LUnion du commerce et de l'industrie pour la défense sociale (UCIDS) est une association patronale française, politico-économique, fondée à la fin du et qui fonctionna jusqu'à la seconde moitié des années 1930.
Historique Fondation en 1897-1898
L'Union a été fondée par des industriels et négociants catholiques, essentiellement parisiens à l'origine. Son premier président fut Ernest LefebureDossier de la Légion d'honneur d'E. Lefebure dans la base Léonore (1835-1913), fabricant de dentelles installé à la fois à Paris et à Bayeux, membre du conseil d'administration d'une association de patrons catholiques, l'Union fraternelle du commerce et de l'industrie, fondée en 1891 et présidée par Léon HarmelL'Univers, 6 février 1892, "L'annuaire de l'Union fraternelle", La Croix, 2 février 1898, "L'union fraternelle à la nonciature", Site france-politique.fr. Son premier vice-président fut Joseph Gardair, négociant en huiles et savons, également membre du conseil d'administration de l'Union fraternelleL'Univers, 26 septembre 1891, lequel se fit le promoteur de la philosophie thomisteLa Croix, novembre 1891, "Un disciple de Saint Thomas, Joseph Gardair",. Le petit industriel Jules Briançon, trésorier, également membre du conseil d'administration de l'Union fraternelle, fut le directeur du secteur parisien à partir de 1997Annuaire de l'Union fraternelle du commerce et de l'industrie, 1898: Conseil d'administration, L'Univers, 29 janvier 1897. Il décède en 1911. . Membre de la fraternité parisienne du Tiers-Ordre franciscain, promu commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en 1900, il fut également le trésorier des congrès catholiques nationaux de 1897 et 1898 et un soutien des comités Justice-égalité des Augustins Assomptionnistes et du Journal La CroixLa Croix, 13 juin 1897, La Croix, 7 octobre 1898, Ibid., 19 novembre 1898, Ibid., 19 mai 1898, La Croix, 10 avril 1900 .
L'UCIDS est fondée fin 1897, dans la perspective des Élections législatives françaises de 1898, en réponse à la formation sous les auspices de Pierre Waldeck-Rousseau d'un Comité national républicain du commerce et de l'industrie. Les fondateurs de l'Union, s'ils partagent avec ceux du comité une hostilité commune au socialisme, reprochent à ces derniers de ne lutter que pour la défense des intérêts matériels des patrons, d'oublier les principes moraux et religieux et de ne pas mettre assez l'accent sur l'apaisement des divisions politico-religieusesLa Croix, 2 février 1898, "Le commerce et les élections" (appels de l'Union, lettres d'Ernest Lefebure), Le Temps, 28 janvier 1898, "Le commerce et les élections". Une vision critique: La Lanterne, 2 février 18987, "Tribune libre. Comédie électorale". Les membres de l'Union assistent à une messe au Sacré-Cœur: Le Matin, 31 janvier 1898.
Les patrons de l'Union se veulent donc à la fois catholiques et républicains, dans la droite lignée des directives du pape Léon XIII, initiateur du ralliement des catholiques français à la République. L'Union adhère ainsi à l'éphémère Fédération électorale catholiqueLa Croix, 18 janvier 1898, "Union du commerce et de l'industrie pour la défense sociale" portée par Étienne Lamy depuis 1897. A la demande de Léon XIII, désireux de neutraliser les catholiques intransigeants, Lamy est chargé de préparer les élections législatives de 1898 et de faire adhérer les militants à un programme acceptant la RépubliqueJean-Louis Ormières, Politique et religion en France, Complexe, 2002, . Lefebure participe ainsi au nom de l'Union au congrès catholique national de 1898, aux côtés d'autres groupements composant cette fédérationLa Croix, 6 décembre 1898. Toutefois, ce projet échoue du fait de membres intransigeants. En , quatre des groupes constituant cette fédération, dont l'Union, décident la dissolution de la fédération.
