'une cérémonie en présence du président allemand Frank-Walter SteinmeierLa restauration d’une église à Potsdam, symbole du passé nazi, fait polémique en Allemagne par Bertrand Guyard dans Le Figaro du 1er septembre 2019..
Bâtiment vignette|Carillon dans le clocher de l'église de la Garnison. Clocher et carillon Le clocher de la Garnisonkirche mesurait et sa base débordait nettement dans la rue. Ses murs latéraux étaient rythmés par de hautes et étroites fenêtres et des sculptures ornaient ses angles. Une inscription en lettres d'or monté au-dessus de l'entrée principale face à la Breiten Straße se lisait : "Frédéric Guillaume, roi de Prusse, a fait construire cette tour à côté de l’église de la Garnison en l'honneur de Dieu. Année 1735."
L'étage supérieur du clocher, construit en bois de chêne, avait des lanternes et un toit en cuivre couronné d'une girouette. Le carillon, hérité de la première église de la Garnison consacrée en 1722, avait été augmenté de cinq nouvelles cloches de basse produites par le fondeur Paul Meurer. Il jouait de la musique religieuse toutes les heures, alternant avec de la musique séculière jouée sur les demi-heures, ce jusqu'à la fin du . De 1797 à 1945, l'ordre musical a été changé pour Lobe den Herrn meine Seele (Louange au Seigneur, oh mon âme) et Üb immer Treu und Redlichkeit, un poème de Ludwig Hölty, adapté sur un thème que Mozart avait composé pour l'aria de Papageno dans la Flûte enchantée. Entre deux, des mélodies courtes, certaines jouées sur demande, résonnaient dans la ville toutes les 7,5 minutes. Nef La nef était construite sur un plan carré. Son axe transversal était relié au clocher du côté nord. La toiture à 4 pans mesurait de haut, et comptait deux lucarnes sur chaque pente sauf au sud. De hautes fenêtres à voûtes en plein cintre dominaient les façades, ornées de portails centraux décoratifs sur trois côtés. Les entrées des deux côtés de la tour menaient à une grande balustrade à partir de laquelle il était possible d'accéder à une passerelle sur le toit. Des piliers ornés de colonnes flanquaient les deux côtés des portes principales qui, avec la tour elle-même, formaient une entrée particulièrement imposante depuis la Breiten Straße. gauche|vignette|Vue de l'intérieur de la Garnisonkirche (partie est). Intérieur L'intérieur de l'église de la Garnison était simple. Des colonnes massives, reliées par de robustes arcs en anse de panier, soutenaient un toit plat et des galeries à deux étages. L'intérieur, qui apparaissait dès l'abord dépourvu d'ornementation, était composé de simples boiseries. Tandis que les civils étaient assis sur des bancs dans la nef, les soldats prenaient place dans les galeriee. Une chaire de bois se trouvait sur le côté sud de la nef.
En 1735 fit creuser la crypte sous un autel baroque nouveau et coloré intégrant une chaire. Le sculpteur a créé des figures en marbre de « Mars » et de « Bellona » qui flanquaient l'entrée de la crypte. La Sainte-Cène était servie à partir de la chaire de bois d'origine, maintenant appelée l'« autel de terrain ». thumb|Vue de l'orgue de la Garnisonkirche.
Orgues L'orgue de l'église de la garnison, qui comprenait un carillon, a été construit par le constructeur d'orgue Joachim Wagner en 1731-1732. Il comportait 25 registres sur 3 claviers avec des pédales. Ceux-ci ont été augmentés plus tard à 42 registres par son collègue Carl Ludwig Gesell en 1862. L'orgue a été modernisé par Wilhelm Sauer pendant les rénovations intérieures étendues menées de 1897-1899. Il a réutilisé environ la moitié des tuyaux d'orgue historiques originaux pour le nouvel orgue de style romantique tardif, a augmenté le nombre de registres à 46 et a changé la mécanique à un système d'action pneumatique. L'orgue était inhabituellement placé et se tenait sur la balustrade du deuxième balcon. Il avait une imposante enveloppe avec des ornements richement sculptés et des détails sculpturales pensé pour être conçu par l'artiste (1679-1765). Les tuyaux d'orgue étaient disposés en trois ensembles, chacun avec six groupes de tuyaux, dont le plus long mesurait . Certains des registres à pédales étaient logés dans la tour médiane faute d'espace. De manière remarquable mais convenable pour une église militaire, l'orgue avait des carillons imitant des trombones et des timbales montés sur des anges. Un soleil tournoyant et un aigle battant les ailes complétaient le décor. Grâce à un don du mécène , il a été possible de reconstituer le son de l'orgue Wagner à partir des documents existants.
Historique Construction d'une église Construite de 1720 à 1722, la première église de la Garnison de Potsdam était un simple bâtiment carré, partiellement en bois. Il avait un toit à quatre pans et un tour à deux étages qui accueillait un carillon de construit par le Néerlandais Jan Albert de Grave. La paroisse était principalement composée de soldats du régiment des grenadiers de la garde royale, dit aussi des géants de Potsdam qui suivaient les offices religieux réformés.
