Pierre Jacques Bolotte, né le à Neuilly-sur-Seine (France) et mort le à Paris, est un haut fonctionnaire françaisBiographie de Pierre Bolotte, Who’s Who in France en ligne, page consultée le 15 février 2017..

Administrateur du régime de Vichy puis administrateur colonial conservateur, il s'engage dans la répression en Indochine, puis pendant la guerre d'Algérie, où il couvre et soutient les exactions des militaires français, s'oppose à Paul Teitgen et empêche la commission d'enquête menée par Maurice Garçon d'accéder aux documents qu'elle demande.

Alors qu'il est en poste en Guadeloupe, il tente de mettre en place, par des moyens extra-légaux, une politique d'avortements forcés. En Guadeloupe, il ordonne à la police de tirer sur les manifestants, y compris des lycéens ou de simples passants, pendant les manifestations des 26 et 27 mai 1967 qui font suite à une agression raciste. Le bilan du massacre s'élève à entre 7 et 87 (bilans officiels) et entre 80 et plus de 200 morts (bilan des historiens).

De retour en France métropolitaine, il est nommé préfet de Seine-Saint-Denis, demande l'autorisation au Ministère de l'Intérieur puis crée la Brigade anti-criminalité (BAC), héritière de la BNA (Brigade nord-africaine) et qui est généralisée ensuite sur tout le territoire français.

Les chercheurs mettent son action en relation avec celles de Maurice Papon et de François Le Mouël (fondateur de la BRI) dans la répression des minorités ethniques en France.

Biographie

Naissance et jeunesse Pierre Bolotte naît le à Neuilly-sur-SeineCentre d'histoire de Sciences Po, Pierre Bolotte, notice biographique, consulté le 15 février 2017.. Il est le fils du médecin général Marcel Bolotte et de son épouse Suzanne Fraisse. Il fréquente des établissements parisiens (collège Stanislas, lycée Louis-le-Grand). Après des études de lettres (licence d'histoire, DES de philosophie), il est diplômé de l’École libre des sciences politiques. Le , il épouse Anne-Marie Guion avec laquelle il a deux enfants.

Vichy et Libération Il devient chef adjoint du cabinet (CAC) du préfet du Morbihan Roger Constant le . (donc sous le régime de Vichy) et, à la Libération, il poursuit sa carrière dans le corps préfectoral, et devient directeur du cabinet du ministre de l'Information Pierre-Henri Teitgen, puis de J. Schuller, commissaire de la République à Poitiers en .

En août de la même année, il est nommé à Baden-Baden chef de cabinet d’Émile Laffon, administrateur de la zone d'occupation française en Allemagne, où il ne fait pas appliquer les demandes Alliées d'un processus de dénazification. Il est appelé ensuite dans divers cabinets ministériels : ministère de la Reconstruction, de la Marine et celui du président du Conseil.

Indochine et Algérie En 1950, il est envoyé en Indochine, dans le cabinet civil du maréchal de Lattre de Tassigny. Il y fait de la , dans un premier temps, selon ses termes, puis essaie de rallier les vietnamiens à la République du Viêt Nâm. Il fait ensuite un passage à Pointe-à-Pitre au secrétariat général du département de la Guadeloupe (1951-1952), puis rentre en métropole comme directeur adjoint de plusieurs ministères. Il retourne en Indochine en 1953, cette fois au cabinet de Marc Jacquet, ministre chargé des Relations avec les États associés. En 1954, avec le grade de sous-préfet de classe, il est nommé chef de cabinet auprès du préfet chargé des relations de l’État français avec le Conseil de l'Europe, à Strasbourg.

En 1955, il est nommé sous-préfet de Miliana (à Miliana), chef d'état-major mixte puis directeur de cabinet du préfet d'Alger. Il atteint le grade de sous-préfet hors-classe en 1956. En 1957, pendant la bataille d'Alger, il est lui-même placé sur écoutes par Robert Lacoste et Charles Ceccaldi-Raynaud. Pendant son passage à Alger, il s'oppose à Paul Teitgen, se rend complice des exactions des militaires et parvient à refuser aux membres de la commission d'enquête diligentée par le gouvernement français, comme l'avocat Maurice Garçon, de consulter les documents sur la répression. Dans des notes secrètes, il qualifie les méthodes employées par les militaires pendant la bataille d'Alger comme et .

Outre-Mers et massacre de mai 1967 Entre 1958 et 1962, il est secrétaire général à la préfecture de Saint-Denis de la Réunion après un passage au ministère de la France d'Outre-mer. Il franchit les grades : sous-préfet hors-classe spéciale (1961), puis hors-cadre (1962). De 1962 à 1965, il travaille au ministère de l'Intérieur, au cabinet du préfet J. Aubert, directeur de cabinet du ministre.

En 1965, il est nommé préfet de la Guadeloupe puis passe préfet hors-cadre. En poste en Guadeloupe, il essaie de mettre en place une politique d'avortements et de contraceptions forcés sur la population locale. Pour ce faire, il met en place des structures extra-légales pour forcer les Guadeloupéens à subir des avortements. Il échoue, notamment en raison d'un conflit avec l'évêque de l'île, qui s'y oppose.

De surcroît, il dirige la répression des manifestations des 26 et 27 mai 1967 qui faisaient suite à un incident raciste en ordonnant l'ouverture du feu sur les manifestants de la place de la Victoire, y compris sur les lycéens ou des passants. Il demande que les manifestations soient . La répression dure trois jours où toute personne de couleur sortant dans la rue peut se faire tirer dessus par les forces de l'ordre.

Pour les autorités françaises, les bilans vont de 7 mortsBéatrice Gurrey, « Quarante ans de silence et toujours pas de bilan authentifié », Le Monde, 26 mai 2009, consulté le 15 février 2017. jusqu'à plus de 80 morts, 87 selon le secrétaire d’État aux DOM-TOM Georges Lemoine, en 1985, utilisant des sources administratives, dont les Renseignements généraux (RG)François-Xavier Gomez, « « Mé 67 », la mémoire d'un massacre en Guadeloupe », Libération, 7 mai 2015.. Trente gendarmes sont blessés. Les documents relatifs au massacre sont scellés sous statut Secret défense jusqu'en 2017. Les estimations des historiens varient entre 80 et plus de 200 morts, une tâche rendue ardue par la destruction d'une partie importante des archives disponibles sur le massacre.

Seine Saint-Denis, création de la BAC et fin de carrière En 1967, il est nommé secrétaire général à la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST), où il reste deux ans, avant de devenir en 1969, préfet du département de la Seine-Saint-Denis, nouvellement créé. Il propose au Ministère de l'Intérieur, puis crée et met en place la première brigade anti-criminalité (BAC) sur le modèle de la Brigade nord-africaine à Saint-Denis en 1971Warda Mohamed, « Affaire Théo » : les violences et sévices sexuels perpétrés par des policiers sont-ils exceptionnels ?, Bastamag, 14 février 2017, consulté le 15 février 2017.. Cette nouvelle organisation cible principalement les personnes d'origine Nord-Africaine en France et s'illustre par ses actions violentes.

Il s'oppose aussi à l'implantation d'universitaires en Seine-Saint-Denis, en raison de divergences politiques avec les universitaires de l'Université Paris-VIII-Vincennes–Saint-Denis, car il est profondément conservateur.

Il est promu au grade d'officier dans l'ordre national du Mérite. En 1974, il est nommé directeur général des collectivités locales au ministère de l'Intérieur. En 1977, il est nommé préfet de la région de Haute-Normandie et de la Seine-Maritime. En 1982, il est nommé conseiller maître à la Cour des comptes puis prend sa retraite de la fonction publique en 1986.

Carrière politique et décès En 1983, il est élu conseiller municipal, puis adjoint au maire du , jusqu'en 2001 où il décide de prendre sa retraite. Il a exercé la présidence de l'Association pour la connaissance et la mise en valeur du patrimoine. Il est inhumé le .

Héritage Son parcours est pris comme exemple par Martin Mourre comme illustration . Son action est aussi mise en relation avec celles d'autres administrateurs coloniaux, comme Maurice Papon ou François Le Mouël (le fondateur de la BRI), par Routledge :

Récompenses et distinctions Décorations

(1999)Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses du 21 août 1999.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

.

Articles connexes Liste des préfets de la Guadeloupe Liste des préfets de la Seine-Saint-Denis Liste des préfets de la Seine-Maritime

Liens externes

Catégorie:Naissance à Neuilly-sur-Seine Catégorie:Naissance dans le département de la Seine Catégorie:Haut fonctionnaire français Catégorie:Préfet de la Cinquième République Catégorie:Préfet de la Guadeloupe Catégorie:Préfet de la Seine-Saint-Denis Catégorie:Préfet de la Seine-Maritime Catégorie:Préfet de la région Haute-Normandie Catégorie:Sous-préfet de Miliana Catégorie:Conseiller maître à la Cour des comptes Catégorie:Commandeur de la Légion d'honneur (date non précisée) Catégorie:Commandeur de l'ordre national du Mérite Catégorie:Commandeur des Palmes académiques Catégorie:Élève du collège Stanislas de Paris Catégorie:Élève du lycée Louis-le-Grand Catégorie:Élève de l'Institut d'études politiques de Paris Catégorie:Collaborateur français pendant la Seconde Guerre mondiale Catégorie:Naissance en octobre 1921 Catégorie:Décès en mai 2008 Catégorie:Décès dans le 13e arrondissement de Paris Catégorie:Décès à 86 ans