L'Union traverse une crise en 1901 lorsque Lefebure soutient à l'occasion d'une élection législative partielle à Paris l'agitateur antisémite Max Régis. Même si Lefebure se défend de tout antisémitisme, plusieurs membres dénoncent ce soutien compromettant et démissionnentLe Temps, 11 février 1901 ( Appel de Max Régis, appel de l'Union, lettres d'adhérents de l'Union ), La Lanterne, 13 février 1901, Le Radical, 14 février 1901, Ibid., 15 février 1901, Ibid., 16 février 1901. Le secrétaire général est alors le journaliste Henri de Maynard (alias H. Sarrazanas), chroniqueur parlementaire du Journal de Roubaix, ancien du Peuple français de l'abbé Théodore GarnierLe Temps, 11 février 1901: composition du bureau et membres du comité de l'Union, L'Intransigeant, 4 octobre 1911, "La bataille électorale: M. de Maynard" ( biographie et photographie ), Pierre Dabry, Catholiques républicains, histoire et souvenirs, 1890-1903 .. Il va occuper cette fonction jusqu'aux années 1920.
Une association liée à la Fédération républicaine
Une nouvelle équipe prend la direction de l'Union en L'Univers, 30 janvier 1902, Le Temps, 12 avril 1902: elle est constituée du banquier Ferdinand Périer comme président, et comme vice-présidents Charpentier, ancien négociant en vins, Gaston Japy, industriel de la métallurgie du Doubs, protestant, Armand Mame (1866-1926), imprimeur et éditeur catholique à ToursPetit-fils d'Alfred Mame. Il est commandeur de l'Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand à sa mort: Revue des lectures, 1926, Louis Nicolas, agriculteur en Seine-et-MarnePropriétaire depuis 1872 du domaine d'Arcy-en-Brie ( ), sur la commune de Chaumes-en-Brie, qui a fait de son exploitation une ferme modèle connue pour sa distribution de lait directement à la consommation à Paris: Pierre-Olivier Fanica, Le lait, la vache et le citadin: Du au siècle, Éditions Quae, 2008 , , et Maurice de Vilmorin (de la famille des graines Vilmorin) , qui était membre du comité de l'Union l'année précédente. Le trésorier reste encore un temps, toutefois, Jules Briançon, et Lefebure est encore membre du comité directeur de l'Union en 1909La Vie municipale, 1909. La plupart de ces hommes soutiennent alors les débuts du syndicalisme jaune qui s'organise sous la direction de Paul LanoirLe Matin, 16 février 1902, 'Le banquet des jaunes", Journal des débats, 17 février 1902, Jean Garrigues, Les patrons et la politique: 150 ans de liaisons dangereuses, Perrin, 2011, p. 79. Gaston Japy, surtout, appuie Pierre Biétry et sa Fédération nationale des Jaunes de France.
