L'Union des intérêts économiques est une organisation patronale française du . Elle fédéra des petits et moyens patrons et des commerçants et lutta au nom d'idées libérales sur un terrain politique, en liaison avec des syndicats patronaux, des hommes et des partis politiques radicaux et modérés. Ernest Billiet a été son principal animateur.

Historique

Fondation en 1910 C'est devant la crainte d'une nationalisation des compagnies d'assurances et des entreprises du secteur de la distribution des boissons alcoolisées que fut fondée l'Union des intérêts économiques (UIE), déclarée le Journal officiel, 8 mai 1910. Un discours à la Chambre des députés du ministre des finances Georges Cochery en , agitant le thème du étatisé de ces deux secteurs économiques, provoqua une contre-offensive du patronat à la veille des élections législatives. Les dirigeants de l'Union syndicale des compagnies d'assurances (baron Guillaume Cerise, président depuis 1908 de ce syndicatDossier de la Légion d'honneur de Guillaume Cerise (1847-1919) dans la base Léonore) et du syndicat national du commerce en gros des vins, cidres, spiritueux et liqueurs de France (Paul Forsans), appuyés par le président du comité de l'alimentation parisienne, Marguery, désigné premier président de la nouvelle association juste avant son décès, se rencontrèrent et décidèrent de fonder l'UIE pour mener le combat contre les hommes politiques partisans des monopoles publicsL'Argus, 12 décembre 1909, "Défendons-nous !", L'Argus, 10 juillet 1910, Discours du baron Cerise lors du premier conseil général de l'UIE, L'Argus, 14 avril 1912, Discours du baron Cerise lors du 3e conseil général de l'UIE. L'UIE se situe d'emblée sur un terrain politique mais aussi idéologique. Elle défend à la fois les intérêts bien compris de ses membres, commerçants et industriels, et assure la promotion du libéralisme traditionnel : défense de la propriété privée, de l'initiative privée, refus de l'étatisme, de , comme l'indique son nom complet : Union des intérêts économiques pour la liberté du commerce et de l'industrie, la défense de l'initiative privée et contre l'extension des monopoles de l'Etat.

L'UIE est dirigée par Forsans, président, les vice-présidents Guillaume Cerise et Arthur Millon, président du comité de l'alimentation parisienne, président du syndicat des restaurateurs - remplacé en 1914 par Girardin -, le secrétaire général (depuis 1910) Lucien Mazand, secrétaire général du syndicat de l'épicerie française et rédacteur en chef de L'Epicerie française, le trésorier Félix Leseur, secrétaire général depuis 1894 de la Société d'économie industrielle et générale et directeur général depuis 1895 de la compagnie d'assurances mutuelles Le ConservateurDossier de la Légion d'honneur de F. Leseur, Le Réveil économique, 15 avril 1950, Nécrologie : il a débuté comme journaliste, à La Justice de Clemenceau avant d'entrer dans les assurances à la suite de son mariage, et a fini sa vie, à 89 ans, comme dominicain : il est devenu le R.P. Leseur, et E. Goulet, président de la chambre syndicale du commerce en gros des vins de Paris et du département de la SeineL'Argus, 10 avril 1910 ( bureau provisoire ), L'Argus, 9 juillet 1911 ( 2e conseil général ), L'Argus, 7 avril 1912 (3e conseil général de l'UIE), L'Argus, 12 janvier 1913, L'Argus, 22 février 1914 (5e conseil général).Dictionnaire historique de la vie politique française au , op. cit., (Lucien Mazand, et non Louis). Animent aussi l'UIE Tricoche et Ernest Billiet, délégués, chargés de la propagande. L'UIE a constitué en 1911 30 comités en province et a reçu l'adhésion de 24 syndicats, qui s'ajoutent aux 33 syndicats ou fédérations dont les présidents constituent le comité de direction de l'UIEL'Argus, 9 juillet 1911 ( 2e conseil général ).

