Adam Kadmon (Homme primordial, ou aussi Adam Ila'a, אדם עילאה « Homme suprême » ; en abrégé א"ק, A"K) est, dans la Kabbale, le premier Monde spirituel qui a existé après que la lumière infinie de Dieu se fut contractée pour laisser place au vide. Adam Kadmon n'est pas Adam, le premier homme, Adam Ha-Rishon de la Bible, que Dieu a créé à partir de la poussière. Le royaume spirituel de lAdam Kadmon correspond aux attributs divins (sefirot). Il est la volonté divine et le programme de la Création.

Dans la Kabbale, Adam Kadmon est une immense forme d'apparence humaine, composée des hypostases émanées de la lumière divine, représentant la création de l'Homme (et de l'Univers) à l'image et à la ressemblance de Dieu (Genèse 1:26). Cette figure plonge ses racines dans la description du bien-aimé dans le Cantique des Cantiques (Cantique 5:10-16), elle-même reprise dans la mystique juive du ..

Avant la création selon la Kabbale

Dans la Kabbale lourianique, avant le début de la création, avant l'origine du temps, avant les premiers mots de la Torah « Au Commencement il créa » (Bereshit bara), Dieu occupait tout l'espace de sa lumière infinie (En Sof). Pour permettre la création, Dieu aménagea d'abord l'espace au cours de quatre phases préparatoires. :

Tsimtsoum La contraction/retrait de la lumière infinie de Dieu pour créer du vide (tehiru), suivie de l'émanation d'un reflet lumineux (reshimou) a permis à En Sof de faire descendre un Yod, la première lettre du Tétragramme, dans le vide primordial. Le Yod crée, en puissance, l’écriture et la lecture. Il contient la puissance de formation et d’organisation de toute chose.

Kav et Igulim Un rayon de lumière divine (kav) a traversé le vide et s'est trouvé entouré de dix sphères concentriques (igulim). La paroi de ces sphères constituait des vases (kelim) contenant et diffusant chacun un attribut ou un reflet particulier de la lumière divine (les sefirot). La sphère la plus extérieure, la sphère de Keter (la Couronne), constitue la première sefirah, qui reste en contact avec le En Sof environnant. Comme dans un jeu de poupées russes, les neuf autres sefirot se rétrécissent de plus en plus en soi, jusqu’à la dixième, Malkhout (le Royaume), la sphère la plus éloignée de Dieu.

Adam Kadmon Le rayon lumineux initial (la droite) et les dix sefirot (les sphères) se sont réorganisés en s’adaptant à la forme d’un homme et de ses membres, constituant lAdam Kadmon, l'Homme primordial. Les lumières des sefirot se combinent pour former des noms dont les puissances latentes deviennent agissantes. Ces noms, porteurs à la fois de lumière divine et de parole, investissent la tête de l’Homme, qui va les diffuser à son tour. Réorganisées dans le corps symbolique de l’Adam Kadmon, les dix sefirot (les dix lumières primordiales) établissent entre elles des liens qui accroissent considérablement l’intensité lumineuse des vases qui les contiennent.

Chevirat haKelim Les trois premières sefirot, les trois premiers vases — la Couronne (Keter), la Sagesse (Hokhmah), l’Intelligence (Binah) — disposent d’un réceptacle assez solide pour supporter la croissance de l’intensité lumineuse, ce qui n'est pas le cas des autres sefirot. Les six vases suivants — qui contiennent successivement la Générosité (Hesed), la Justice (Gevourah), la Beauté (Tipheret), l’Éternité (Netsah), la Gloire (Hod), le Fondement (Yesod) —, ces six vases, ces six sefirot, éclatent. La dixième sefirah, le dernier vase, le Royaume (Malkhout), se fêle également, mais ne subit pas autant de dommages que les six précédents. Ainsi la lumière contenue dans ces sept vases se disperse dans l’espace. Une partie de leur lumière retourne à sa source, absorbée par le En Sof. Le reste de leur lumière s’attache aux morceaux brisés des vases, précipités dans l’espace, et comme recouverts d’une écorce, d’une coquille (kelippah), qui empêche leurs étincelles d’apparaître. Ces tessons forment la matière grossière et stérile. Le bris des vases (Chevirat haKelim) constitue la quatrième phase de la pré-création du monde.