L'Union s'éloigne de ses racines catholiques pour rejoindre le camp des nationalistes puis celui des républicains progressistes de la Fédération républicaine. L'Union a pu servir de collecteur de fonds pour les candidats de la Ligue de la patrie française en 1902Le Matin, 11 décembre 1906, Bertrand Joly, Histoire politique de l'affaire Dreyfus, Fayard, 2014, puis pour ceux de la Fédération républicaine dont elle est très proche et dont plusieurs de ses présidents successifs (l'industriel de Roubaix Eugène Motte - premier président du parti -, Joseph Thierry - président du groupe progressiste de la Chambre des députés en 1905-1906, président de ce parti de 1906 à 1911 -, Paul Beauregard) ont été ses fondateurs et animateurs à partir de 1903Gilles Pollet, Les réseaux libéraux et la construction de l’État solidariste : entre libéralisme social et conservatisme politique, dans Jacques Guilhaumou, Jean-Louis Fournel, Jean-Pierre Potier (dir.), Libertés et libéralismes: Formation et circulation des concepts, ENS éditions, 2012], Pierre Guillaume (dir.), Les solidarités: le lien social dans tous ses états, Volume 1, Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine, 2001, p. 413, Jean-François Sirinelli, Dictionnaire historique de la vie politique française au , Presses Universitaires de France, 1995, . Cette association patronale politisée lance des appels à l'occasion des élections municipalesLa Croix, 10 avril 1912, Le Gaulois, 3 mai 1925 ( son appel recommande des candidats ). ou législativesLe Figaro, 30 janvier 1902, 'Avant les élections", Le Figaro, 10 février 1914 contre le programme économique des partis de gauche et pour que commerçants et industriels lui versent des fonds pour son combat politique. Ainsi, au lendemain des élections législatives de 1910, l'Union appelle ses adhérents à constituer un pour les futurs combats électoraux et annonce qu'elle a déjà réuni un groupe d'industriels et de commerçants qui se sont engagés à prélever chaque année sur leur budget une somme destinée à la défense . Elle espère avoir mille souscripteurs versant chacun , soit une somme de par an, et donc 1 million de francs sont attendus en 1914 au totalJournal des débats, 4 décembre 1910, "Nouvelles politiques". Dès lors, l'Union apparaît comme le pendant moins puissant du Comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agriculture (comité Mascuraud), lié aux radicaux et fondé après l'UCIDSJean Garrigues, Industrie, politique et vecteurs d'influence, dans Collectif, Industrie et politique en Europe occidentale et aux États-Unis: , Presses Paris Sorbonne, 2006 , p. 85 ( Une erreur factuelle: l'UCIDS n'est pas fondée par Eugène Motte )..
L'Union est aussi un lieu de sociabilité: elle organise des déjeuners mensuels à l'issue desquels un conférencier prend la parole. Parlementaires modérés et élites économiques s'y côtoientLa Croix, 26 mars 1908, Le Figaro, 30 avril 1908, "Défense patronale", Le Temps, 30 juin 1910, Le Petit Journal, 28 février 1912, L'Intransigeant, 16 décembre 1913. Ils ont lieu avant la guerre au Restaurant Ledoyen, puis dans les salons de l'hôtel Lutetia par la suite. Les conférences sont publiées à partir de 1904 dans un bulletin mensuel.
À la veille de la Première Guerre mondiale, les dirigeants de l'Union sont Beauregard, président, Gaston Japy, A. Patricot, fabricant de tissus pour ameublement, et Maurice de Vilmorin, vice-présidents, Jules Caussade (négociant commissionnaire à Paris), trésorier, E. Périllat (ancien négociant), trésorier adjoint, André Radius (fabricant d'étoffes pour ameublement à Bohain-en-Vermandois, dans l'Aisne)Dossier de la Légion d'honneur d'André Radius dans la base Léonore. Ancien membre de la Ligue de la patrie française.), secrétaire, et Henri de Maynard, secrétaire généralJournal des débats, 11 février 1914, "Un appel aux commerçants et industriels". H. de Maynard a été candidat aux législatives à Commercy dans la Meuse en 1906 (contre un maître de forge accusé d'avoir rallié la gauche, René Grosdidier), et candidat à une élection municipale partielle à Paris en 1911 (avec le soutien de Paul Beauregard), sans succèsL'Est républicain, avril 1906, L'Intransigeant, 4 octobre 1911, "La bataille électorale: M. de Maynard" ( biographie et photographie ), . Il a été un antidreyfusard militant, encore en 1904.. L'industriel et député Lucien Dior était l'un des vice-présidents vers 1910, aux côtés de ces personnalités. Plusieurs dirigeants de l'Union appartiennent alors à la Fédération nationale des contribuables contre le projet d'impôt sur le revenu présidée par Jules Roche: Beauregard, vice-président, Dior, Patricot, l'éditeur Bourdel (Plon), Lefebure, membres du conseil général de cette fédérationLa Vie municipale, 1909, Petit annuaire du contribuable : publié par la Fédération nationale pour la défense des contribuables contre le projet d'impôt sur le revenu, 1911.