La communauté allemande en France désigne les Français d'ascendance allemande et les personnes nées en Allemagne qui vivent en France.

Les principales destinations des migrants allemands vers la France, à part Paris, sont les environs de la frontière franco-allemande, le sud de la France et la Corse. La France fut aussi un espace de transit vers les Amériques, notamment par le port du Havre.

Les premières émigrations d'Allemands sont datées des années 1683 mais sont alors peu dirigées vers la France. Ceux qui se dirigent vers l'Hexagone profitent de l'édit de Tolérance. Il faut attendre la période située entre la fin de la guerre franco-prussienne et le déclenchement de la Première guerre mondiale pour voir l'émigration se développer, car elle devient plus abordable.

Définir l'Allemand Par le terme communauté allemande, la notion recouverte est celle des étrangers originaires d’Allemagne qui résident en France.

L’Allemagne n’existant pas avant le traité de Francfort, signé le , le terme est fait par commodité. Il existe bien des usages du mot allemand avant cette date, y compris par des instances officielles de l’État, mais il recouvre des réalités très diverses. Il fut souvent utilisé pour désigner l’ensemble des sujets résidant en France germanophone, couvrant sous cette appellation aussi bien Suisse, les Allemands qu’une partie des ItaliensBourienne Jean. “Immigrer au Havre depuis l’Allemagne pour le négoce: l’exemple de la famille Pusinelli (vers 1843-vers 1920”. In: Actes des congrès des sociétés historiques et archéologiques de Normandie. n°54, 2020. p.191-198. Il reste compliqué de trouver une appellation unique, autre que celle d'Allemands. Il est possible d’envisager, avant le traité de Francfort, d’appeler ces sujets par le nom de leur État d’origine. Ce qui provoquera l’apparition d’une multitude de termes. vignette|Second empire allemand, de 1871, date de sa création, à 1918, date de sa disparition. Et cela ne résoudrait en rien les problèmes, comme a pu le rapporter Jean-Claude Gaussent lors de l’étude des « Hanovriens » présents à Sète à la fin du . Il explique que le « terme est d’abord appliqué aux immigrés originaires de Hanovre. […] Il qualifie ensuite tous les étrangers venus d’Allemagne du Nord »

Un dernier point sur la définition de la communauté allemande réside dans le traité de Francfort, et plus précisément dans son article 2 : « Les sujets français, originaires des territoires cédés, domiciliés actuellement sur ce territoire, qui entendront conserver la nationalité française, jouiront jusqu’au , et moyennant une déclaration préalable faite à l’autorité compétente, de la faculté de transporter leur domicile en France et de s’y fixer, sans que ce droit puisse être altéré par les lois sur le service militaire, auquel cas la qualité de citoyen français leur sera maintenue ». La communauté allemande résidant en France s’est donc agrandi à l’ensemble des Alsaciens-Lorrains n’ayant pas été déclaré optant pour la nationalité française avant le .

Histoire

Ancien Régime

Révolution française

Période impériale

Restauration et monarchie de juillet

Population et désignation Au début du , la République française a principalement deux communautés germanophones sur son territoire : les AlsaciensHors Alsaciens du pays welche d'Alsace, qui sont de culture romane. et les Lorrains germanophonesl'Alsace et la Lorraine étant des territoires acquis par le royaume de France sous l'Ancien régime, entre 1648 et 1766.. On estime leur nombre à et en 1806, soit en toutMélanges sur les langues, dialectes et patois, Paris, 1831 .

Dans son mémoire adressé au ministre de l'Intérieur en 1804, le préfet de la Meurthe utilise le terme de pour désigner les autochtones qui vivent dans le Nord-Est du département Marquis, Mémoire statistique du département de la Meurthe : adressé au ministre de l'Intérieur, Paris, Impr. impériale, an , . Dans d'autres ouvrages français du , les Alsaciens et les Lorrains germanophones sont parfois désignés sous le terme d'« Allemands », non pas dans le sens de « nationalité », mais en référence aux dialectes qu'ils parlent in J. Wirth, La langue française dans les départements de l'Est, Paris, 1867, , in Mélanges sur les langues, dialectes et patois, Paris, 1831, . Le terme « allemand » n'avait pas encore le sens qu'il a pris après 1870 avec l'Unité allemande.

1820 - 1848

Migrations économiques (à partir de 1820) Les Alsaciens et Lorrains ne sont pas les seules populations germanophones présentes en France. À partir du XIXe siècle, les sujets des territoires composant la future Allemagne émigrent vers la France. La principale raison est la crise agricole touchant le pays au début des années 1820. On estime que Allemands sont présents en France en 1820, ils sont déjà 180 000 en 1848, dont 60 000 dans la seule ville de Paris. Il s'agit là de la première immigration économique de masse que connut la France métropolitaine.

Ces migrants économiques donnent lieu à différents récits attestant de la pauvreté du mouvement : . Ce genre de présentation d'émigrants pauvres est attestée dans la plupart des villes portuaires servant d'ouverture vers les États-Unis. La France n'était ainsi pas seulement un lieu de refuge et d'arrivée, mais aussi un espace de transit. Un grand nombre d'Allemands passèrent ainsi par la France pour rejoindre les Amérique par le port du Havre. Ils sont 7 800 à embarquer en 1839, et déjà 19 600 en 1844.

Il y eut aussi un flux important de compagnons et d'artisans qui venaient en France pour leur formation. Ils devinrent cependant des exilés politiques à partir de 1835, date où la diète de Francfort interdit de séjourner dans des pays où les associations politiques sont tolérées.

Exils politiques (1830 - 1840) Le retour de la censure et de l'autoritarisme de Metternich suscite une nouvelle émigration allemande constituée surtout d'opposants, de socialistes, de libéraux. Un grand nombre d'intellectuels et de personnalités économiques s'installent de ce fait à Paris. Dès 1844 est créée à Paris, une association des médecins allemands. Intégrée dans les réseaux français (elle signe un accord avec la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie en 1854) elle reste en contact avec les scientifiques d'Allemagne (affiliée à l'Académie Impériale Leopoldina-Carolina de la Halle en 1853) et comprend 761 adhérents allemands à son apogée. Parmi les personnalités socialistes présentes en France, il est possible d'évoquer Karl Marx qui y séjourne de 1843 à 1845.

Les exils politiques concernent cependant aussi les Juifs, menacés par le retour de l'antisémitisme en Allemagne. Ils sont en effet déchus de leurs droits civiques en Allemagne et en Autriche depuis le Congrès de Vienne. De nombreuses personnalités de cette confession se retrouvent donc à Paris. Il est ainsi possible d'évoquer Heinrich Heine - quoique convertit au protestantisme -, arrivé en 1831, qui y écrit notamment ses Lettres de Paris. Ces personnalités de l'opposition allemande sont cependant accueillie avec circonspection par les autorités françaises qui voient en eux de nouveaux opposants possibles. Ainsi, Heine n'obtint jamais la nationalité française malgré ses demandes régulières.

Après la révolution de 1848

Le Printemps des Peuples La révolution de février 1848 est un évènement majeur de la politique française en abolissant définitivement la monarchie. Les différents commentateurs étrangers à Paris, notamment Heine, ont contribué à diffuser cette impression.

Départs Après leur participation à la révolution parisienne, le printemps de peuples s'étant aussi partiellement déroulé en Allemagne, un certain nombre d'exilés allemands revinrent dans leur pays pour combattre auprès des armées insurrectionnelles. C'est ainsi que l'on peut citer les 2 000 ouvriers de la légion allemande qui sont cependant écrasés le par les troupes fédérées des États du Sud.

Par ailleurs, la vague de xénophobie - notamment dans les régions frontalières contre les Juifs allemands - et la crise économique qui suivit la révolution conduisit au chômage un certain nombre de travailleurs allemands à Paris qui durent revenir dans leur pays.

Arrivées La révolution de 1848 attire un certain nombre d'intellectuels allemands, curieux d'y participer ou d'y assister. Karl Marx obtient un sauf-conduit de Ferdinand Flocon et revient à Paris le .

Les troupes allemandes écrasées après l'échec de la révolution en Allemagne causèrent un nouvel afflux d'allemands réprimés après l'échec du printemps des peuples. Il y eut par exemple 400 réfugiés dès les premiers jours de mai à Besançon. Ces réfugiés étaient généralement bien accueillis par la population (créations d'associations, soutien des élus locaux, distribution d'aides économiques, etc). Cependant, leur séjour se prolongeant, des oppositions commencent à s'exprimer car ils font concurrence aux ouvriers français dans certains secteurs (aux tailleurs de Besançon par exemple). À partir du le gouvernement annonce la fin des subsides distribués aux réfugiés arrivés après le début de la révolution de février. Le , il invite à restreindre autant que possible les entrées de réfugiés.

Le Second Empire

Flux Le recensement de 1851 révèle la présence de 12 000 Allemands à Paris (contre 60 000 en 1848). Cette baisse considérable est due à la répression de Napoléon, à la crise économique et aux départs des Allemands partis combattre en Allemagne. Cependant de nouveaux flux d'Allemands ouvriers spécialisés venus des États frontaliers viennent accroître la main-d’œuvre des grands chantiers et de l'industrie. Les départs par Le Havre s'intensifièrent pendant cette période, avec un pic en 1852 (45 806 départs) et 1853 (54 000 départs).

Les communautés allemandes restaient fermées selon leur origine. Les protestants de Hesse habitèrent d'abord dans le 12e arrondissement puis vers Batignolles, la Villette ou Belleville et comportaient une majorité de balayeurs. Les catholiques du Palatinat et de la Bavière rhénane se concentraient autour de la barrière de Fontainebleau, puis, à la suite des rénovations de Haussmann, ils habitèrent dans les communes de Gentilly, Ivry et Montrouge et travaillaient surtout dans les fortifications et carrières.

Répression de l'opposition Le Second Empire se caractérise par un fort autoritarisme à l'encontre des mouvements d'opposition. Dans la mesure où les Allemands présents en France étaient pour beaucoup des socialistes et démocrates ayant quitté leur pays, ils furent particulièrement visés par les mesures de Napoléon III. Si celui-ci facilite les expulsions dès le et supprime les opposants indigents des listes de secours en , le procès de communistes allemands de 1852 est exemplaire de cette politique d'écrasement des oppositions.

Intégration économique Le Second Empire réinstaura une distinction économique entre les élites et les travailleurs, que la révolution de 1848 avait passagèrement supprimée au profit d'une opposition entre l'union nationale - marquée par le droit de vote - et ceux qui en sont exclus. L'appartenance à la nationalité française n'était donc plus un critère déterminant pour l'essor économique. De grandes familles allemandes purent donc développer leurs exploitations pendant cette période. Il est ainsi possible d'évoquer les frères Schiller, originaires de Saxe, Gumbert Jonas Kugelmann, imprimeur, ou Jacob Worms, typographe, dans le domaine de la presse française. Une communauté allemande se construit ainsi sur le Faubourg-Montmartre dans le domaine de l'imprimerie. Les frères Mumm, déjà propriétaires importants de la vallée du Rhin, eurent un rôle prépondérant dans le domaine du négoce du vin de Champagne.

Début des années 1870

La guerre franco-prussienne