Homme primordial Le rayon de lumière et les igulim furent habillés d'une forme anthropomorphique (yosher) dAdam Kadmon qui est le royaume de la lumière divine infinie sans contenant, limité par son potentiel de création d'une Existence future. Adam Kadmon est parfois désigné comme Adam Ila'a (en araméen) ou Adam Elyon (en hébreu) : ce qui veut dire « Homme d'en haut ».

L'âme d'Adam HaRishon (le premier Homme) était l'essence suprême de l'humanité. Il contenait toutes les âmes qu'il a engendrées. Dans le Midrash, il est parfois désigné comme Adam Tata'a (en araméen) ou Adam Tachton (en hébreu), ce qui signifie « Homme d'en bas ».

Le nom anthropomorphe dAdam Kadmon marque sa double signification : à la fois le projet divin ultime de la création, c'est-à-dire l'Homme, et l'incarnation des attributs divins (sefirot). Adam Kadmon est paradoxalement à la fois homme et divin.Adam Kadmon a précédé la manifestation des quatre Mondes : Atzilut (l'émanation), Beriah (la création), Yetzirah (la formation) et Asiyah (l'action) représentés chacun par une lettre du tétragramme divin. Adam Kadmon lui-même est représenté par la pointe transcendante de la lettre Yud.

Dans le système des sefirot, Adam Kadmon correspond à Keter (la couronne), la volonté divine à l'origine de la création.

Les deux versions de la théosophie kabbalistique, la version médiévale/zoharique (systématisée par Moshe Cordovero) et la version lourianique plus complète, décrivent différemment le mécanisme des mondes descendants. Pour Cordovero, les sefirot, Adam Kadmon et les Quatre Mondes se forment séquentiellement à partir d'''En Sof (l'Infinité divine). Pour Louria, la création est un processus dynamique d'habillage de l'exil-retrait divin dans lequel Adam Kadmon est précédé par le tsimtsoum (la divine contraction) et suivi par la Chevirat ha-Kelim (le bris des vases contenant les sefirot).

Sefer Ha Zohar

LAdam Kadmon du Zohar est très proche de la doctrine de Philon d'Alexandrie d'un Adam céleste ou Adam d'en haut. La conception de l'Homme originel pour le Zohar peut être déduite de la phrase suivante :

De même que chez Philon le Logos est l'image originelle de l'Homme, ou l'Homme originel, de même, dans le Zohar, l'Homme d'en haut est la personnification de toutes les manifestations divines : les dix sefirot, l'image originelle de l'Homme. L'Adam céleste, s'avançant hors des profondes ténèbres originelles, créa l'Adam terrestreZohar, ii. 70b.. En d'autres termes, l'activité de l'essence originelle s'est manifestée dans la création de l'Homme qui, en même temps, est l'image de l'homme céleste et de l'universZohar, ii. 48.. Juste comme chez Platon et Philon, l'idée de l'Homme comme microcosme englobe l'idée de l'univers comme macrocosme.

Isaac Louria

La conception d'Adam Ḳadmon devient un sujet important dans la Kabbale tardive de Louria. Pour lui, Adam Ḳadmon n'est plus la manifestation concentrée des sefirot, mais un médiateur entre En Sof (l'Infini) et les sephirot. Selon Luria, En Sof est si totalement incompréhensible que la vieille doctrine kabbalistique de la manifestation d'En Sof dans les sefirot doit être abandonnée. Il enseigne donc qu'Adam Ḳadmon seul se manifeste dans les sefirot, lui qui est issu de l'auto-limitation dEn Sof. Cette théorie de Louria est traitée par Hayyim Vital dans « Eẓ Ḥayyim ; Derush 'Agulim we-Yosher » (Traité sur les cercles et la ligne droite).