Reconstruction de l'église Quelques années seulement après sa construction, la première église commença à se fissurer et à prendre de la gite. Les fondations n’avaient pas été suffisantes eu égard à la nature marécageuse du sol et au poids très élevé du bâtiment, y compris le lourd carillon. En 1730, il fallut déposer le carillon, puis reconstruire l'église et son clocher. Le roi Frédéric-Guillaume commanda une nouvelle étude à l'architecte Philipp Gerlach. La construction commença en 1731 et, le , la nouvelle église put être dédicacée par l'aumônier de la cour, le pasteur Christian Johann Cochius, et par l’aumônier militaire, Johann Gottfried Hornejus. Contrairement à la tour de la première église de la Garnison de Potsdam en 1730 et contrairement à la tour de l'Église Saint-Pierre de Berlin en 1734, le clocher de l’église de la Garnison, bien très haut, ne s'écroula pas après sa construction, terminée en 1735. Ce fut donc une grande satisfaction pour Frédéric-Guillaume d’en monter les 365 marches, peu après s'être remis d’une grave maladie.
Des rois de Prusse à la république de Weimar : un haut lieu du militarisme En 1735, fit construire une crypte sous l’autel. Cinq ans plus tard, il y était enterré. Son successeur Frédéric-Guillaume II (Frédéric le Grand) invita Jean Sébastien Bach à Potsdam. Bach joua sur l’orgue de l’église de la Garnison qu’il déclara être excellent. Frédéric II, bien qu’il ait souhaité être enterré sur la terrasse de son palais de Sanssouci à Potsdam, fut enterré dans la crypte aux côtés de son père, en 1786.
À la demande de la reine Louise en 1797, l’hymne chrétien Lobe den Herrn (Loue le Seigneur, ô mon âme) commença à être joué par le carillon de l’église à chaque heure pleine, et à la demie, Üb immer Treu und Redlichkeit, hymne utilisant la mélodie de l’aria de la Flute enchantée (l’opéra de Mozart).
En , le tsar de Russie fut invité par le roi Frédéric-Guillaume et la reine Louise pour confirmer et célébrer leur alliance contre Napoléon. Le après sa victoire d’Iéna–Auerstadt sur l’armée prussienne, l’empereur Napoléon occupa Berlin et Potsdam et demanda à visiter les appartements privés de Frédéric II au palais de Berlin et la crypte de l’église de la Garnison. Par respect envers , Napoléon plaça l’église de la Garnison sous sa protection personnelle, alors qu’il affectait l’église française et l’église du Saint-Esprit à sa cavalerie, pour en faire leurs écuries.
Le premier magistrat élu de Potsdam fut investi dans l’église de la Garnison le .
En 1816, pour faire de la place aux drapeaux mis en place dans l’église pour célébrer le succès de la guerre de libération face à l’occupant français, les statues de Mars et Bellona (dues à Johan Georg Glume) furent retirées et placées dans les escaliers du palais de la ville. Les balustres furent drapés de rouge et or et des plaques à la mémoire des soldats morts dans cette campagne y furent suspendues.
Le , date du troisième centenaire de la Réforme, le premier culte commun luthéro-réformé y fut tenu à la demande du roi Frédéric-Guillaume III dans le cadre de la création d’une église d'État prussienne. Frédéric-Guillaume IV, alors qu’il n’était encore que dauphin, commença à faire des projets de modernisation de l’église. Il proposait de construire une basilique dix fois plus grande que l’église existante, projet qui ne fut jamais concrétisé. Les seuls travaux réalisés sous son règne furent en 1886 l’addition d’une chapelle décaèdre dans le narthex sud-ouest et une restauration de la nef, et ultérieurement des réparations du clocher.
La décoration intérieure fut ensuite complètement revue et enrichie sous la direction de Friedrich Laske : nouveaux bancs et stalles en bois de cyprès aux panneaux richement ornementés, balustrades enrichies de moulures et de cartouches embossés rehaussé d’or. Friedrich Laske fut aussi chargé d’améliorer la sécurité incendie, l’éclairage, le chauffage et la visibilité depuis les balcons. Le nombre de trophées augmenta après les guerres de la fin du , comptant 117 drapeaux français, 25 drapeaux danois et 7 bannières autrichiennes. Les orgues passèrent de 42 à 46 registres. Un portail de fer forgé fut ajouté à la porte du clocher en 1907 et un autel précieux fut donné en 1910 par l’empereur Guillaume II, mettant un point d’orgue à un siècle d’embellissements.
L’article 245 du traité de Versailles disposait que les trophées français seraient restitués à la France, mais en , ils furent enlevés par des inconnus, et jamais retrouvés. Ils furent remplacés par les drapeaux des régiments prussiens dissous.