Gorille enlevant une femme est un groupe sculpté en plâtre par Emmanuel Frémiet en 1887. Une première version intitulée Gorille enlevant une négresse (détruite en 1861) fit scandale au Salon de 1859, lié à la polémique autour de la théorie de l'évolution de Charles Darwin. La version de 1887 différente de la première fut récompensée d'une médaille d'honneur lors du Salon de la Société des artistes français de 1887. L'œuvre fut une des sources d'inspiration de King Kong. La sculpture originale en plâtre patiné est aujourd'hui conservée au Musée d'Arts de Nantes.
Histoire À la moitié du , la bestialité, qui avait inspiré beaucoup d'artistes, tant écrivains que peintres et sculpteurs, fut revivifiée par les premières observations directes de gorilles par des Occidentaux. Emmanuel Fremiet, alors jeune sculpteur animalier, sculpta un groupe en plâtre intitulé Gorille enlevant une négresse (détruit en 1861) qui fit d'autant plus scandale au Salon de 1859 qu'il était contemporain de la polémique autour de la théorie de l'évolution de Charles Darwin. Refusé par le jury du salon de 1859 que ce sujet scabreux offensait, il fut tout de même exposé grâce au soutien dont bénéficiait Frémiet à la surintendance des Beaux-Arts, mais présenté dans une niche cachée par un rideau que seuls les hommes et les femmes mariées avaient licence de soulever. Dans le Petit journal pour rire, Nadar s'amusa :
vignette|Gorille enlevant une négresse sculpture qui fit scandale au Salon de 1859. Une des rares photographies existantes de l'œuvre détruite en 1861 (extrait de l'ouvrage Fremiet collection Les Maîtres de l’art, 1934). Le journal Le Temps ayant relaté en 1880 que dans un village gabonais, un gorille égaré et furieux aurait enlevé et molesté une femme, Frémiet présenta une deuxième version de son Gorille enlevant une femme en 1887, de composition plus ramassée et impressionnante. Le bras de l'animal y est quasi masculin, la femme désormais nue n'est plus inerte, mais tente de repousser l'animal, renouvelant le thème du satyre et de la bacchante dont James Pradier avait exposé une célèbre version en 1834. La suggestion d'un viol bestial était manifeste. Le sculpteur s'en défendit avec malice en affirmant qu'il avait produit un gorille femelle, ce qu'un simple coup d'œil au plâtre dément. La charge érotique de cette sculpture alors célèbre fit scandale. On se formalisa de la lubricité et de la bestialité complaisamment exposées par cette œuvre. Le Gorille fut toutefois récompensé d'une médaille d'honneur lors du Salon de la Société des artistes français de 1887 et obtint le même succès à Munich en 1888. Il était prévu de le fondre en bronze afin de l'exposer au public parisien au Jardin des plantes, mais le Museum national d'histoire naturelle de Paris se rétracta par crainte de troubles à l'ordre public.
Il fut finalement fondu en 1899 pour être exposé sur la pelouse du Musée américain d'histoire naturelle de New York (aujourd'hui au parc Allerton dans l'Illinois). Le succès relatif de la vente de ses reproductions en statuettes l'installèrent sur les cheminées et les bureaux d'amateurs américains. En 1917, Harry Ryle Hopps en tira son affiche anti-allemande Destroy this mad brute dans ses bureaux de Los Angeles, non loin de Hollywood, seize ans avant la sortie du film King Kong. La célébrité de ce sujet avait inspiré aussi des romans-feuilletons, des caricatures et, plus tard, les réalisateurs Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, qui passèrent du documentaire animalier, dont ils étaient spécialistes dans les années 1930, à une œuvre de fictionKing Kong vit à Nantes, on l'a retrouvé Presse OcéanLes singes au cinéma : de King Kong à la Planète des Singes Rockyrama.
Frémiet a réalisé la première représentation artistique (et non pas uniquement scientifique) d’un gorille en 1859, l’année où « L’Origine des espèces » de Darwin a fait sensation. Il s’agit également de la première représentation dans laquelle un singe de taille réelle mérite d’être mis en avant en tant que personnage principal. Les gorilles ravisseurs de femmes de Frémiet et King Kong s’inscrivent dans une longue tradition, essentiellement littéraire, qui remonte à l’Antiquité.
Dans les années 1870, à l’époque où la deuxième sculpture fut réalisée, on savait déjà dans les milieux scientifiques que les vrais gorilles sont pacifiques, ont tendance à éviter les humains et, en raison de leur libido limitée et de leur incompatibilité anatomique, ne s’intéressent guère aux femmes humaines. À l’époque de la création de la première sculpture, la représentation de Frémiet, bien qu’à la pointe de la recherche scientifique de l’époque, se heurtait aux normes morales du moment. Frémiet était en retard par rapport à la recherche scientifique dans sa deuxième sculpture, ce qui fut l’une des raisons pour lesquelles le gouvernement français refusa finalement de la faire couler en bronze. Les opinions parfois très contradictoires sur les représentations de gorilles de Frémiet dépendent des différences significatives d’intention et d’exécution entre la première et la deuxième version, et plus encore du fait que l’on considère ces sculptures davantage comme de l’« art » ou comme des « objets de musée d’histoire naturelle », puisqu’elles sont les deux à la fois, tout comme Frémiet avait été formé dans ces deux domaines et visait à exceller dans chacun d’eux, ne souhaitant pas être considéré uniquement comme un sculpteur animalier dans le monde de l’art.
Notes et références
Bibliographie
Liens externes Notice de l'œuvre Musée d'Orsay
Gorille enlevant une femme, sur le catalogue en ligne du Musée d'arts de Nantes
Catégorie:Sculpture d'Emmanuel Frémiet Catégorie:Sculpture française du XIXe siècle Catégorie:Gorille dans la culture Catégorie:Nu féminin dans la sculpture Catégorie:Œuvre exposée au Salon de 1887 Catégorie:Œuvre d'Emmanuel Frémiet en France Catégorie:Œuvre déposée au musée d'Arts de Nantes Catégorie:Fonds national d'art contemporain Catégorie:Sculpture animalière