Philon d'Alexandrie Philon est le premier à utiliser l'expression Homme originel ou Homme céleste (γενικός, ou οὐράνιος ἄνθρωπος), L'Homme céleste, image parfaite du Logos, n'est ni homme ni femme, mais une pure idée, une intelligence désincarnée. L'Homme terrestre, qui a été créé par Dieu plus tard, est perceptible aux sens et partage les qualités terrestresPhilo, De Mundi Opificio, i. 46.. Philon combine évidemment la philosophie du Midrash, celle de Platon et celle des rabbins. Établissant un double du récit biblique d'Adam, qui fut fait à l'image de Dieu (Genèse 1:27), et du premier Homme dont le corps a été formé à partir de la terre (Genèse 2:7), il combine cela avec la doctrine platonicienne des idées, prenant le primordial Adam comme l'idée et l'Homme créé de chair et de sang, comme l'image. Que ces conceptions philosophiques de Philon soient fondées sur le Midrash, et non l'inverse, est évident à partir de son affirmation apparemment insensée que l'homme céleste, le οὐράνιος ἄνθρωπος (qui est seulement une idée), est ni homme ni femme. Cependant, cette doctrine devient assez compréhensible dans la perspective du Midrash ancien.

Midrash La contradiction remarquable entre les deux passages de la Genèse cités ci-dessus ne pouvait pas échapper aux Pharisiens pour qui la Bible était un objet d'étude méticuleuse. En expliquant diverses opinions concernant la création d'Eve, ils enseignaient qu'Adam fut créé homme-femme (androgyne), traduisant זָכָ֥ר וּנְקֵבָ֖ה (Genèse 1:27) par mâle et femelle plutôt que homme et femme, et que la séparation des sexes fut la conséquence de l'opération suivante sur le corps d'Adam (le prélèvement d'une côte) rapportée par l'Écriture. Ceci explique la déclaration de Philon selon laquelle l'Homme originel n'était ni homme ni femme.

Cette doctrine concernant le Logos comme aussi celle de l'Homme fait à la ressemblance Philo, De Confusione Linguarum, xxviii., bien que teintée de Philonisme, est aussi basée sur la théologie des Pharisiens. Il est ainsi affirmé dans un vieux MidrashGen. R., viii. 1. :

Ceci contient le noyau de la doctrine philosophique de Philon sur la création de l'Homme originel. Il l'appelle l'idée de l'Adam terrestre tandis que, pour les rabbins, l'esprit (רוח) d'Adam, non seulement existait avant la création de l'Adam terrestre, mais préexistait à toute la création. De l'Adam préexistant, ou Messie, au Logos, il n'y a qu'un pas.

Talmud Il y a une déclaration philosophique fondamentale de Rabbi Akiva dans le Talmud à ce sujet. Dans Abot, iii. 14, il dit

Philosophie grecque Vers la fin du , Arius Didyme écrit dans « Au sujet des opinions de Platon » :

Les idées sont des figures arrangées classe par classe des choses qui sont par nature sensibles et elles sont à la source de différentes sciences et définitions. Car à côté de tous les individus humains, il y a un certain concept d'homme… incréé et impérissable.

Et de la même façon que plusieurs impressions peuvent être faites à partir d'un même sceau, et plusieurs images d'un même homme, ainsi à partir de chaque idée simple des objets des sens, une multitude de natures individuelles sont formées, de l'idée d'homme, tous les hommes, et semblablement dans le cas de toutes les autres choses de la nature. L'idée est aussi une essence éternelle, cause et principe, qui fait exister chaque chose par elle-mêmeEusebius, Praeparatio evangelica, xi. 23..

Christianisme

Prologue de l'Évangile selon Jean

Traduction du Prologue de l'Évangile selon Jean par Louis SegondTexte de la traduction Segond sur Wikisource. : Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu ; Elle était au commencement avec Dieu ; Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle ; En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point reçue ; Il y eut un homme envoyé de Dieu : son nom était Jean ; Il vint pour servir de témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui ; Il n’était pas la lumière, mais il parut pour rendre témoignage à la lumière : Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme ; Elle était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue.