vignette|Cannabis à Fès.|267x267px

Le cannabis au Maroc est illégal depuis 1955, statut réaffirmé par la législation sur les stupéfiants adoptée en 1974. Toutefois, sa culture est historiquement implantée dans certaines régions du pays, notamment dans le Rif, où elle fait l’objet d’une tolérance de fait.

Le Maroc demeure l’un des principaux producteurs mondiaux de haschich.

En 2021, la loi n° 13.21 relative aux usages licites du cannabis introduit un cadre juridique autorisant la culture, la production et l’exploitation du cannabis à des fins médicales, pharmaceutiques et industrielles, sous un régime d’autorisation et de contrôle étatique. La mise en œuvre de ce dispositif est confiée à l’Agence nationale de réglementation des activités liées au cannabis (ANRAC), créée en 2022.

Histoire Les premières cultures de cannabis au Maroc sont attribuées à l’arrivée des immigrants arabes dans la région au . Au , des religieux comme les Heddawa menés par Sidi Heddi qui s'installera dans le Rif Oriental, fumeur emblématique de cannabis au Maroc, consomment du kif (nom local donné au cannabis) lors de leurs rituels mystico-extatiquesLenfant Jacqueline, Brunel (René) Le monachisme errant dans l'Islam. Sidi Heddi et les Heddawa, www.persee.fr, 1956 (consulté le 22 janvier 2018). Au , la consommation du cannabis se popularise dans certaines régions rurales du pays. Autour de 1890, Hassan ben Mohammed autorise la culture du kif pour les cinq hameaux des tribus Ketama, Aït Seddat et Bni Khaled. En 1906, la Régie marocaine des kifs et tabac, entreprise à capital français, reprend le monopole du tabac et du cannabis dans le pays. En , la culture du cannabis devient illégale dans tout le protectorat français (accord international sur les stupéfiants), mais un mélange de tabac et de haschich est toujours autorisé à la vente. Une nouvelle loi entre en vigueur en 1954 pour interdire complètement la culture de cannabis, mais dans les faits, cette culture poursuit son essor. Dans les années 1950, Ketama devient une destination semblable à Katmandou pour les jeunes Européens.

Dès la fin des années 1950, la région du Rif devient instable et la criminalité s'installe progressivement. Le ministre de l'Intérieur Driss Basri intervient chaque année à la télévision à la saison des semées pour décourager les paysans de cultiver du cannabis. De 1980 à 2000, la taille des cultures de cannabis triple. Plusieurs conflits armés ont lieu et il faut attendre l'arrivée de Mohammed VI pour que les relations se détendent. Une étude de 2003 de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime fait état de de champs de cannabis au Maroc, pour une production annuelle de de haschich et un revenu de 214 millions de dollars pour les paysans et de 12 milliards de dollars pour les trafiquants. Les données de cette étude contredisent les déclarations officielles des diplomates marocains qui faisaient état de .

thumb|Ketama et Chefchaouen, principales villes de production de cannabis au Maroc, sont situées dans la province de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Les réseaux d'acheminement du haschich des sites de production aux points d'exportation se sont organisés et complexifiés. Un autre réseau de distribution achemine la marchandise jusqu'au Sénégal pour qu'elle entre en Europe via la Mer du Nord. La cocaïne en provenance de Colombie commence progressivement à se joindre aux trafics du cannabis du Maroc vers l'Europe.

Culture du cannabis Dans le nord du Maroc, dans la région de Ketama et Chefchaouen (province de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma), la production de cannabis fait vivre entre 90 000 et 140 000 personnes, de la culture à la reventeAu Maroc, le cannabis "terroir" supplanté par les hybrides..

vignette|gauche|Extension de la culture du cannabis dans la zone côtière du Rif après l’indépendance du Maroc. En 1967 (à gauche), carré de kif dissimulé parmi des plantes vivrières, dans le massif du djebel Sidi Md El Filali ; à partir des années 1980 (à droite), la culture se pratique ouvertement malgré l’interdiction, et de façon extensive, ici près de l’embouchure de l’Oued Amter, entre Jebah et Oued Laou.

Autorisée à des fins pharmaceutiques sur de petites surfaces dans la haute chaîne du Rif (région de Ketama) sous l’administration espagnole, la culture du cannabis (kif) est en principe interdite sur tout le territoire dès l’indépendance du Maroc ; elle s’est pourtant considérablement élargie dans le Rif, dans les zones permettant une bonne irrigation : dans la région de Chefchaouene d’abord, au pied de la Dorsale Calcaire, puis dans la zone côtière du Rif elle-même Chouvy, P.-A., 2008 – Production de cannabis et de haschich au Maroc : contexte et enjeux. https://doi.org/10.4000/espacepolitique.59. Discrète et à usage familial jusqu’aux années 1970, elle se pratique maintenant ouvertement sur de grandes surfaces et alimente illégalement, grâce notamment au petit port de Jebah, une grande partie du marché européen.

Cuisine Le mahjoun (ou majoun) est une pâte créée à base de kief ou de résine de cannabis.

Controverses En 1995, les autorités espagnoles saisissent 36 tonnes de haschich au jwan en provenance du Maroc sur le navire le Volga.

En 1996, la Chaabi Bank est évincée pour rapatrier au Maroc les profits des ventes de haschich en Europe.

Réformes de la législation sur le cannabis médical et le chanvre En , le Maroc votait en faveur. des recommandations de l'Organisation mondiale de la santé rabaissant la classification internationale du cannabis médical, et annonçait peu de temps après le projet de réforme des politiques publiques nationales visant à autoriser la production de cannabis à des fins médicales, dans certaines zones du pays...

Le 11 mars 2021, le gouvernement marocain a ratifié un projet de loi visant à légaliser l'usage médical du cannabis. Le 26 mai 2021, le Parlement marocain a voté la légalisation de l'usage du cannabis à des fins médicales, mais aussi du chanvre à usages cosmétiques et industriels, au sein de la loi n° 13-21. L'usage récréatif reste illégal. La légalisation a été confirmée par un second vote le 16 juin 2021, après quelques ajustements apportés à la loi, proposés par la Chambre des conseillers.

Cette réforme a donné lieu à la création d'une économie légale autour d'un savoir-faire centenaire dans trois provinces de la région montagneuse du Rif, dans le nord du pays : Al Hoceïma, Chefchaouen et Taounate.

Le pays exporte désormais légalement sa résine de cannabis, que ce soit des produits médicaux par exemple en Afrique du Sud avec le Beldiya+ produit par l'entreprise marocaine Cannaflex et importée par l'entreprise sud-africaine DRA Pharmaceuticals Pty Ltd, ou des produits dits CBD en Suisse ou en France via des entreprises comme GoldBar 420.

Cinq ans après l’adoption de la loi n° 13-21, le Maroc a annoncé avoir enregistré de plus de 140 produits à base de cannabis disponibles dans 600 points de vente. 2000 tonnes de cannabis séché auraient été produites en 2025 et 5765 licences actives ont été enregistrées pour cette même saison , dont 5 492 permis de culture bénéficiant à plus de 5 300 agriculteurs. Certaines voix trouvent cependant que la légalisation n'a pas encore atteint son but.

Notes et références

Voir aussi Haschich Sidi Heddi Sanhadja de Srayr (Ketama)

▪︎ cannabis