L'UIE mène alors son combat par différents moyens : publication d'un périodique, Le Réveil économique, à partir de Notice de la BNF, conférences, affichage, distribution de tracts, contacts avec les hommes politiques, liens avec les autres organisations patronales, par exemple avec le Comité central d'études et de défense fiscale, alliance d'organisations patronales contre le projet d'impôt sur le revenu - son meeting à la salle Wagram en est présidé par le président de l'UIE, ForsansLe Temps, 30 novembre 1910.

Forsans présente l'UIE comme . C'est qu'un a été constitué à la Chambre des députés en , présidé par Joseph Noulens puis Charles ChaumetLe Temps, 6 mars 1913, Ibid., 26 janvier 1924Dictionnaire historique de la vie politique française au , op. cit., Claire Andrieu, Gilles Le Béguec, Danielle Tartakowsky (dir.), Associations et champ politique: la loi de 1901 à l'épreuve du siècle, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 204-206.. L'UIE adopte un programme économique début 1914, soumis aux candidats aux législativesGil Blas, 12 février 1914. Chaumet prend part au 5e conseil général de l'UIE en 1914, aux côtés d'autres députés (Félix Chalamel, Leboucq, Édouard Bussat, Emmanuel Brousse, Paté, Georges Bouctot, etc.)L'Argus, 22 février 1914. Il préside le comité parlementaire du commerce, formé en . Paul Forsans en est le trésorierLe Radical, 26 juin 1914. Ce dernier est membre de la commission centrale exécutive de l'Alliance démocratique (France)Le Temps, 18 juillet 1911Rosemonde Sanson, L'Alliance républicaine démocratique: Une formation de centre (1901-1920), Presses universitaires de Rennes, 2003, .

Le comité parlementaire du commerce fonctionne durant la Première Guerre mondiale avec les mêmes hommesLe Temps, 12 novembre 1915. Billiet y participe en 1918L'Economiste parlementaire, 17 janvier 1918. Ce comité comprend alors plus de 150 parlementaires, dont 28 anciens ministres, des vice-présidents du Sénat et de la chambre, des présidents de commissions, des rapporteurs des budgets. Ainsi que des personnalités du monde des affaires, les présidents des chambres de commerce et des économistesLe Gaulois, 26 avril 1916. Emile Labarthe, rédacteur en chef du Réveil économique, est son secrétaire généralLe Réveil économique, 15 octobre 1958, Nécrologie. Labarthe est présenté comme le fondateur de ce périodique. .

Apogée dans l'entre-deux-guerres

En 1919, l'UIE est encore présidée par Forsans Le Temps, 14 mai 1919, assisté de 4 vice-présidents : Ferdinand Matignon, qui lui succède, président de l'Union syndicale des compagnies d'assurances, Delcros, président de la confédération nationale des limonadiers, restaurateurs et hôteliers, Fettu, président de la fédération française des syndicats de l'épicerie et Robert Delaunay-Belleville (1876-1938), président de la chambre syndicale de la mécanique, administrateur général des Ets Delaunay-Belleville et des automobiles Delaunay-Belleville, administrateur depuis 1912 des compagnies d'assurances L'Union et de la Banque de Paris et des Pays-Bas depuis 1917, membre de la chambre de commerce de Paris à partir de 1922Le Figaro, 10 novembre 1919, Ibid., 6 septembre 1938, Le Radical, 16 mars 1917, Paris-Soir, 15 mai 1925, "Traits et portraits", L'Homme libre, 27 juin 1922 (administrateur de la Société normande de métallurgie).Christophe Bouneau, La Chambre de commerce et d'industrie de Paris (1803-2003): histoire d'une institution, Droz, 2003Danièle Fraboulet, Quand les patrons s'organisent: Stratégies et pratiques de l'UIMM 1901-1950, Presses Univ. du Septentrion, 2007, . Il est encore trésorier tandis qu'Ernest Billiet est trésorier adjoint. Ce dernier est le principal animateur de l'UIE : délégué depuis 1910, il est secrétaire général début 1919 (en remplacement de Lucien Mazand, décédéLe Matin, 4 janvier 1919, "Deuil"), vice-président lorsqu'il se fait élire sénateur en 1920, puis président à partir de . Il a fait entrer son frère Louis à l'UIE en 1918 : ce dernier est secrétaire de rédaction puis rédacteur en chef du Réveil économique, secrétaire général (1925) et délégué général à la propagande de l'association, puis vice-président délégué à la fin des années 1930.

