Cet article retrace l'histoire de Laeken, commune ancienne intégrée à la commune de Bruxelles en 1921. Antiquité Des fouilles archéologiques ont mis au jour les vestiges d'une villa au bout de la drève Sainte-Anne sur le versant du StuyvenbergLaeken, ancienne commune, dans : Dictionnaire d'Histoire de Bruxelles, Collection Dictionnaires, Éditions Proposon Bruxelles, 2013, ..
L'actuelle voie nommée chaussée romaine atteste également d'une occupation gallo-romaine, également attestée dans les communes limitrophes.
Haut Moyen Âge La plus ancienne mention du village se trouve dans un diplôme de 1080 , où apparaît le nom de Gilbert de Lacha .
Le toponyme Osseghem, de l'actuel parc d'Osseghem, renvoie au nom d'une .
En 1176, l'abbesse de Nivelles, Ada, céda l'église Notre-Dame de Laeken à l'abbaye d'Afflighem - qui la conservera jusqu'en 1640.
Au , Laeken est couverte de petits domaines seigneuriaux. D'importance secondaire, une partie d'entre elles se regroupent en une cour censale unique, sans doute pour augmenter leur poids dans les tractations politiques et fiscale avec le puissant voisin bruxellois : il s'agit des seigneuries relevant des Witthem (Schoonenberg), Hujoel, abbaye de Grand-Bigard, van Blitterswijck, Cauweghem, Coensborch et Drootbeek. Les historiens appellent ce regroupement l'heptarchie de Laeken Notre-Dame.
L'origine exacte de l'église Notre-Dame de Laeken reste inconnue - elle pourrait remonter au -, mais la présence d'une église gothique au centre du village est attestée au Le style gothique apparaît au et ce bâtiment ne peut être antérieur ; cela n'interdit pour autant pas l'existence d'édifice religieux antérieur..
Au Moyen Âge, Laeken faisait partie de la cuve de Bruxelles. Le village fut annexé à la ville sous le règne de en 1331. Il ne redevint une commune qu'en 1795, sous le régime français.
Au milieu du , les «maîtres des chaussées» de Bruxelles dotèrent Laeken de sa première artère pavée : le vieux chemin conduisant de Bruxelles à Laeken, qui correspond à la chaussée d'Anvers actuelle. En 1447, cette route fut bordée d'arbresArthur Cosyn, Laeken ancien et moderne, Imprimerie scientifique Charles Bulens, 1904, .
Le creusement du canal de Willebroeck, qui fut inauguré en 1561, modifia profondément la physionomie de Laeken. Il s'accompagna de l'aménagement de la digue entre Bruxelles et le village de Laeken, l'actuelle l'Allée Verte, qu'on appelait jadis «Digue verte», (« Groenen Dijck » en néerlandais), qui devint un des lieux de promenade favoris des Bruxellois. Au , elle fut progressivement délaissée au profit de l'avenue Louise.
L'église paroissiale Notre-Dame de Laeken fut ravagée par les calvinistes en 1581. Elle fut restaurée sous le règne de l'archiduc Albert et de l'archiduchesse Isabelle.
Au , le château du Coensborgh était la propriété de la famille Meeûs et occupait une île sur un étang formé par le MolenbeekAu fil de la Senne à pieds et à vélo, Tielt, Lannoo, 2007, , ; A. Van Nieuwenhuysen, R. Laurent, Inventaire des archives de la famille Van Reynegom de Buzet, ; illustration ; Annales de la Société royale d'archéologie de Bruxelles, 1923 (), ; Arthur Cosyn, Les origines du domaine royal de Schoonenberg à Laeken, Annales de la Société Royale d'Archéologie de Bruxelles, tôme 32, Wetteren, 1926.. Le percement de la drève Sainte-Anne amputera une partie du domaine.
En 1625, l'archiduchesse Isabelle fit percer la drève Sainte-Anne, appelée à l'époque « avenue du Duc », qui reliait le noyau du village de Laeken à une source considérée comme miraculeuse. La source elle-même fut aménagée en fontaine monumentale, connue sous le nom de Fontaine Sainte-Anne ou Fontaine des Cinq-Plaies.
: une villégiature En 1782, les gouverneurs généraux des Pays-Bas, le duc Albert de Saxe-Teschen et son épouse, l'archiduchesse Marie-Christine d'Autriche achetèrent le domaine de Schoonenberg pour y construire une habitation de plaisance (1784).
L'établissement d'une résidence archiducale (qui deviendra brièvement impériale, puis sera royale) eut des conséquences importantes pour Laeken. Son territoire se couvrit de résidences construites par des Bruxellois aisés, attirés par le prestige de la proximité du palais. Cette petite annonce, publiée à AmsterdamLa lire en ligne., atteste de l'intérêt immobilier du quartier.
Ce voisinage bénéficia également au cimetière de Laeken qui s'étendait au pied de l'ancienne église paroissiale : sa superficie fut doublée une première fois en 1832, puis une nouvelle fois en 1855, pour atteindre . Aristocrates, membres de la haute bourgeoisie, hommes politiques, écrivains ou artistes célèbres s'y firent ériger des monuments funéraires rivalisant de luxe, si bien que le cimetière a souvent été comparé au cimetière parisien du Père-Lachaise.
En 1795, la France suspend l'organisation politique et administrative de l'Ancien régime et redécoupe le territoire. Dans ce cadre, Laeken récupère une pleine indépendance à l'égard de Bruxelles.
: domaine royal Napoléon Après le départ des Autrichiens, le château de Laeken resta à l'abandon. Mis sous séquestre, et adjugé à un particulier espérant le démolir et récupérer le matériau de construction, il n'échappa à la ruine que grâce à qui le racheta et l'aménage de façon somptueuse.
Au , le développement et l'urbanisation de Laeken sont liés à deux facteurs : l'installation de la famille royale de la jeune Belgique au château de Laeken, l'installation du chemin de fer et la croissance de l'activité du Port de Bruxelles. La population de la commune passe ainsi de en 1831 à en 1846.
En 1807, la porte de Laeken, vestige de la Seconde enceinte de Bruxelles est détruite.
Le chemin de fer (1856) En 1856, une partie de Laeken est détruite pour laisser place à la ligne de chemin de fer Bruxelles-Gand.
Le décès d'une reine (1850) vignette|droite|La perspective de l'avenue de la Reine avec l'église Notre-Dame de Laeken. Lors de son intronisation, la monarchie s'installe au château de Laeken, qu'occupa avant lui Guillaume .
Louise-Marie d'Orléans, première reine des Belges, particulièrement populaire, souhaitait être inhumée dans l'église de Laeken. Léopold décida alors de remplacer, à ses frais, l'édifice médiéval par un édifice digne du rang de son épouse. Le gouvernement marque son accord le et une souscription nationale fut finalement lancée à laquelle de nombreux citoyens contribuèrent. La première pierre de l'édifice fut posée par le roi en 1854, mais les travaux durèrent jusqu'en 1909.
L'église fut intégrée dans une perspective urbaine par l'ouverture d'une large artère rectiligne, l'avenue de la Reine, partant du parvis de l'église et rejoignant le centre de Bruxelles. Elle reliait ainsi symboliquement la monarchie à la capitale.
Léopold (1865) En 1871, le croisement de la ligne "de l’Ouest" et de la ligne Bruxelles Gand sera installé au niveau de la place communale (actuelle place Émile Bockstael) ; la gare Bruxelles-Tour et Taxis est mise en service. En 1872, la gare de Laeken est ouverte aux voyageurs, à proximité de l'église Notre-Dame ; elle est complétée par un bâtiment en 1880. En 1883, la gare Pannenhuis est mise en service. Si l'on prend en considération la gare de l'Allée Verte, toute proche, mais située sur Molenbeek-Saint-Jean, Laeken, à cette époque, compte pas moins de 4 gares.
L'empreinte royale sur Laeken sera encore plus marquée sous . Le souverain caressait pour la commune des projets grandioses sinon mégalomanes. Au début de son règne, il écrivit au baron Goffinet : «Laeken doit devenir pour Bruxelles ce que l'arc de l'Étoile est pour Paris : le point de départ de nombreux boulevards rayonnant tous vers le même point.»cité dans : Thierry Demey. (1865-1909). La marque royale sur Bruxelles, Badeaux, 2009, . Il poursuivit l'agrandissement de son domaine privé, qui passa de à , comprenant le domaine royal proprement dit et son château, la villa du Belvédère et le domaine du Stuyvenberg. Le domaine royal étant exonéré d'impôts, on comprendra que les Laekenois aient souvent éprouvé des sentiments mitigés à l'égard d'accroissements qui privaient les finances communales de ressources importantes. Le château de Coensborg, Drève Sainte-Anne, appartenant depuis plusieurs générationsDe la ville et ses plaisantes campagnes, page125 à la famille Van Reynegom est racheté vers 1860 par Léopold II qui le détruisit pour agrandir son domaine.
Dès sa montée sur le trône, en , se préoccupe de la construction d'un mémorial à son père, placé dans la perspective du château de Laeken. L'aménagement d'un parc public alentour est entériné en 1867. Le parc de Laeken sera progressivement aménagé entre 1876 et 1880 sur base des plans d'Édouard Keilig, associé à l'ingénieur des Ponts et chaussées Louis Van Schoubroeck. Le parc et le monument sont achevés en 1880, pour le cinquantième anniversaire de l'indépendance du pays. Le le conseil communal de Laeken, décide de l'achat de à placer dans le parc.
Une carte de 1891 fait apparaître, environ le long du boulevard du Centenaire qui n'existe pas encore, un vaste de domaine qui est celui de l'Institut normal supérieur d'économie ménagère agricole. Il comprend un château, où logent les étudiantes, une ferme, une maison pour le directeur, un jardin botanique. Il fut détruit pour l'aménagement du site de l'Exposition universelle de 1958.
En 1897, à la suite de l'extension maritime de la Ville de Bruxelles, la commune de Laeken perd une partie des faubourgs de Laeken ainsi que la zone de Tour et Taxis mais en contrepartie annexe une partie de Neder-Over-Heembeek à l'est de la rue De Wand et du domaine royal (y compris une auberge au bord du canal), incluant une grande partie du Mutsaard dans Laekenhttp://www.senate.be/lexdocs/S0591/S05910584.pdf .
Alimentation en eau potable à la fin du siècle Laeken avait, en 1894, une situation particulière quant à la distribution de l'eau potableCe paragraphe reprend presque mot à mot l'article Les eaux de Laeken, Revue municipale, 14 novembre 1903, .. Sur la rive droite du canal, sur 938 étaient desservies par la ville de BruxellesOn peut en déduire que Laeken s'étendait bien au-delà du canal. ; les habitations étaient alimentées par des puits creusés dans des terrains d'alluvion recouvrant des tourbières et d'anciens marécages. Ces eaux étaient généralement polluées par les infiltrations de matières organiques. Sur la rive gauche du canal, seulement sur étaient pourvu d'une alimentation en eau potable, par une canalisation qui les reliait à la fontaine Sainte-Anne ; les autres maisons de la rive gauche étaient alimentées par des puits similaires à ceux de la rive droite. En somme, sur , à seulement disposaient d'un accès à une eau alimentaire.