L'UIE combat encore les monopoles étatiques (allumettes, téléphone), sans toujours être entendue ; elle estime que leur gestion Le Temps, 23 novembre 1922, Journal des débats, 29 octobre 1925Pierre Musso, Aux origines de l'autonomie des télécommunications françaises. La loi de 1923, Réseaux, 1994, vol. 12, n° 66, p. 110. L'association combat aussi le projet d'impôt sur le capital du cartel des gauchesEdouard Lynch, Moissons rouges: Les socialistes Français et la Société Paysanne durant l'entre-deux guerres (1918-1940) , Presses Univ. du Septentrion, 2002, .Nicolas Delalande, Les Batailles de l'impôt. Consentement et résistances de 1789 à nos jours, Seuil, 2011. Devant la menace de grève des services publics, Forsans préside un meeting à la Mutualité en 1920, au cours duquel interviennent les dirigeants d'autres associations professionnelles (Association de l'industrie et de l'agriculture françaises du sénateur Touron, Confédération des groupes commerciaux et industriels de France, Fédération des commerçants-détaillants de France, Comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agriculture, Association nationale d'expansion économique, Fédération des industries et commerçants français, etc.), qui exigent l'interdiction de telles grèves« Contre l'intervention des services publics », Le Temps, 18 mars 1920, « Contre les grèves dans les services publics »Journal de Senlis, 21 mars 1920.

L'UIE est alors connue comme l'organisme chargé de la lutte électorale du patronat. Elle mène ses combats ouvertement, par son journal, l'affichage - ainsi la célèbre affiche anticommuniste de , éditée en 1919 par une filiale de l'UIEElle représente un homme hirsute et mal rasé tenant dans un rictus effrayant un couteau entre les dents d'où dégoulinent des gouttes de sang: Serge Berstein et Pierre Milza, Histoire de la France au : 1900-1930, Complexe, 1999 -, la publication de brochures, la diffusion de tracts adressés aux commerçants et aux industrielsExemple de tracts: L'Oued-Sahel, 24 janvier 1924, des vœux et des manifestesLe Temps, 8 juin 1928, Le Temps, 25 mai 1929, Ibid., 16 mars 1932. L'UIE a aussi produit et cherché à diffuser des films de propagande« Le film à Billiet ou le cinéma électoral », Le Populaire, 24 mars 1924 et elle a tenté de s'adresser aux instituteurs publics, en leur proposant plusieurs concours, en 1927 et en 1931L'Argus, 14 octobre 1928, "L'école publique contre l'exode rural", Ibid., 30 octobre 1927, Le Populaire, 8 septembre 1931, "M. Billiet pédagogue", Le Livre de lecture de l'écolier français. Ouvrage à l'usage des cours moyen et supérieur. Résultat du concours organisé par l'UIE, 1931, Anne-Marie Lelorrain, Le rôle de l’école laïque et des instituteurs dans la formation agricole (1870-1970), Histoire de l'éducation, 1995, vol. 65, n° 1, p. 53, Olivier Loubes, L'école et la patrie: histoire d'un désenchantement, 1914-1940, Belin, 2001, p. 56. Ernest et Louis Billiet se déplacent en province pour participer et prendre la parole à des congrès et réunions des associations professionnelles membres de l'UIEL'Ouest-Eclair, 4 juin 1919, Le Petit Parisien, 12 août 1919, "Une politique économique", Le Temps, 11 mars 1921, Le Journal, 26 janvier 1925, "Le sénateur Billiet préside un banquet à Brest", Le Temps, 9 mars 1925, "M. Ernest Billiet à Dijon", Ibid., 3 juillet 1933, Ibid., 4 mars 1935, Journal des débats, 18 mai 1938.